‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 15 sur 103 · GOUVERNEMENT DES ROIS · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DES ROIS

alors de nouveau Saûl d'une huile sainte; ce qui est très-probable, Saûl n'ayant reçu la première onction qu'en secret. Alors Samuel voulant se démettre entièrement du gouvernement ( car, depuis la première élection de Saûl, il avait continué de juger les enfants d'Israël, mais avec une autorité subordonnée à celle de Saûl), offrit de rendre compte de son administration. Et comme tous s'y opposaient et lui rendaient cette justice qu'il n'avait opprimé aucun d'eux ni par de fausses accusations , ni par violences , le prophète , après leur avoir reproché leur ingrat oubli envers ce Dieu qui les avait comblés de tant de bienfaits depuis la sortie d'Egypte, fit briller les éclairs et le tonnerre, et tout le peuple , saisi d'un juste effroi , conjura Samuel de ne point cesser d'intercéder pour lui. Samuel le promit, à condition qu'ils seraient désormais plus fidèles à la loi du Seigneur.

Cependant les Philistins occupaient encore les places de Machmas, deBéthel et de Gabaa. Sur l'ordre de Saûl, Jonathas, son fils, prit avec lui mille hommes d'élite, et chassa les étrangers de Gabaa. Brûlant de réparer cet échec , le»Philistins rassemblent une armée formidablCj et viennent camper à Machmas. A cette nouvelle , les Israélites frappés d'épouvante se dispersent, et Saûl reste à Galgala avec une poignée de guerriers. Ce fut alors que ce prince commit une première faute qui devait avoir pour sa famille et pour lui-même des suites bien funestes. Désespéré de voir son armée se dissiper ainsi sans combat, et las d'attendre Samuel depuis sept jours, il offrit l'holocauste que le prophète devait offrir lui-même. Au môme instant, Samuel arrive, lui reproche vivement la faute qu'il vient de commettre , et lui déclare qu'en punition de cette faute, Dieu lui ôtera son royaume, pour le donner à un autre qui aura su se rendre plus agréable à ses yeux. Ensuite le prophète s'en retourne à Gabaa, et. Saûl l'y suit avec les six cents hommes qui étaient restés avec lui. Un brillant succès remporté par Jonathas et son écuyer sur les Philistins rend quelque courage aux Israélites, qui viennent, au nombre de dix mille environ, se joindre à Saûl, pour achever la défaite de l'ennemi. Mais les Philistins échappèrent à la poursuite de Saûl, et peu s'en fallut que Jonathas, qui avait, sans le savoir, désobéi' aux ordres de son père, ne fût victime d'un vœu semblable à celui de Jephté : l'intervention du peuple lui sauva la vie.

Pendant toute la durée de son règne, Saûl ne cessa point d'avoir les armes à la main. Les Ammonites, les Moabites, les Iduméens éprouvèrent tour h> tour js^ v^eur, et les Philistins, qui avaient osé recom-

90 PRÉCa» DS L^HISTOIU ÀHGIllfNE.

mencer la guerre, ne furent paa plus heureux. Ensuite Sàûl, confort mément à Tordre du Seigneur, que Samuel lui avait f^it connaître, attaqua les Amalécites, qui avaient autrefois refusé le passage aux Hébreux sur leurs terres, au retour de la captivité d'Egypte. Les Amalécites furent vaincus et passés au fil de Tépée , et leur i)ays dévasté. Mais Saûl, par une nouvelle désobéissance aux ordres du Seigneur, épargna Agag, leur roi, qu'il emmena prisonnier, avec tout ce qu*il y avait de meilleur dans le butin et dans les troupeaux. Alors survint Samuel qui lui déclara de nouveau que Dieu Tavait rejeté, et que son sceptre passerait en des mains plus dignes de le porter. Puis s'étant fait amener Agag, il le coupa en morceaux, en représailles des cruautés que le prince avait coutume d'exercer sur ses prisonniers. Après quoi Samuel se sépara de Saûl pour ne plus le revoir. L'esprit du Seigneur, dit l'É* criture , se retira alors de Saûl, et ût place à l'esprit malin qui s'empara de lui, 1055.

