‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 287 sur 320 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DE LA CONJONCTION

K08. Définition. — La conjonction (du latin conjunctionem^ union) est un mot invariable qui sert à joindre des propositions et à marquer le rapport qu'elles ont entre elles. Les locutions conjonctives sont des réunions de mots qui ont le même rôle. Il n'y a entre ces locutions et les conjonctions proprement dites aucune différence essentielle, car beaucoup des conjonctions actuelles sont d'anciennes locutions conjonctives aujourd'hui réunies en un seul mot. Néanmoins s'écrivait autrefoi s néan^ m oins et était l'équivalent de l'expression moderne : en rien moins; sinon était primitivement si non ou plutôt se non; ainsi de suite.

509. Orig^ines. — Considérées dans leur origine, les conjonctions et locutions conjonctives peuvent se diviser en deux catégories : les unes nous sont restées du latin, les autres sont de formation française.

DE LA CONJONCTION. 611

Citons parmi les premières : et en anc. fr. e (latin et)^ ou (lat. aut), quand (lat. quando), si en anc. fr. se (lat. si).

On peut y ajouter des mots comme mais (lat. magis), or (lat. hora), donc (lat. tune), car (lat. quare), d'autres encore qui proviennent directement aussi de mots latins, mais avec cette différence que les originaux latins n'étaient pas des conjonctions; magis était en latin un adverbe, tune également, et nous avons déjà vu que les mots français mais et donc qui leur correspondent ont été en français aussi des adverbes. La transformation s'est faite tout naturellement, grâce aux rapports étroits qui existent entre ces deux parties du discours.

Quant aux conjonctions de formation française, elles sont pour la plupart le produit d'une juxtaposition.

Les unes sont arrivées à former un mot unique. Ex. : cependant, lorsque, puisque.

Dans les autres, les éléments sont encore distincts. Ex. : selon que, suivant que, après que.

Il entre dans ces combinaisons des mots de catégories différentes; toutefois les conjonctions et locutions conjonctives de subordination sont en général formées avec un adverbe ou une locution adverbiale, une préposition ou une locution prépositive; lorsque ^puisque dérivent des adverbes lors^ puis; dès que^ malgré que, des prépositions dès et malgré.

Emploi et syntaxe des conjonctions.

510. Conjonctions de coordination et de subordination. — D'après leur emploi, les conjonctions se divisent en deux classes, savoir : Les conjonctions de coordination, les conjonctions de subordination.

Les premières lient entre elles deux ou plusieurs p ropo-

sitions indépendantes les unes des autres; ce sont et^ mais,

donc, etc. :

Rose au bois vint avec moi :

Nous parlions de quelque chose, Mais je ne sais plus de quoi.

(V. Hugo, ContempL, I, 19.)

Les deuxièmes lient à une proposition principale, une autre proposition accessoire. Ex. :

Puisque c'est le moment où les lâches reculent,

J'accourrai.

(V. Hugo, Chat., Au moment de rentrer en France.)

Les conjonctions de subordination sont en très grande quantité, celles de coordination sont au contraire assez peu nombreuses et d'un emploi relativement restreint. Les phrases se lient en français d'une façon beaucoup moins étroite qu'en grec et même en latin, car nous considérons comme lourd un style où chaque phrase commence par une particule. Nous constatons ce fait sans l'expliquer, car la question appartient bien plus à la rhétorique qu'à la grammaire.

Conjonctions de coordination.

51 1. — La phrase est formée de deux ou plusieurs propositions dont l'une étend ou développe le sens de l'autre, ou bien la proposition comprend deux ou plusieurs mots qui ont entre eux le même rapport.

Il peut arriver que les mots ou propositions à unir soient de même valeur logique; il peut arriver aussi qu'ils soient de valeur inégale.

A. Dans le premier cas on omet souvent la conjonction. Ex. :

Ils allaient, ils chantaient, Vâme sans épouvante^ Et les pieds sans souliers.

(V.Hugo, Chat. Al, 7.)

Ou Lien on emploie une des conjonctions et ou ni. La première, la conjonction et, aussi ancienne que la langue, re mplace à elle seule toutes les copules analogues qu'avait le latin : ac, atque, que.

