ACCORD DU PARTICIPE
plus en plus régulier. Ainsi chez Froissart, Alain Ghartier, Villon, etc. Ex. :
La pluye nous a debuez et lavez
Et le soleil desséchez et noircis ;
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arraché la barbe et les sourcilz. (Villon, Épitaphe,)
Au xvi« siècle, les auteurs, comme leurs prédécesseurs, ne font plus l'accord facultatif que comme pour affirmer un droit dont ils pourraient, mais ne veulent pas user. Au contraire ils accordent toujours avec le régime qui précède, comme nous le faisons nous-mêmes. Marot a même mis en vers cette règle, qui dès lors existe et qu'on applique. Ex. :
Qui Vavoit trop offencée. (Ronsard, Odes, I, 19.)
Laquelle (amitié) jusques à présent, comme sacrée ensemble aviez inviolablement maintenue, gardée et entretenue. (Rabelais.)
Toutefois l'usage est encore plein de contradictions ; on prend toujours des libertés avec la règle pour le besoin d'une rime ou pour une raison quelconque. Ainsi Ronsard fera varier ou non le participe à deux vers de distance :
Mignonne, allons voir si la rose.
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au soleil y
A point perdu, ceste vesprée.
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil. (Odes, 1, 17.)
Malherbe insiste pour que les règles soient rigoureusement appliquées; il reprend Desportes d'avoir dit : Ces yeux qui vous ont vu si belle. (Malh., IV, 324.)
Mais il s'en faut bien que son autorité ait mis fin aux incertitudes. Après lui, quand Vaugelas essaye de fixer
eniin Tusage, Ménage proteste au nom de la tradition. Ni les écrivains, ni l'Académie, ni Port-Royal ne donnent une solution définitive. Et en 1705 un secrétaire de l'Académie, Régnier Desmarais, se déclare encore hardiment contre la règle. Ge n'est qu'avec Gondillac et Reauzée que la syntaxe moderne est à peu près établie (1767). Elle a pour base la règle de position que nous avons vue s'affirmer depuis le xiv« siècle; c'est-à-dire qu'elle considère toujours l'ordre que le régime et le participe occupent l'un par rapport à l'autre.
Toutefois on a multiplié sans profit les difficultés et les cas particuliers.
Nous n'avons pas l'intention de reprendre par le menu ces règles de détail, la plupart conventionnelles et arbitraires, qui ont été si souvent exposées et critiquées. Un examen même superficiel fait voir qu'elles ne satisfont pas pas plus la logique que l'histoire.
Prenons un seul exemple, cité souvent :
On dit: Les chaleurs qu'il a fait ; Les récoltes qu'il a faites.
Pourquoi cela? Les grammairiens répondent que dans le premier cas il correspond à illud^ c'est-à-dire remplace une cause indéterminée, dans le deuxième, il correspond à ille et remplace une personne déterminée. Soit. Mais pourquoi l'indétermination du sujet entraîne-t-elle le non-accord du participe ?
On pourrait multiplier ces critiques. On sait que sur bien des points les théoriciens les plus compétents ne sont point d'accord et on ne voit pas bien ce que ces subtilités accumulées donnent à la langue de variété et de richesse.' Les règles sont établies, il faut les connaître et les appliquer, mais il est permis de regretter qu'elles existent et qu'on perde à les apprendre un temps précieux qu'on