‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 38 sur 320 · LA PRONONCIATION · texte numérisé non relu

LA PRONONCIATION

même qui ont étudié à fond leur propre langue d'après des règles strictement fixées, et qui s'efforcent de la parler correctement, ne peuvent s'empêcher d'en modifier la prononciation suivant leurs aptitudes et leurs habitudes physiologiques. Ces aptitudes et ces habitudes diffèrent d'un climat à un autre, et d'un siècle à un autre siècle. La prononciation varie suivant les lieux et suivant les temps. Quand les circonstances favorisent ces changements, c'est-à-dire quand aucune autorité littéraire stable ne maintient une prononciation uniforme et traditionnelle, les sons s'altèrent très rapidement, les mots se déforment au point de devenir méconnaissables.

C'est ainsi que le latin populaire, porté chez des populations ignorantes et bientôt abandonné à lui-môme, fut profondément et diversement transformé en Italie, en Espagne, en Gaule. Chaque peuple, chaque groupe d'hommes qui le reçut et l'adopta, obéissant à une loi instinctive de la race, chercha à l'accommoder à son génie, dans la prononciation comme dans le reste, de façon à le parler avec le moindre effort possible. Ce sont ces changements que nous nous proposons tout d'abord d'étudier. On les appelle phonétiques, du §Tec phonètikos (relatif au son).

On sait combien ces changements ont été considérables et divers. La comparaison de quelques mots latins avec les mots français qu'ils ont donnés suffirait du reste à le montrer. A quelle distance heur se trouve de auguriv/m et eurent de habuerunt !

Il y a eu : P une action des sons les uns sur les autres, qui a amené, tantôt une dissimilation entre deux sons identiques, tantôt une assimilation plus ou moins complète entre deux sons primitivement différents.

Orphaninum devenant orphelin par le changement d'un de ses nen l offre un exemple du premier phénomène.

Angusiiam devenant angoisse et laironem donnant

larron offrent un exemple du second. Dans un cas, c'est la première consonne qui a assimilé la seconde ; dans l'autre cas, de beaucoup le plus fréquent, c'est au contraire la seconde qui a modifié la première.

2° Il se produit des métathèses, c'est-à-dire que des sons changent de place dans l'intérieur d'un mot. Glorimn devient ainsi gloire, Vi ayant passé par-dessus l'r. Parmi les consonnes, 1'/ et l'r ont une tendance particulière à se transposer. C'est comme cela que vervecem donne brebis, et singultum, sanglot.

3° Des sons disparaissent, au commencement, au milieu, ou à la fin des mots : apotheca devient boutique, fortem, fort; spasmare, pâmer.

4° Au contraire, des sons nouveaux s'introduisent, dits sons euphoniques, qui sont destinés à faciliter la prononciation des mots. Exemple : scribere, escrire, écrire; pon{e)re, pondre.

5° Enfin, les sons permutent entre eux: les voyelles pleines sont remplacées par des voyelles plus sourdes, les consonnes fortement articulées par des consonnes plus faiblement articulées. L'explosive passe à la continue, la forte à la douce, etc. Exemple : fahann, /eve.

44. Existence de lois. — Il semble au premier abord que quand le latin fut adopté en Gaule, chacun, cherchant à économiser l'effort, ait dû modifier la prononciation des mots suivant sa commodité et à sa guise. Et cependant une première réflexion indique déjà que, une langue étant un instrument servant à l'échange des idées, l'homme qui en use pour se faire entendre de ses semblables est forcément obligé de parler comme eux ou à peu près, sous peine de n'être pas compris; le langage échappe donc ; ar suite de cette nécessité, au moins dans son ensemble, a l'influence des fantaisies individuelles

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