Ni, venu du latin nec, se présente en ancien français sous la forme ne. Le sens de cette conjonction a complètement changé. En latin nec était négatif par lui-même. Ex. : nec ssepe, nec diu eadem occasio erit. (T. Live, XXXII, 21.) (Une pareille occasion [nej se retrouvera ni souvent, ni longtemps.) Au contraire ni, en français, n'est plus négatif; on est obligé de le faire accompagner de ne. Ex. : Les enfants n'ont ni passé ni avenir^ et, ce qui ne nous arrive guère ^ ils jouissent du présent. (La Bruyère, XL) Il ne s'emploie plus seul que dans certains cas particuliers et fort peu nombreux, Ex. :

Tu ne succomberas ni vaincrons que par moi.

(Gorn., Hor., II, 5.)

Ne ayant été exprimé une fois, l'auteur a négligé de le répéter.

Ge changement de sens est le fait important de l'histoire de la conjonction ni. En effet, une fois dépourvu de sa valeur négative, ni n'était plus qu'une copule ordinaire qu'on substituait à et dans les phrases négatives ; et comme il n'y avait plus de différence essentielle entre ces deux mots, ils entraient en concurrence. Ge fut ni qui perdit de ses emplois, car le français moderne se sert de et dans un assez grand nombre de cas où l'ancien et même le moyen français mettait ne.

P D'abord ne pouvait entrer dans toute phrase qui renfermait, non pas même une négation exprimée, mais simplement une idée négative, voire dubitative. Ex. :

Dictes-moy où, n'en quel pays.

Est Flora, la belle Romaine, Archipiada, ne Thaïs?

(Villon, Ballade des dames du temps jadis,)

Le poète interroge ; il ne sait pas où sont Flora et Thaïs; dins ces conditions il substituera ni ket. On trouve pas mal d'autres exemples semblables :

Mon appuy, mon Odet que f aime Mille fois plus ny que moy-mesmey Ny que mon cœur, ny que mes yeux,

(Ronsard, 472, L.)

Si la phrase était complète, on aurait : mille fois plus que je n'aime mon cœur; logiquement les compléments du comparatif peuvent donc être considérés comme faisant partie d'une proposition négative, on les unira par ni.

La syntaxe moderne ne permet plus de tours semblables : et a prévalu sur ni.

2° Ni servait aussi, en ancien français, à unir une phrase négative à une phrase affirmative. On disait :

En la fin de son sermon dist ainsi., que il avoit leue la Bible ne onques n'avoit veu.... (Joinv., GXXXII) (ni que jamais il n'avait vu); aujourd'hui nous mettons toujours et, qu'on trouve du reste fort anciennement. Ex. :

// s'alièrent logier à Chaorse et n'osèrent le royatendre.

(Joinv., XIX.)

3<* Môme entre deux phrases négatives nous n'employons plus guère la conjonction ni. Littré cite pourtant cet exemple deBossuet : Si on n'aimoit pas les justes ni on ne les protégeoit pas. (Méd. s. V Évangile). Mais ici encore et a prévalu.

En somme, ni tend de plus en plus à céder à et, quand il

s'agit de lier deux phrases, et ne s'emploie plus guère que pour lier des mots qui font partie d'une même phrase négative. Ex. :

Il goûta le repos d'un homme heureusement dégagé, à qui ni l'Église, ni le monde, ni son prince, ni sa patrie, ni les particuliers, ni le public n'avoient plus rien à demander, (Bossuet, Or, f. de Le Tellier, L.)

B. Quand il s'agit d'unir deux propositions de valeur logique inégale, ce rapport, dit d'augmentation, se marque par différentes conjonctions dont la plus usitée est mais, qu'on renforce souvent par les mots : m^êm^e, encore, aussiy surtout. Ex. :

Un chrétien doit non seulement aimer ses amiSj mais encore ses ennemis.

Mais, comme nous l'avons dit au paragraphe 480, a été longtemps un adverbe qui signifiait plus. La conjonction qui le remplaçait à ce moment était ains, Ains avait tous les sens de mais, non seulement celui que nous venons d'indiquer, mais ceux que nous déterminerons plus loin. On le rencontre à chaque page dans les textes du Moyen âge, cependant, dès le xiii^ siècle, mais se trouve aussi. Ex. : de ce ne les croi-je pas, mais je vous di que f ai mangié avec aus (eux). (Joinv., GXXXII.)

