‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 47 sur 320 · L'ETYMOLOGIE · texte numérisé non relu

L'ETYMOLOGIE

particulières de la phonétique de notre langue. Il faut pouvoir montrer ce que sont devenus tous les éléments constitutifs du type latin, et pouvoir rapporter aux lois générales chacun des faits particuliers de leur transformation. Ainsi il est certain que basoche vient de basilicarriy eut de habuit, mûr de maturum, quelque grande que soit la distance entres ces mots, car on peut expliquer dans chacun de ces cas ce que chaque son est devenu, et, s'il a disparu, rendre compte de ce déchet.

Ce qui facilite singulièrement ces recherches, c'est que, possédant des textes de langue latine d'une époque assez basse, et des textes de langue française d'une date assez reculée, nous n'en sommes pas réduits à comparer deux formes extrêmes comme basilicam et basoche. Les études historiques nous ont fait connaître des formes plus anciennes : basouche, baseuche, baselche, plus voisines de l'original. En vertu du principe de transition dont nous avons parlé, les transformations se sont faites peu à peu et nous avons ainsi dans bien des cas une série d'intermédiaires fort utiles. C'est en suivant ces intermédiaires qu'on remonte au latin.

Enfin l'étymologie française trouve un contrôle précieux dans l'étymologie espagnole, provençale, italienne. Gomme ces langues ont un grand nombre de mots communs avec le français, on rapproche du mot français les formes des langues voisines. Soit le français sauvage^ il n'est pas difficile de voir qu'il est voisin de l'italien selvaggio, du provençal selvatge. Donc, si on le rapporte à un primitif latin quelconque, silvaticum par exemple, il faut que ce primitif explique non seulement la forme française, mais la forme provençale et italienne, conformément aux lois phonétiques de ces langues. Le mot est-il commun à toutes les langues romanes, à tous leurs dialectes, il faut que l'étymologie explique toutes les formes de ces langues et toutes

celles de leurs dialectes, qu'on passe, comme disent les savants, par la filière

Voici la particule péjorative mes ; il semble qu'il faille la rapporter à la particule allemande mis identique de sens et de forme. L'Italien dit aussi mis. Donc cette étymologie convient aussi à cette langue, mais nous trouvons en provençal comme correspondant du français mes une particule tnens menés ; ainsi dans : menesprezar (mépriser) ; l'espagnol et le portugais disent m,enos; or les lois phonétiques prouvent que l'allemand mis n'a pas pu donner ces formes. On est donc conduit à chercher dans le latin et l'on trouve que le mot m^inus (moins) répond à toutes les conditions, italiennes ou espagnoles, provençales ou françaises.

La comparaison devient un excellent instrument de vérification et de recherche à la fois.

En suivant ces règles rigoureuses, on est arrivé à découvrir l'étymologie certaine d'un très grand nombre de mois français. — Quelques-uns et des plus usités, le verbe aller ^ par exemple, résistent encore à l'analyse, mais la science enregistre tous les jours de nouvelles découvertes. Ce qui importe surtout, c'est qu'elle est en possession d'une méthode sérieuse et sûre en dehors de laquelle tout n'est que conjecture et rêverie. On l'oublie trop quand on croit ou feint de croire que les linguistes en sont encore aux procédés de Ménage. La recherche, a dit Littré, a désormais des limites qui l'assurent et des garde-fous qui la protègent ; il faut reconnaître, du reste, qu'il y a toujours un certain nombre de gens pour sauter les barrières.

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