Consécration secrète de David. -^ Après avoir longtemps plearé Saûl, le prophète, sur Tordre du Seignetr, se rend à Bethléem, dans la tribu de Juda, et y donne l'onction royale au plus jeune des fils d'Isaï (1048). Bientôt David ( c'était le nom de ce jeune homme) est invité par Saûl lui-môme à laisser là les troupeaux de son père, et à venir habiter le palais de son roi. Saûl, en effet, ayant appris que ce jeune pâtre était fort liabile à jouer de la harpe, avait espéré que, par les sons harmonieux de cet instrument, il pourrait calmer les agitations et adoucir les angoisses auxquelles son âme était en proie, depuis qu'il avait péché contre le Seigneur. Mais la faveur de David dura peu. La glorieuse victoire qu'il remporta cette môme année (1048) sur le géant philistin Goliath, et les louanges que lui donnèrent les femmes d'Israël, qui vinrent à sa rencontre en dansant et en chantant ces paroles : a Saûl en a tué mille, mais David en a tué dix mille, » excitèrent dans Tàme du roi de tels transports de jalousie et de rage , que plusieurs fois il essaya de percer David de sa lance. Mais le Seigneur veillait sur le fils d'Isaï, et non-seulement David évita les atteintes de Saûl, mais il sortit vainqueur de toutes lés épreuves auxquelles ce prince, dans l'espoir qu'il y périrait, avait mis son courage. Forcé de lui accorder la main de sa fille Michel, qui avait témoigné pour le vainqueur de Goliath une tendre inclination, et voyant, d'autre part, que Jonathas avait voué à David une amitié à toute épreuve, Saûl n'en persista pas moins dans le dessein qu'il avait formé de féire périr cet homme, à qui il avait voué une haine implacable. U lui tendit mille

GQuvERiaKsirr des itou. M

embûches, et finit par mettre sa tête à prix. David n'eut plus alors d'espoir de salut que dans une prompte fuite. Suivi de quelques amis dévoués à sa fortune, on le voit se retirer successivement auprès de Samuel, à Ramatha, et de là à Nobé, vers le grand prêtre Achimélech, qui, dénoncé à Saùl par le traître Doëg, expia si cruellement rhospi-* talité généreuse qu'il avait accordée au proscrit David. Ensuite celuici, ayant appris que le roi s'était mis à -sa poursuite avec un corps de trois mille hommes, s'enfuit de nouveau, et erra longtemps aux déserts de Ziph, de Maon et d'Engaddi, où, toujours protégé par la main de Dieu, il déjoua toutes les embûches que lui tendit son ennemi, et sut se montrer digne de la protection divine par la générosité avec laquelle il épargna par deux fois la vie du roi, que le Seigneur avait livré à sa merci. Enfin David, ne voyant plus de sûreté pour lui sur la terre d'Israël, alla chercher un asile chez Achis, roi de Geth, qui lui donna la ville de Sialeg pour sa demeure et celle de ses gens. Il y séjourna l'espace de seize mois, pendant lesquels il fit des courses fréquentes sur les terres des Amalécites. Il était encore à Sialeg, quand il reçut la nouvelle de la triste fin de Saûl.

Les Philistins , ayant repris les armes , étaient venus camper à Sunam , près de la montagne de Gelboé, dans la tribu d'Issachar. Saûl, inquiet sur le succès de la bataille qui allait s'engager, vint trouver de nuit une pythonisêûf qui habitait«dans la ville d'Endor, et, sans se faire con^ naître, la pria d'évoquer l'ombre de Samuel (1). Le prophète apparut, en effet , aux yeux de Saùl , mais pour lui faire entendre ces terribles paroles : « Demain le Seigneur livrera le camp d'Israël entre les mains » des Philistins, et demain aussi vous serez avec moi, toi et tes fils. » L'événement vérifia cette prédiction. Le lendemain le combat s'engage ; les troupes de Saùl qui étaient postées sur le mont Gelboé , sont vaincues ; Jonathas et deux de ses frères périssent dans la mêlée , et Saùl blessé, se jette sur la pointe de son épée, pour ne point tomber vivant au pouvoir des ennemis (1040).