Les deux mots furent longtemps en concurrence. Au xvi^ siècle, on les emploie encore indifféremment, témoin des phrases comme celle-ci :

Mais au reste, ils n'en faisoyent conte,,, ains s'adonnoyent à tous exercices,. . n'estimans point que vivre en oysiveté sans travailler fust chose belle ny bonne, a.ins plustost exerciter son corps, (Amyot, RomuL, 25, éd. citée,)

Cl G FORMES ET SYNTAXE.

Vers la fin du siècle, Malherbe, trouvant que le mot avait vieilli, le supprima dans ses propres œuvres et le blâma dans celles de Desportes ; après lui Vaugelas ratifia la con damnation. Il reconnaît que « ains a toute autre force (que mais) à dénoter les choses opposées, en quoy mais se trouve loible »; mais, ajoute-t-il, « il n'y a remède, l'usage l'a banni, on ne le dit jamais à la cour. »

SIS. // s'agit d'unir deux idées qui s'excluent, s'opposent ou dont l'une marque une restriction par rapport à Vautre.

A. Quand il y a exclusion, les deux propositions ne pouvant pas être vraies en même temps, l'une est forcément négative, l'autre positive; la positive est alors précédée de mais. Ex. :

La fausse délicatesse.,,, n'est pas ainsi nommée parce quelle est feinte, mais parce qu'en effet elle s' exerce sur des choses.., qui n'en méritent point. (La Bruyère, XI.)

B. Quand il y a restriction, la première idée n'est niée qu'en partie, l'opposition est moins forte. Elle se marque au moyen d'un certain nombre de conjonctions différentes : cependant, néanmoins, pourtant, toutefois. Ex. :

Hélas, j'aurai passé près d'elle inaperçu, Toujours à ses cotés et pourtant solitaire!

(P. Arvers, les Heures perdues.)

Ces quatre conjonctions sont étymologiquement bien différentes; cependant signifie proprement : pendant ce temps ; néanmoins : en rien moins ; pourtant :pour autant, et toutefois : parmi toutes les fois. Et malgré cela elles sont arrivées à une complète synonymie, telle qu'on la trouve rarement entre quatre mots français.

G. La simple opposition se marque par mais (autrefois par ains), Ex. :

J'embrasse mon rival^ mais c'est pour U étouffer.

(Rac, Britann., IV, 3.)

513. La phrase marque une alternative. — Les deux termes sont alors unis par la conjonction ou. Ex. :

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois? — Qu'ilmourût! Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.

(Gorn., Hor,, III, 6.)

On emploie aussi en pareil cas le subjonctif du verbe être*. soit; il est facile de voir comment soit a pu devenir une particule. Dans les premiers textes où on le rencontre il est construit régulièrement. Ex. :

Prendre mari est chose à remenant.

N'est pas marchés qu'on laist quant se repent;

Tenir l'esteut, soit lait ou avenant.

[Romancero, 73, L.)

La phrase veut dire : Prendre un mari est chose qui dure, ce n'est pas un marché qu'on brise quand on s'en repent; il faut le tenir, qu'il soit laid ou agréable. Il y a simplement ellipse de que et de il suivant l'ancienne syntaxe. (Voy. §§ 245 et 454). Le verbe s'accorde toujours avec le sujet. Mais il arrive un moment où on n'a plus le sentiment de celte construction. Alors soit devient invariable et, considéré comme une particule, s'emploie au lieu de ou, se combine même avec que pour donner la conjonction de subordination soit que. Ex. :

N'en doutez point, seigneur: soit rmson, soit caprice, Rome ne l'attend point pour son impératrice.

(Rac, Bérén.y II, 2.)

Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'v7 communique sa puissance aux princes, soitq'u^i

la retire à lui-même et rie leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. (Boss., Or. f. de Henr. de France.)

Gomme le montre le dernier exemple, soit et ou alternent quelquefois. Les deux conjonctions sont à peu près synonymes, bien que oî^soit d'un emploi beaucoup plus fréquent. Quand on veut marquer avec plus de précision que les deux termes de l'alternative sont équivalents, on ajoute à ou l'adverbe bien ; on a alors une locution à peu près correspondanfe au latin vel, tandis que seuls ou et soit correspondent à aut. Ex. :

Médîtes-vous d'un pair ou bien d'un député?.,, Avez-vous quelque place ou bien quelque industriey Dont les jours de juillet voies aient déshérité?... Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie, Sinon, c'est le pays, refait et recompté.

