Les finales
Les mots latins se terminent essentiellement par m, r, s, ^
En règle générale ces finales se maintiennent, sauf ïm
qui dès l'époque latine ne se prononçait déjà plus dans la
langue populaire, au moins dans les mots de plus d'une
syllabe.
r subsiste. Ex. :
cor, cwer, cœur, per, par
8 se maintient également. Ex, :
cantas, tu chantes ; rosas, les roses.
On sait que s ne s'entend plus aujourd'hui, sauf dans les liaisons.
t a vécu un certain temps seulement, pendant la première période de la langue. On disait alors :
cantaij il chanteiy curratj qu'il curet.
Au XII" siècle t avait disparu.
55. Les médiales, c'est-à-dire les consonnes qui se trouvent au milieu des mots, sont traitées différemment suivant leur nature.
p, h s'affaiblissent en v :
lu^am donne louve, faham — fève.
V demeure :
boYarium donne bouYÎer.
t devient d : Imperatorem donne emperedor.
Puis à la fin du xi^ siècle, ce d tombe : emperedor devient empereor, empereeur, et les voyelles ainsi juxtaposées finissent par se contracter en un son unique eu (ô) : empereur,
desl traité de même:
cadere donne chadeir, chaeir, cheoir, choir, credebat — creeit, creyoît, croyait.
c et g devant Vo et ïu tombent complètement. Exemples :
recusarCy reuser, ruser, seGurum, seur, sûr, augustum, aousl^ août.
Si c et ^ précèdent a, ils s'affaiblissent en ?/, i.
pacare donne paier, payer, bracam — braie, negare — neier, nier, legalem — leial, loyal.
Quand c précède e, i, il donne un s précédé de i»
racemum, raisin, placcre, plaisir.
Le q en pareil cas disparaît :
reghiam donne reine, vaginam — guaine, gaine,
r persiste. Ex. :
auriculam, oreille.
Au xv« siècle, le dialecte parisien a eu une tendance à changer cet r en s ; on disait :
Pasis pour Paris.
Il en est resté les formes :
chaise à côté de chaire^ besicle pour héride, nasiller — nariller.
s, Z, m et n subsistent :
fumare donne fumer; douât — donetj donne; filare — filer ; causam — chose ; basiare — baiser.
56. Remarque. — La chute des voyelles atones de la dernière syllabe a pour résultat de rendre finales des consonnes qui étaient en latin au milieu du mot. Ainsi :
s dans nasum qui donne nés, nez, t — sitim — soif,
r — mare — mer,
1) — yiavem — nef.
Ces consonnes médiales devenues finales subissent alors souvent un traitement particulier, différent de celui que nous venons d'indiquer.
Le V dégagé par les labiales est renforcé en /'. Ex. :
6ibo, beiv, beiî (je hois) ; proi^e, proei (près) ; clavem, clei.
L's sonore passe à la sourde, le d au t. Ex. :
niàum, nii (aujourd'hui nid) ; cadojje chiet (je tombe).
sauf à se combiner avec l's pour donner un z !
amaiis, amets, amez, aimez,
La gutturale tombe sans laisser de trace, sauf lorsqu'elle
suit un a, elle devient alors i :
Tornacu7n, Tournai ; Cameracum, Cambrai,
En outre, dans certains cas, elle se développe en i<?. L's sonore durcit alors. De là :
pacem, pais, aujourd'hui paix ;
crwcem, crois, aujourd'hui croix.
59. Groupes de deux consonnes. — Les COnSOnneS doubles persistent toujours à l'état de consonnes simples, sauf // qui est traité comme un / unique. Exemple ;
cwppam = cowpe, attingere^ateindre, auj. atteindre.
Il existait déjà en latin un grand nombre de mots où deux consonnes difiérentes se suivaient et se combinaient. Ainsi dans :
factum, (fait), ^empitô, (temps).
La chute des voyelles atones rendit cette rencontre de plusieurs consonnes bien plus fréquente encore :
juà(i)care devenant ju^'care^ bon{i)iatem — bon'iate,
il se forma de nouveaux groupes appelés groupes romans par opposition aux premiers appelés groupes latins.
La destinée des uns et des autres n'est pas toujours pareille.
Du reste il est assez difficile de résumer d'une façon à la fois exacte et rapide l'histoire de ces groupes, car les lois générales seraient à chaque instant contredites par l'extrême diversité des faits.
La langue a visiblement cherché à éviter la rencontre des consonnes comme celle des voyelles.