Trois jours après la bataille, un jeune Amalécite accourut à Sialeg annoncer à David cet événement, et se vanta faussement d'avoir luimême donné le coup mortel à Saûl. David, indigné que cet homme eût osé porter la main sur l'oint du - Seigneur, le fit incontinent mettre à mort. Puis déchirant ses vêtements et répandant d'abondantes larmes,

(0 Samuel était mùrt cd 1043 , A Tâge de §8 ans. 11 fut enseveli avec pompe à Rama, et MUt lirall l9 i^leiiirt penlUni trente jeun.

92 " PRÉCIS DE l'hiSTOIRB ANCIENNE.

il témoigna ses regrets par un chant funèbre où respire la douleur la plus vraie et la plus touchante.

David , après la mort de Saûl , fut reconnu roi , dans la ville d'Hébron, par la tribu de Juda. Isboseth, fils de Saùl, qui régnait alors àMahanaïm au delà du Jourdain , fut, dans le même temps, proclamé par les autres tribus d'Israël. La guerreéclata entre les deux rivaux. L'armée d'Isboseth fut vaincue par Joab, lieutenant de David, malgré les efforts et l'habileté d'Abner qui la -commandait. La défection et la mort d'Abner, qui périt victime de la jalousie de Joab, entraînèrent la soumission de la plupart des tribus. Celles qui résistaient encore se placèrent d'elles-mêmes sous les lois de David , lorsqu'elles virent Isboseth luimême tomber sous les coups de deux de ses sujets de la tribu de Benjamin (1032). Les tribus, naguère rebelles, envoyèrent au vainqueur trois cent dix-neuf mille six cents soldats qui le proclamèrent, d'une voix unanime, roi de tout Israël. David, se trouvant à la tête d'une armée aussi formidable, entreprit le siège de Jérusalem, qui était restée au pouvoir des Jébuséens, ancienne tribu de Chanaan. La ville, longtemps défendue avec la plus grande énergie, fut prise d'assaut. David, après en avoir chassé tous les anciens habitants, s'appliqua à l'embellir et à la fortifier, joignit la forteresse à la ville , et y fit construire un magnifique palais, à l'aide des ouvriers qui lui furent envoyés par Hiram , roi de Tyr. Il abandonna Hébron , et fixa sa résidence à Jérusalem , qui devint la capitale de tout le royaume.

Les Philistins lui préparèrent .peu de temps après de nouveaux triomphes. Vaincus une première fois dans la vallée des Géants, ils appelèrent à leur secours les Syriens et les Phéniciens. Ils éprouvèrent une seconde défaite, et ils furent pom^uivis jusqu'à Geser, sur la frontière des deuxroyaumes.David,pourtémoignersareconnaissance au Seigneur, fit transporter en grande pompe à Jérusalem l'arche sainte qui était restée dans la ville de Cariathiarim (1028). Ce ne fut point assez pour David d'avoir repoussé les attaques de ses ennemis ; il porta à son tour la guerre sur leur territoire. Vainqueur des Philistins et des Moabites, il leur enleva quelques villes qu'il réunit à son royaume, et leur imposa un tribut. Il marcha ensuite vers l'Euphrate , sur les bords duquel il défît les Sophoniens. Il pilla leurs principales villes, et remporta à Jérusalem une grande quantité de métaux précieux qui, dans la suite, furent employés à orner le temple consacré au Seigneur par Salomon. Dans le même temps, Adad , roi de Damas et de Syrie, fut vaincu et dépouillé de son royaume. David s'en assura la possession, on mettant