(Alf. de Musset, La loi sur la Presse,)

514. Deux idées sont dans un rapport logique entre elles : l'une exprimée la raison ou la conséquence de r autre.

A. Devant une proposition qui énonce la cause ou la raison d'un fait, on place ou l'adverbe en effet, qui signifie : en fait, en réalité^ mais qui a pris le sens d'une véritable conjonction, ou la particule car.

Car représente le latin quare. On le trouve dès les premiers textes français avec des sens différents. Il signifie parfois: pourquoi, parce que; mais plus souvent, or, donc; et il est maintes fois explétif comme ces derniers mots euxmêmes. Ex. :

Gumpainz Rollanz, l'olifant kar sunez. [RoLy 1059.) (Camarade Roland, sonnez donc de l'olifant.)

Mais dès ce moment on rencontre car avec le sens qu'il a aujourd'hui. Ex. :

Ensemhl'od lui i ferrunt veiremetit.

De ço qui calt? Kar ne leur valt nient. (RoL, 1839.) (Ensemble avec lui ils frapperont sans doute. Qu'importe? En effet, tout cela ne leur sert de rien.)

Pendant tout le moyen âge et le xvi^ siècle car joua en français le rôle de nam et de enim en latin. Ex. :

Et de ce (pour cela) me semble-il que on ne H fist mie assez ^ quant on ne le mist ou nombre des martirs,.. Car se Diexmorut en la croiz^ aussi fist-il; car croisiez estoitil quant il morut à Thunes. (Joinv., I.)

Sire, la royne s'est tenue a ta destre, car elle est ta mércy en vesteure d'or, car c'est t'espouse, (Miracle de Vevesque que Varcediacre murtrit.)

Il vous fit un tour de vieil guerrier... car il leva son siège. (Satyre Ménippée, 182, éd. Labitte.)

Ainsi car n'avait jamais cessé d'être en usage lorsque son existence fut tout à coup mise en question.

Au xvii^ siècle, quelques puristes jugèrent que car avait mauvaise grâce. Parmi eux se trouvait Gomberville, qui prétendait n'avoir pas employé ce mot dans son roman de Polexandre. Heureusement des gens de bons sens comprirent combien ce mot était utile au raisonnement. Voiture le défendit dans une jolie lettre souvent citée et Vaugelas même se prononça en sa faveur, « s'étonnant qu'on en pust vouloir à ce terme qui n'est pas moins nécessaire au discours que le feu et l'eau le sont à la vie ». Car fut sauvé.

B. Quand une proposition exprime la conséquence d'une autre proposition déjà exprimée, on marque ce rapport par différentes conjonctions : aussi, ainsi, donc, j^ar conséquent, c'est pourquoi.

L'ancienne langue en avait d'autres encore : parainsi^ pourtanty parquoy.

Parainsi se trouve fréquemment jusqu'au xvii« siècle. Ex. :

Parainsi ils veulent que Jesus-Christ ait esté instrument ou ministère de nostre salut. (Galv., II, 17, 1.)

Mais cette conjonction « dont M. Goëffeteau et M. de Malherbe se servent si souvent, n'est presque plus en usage », déclare Yaugelas. On dit simplement ainsi sans par.

Pourtant avait étymologiquement le sens de c'est pourquoi, c'est pour cela que. Ex. : il nous est commandé d'avoir ceste Eglise visible en honneur... Pourtant le Seigneur nous l'a marquée de certains signes et enseignes.

(Calvin, IV, 1, 7-8.)

Parquoy était à peu près synonyme du précédent. Ex. :

Le boys de Vincennes tenoit pour le Roy... par quoy luy estoit besoing d'estre venu bien acompaigné. (Gomm., I, 8.)

Si quelcun vouloit ainsi modérer le vœu de virginité^ quelles vilainies luy diroit-on?... Parquoy la façon de nostre temps est bien loin de la coustume ancienne, (Calv., IV, 18, 17.)

