‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 75 sur 320 · ORIGINE DES NÉOLOGISMES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES NÉOLOGISMES

mairiens, depuis Malherbe jusqu'au P. Bouhours : Vaugelas, Th. Corneille et les autres, entreprirent de conserver le vocabulaire que les Précieuses ou Port-Royal traitaient avec une certaine liberté. Au xviii^ siècle, la querelle se poursuivit. Tandis que Fénelon soutenait les droits des écrivains, un peu plus tard, Laharpe et Voltaire se plaignirent des nouveautés.

Rousseau, avec son ton ordinaire de sauvage, déclarait au contraire qu'il se moquait des barbarismes pourvu qu'il parvînt à se faire entendre, et les hommes de la Révolution, qui étaient un peu en tout de son école, firent comme lui. A partir de ce moment, une foule de mots furent mis en circulation, et le néologisme eut ses théoriciens. Des écrivains d'esprit, comme Nodier, lui refirent en vain son procès. M. Viennet eut beau le dénoncer, en 1855, à l'Académie dans une épître à Boileau; l'épitre était jolie, mais l'auteur eut tort, et les néologismes les plus malmenés entrèrent peu à peu dans la langue courante, voire quelquesuns dans le Dictionnaire de l' Académie.

En pareille matière, l'abus seul est blâmable; mais il faut avouer qu'on use aujourd'hui avec excès d'un droit légitime. Non seulement un nom nouveau se crée pour chaque objet nouveau, mais on peut dire que le néologisme est une réclame, et il n'est si modeste pharmacien ou parfumeur, dépositaire d'un « odontalgique » ou d'un « philocome, » qui ne cherche à étonner les oreilles par quelque mot étrange, anglais ou grec, et à masquer sous un nom original un vieux produit démodé.

86. Origine des néologismes. — Pour se procurer les mots nouveaux on se sert de deux moyens : on les prend tout faits, ou bien on les fait : c'est-à-dire qu'on les emprunte ou qu'on les forme.

Le français comme les autres langues a usé de tout temps

de ces deux moyens ; seulement il en a usé de deux manières. Tantôt il a pris à une langue voisine ou étrangère un mot qui a paru bon pour le franciser, ou bien en a formé un suivant les procédés que la langue tenait du latin populaire et dont on n'avait pas perdu le secret : c'est la formation française proprement dite. Tantôt ce sont les savants qui ont pris au latin, et de nos jours au grec, non seulement des mots, mais des procédés pour en former. De là dans le français deux couches de mots, parfaitement distincts à leur caractère extérieur comme nous l'avons dit dans le chapitre de la phonétique, provenant, les uns de la formation française, les autres de la formation savante, et qui doivent par conséquent être étudiés séparément.

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