LES LOIS PHONÉTIQUES
La science moderne a montré en outre, comme nous l'avons déjà indiqué dans notre préface, que, sauf dans certains cas, les transformations des langues échappent non seulement au caprice individuel, mais, d'une façon générale, au caprice.
En particulier, un son n'est pas traité d'une façon dans un mot, et d'une façon différente dans un autre ; il ne se maintient pas ici pour tomber là. Il subsiste ou se modifie toujours de la même façon. Ainsi quand le latin devient le français, l'a ne s'affaiblit pas dans un cas en o, ailleurs en e ; quel que soit le résultat, il ne varie pas d'un exemple à l'autre. Supposons un a atone et placé après la ionique^ dans la dernière syllabe, il s'affaiblira en un e muet, dans rosa, la rosQ, comme dans /*o/za, la feuilh, comme dans amatSim, aimée.
Un p initial demeurera un p en français aussi bien dans parem, pair, que dans ^atrem, père, aussi bien dans pira, T^oire, que dans -populum, peuple.
Et il n'y a pas là une coïncidence fortuite. On peut répéter l'expérience en examinant tous les mots directement venus du latin qui présentent l'a atone à la finale ou le p à l'initiale, on verra que les deux faits que nous venons de signaler se reproduisent toujours d'une façon constante et générale. L'évolution phonétique comme les autres est soumise à des lois déterminées.
Ce résultat est acquis aujourd'hui, bien que de prime abord il semble en contradiction avec ce fait que l'homme transforme sa langue librement. Il est vrai que les transformations des sons comme les autres sont dues à l'action de la libre volonté humaine. Mais cette volonté, encore qu'elle agisse librement, se détermine sous l'impulsion de motifs et d'habitudes qui sont le résultat de causes multiples.