Quand deux consonnes sont en présence, c'est la seconde qui offre la résistance la plus grande, la première qui tend à céder en se résolvant en une voyelle, en se transposant, en s'assimilant, ou en disparaissant tout à fait ; mais elle peut aussi subsister.
Les cas sont différents suivant la place où se trouve le groupe dans le mot.
58. A rinitiale. — Le latin ne connaît guère que les groupes formés d'une muette plus un l ou un r, cl, pi, etc. Ils ont subsisté. Ex. :
clavem^ clef ; gloriam, glozVe; ple72wm, plein; brevem, bne/", bre/*.
Nous avons aussi parlé des groupes où la première consonne était un s et qui se faisaient précéder dès l'époque latine d'une voyelle d'appui i. On disait :
iscripta^ istatuam,
82 PHONETIQUE.
Cet i est naturellement devenu e en français. De- là les formes :
ispato77i, espéfi, istatum^ estat^
Us est aujourd'hui tombé, mais Ye demeure. Ex. :
état, épée.
59. A la médiale la deuxième se maintient; elle est traitée comme une initiale. La première s'affaiblit. Ainsi les gutturales s'amollissent en y, i,
fraqrarey flairer; plac{e)re^ plaire ; fac{i]tis, faites.
Les dentales disparaissent:
patrem, père; volaii{c)um, volage.
Les labiales se réduisent au ?j, ou tombent. Ex. :
a-prilem, avril ; lihrum, livre ; rwptûfm, route.
L's, après s'être maintenu, finit par tomber au xii* et au xiii^ siècle. Ex. :
spasmare^ pasmer, pâmer,
Vr cependant persiste. Ex. :
portam, la porte ;
sauf à se déplacer comme dans :
formaticunij fromage.
L7 subit un accident particulier, elle se vocalise en u :
falsam donne fausse ; saltare — sauter.
La nasale infecte la voyelle précédente. Ex. :
remem[o)rare, remembrer ; pervincam, pervenche.
Toutefois la première consonne a souvent influé sur la seconde :
cog(i)iare devient cuidier par l'action du g sur le t ;
60. A la finale les groupes latins qui se présentent sont peu nombreux. La première est généralement une nasale que le français a laissé tomber. Ainsi :
trous, très;
cantant, d'abord chantent^ puis dès le xii^ siècle
dans la prononciation : chante, malgré l'orthographe
actuelle purement étymologique.
Les autres groupes formés en roman sont en général aussi terminés par un s ou un i et ils appartiennent aux formes de la déclinaison et de la conjugaison où nous aurons l'occasion d'étudier leur sort.
61. Groupes de trois consonnes. — Lorsque trois consonnes se rencontrent, les faits sont plus compliqués encore. En général la troisième consonne subsiste toujours, la deuxième tombe le plus souvent, la première se maintient.
Ainsi :
masi(i)care, maschier ; blas'gh(e)marey blasmer ;
veTY[é)carium, bergier ;
com'p[u]iare, conter: (l'orthographe actuelle : compter
est savante) ; doTm(i}torium, dortoir.
Mais une semblable règle peut moins que toute autre être énoncée d'une façon absolue. La nature consistante de certaines consonnes assure leur maintien là où elles devraient tomber, et ce sont les autres alors qui leur cèdent, et inversement. Ainsi : pert(i)cam donnera régulièrement perche. Mais dans pers(i)cum, Ys est très solide, elle se maintient et c'est le c qui disparaît : perse. Danspers(i)cam, au contraire, c'est la première qui est sacrifiée : joesche.
On trouvera plus loin l'exposé de ces cas particuliers.
6*. Applicaiion de ces lois à l'étyniologie. — G'est
grâce à l'établissement définitif de ces lois que les recherches étymologiques sont sorties de la période des tâtonnements et des folies, et qu'elles ont pris un caractère scientifique. Il ne s'agit plus pour trouver l'origine d'un mot français d'aller chercher dans le latin, le grec, l'hébreu, etc., un autre mot qui se rapproche plus ou moins de celui-là par sa forme et par son sens, et auquel on puisse à force d'imagination rapporter le premier. « L'étude comparative, dit Littré, a déterminé un certain nombre de conditions qu'une étymologie doit remplir. Le mot que l'on considère est soumis à l'épreuve de ces conditions : s'il la subit, l'étymologie est bonne, s'il la subit incomplètement, elle est mauvaise et à rejeter. »
En premier lieu, il est évident qu'il doit y avoir entre les deux mots, le primitif et le dérivé, un rapport de sens plus ou moins lointain, plus ou moins détourné. Mais en outre et surtout il faut pouvoir expliquer comment la forme latine a pu donner la forme française suivant les règles