XXX PRÉFACE
qui conviendront pour enseigner la grammaire aux enfants, à moins qu'on ne veuille compromettre le respect forcé et déjà médiocre qu'ils ont pour cette autorité qui leur pèse. En effet la grammaire, telle que nous la comprenons, dégagée de tout lien traditionnel et indépendante comme une science, critique et juge parcela seul qu'elle explique. Indulgente aux prononciations populaires, favorable aux néologismes, c'est-à-dire aux barbarismes, quand ils sont bien faits, protectrice des patois, frères méprisés du français qu'elle réhabilite, elle jette un jour souvent défavorable sur les dogmes les plus vénérés de l'orthographe, discrédite bon nombre des règles de la syntaxe en les montrant en contradiction avec les lois naturelles, en un mot elle n'est point faite pour former des puristes. Il ne faudra donc aborder cette étude que lorsqu'on sera bien assuré de savoir assez de latin pour la poursuivre et surtout de posséder assez bien son français pour ne plus craindre de le perdre. Il faudra finir et non commencer par là.
Il me reste maintenant à expliquer, suivant Pusage, comment et pourquoi j'ai fait ce livre. Je donnerai en quelques mots mes raisons dans toute leur naïve simplicité.
On m'avait demandé de composer un petit manuel tout élémentaire, accessible même aux jeunes filles des classes supérieures, où se trouveraient réunis les principaux résultats acquis et les notions générales indispensables. J'avais accepté, sentant que j'aurais pour me soutenir une foule de secours étrangers. C'étaient d'abord les cours de mes anciens maîtres MM. A. Darmesteter et G. Paris, dont ils m'avaient permis, avec une bonne grâce que je ne saurais trop reconnaître, de tirer profit. J'avais en outre les encouragements toujours présents et les avis amicaux de mon tout obligeant collègue M. Glédat; enfin, je pouvais utiliser la masse de maté'-iaux déjà ao-