fiOlJVSltimStBNT DES ROIS» ÔS

des garnisons dans les places fortes. Tant de victoires ne purent mettre ses ambassadeurs à Tabri des insultes d'Hanon, roi des Ammonites. Ce fut Joab qui eut d'abord la conduite de la guerre entreprise pour tirer vengeance de cette violation du droit des gens. Une première bataille qu*il gagna sur les Ammonites et leurs alliés, loin d'abattre le courage d'Hanon , le détermina à faire de plus grands effqf ts. Soutenu par le roi des Syriens qui habitaient au delà de l'Euphrate , il osa braver encore le ressentiment du roi d'Israël , qui , cette fois , voulut combattre en personne un adversaire aussi résolu. David remporta sur les Mésopotamiens et sur les Ammonites réunis une grande victoire qui leur coûta près de cinquante mille hommes. Les Mésopotamiens consternés envoyèrent au vainqueur des présents et des ambassadeurs pour demander la paix. La guerre continua contre les Ammonites. Joab se rendit maître de Rabbath-Ammon, leur capitale. Ses habitants, ainsi que ceux des autres villes, furent exterminés par l'ordre de David , et leur territoire réuni au royaume d'Israël.

Tout cet éclat extérieur était terni au dedans par un double crime de David, par les violences sacrilèges de ses fils, par la révolte de l'un d'eux , qui menaça à la fois son trône et sa vie. Ce prince si juste et si pieux, épris de la beauté de Bethsabée, femme d'Urie, officier de son armée , eut avec elle un commerce adultère ; et , pour la posséder sans partage et pouvoir l'élever au rang d'épouse légitime , il fit périr son mari , en ordonnant secrètement à Joab de l'exposer à un péril certain, pendant la guerre des Arâmonites. Le prophète Nathan lui reprocha, au nom de Dieu, ce sanglant adultère, lui prédit qu'il serait frappé d'afflictions inévitables, et le condamna à une pénitence sévère. Un des fils du roi, Ammon, déshonora Thamar, sa propre sœur, et fut assassiné, en expiation de §on crime , par son frère Absalon. Absalon , qui , pour ce fratricide, avait été obligé de s'éloigner, pendant quelque temps, de la présence et de la cour de son père, abusa de son indulgence pour le perdre dans l'esprit de ses sujets et préparer un nouvel attentat plus odieux encore. Il leva l'étendard de la révolte et se fit proclamer roi à Hébron. David,' à cette nouvelle, qui porta l'affliction dans son âme, sortit de Jérusalem , accompagné d'un grand nombre de fidèles serviteurs, passa le Jourdain, et alla attendre le jugement de Dieu dans la cité de Mahanaïm. Le prince rebelle engagea la bataille dans le bois d'Éphraïm contre Joab, que David avait mis à la tête des troupes royales. 11 fut vaincu , malgré la supériorité de ses forces, et périt dans sa fuite de la main du général victorieux, La guerre finit avçç AbsalQU;

#1 ?R£CId DB L^HISTOnUI ANCltlTint.

lés tribus, qui avait été complices de sa rébellion ,. s'empressèrent de sft Soumettre à l'autorité de David. Ce prince signala éa victoire par utiô clémence plus glorieuse encore que le succès, et rentra dans Jérusaleiâ au milieu des acclamations de toute la tribu de Juda. Séba, de la tribtt de Benjamin , obéissant à un sentiment de basse jalousie, iSt prendre les armes, peu de temps après, [à quelques mécontents : il Wmis à mort dans Abelmacha par les habitants, qui échappèrent ainsi à Textertninatlon dont Joab les avait menacés. La dernière guerre que David eut à soutenir fut contre les Philistins; ils se battirent avec acharnement pendant trois campagnes. Dans la première, le roi de Juda, sans l'assistance d'Abisaï , l'un de ses plus vaillants généraux, aurait succombé sous les coups d'Àchmon, de la race des géants; dans les deux campagnes suivantes, Néphan et Jonathas acquirent une grande gloire, en forçant les Philistins à mettre bas les armes, sans cependant les réduire sous la domination de David.

