‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 311 sur 320 · PLACE DES COMPLÉMENTS DU NOM ET DE L'ADJECTIF · texte numérisé non relu

PLACE DES COMPLÉMENTS DU NOM ET DE L'ADJECTIF

De VOS païens mult grant perte i avreiz (aurez).

(RoL, 568.) De voz païens lur enveiez cent milie, (/6., 588.)

Non seulement on tic ave de semblables phrases dans l'ancien et le moyen français, mais il s'en rencontre jusque dans Corneille, dans La Fontaine et dans Racine. Ex. :

De notre Fierabras il s'est mis au service, (Corn., Illus,, II, 8.) Donne à tes serviteurs que tes bontés sublimes De ton sang adorable ont lavés dans les flots. Que leurs âmes jamais ne tombent par leurs crimes En l'éternel ennui d'une mort sans repos,

(Corn., IX, 479.) Ce fils que de sa flamme il me laissa pour gage,

{Rac.,n, 91.) ,,. Tandis que Burrhus allait secrètement De l'armée en vos mains exiger le serment,

(Id., Bn^.,IV, 2.)

Aujourd'hui même cette inversion est encore très fréquente en poésie, et on l'y remarque à peine malgré l'habitude que nous avons de voir le complément suivre régulièrement le terme complété. Ex. :

Ne savais-tu donc pas, comédienne imprudente. Que ces cris insensés qui te sortaient du cœur De ta joue amaigrie augmentaient la pâleur?

(A. de Musset, A la Malibran.) Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance^ De tant d'accords si doux d'un instrument divin, Pas un faible soupir, pas un écho lointain! (Id., ib.

Mon crâne ossianique^ aux lauriers destiné. Du bonnet d'âne alors fut parfois couronné,

(Id., Dupont et Durand.)

662 FORMES ET S\iNTAXE.

Place de l'adjectif épithète.

K61. L'adjectif épithète n'avait, dans l'ancienne langue, aucune place déterminée. On le trouve tantôt avant, tanii,! après le substantif, à peu pr^ indifféremment. Ex. :

A sa dextre (droite) séoieni six roy couronnei, bien parei à pierres précieuses. (Joinv., XGIV.)

A sa senestre avoit agenoillié un moût bel home, qui avoit dous èles (ailes) resplendissans aussi comtne

li solaus (soleil). (Id., ib.)

Que l'adjectif fût accompagné d'un complément, qu'il y eût plusieurs adjectifs se rapportant au substantif, la liberté restait la même. Ainsi on rencontre souvent un substantii placé entre plusieurs épithètes de même valeur, dont les unes précèdent, les autres suivent; ou bien un adjectif précédera le substantif tandis que son complément le suivra. Ex. :

Il y a d^autres passages qui ont quasi semblable sens à ceux que nous venons d'expliquer. (Galv., III, 18, 6.)

Nous sommes en fans de la nouvelle Jérusalem et céleste. (Id., IV, 1,1.)

La langue moderne n'admettrait plus des constructions comme celles qui précèdent; cependant, dans la plupart des cas, elle n'impose pas non plus de règle rigoureuse. Très souvent la place de l'adjectif épithète se détermine au gré de celui qui parie ou qui écrit. On dit également : un komm,s habile et un habile homme, une étrange femme et une femme étrange, une victoire éclatante et une éclatante victoire. Voici un passage où Alfred de Musset, en quatre vers, change quatre fois de construction :

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