‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 30 sur 320 · LA LANGUE A IX XVIII' ET XIX» SIÈCLES · texte numérisé non relu

LA LANGUE A IX XVIII' ET XIX» SIÈCLES

Moyen Age ou surtout à la Renaissance, bref, la langue entra dès lors dans le régime de liberté auquel elle est soumise depuis, dont elle profite et dont elle souffre, comme les peuples mêmes; mais somme toute le gain compcoeà peu près la perte, et comme le reconnaît l'Académie ellemême, la démocratie rend au langage en force vive et en mouvement ce qu'elle lui ôte en pureté.

Il serait curieux aussi d'étudier l'histoire extérieure pour ainsi dire de notre langue, de compter les conquêtes qu'elle a faites ou perdues en dedans ou en dehors des frontières de France.

Au xviii^ siècle, elle fut portée avec notre littérature classique dans tous les pays civilisés, et l'on pourrait dresser une longue liste d'écrivains étrangers qui, ayant étudié le français, finirent par le préférer à leur langue nationale et s'en servirent dans leurs ouvrages. Ainsi, en Hollande, les journalistes de « l'Europe savante » Hemsterhuys et d'autres ; en Angleterre, Walpole ; en Autriche, le prince de Ligne ; en Allemagne, le roi de Prusse lui-même, Frédéric IL II semble que le français devient vraiment la langue universelle de tous les esprits cultivés, et Rivarol dans un célèbre mémoire explique comment il a mérité cet honneur par le naturel, le bon goût, la clarté, la logique qu'aucune autre langue ne possède au même degré. A ce moment nous régnons en maîtres dans le domaine intellectuel. Il s'en faut bien, hélas! qu'il en soit encore ainsi. Les peuples voisins ont reconquis leur indépendance morale aussi bien que politique. Nous leur donnons peut-être plus encore qu'ils ne nous prêtent, mais nous ne pouvons plus prétendre à la suprématie incontestée que nous avons eue autrefois.

Depuis 1815 le français fait d'incontestables progrès à l'intérieur, mais en dehors de la France il est peu à peu abandonné. En cent ans, les patois ont cédé sur beaucoup

de points devant lui, et le mouvement s'accentue déplus en plus sous l'influence de l'école et de la presse. On a souvent médit de cette dernière puissance sur laquelle il y a en etfet beaucoup à dire; il faut reconnaître toutefois qu'elle a bien servi la cause de la centralisation linguistique. Si c'est l'école qui apprend au paysan normand, breton ou provençal à lire et à écrire le français, c'est le journal tire à des millions d'exemplaires chaque jour, et réjandu dans les hameaux les plus reculés, qui entretient la connaissance de la langue nationale. Les relations avec les citadins font le reste. Dès aujourd'hui, dans certaines provinces, les bourgades, même les plus petites, sont gagnées ; dans les villages aussi le paysan entend le français : on peut prévoir le moment 011 ses fils, formés à l'école et à l'armée, le parleront, avec quelques divergences seulement de prononciation et d'habitudes syntaxiques. Si de nouveaux malheurs ne viennent point démembrer la France, le résultat est assuré et prochain.

Aujourd'hui, si l'on comprend sous le nom de français les différents dialectes encore vivants, on peut fixer ainsi qu'il suit la limite de notre domaine linguistique :

Cette limite part de Gravelines, suit les confins du département du Nord jusque près d'Armentières où elle entre en Belgique. (Les arrondissements de D. nkcrque et d'Hazebrouck appartiennent au flamand.) D'Armentières elle se dirige vers Aix-la-Chapelle en passant par Gomines, Tourcoing, Hal, gagne Tirlemont (en laissant Bruxelles au nord), Lande n, Tongres et Limbourg au sud d'Aix-la- Chapelle.

De là elle descend brusquement vers le midi jusqu'à Longwy, tourne à l'est, traverse la Moselle aux environs de Thionville, laisse une partie du département à l'allemand, entre dans la Meurthe dont elle abandonne une bande étroite au nord-est, atteint les Vosges au-dessous de

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