David mit à profit la paix qui régnait enfin dans ses états, pour com* poser à la louange de Dieu des cantiques et des hymnes, et les psaumes que l'Église redit encore dans ses prières. Il fit faire par Joab le dénombrement des hommes qui étaient en état de porter les armes dans tous les pays soumis à sa puissance ; ce dénombrement donna neuf cent mille hommes, sans y comprendre les tribus de Juda , de Benjamin et de Lévi. Il choisit, pour bâtir le temple que Dieu lui avait ordonné de construire, la place de la montagne de Moria où Abraham ^s'était résigné à immoler son fils Isaac. Quatre-vingt mille ouvriers étrangers furent employés à tailler les pierres; quatre-vingt-seize mille, à les porter ainsi que les autres matériaux ; trois mille cinq cents, à diriger les travaux. Il assembla une quantité prodigieuse de fer, de cuivre et de bois de cèdre que lui fournirent les Tyriens et les Sidoniens. Après ces préparatifs immenses, après avoir assigné des fonctions diverses aux principaux des tribus, des sacrificateurs et des lévites, après avoir désigné Salomon pour son successeur et l'avoir fait reconnaître par le peuple d'Israël, David mourut ai Jérusalem , à l'âge de soixante-dix ans (1), 1001 .

1001. Salomon, fils de David et de Bethsabée, succéda à son père sur le trône d'Israël, quoiqu'il fût le plus jeune des princes que David avait eus de ses difl'érents mariages. Le règne de Salomon , que les livres saints et l'histoire représentent avec raison comme une période de paix, de bonheur et d'opulence pour le peuple Israélite, commença par des per-

(0 Joséphe, Hitloire des Juifi, Ity. VU.

«omnsBifKxnfT des ton. M

fiécutions et par des supplices* Salomon condamna à périr Âdonias, son frère, accusé d'aspirer à la royauté. Le grand sacrificateur Abathias f\it dépouillé de sa dignité et envoyé en exil ; Sadoc lui succéda dans la grande sacrificature. Joab ne fut protégé ni par le souvenir de ses vio«toires» ni par la sainteté du lieu où il avait cherché un asile. Salomon le fit mettre à mort dans le temple môme , au pied de Tautel, en expiation * de l'assassinat d'Âbner et d'Amaza dont il s'était rendu coupable sous te règne de David. Semeï» qui avait applaudi à la révolte d'Absalon, et à qui David avait pardonné, subit aussi le dernier supplice de la main de Banaïa, capitaine cfes gardes du nouveau roi.

Salomon avait reçu du Seigneur le don précieux d'une sagesse merveilleuse qu'il appliquait avec bonheur dans l'administration de la jus« tjce ; il s'occupa avec autant de zèle que de prudence du gouvernement de son vaste empire, qui embrassait, dans ses hmites; les diverses con* trées comprises entre les bords de l'Euphrate et les confins de l'Egypte, n divisa la terre de Chanaan en neuf provinces, et il en donna le commandement à neuf offîciers qui avaient au-dessus d'eux un gouverneur général* Les peuples soumis avaient des gouverneurs particuliers, chargés de recevoir les tributs de toute espèce qu'ils s'étaient engagés à payer chaque année au roi. L'organisation de l'armée , telle qu'elle avait été étabUe par David , ftit maintenue par Salomon. Tous les gens de guerre restèrent divisés en douze corps de vingt-quatre mille hommes cbacun, commandés par un chef supérieur.

Après les grandes guerres qui avaient marqué le cours du règne précédent, et qui avaient attiré tant de désastres sur les nations voisines, le royaume d'Israël jouit d'une profonde paix pendant les quarante années que Salomon occupa le trône de Juda. Durant cette longue période de repos et de bonheur, il s'occupa de la construction du temple commencé par son père. Un nombre prodigieux d'ouvriers travailla pendant sept ans à élever et à orner le temple le plus majestueux et le plus riche qui ait jamais été consacré au souverain maître du monde. Salomon fit ensuite construire des palais magnifiques, entoura Jéru^ salem de murailles, et fonjia ou agrandit Palmyre ou Thadmor, Maggeddo, Baalath et d'autres villes importantes. Il fit fleurir le commerce dans son royaume ; ses flottes, conduites par des pilotes tyriens, partaient du port de Bérénice sur la mer Rouge , faisaient de fréquents voyages à Ophir et à Tarsis et répandaient, à leur retour dans la Judée, l'or et l'argent qu'elles trouvaient en abondance dans les riches contrées de rinde. Le royaume de Salomon , riche et tranquille au dedans/ était

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respecté au dehors. Les rois étrangers rendaient hommage à la sagesse et à la puissance de ce prince.

