‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 291 sur 320 · ineontinent qnc signifiait : sitôt que. Ex · texte numérisé non relu

ineontinent qnc signifiait : sitôt que. Ex

Cest une trop grande outrecuidance à nous^ d'oser nous séparer de la communion de VÉglise, incontinent que la vie de quelcun ne satisfait point à nostre jugement.

(Galv., IV, I, 18.)

L'adverbe incontinent est resté en usage, mais la conjonction qui en était formée a disparu.

5a9. Jaçoit que est formé de l'adverbe jà, du verbe soit et de la conjonction que; on le trouve plus anciennement sous la forme plus complète jà soit ce que. Gomme sa composition l'indique, cette conjonction signifie : même étant donné ceci que, c'est-à-dire : bien que, quoique. Ex. :

Nous voulons que il (ces serments) soient pris en pleinne assise, devant touz, et clers et lais, chevaliers et serjans, jà soit ce que il aient juré devant nous. (Joinv., GXL.)

Jaçoit qu'il soit bien advis que la chair soit suffisante de soy-mesme à parvenir à son intention,,,, toutes fois il est certain... (Galv., III, 7, 8.)

A partir du xvi» siècle, comme le montre l'exemple de Galvin, ce mot a changé d'orthographe. Le s de soit a fait place, on ne sait pourquoi, à un ç. Sous cette forme bizarre jaçoit que vit encore jusqu'au xvii® siècle. On le trouve dans Bossuet, et Furetière le mentionne dans son Dictionnaire, en ajoutant toutefois qu'on « ne le dit plus qu'au Palais 3). Depuis lors il a disparu, même de la langue judiciaire.

580. iiesme que ne s'employait pas avec le même sens cil nous l'employons aujourd'hui dans la conversation familière. G'était une locution conjonctive qui signifiait au cas que. Ex. :

Quand deux choses se rencontrent chacune en son degré, mesmes que lune est accessoire de Vautre, il n'y a

nulle répugnance. (Galv., II, 17, 1.)

531. Mesmement que n'était pas synonyme du précédent et correspondait à lors même que. Ex. :

Mesmement qu'i/ n'estoit question que de moutons en ta cause j neantmoins le drapier y entremesloit son drap,

(Pasq., Rech., VIII, 59.)

53%. Moyennant qne a vieilli. C'était une expression assez commune en moyen français, et qui remplaçait souvent à condition que. Ex. :

Moyennant qu't7 eust la grâce de son père, il se pour^ roit bien passer de tous aultres biens faictz. (Gomm., I, 1.)

Cette locution venait de la préposition moyennant, encore usitée aujourd'hui, qui n'est elle-même que le participe présent du verbe moyenner (procurer par son entremise.)

533. Ores que était un des nombreux équivalents d^ quoique. Ex. •

Ores que le sage ne doive pas donner aux passions humaines de se fourvoier de la droicte carrière, il peut bien... leur quitter aussi d'en haster ou retarder son pas (il peut bien leur accorder cependant un peu plus de rapidité ou de lenteur dans sa marche). (Mont., I, 44.)

r,34. Pour ce que était extrêmement usité autrefois dans le sens de parce que, et aussi de afin que. Ex. :

Von disoit que la royne Blanche le besoit (un fils de sainte Elisabeth) ou front par devocion, pour ce que elle entendoit que sa mère Vi avoit maintes foiz besié.

(Joinv., XXI.)

Pour ce que vous sachiez dont (d'où) cist fié (ces fiefs) que li sires de Champaigne vendi au roy, vindrent, vous faiz-je à savoir... (Joinv., XX.)

// ne se réserve nul espoir pour ce que Dieu Va délaissé. (Galv., III, 2, 17.)

Il n'est pas vray-semhlahle, qu'il ait voulu entendre indifféremment des descendans de Hercules, pource que les derniers Roys de Sparte ont esté de sa race aussi bien que les premiers. (Amyot, Lycurg,, I, p. 47, éd. cit.)

Pour ce qu'il n'est point de bien sans elle (sans la vertu), c'est pourquoi nous faisons cette maxinne si générale qu'il n'est point d'autre bien que la vertu. (Malh., II, 589.)

L'ancienne locution est encore très fréquente à cette époque, et cependant elle est sur le point de disparaître. Vaugelas l'accepte, mais Thomas Corneille constate que pour ce que n'est presque plus en usage.

Cette locution cependant n'a pas disparu. Elle s'est maintenue sous la forme elliptique pour que. Ce ne fut pas sans opposition. Pour que, quoique mis en vogue parle cardinal de Richelieu, fut vivement combattu par les puristes. Vaugelas déclare « qu'on s'en sert en plusieurs façons qui ne valent toutes rien ». Mais, malgré lui et les autres, pour que, formé du reste très régulièrement delà prépositionpowr qui a souvent le sens de à cette fin, dans ce but, prévalut et resta avec plusieurs significations différentes.

En revanche, pour ce que a entièrement disparu devaiit par ce que. Les grammairiens du xvii« siècle se prononcèrent tous en faveur de ce dernier qui « était plus doux et plus usité à la Cour ». Et ainsi fut consacrée une confusion regrettable. En effet, j^ar ce que désigne la cause, la raison Pour ce que, au contraire, désignait le but, l'intention. Ex. -.Pourquoi voulez-vous sortir? Pour ce que^e veux m' amuser. Évidemment j^ar ce que ne convient pas ici. Ce

n'est que par une extension un peu abusive de sens qu'il a pu s'employer en pareil cas.

Après qu'on eut banni pour ce que de la langue, Voltaire eût voulu exclure des vers par ce que, « qui est dur et sourd à l'oreille ». On ne voit pas trop cependant quelle autre conjonction pourrait remplacer celle-là, et V. Hugo a prouvé par l'exemple qu'elle entre fort bien dans « un vers noble ». Voir plutôt la pièce des Châtiments intitulée : A des journalistes de robe courte :

Parce que vous feriez prendre à Jésus la verge^ etc.

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