‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 29 sur 320 · I A LANGUE AUX XVIII' ET XIX« SIÈCLES · texte numérisé non relu

I A LANGUE AUX XVIII' ET XIX« SIÈCLES

devinrent des modèles dont les générations suivantes s'efforcèrent de reproduire le style et la langue ; et quand le xviii^ siècle s'ouvrit, le but depuis si longtemps poursuivi était atteint : il y avait une langue classique désormais soustraite aux révolutions brusques qui avaient si souvent interrompu la tradition littéraire. .

28. La langue aux XVIII* et XIX« siécle.9. — Nous arrêterons ici cette courte histoire de la langue, car dans l'état actuel de la science, il est assez difficile de résumer même sommairement les changements considérables survenus depuis cette époque, et quelques recherches personnelles que nous avons pu poursuivre sur des points spéciaux ne nous permettent pas de combler cette lacune. Les matériaux nous manquent pour un exposé, même sommaire, de l'histoire générale.

Nous l'avouons tout franc, non point par une vaine modestie, mais pour indiquer ou rappeler au lecteur que le français n'est ni arrêté ni fixé après le siècle de Louis XIV. Une langue ne cesse pas plus de marcher qu'un fleuve de couler; l'impétuosité du cours varie, voilà tout. Ainsi nous n'avons plus eu depuis la Régence de ces révolutions brusques comme il s'en était produit antérieurement, les changements survenus ont diminué progressivement en étendue et en importance, mais on se tromperait grossièrement si l'on croyait écrire ou parler, je ne dis pas comme La Bruyère, mais dans le même langage que lui.

Dès le commencement du xviii^ siècle il est visible qu'il se forme deux écoles, celle des conservateurs, à laquelle appartiendra Voltaire, qui a son style à lui, mais non sa langue * ; au contraire celle des novateurs comme Fénelon

1. Toute langue étant imparfaite, il ne s'ensuit pas qu'on doive la changer. Il faut absolument s'en tenir à la manière dont les bons auteurs

et surtout Rousseau, qui prclend que « si l'on est intelligible, fît-on cinq cents barbarismes, on n'en a pas moins bien écrit ^ ». Entre les grammairiens, mêmes divisions. Les uns proclament les droits du néologisme, tandis que d'autres avec l'Académie achèvent de réglementer et d'ordonner le vocabulaire et la syntaxe. Les avis étant ainsi partagés, des changements étaient prochains et inévitables: ils eurent lieu. Tous les grands faits de l'histoire intellectuelle ou politique de la France eurent leur retentissement dans la langue.

Le plus considérable de ces événements, la Révolution, eut pour conséquence l'introduction d'un grand nombre de mots dont quelques-uns disparurent, il est vrai, avec les idées auxquelles ils étaient attachés, mais en outre elle modifia la prononciation, voire le fond même de la langue en ouvrant le langage aristocratique à des façons de parler populaires ou même provinciales.

Le prodigieux développement des sciences entraîna de son côté la création d'une terminologie spéciale qui pénètre peu à peu dans l'usage courant.

Mais un fait aussi important, et qui a eu les conséquences les plus graves pour l'avenir de notre langue, c'est la révolution littéraire qui s'opéra en 1830 sous l'influence des romantiques. La vieille langue classique avait survécu jusque-là, au théâtre et dans la plupart des écrits, maladroitement copiée et reproduite. Ce fut alors qu'elle tomba. L'autorité des grammairiens et de la tradition fut méconnue, la langue parlée envahit la langue écrite, la vieille distinction entre les mots nobles et les mots bas disparut, les vocabulaires techniques furent mis à profit, aux néologismes qu'on créait on ajouta les archaïsmes repris au

Font parlée, et quand on a un nombre suffisant d'auteurs approuvés, la langue est fixée. (Volt., Dict. phil., art. Langues.) 1. Rousseau, Lettre à M. Du Pcyron, 12 avril 1765.

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