Salomon ne put résister aux séductions de tant de grandeur et d'opulence ; il se livra à de honteuses faiblesses et reçut dans son palais un grand nombre de femmes idolâtres,* qui lui firent abandonner la voie du Seigneur. Il adora Astarté, Moloch et Chamos, divinités des Tyriens, des Ammonites et des Moabites. Le prophète Ahias annonça à . Salomon le jugement de Dieu sur sa maison , et lui prédit qu'après sa mort son royaume serait divisé , et que dix tribus seraient gouvernées par un de ses sujets.

962. Salomon mourut à l'âge de cinquante-deux ans, après en avoir régné quarante (1). Nous avons de ce prince le Cantique des cantiques , des Proverbes , des Prières et des Psaumes. De sâVants interprètes pensent qu'il n'est l'auteur ni de VEccîésiaste , ni d'autres écrits qui ont été souvent mis sous son nom.

Les IsraéUtes, après la mort de Salomon, se réunirent à Sichem pour reconnaître et couronner son successeur. Hs supplièrent Roboam d'alléger le poids des impôts dont son père les avait accablés, pour subvenir aux dépenses fastueuses de son règne. Ce jeune prince, indigné d'une demande aussi juste, la repoussa avec colère. Cet orgueil brutal reçut aussitôt son châtiment. Dix tribus se séparèrent de leur roi et même de leur Dieu, en proclamant Jéroboam. Deux tribus seulement, celles de Juda et de Benjamin, demeurèrent fidèles au fils de Salomon.

§ IL - Idée générale du gouvernement des Hébreux et de là législation

de Moise,

Les Hébreux , avant le code qui leur fut donné par Moïse, ne connaissaient d'autre pouvoir que celui qu'un chef exerce dans sa tribu ; ils n'avaient pour se gouverner que la raison naturelle et les traditions de leurs ancêtres. Mais Moïse, par l'ordre de Dieu, leur donna des lois qu'ils devaient observer et qui embrassaient la vie privée , la vie civile ,

(1) Le règne de Salomon présente plusieurs questions chronolû»;iques qu'il est difficile de résoudre complètement avec les monuments historiques qui nous sont parvenus. Les critiques difTérent sur l'âge qu'avait Salomon lorsquMI succéda à son père : ils varient depuis douze ans jusqu'à vingt-quatre. Ils sont encore plus opposés sur la durée de son ré^ne, et par conséquent sur celte de sa vie. Les uns le Toni régner quarante ans et mourir à cinquante-deux ans;d'au(rcs lui doiment quatre-vingts ans de régne, d'api es riiisturiiM) Joséplie, et le font mourir à quatre-vingt-quatorze ans. Le savant Des Vignoles a été notre guide dans la chronologie que nous avons adopiée pour le régne de Salomon.

UOISLÀTIOIf BB MOÏSE. 97

le culte religieux et tout ce qui a rapport au gouvernement. Le code des Juifs est renfermé dans le Pentateuque , divisé en cinq parties; c'est le développement des préceptes annoncés dans le DécaJogue , et tracés par Moïse sur des tables de pierre qui furent conservées dans une arche construite à ce dessein par Tordre de Jéhovah. Cette arche devint un monument sacré : Dieu frappait de mort l'Israélite qui osait y porter une main profane. Avant d'enfermer les lois dans l'arche , le prophète en donna lecture au peuple, qui en jura l'observation sous les peines les plus sévères.