Remarque. — Nous n'avons pas parlé jusqu'ici d'une conjonction fort usitée dans l'ancienne langue et qui avait un peu tous les emplois des mots que nous venons d'examiner, c'est la conjonction si (en latin gîc), que nous avons déjà rencontrée comme adverbe. (V.page 559).

P Si se trouve avec le rôle d'une simple copule là où nous mettrions et. Ex. : •

Li rois de France en fu durement courouciés, mes amender ne le peut; si se destoga et se retray viers Arras.

(Froiss., I, 40, 25.)

2° Si équivaut souvent à un adversatif. Ex. :

Je nemoseroie vanter,... si me sembleil. (Froiss., II, 192, 1059, Scheler.)

En ce cas il est souvent précédé de et, et correspond à et pourtant. Ex. :

Je cuit (crois) estre mescréans,... et si sai bien que ce est des temptacions l'ennemi (du diable). (Joinv., IX.)

S"* Si remplace une conjonction causale : donc, ainsi. Ex. :

J'ay de lonch temps désiré que je tes ^cuisse combatre; si les combaterons, sHl plaist à Dieu. (Froiss., II, 114, 5.)

Particulièrement en ce sens, on trouve souvent si commençant une proposition principale qu'a précédée une subordonnée. Ex. .

Pour ce que elle n'en vout (voulut) riens faire, si s'assemblèrent tuit (tous) li baron à Corbeil. (Joinv., XVI.)

Si était tellement commun qu'on avait fini par l'employer sans raison ; dans une foule de phrases il est purement explétif. Ex. :

Touz les jours il se reposoit, après m^angier, en son lit ;

et quand il avoit dormi et reposei, si disoit en sa chambre

privéement (pour son particulier) des mors (l'office des morts).

(Joinv., XI.)

C'est peut-être cet affaiblissement du sens qui a amené la disparition du mot. Vaugelas, après Malherbe, le tolère encore dans certains cas, mais Thomas Corneille et les autres ne sont pas de cet avis : « Quelques-uns, dit l'Académie, ont cru que des phrases pareilles à celles de M. de Vaugelas pourroient encore estre de quelque usage, comme : il fait ce qu'il peut pour ne pas le faire, si faudra-t-il bien qu'il en passe enfin par là. Mais on a trouvé qu'elles vieillissent et que ceux qui écriver.t biea ne s'en servent plus. »

Conjonctions de subordination.

515. L'emploi des modes avec les différentes conjonctions de subordination ayant été étudié dans le chapitre où nous

6ii2 FORMES ET SYNTAXE.

traitons du verbe, nous nous bornerons à présenter, en les accompagnant d'exemples, quelques observations isolées sur des conjonctions aujourd'hui disparues ou sur les sens particuliers qui appartenaient autrefois à des conjonctions encore vivantes de nos jours.

s 16. A cause que est Une vieille locution qui signifie parce que. Ex. :

Et tous disoient quHlz estoient traistres : à cause qu'il y avoit deux maisons... (Gomm., II, 2.) A cause qu'elle manque à parler Vaugelas.

(Mol., Fem. sav., II, 7.)

On ne voit pas pourquoi certains grammairiens veulent bannir de la langue cette locution un peu lourde, il est vrai, mais parfois plus expressive que parce que et qui se rencontre dans les meilleurs auteurs,

51». A ce que était exactement formé comme parce ^we; à avait là son sens étymologique et la locution tout entière signifiait : à cette fin que, afin que, et aussi de façon que, Ex. :

Tu ne me tem^pterasjà à ce que je ne croie fermement touz les articles de la foy. (Joinv., VIII.)

Mesmes il nous met les paroles en la bouche, à ce que nous puissions hardiment crier: Abba, Père.

(Galv.,111, 1,3.)

518. Ains que, formé de l'adverbe ains, que nous avons vu, voulait dire : avant que. On trouve encore cette conjonction dans Rabelais (I, 58) :

Le clair soleil ains qu'estre en Occident.

On trouve aussi ains que dans le sens de tant que, plutôt

que. Ex. • .

Et mieus avient c'on avilie ains Le gentil qui vilains devient, Que le vilain homme qui vient A geniillece par bien fet,

[De Gentillescef G.)

(Mieux est qu'on ouiraige plutôt le gentilhomme qui devient vilain que le vilain qui s'élève à la « gentillesse y> par sa belle conduite.)

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