‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 4 sur 320 · PRÉFACE. XXX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXX

amulés dans les travaux de détail où il devait m'être facile de puiser à mains pleines*.

Peut-être donc serais-je parvenu à remplir mon programme primitif, si une ambition plus haute, qui m'avait pris en chemin, ne m'avait amené à modifier ce programme.

A l'École normale déjà, quand je suivais les leçons de la Sorbonne et de l'école des Hautes Études, qui développaient peu à peu en moi le goût des recherches grammaticales, il m'était souvent arrivé de songer à nos camarades de province, qui moins fortunés que nous, égarés dans des Facultés encore insuffisamment outillées ou professeurs dans des collèges lointains, devaient, sans guides et presque sans livres, les uns apprendre la grammaire historique, les autres, ce qui est plus difficile encore, l'enseigner sans la savoir. En effet la précieuse grammaire du vieux français de M. Clédat n'existait pas à cette époque. Les ouvrages de Brachet, quoique fort utiles encore, avaient un peu vieilli. Les commençants n'avaient donc le choix qu'entre des traités trop vastes, comme ceux de Diez, où ils risquaient de se perdre, et les thèses, brochures et articles de revues où la science se trouve disséminée et un peu émiettée. J'estimais alors les services que pourrait rendre un manuel,

1 . Je n'ai pas cru pouvoir, au cours de cet ouvrage, indiquer tous les travaux dont je me suis servi, non pas que je voulusse dissimuler mes emprunts, mais seulement parce que j'estimais que le caractèrQ du livre ne permettait pas d'y introduire de nombreux renvois. Je ne puis pas ici non plus, sans faire une bibliographie générale, nommer tous ceux envers lesquels j'ai contracté des dettes; je citerai seulement parmi les principaux : Littré, Godefroy, Brachet, Chabaneau, Darmesteter, G. Paris, L. Gautier, Clairin, Benoist, de Meyer, Ayer, Scheler, en France, en Suisse et en Belgique ; Diez, Tobler , Ebering, Kœrting, Foth, Mâizner, Budsinsky, Otto Knauer, en Allemagne. Je dois une nontion particulière aux études de Riese, Tœnnies, Grosse, Schuth e( Solter, qui m'ont fourni beaucoup d'exemples tirés de Froissart, Gommynes, Calvin, d'Aubigné et Rolrou.

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fait k l'image d'autres manuels parus dans ces dernières années,

qui ont été fort critiqués, mais aussi fort lus et fort étudiés, si

bien que de temps k autre je songeais à faire ce livre qui

manquait.

Ce sont ces pensées à la fois charitables et prétentieuses qui, me revenant plus tard, m'ont conduit, pendant que je faisais mon précis, à renoncer étourdiment au plan que j'avais conçu tout d'abord et à transformer mon abrégé en un traité plus complet. J'avais alors « l'âge des longs espoirs et des vastes pensées », et j'oubliai de considérer si la tâche ainsi alourdie allait encore à mes épaules.

Mais ces réflexions aussi amères que sages ne viennent à l'esprit que quand on a heurté quelquefois sa témérité aux obstacles de la vie et fait la douloureuse expérience des choses. Spécialement elles accourent en foule au moment où Ton est près de signer son œuvre et que l'on compare au livre qu'on avait rêvé l'ébauche qu'on a faite, ne se sentant ni le courage d'énumérer tous les défauts qu'on lui connaît, ni le goût de faire valoir les mérites qu'on lui suppose.

Saint-Dié-des- Vosges, le 18 août 1886.

Ferdinand BRUNOT

Je dois, avant de terminer, adresser des remercîments très mérités à M. Hovasse, maître répétiteur au lycée de Lyon, qui m'a très utilement aidé dans la partie matérielle de ce travail et en qui j'ai trouvé un collaborateur aussi intelligent que dévoué.

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