§ I. Gouvernement. — Le premier gouvernement des Juifs fut théocratique ; Jéhovah était leur roi , leur législateur et leur juge. Les tributs . se levaient en son nom , et le produit était consacré à l'entretien de son temple et de ses prêtres ; le grand prêtre était son premier ministre , son confident et son interprète ; cependant il ne fut ni le chef de la nation , ni même celui de la magistrature. Moïse seul réunit le pouvoir sacré au pouvoir politique. Après sa mort, les fonctions de grand prêtre furent séparées des fonctions politiques ; la loi regardait même ces pouvoirs comme incompatibles. Les dépositaires de l'sutorité publique furent d'abord les Anciens, puis les Juges; on en établit en premier lieu xm grand nombre ; ils tenai^at leurs assises aux portes des villes. Cette fonction élective n'était donnée que pendant la vie du titulaire; à la mort du juge, on n'était pas même tenu d'en élire un autre avec un pouvoir égal. On ne voit jamais un fils succéder à son père, si l'on en excepte Abimélech, fils de Gédéon , qui employa la violence et la sédition pour être le premier des Israélites. Le pouvoir des juges était trèsborné, faa faculté de promulguer des lois ne leur appartenait pas , et ils ne faisaient rien sans prendre conseil des anciens et du sanhédrin; mais, dans la guerre, ils jouissaient d'une grande autorité : ils avaient alors le droit d'agir sans consulter le sénat. Les qualités guerrières étaient si indispensables dans celui qu'on nommait le juge de la nation, qu'une victoire fut souvent le titre pour s'élever à cette dignité (1). Les femmes en étaient exclues ; cependant Débora obtint les fonctions de juge pour avoir remporté une victoire sur les ennemis de la patrie. Les rois, qui succédèrent aux juges, jouirent d'une plus grande influence que ces magistrats; ils firent des règlements, infligèrent des peines, osèrent établir des magistrats et réformer leurs décisions. Quelquefois ils prirent sur eux de condamner seuls à la perte de la vie. Quoique

(i)Jo8èphe, BUioiredeiJmfs, Ht. V, chap.e.%

M pRÉas SB l'bbtoirb i^GOOmB.

rétat fût monarchique , radministration a'en appartenait point exclu^ sivement ou monarque. Chaque tribu avait eon chef dans k branche aînée des descendants directs du patriarche qui lui avait donné son nom« Dsuas la suite, ceschefe toent désignés par le nom de Phylarques, Les Phylarques joignaient à la considération dont ils étaient environnés des attributions importantes. Ils assistaient le roi dans les jugements « comme autrefois ils avaient assisté le juge dans leur tribu* Ils avaient fuelques-uns des droits que le monarque exerçait sur la nation entière* Ils ordonnaient les assemblées de leur tribu ; dans ces assemblées, le peuple recevait les ordres de Jéhovah ou ceux du souverain* Quelquefois les citoyens se réunissaient pour prier en commun^ Où confirmait dans ees assemblées l'élection des rois; on prenait part à la décision de la. guerre ou à la conclusion de la paix. Le palais du souverain se remplit d'un grand nombre d'officiers qui devinrent par degrés les agents de son despotisme, et étendirent son autorité pour aceroitre leur puissance. On en distingue trois principaux. Le premier ministre du royaume avait la direction de toutes les aâaires, et était chargé de Texécution des ordres du prince. La maison du roi et sa îonum privée étaient confiées à un ministre particulier. Le masechir, qu'on a improprement coitiparé au chancelier des états modernes.^ avait le soin de conserver le soutenir des événements politiques et des actions des rois* Ces magistrats, au lieu de les éclairer, n'en étaient que les vils flatteurs^ Cette magistrature n'eut aucune influence salutaire sur la destinée des peuples } aucun état, après les règnes glorieux de David et de Sidomon, n'a été gouverné par des princes plus ^Etnatiques et plus cruels.

g H. Dtê lai$ reHgieui9S4 ^ La haine de l'idolâtrie est ^ de tous les sentiments, ^elui qui se maniiez le plus dans le code religieux des Israélites. Ce peuple , sous Moïse et sous l'administration des ji^es , se montra souvent enclin à adopta^ le» superstitions étiimgères. Les malbeUrs doiit il était frappé par la main de Jéhovah ne pouvaient pas le iftndre irrétoosblement au vrai culte ; cette infidélité , si souvent renouvelée, était cependant^ d'après les lois de Moïse^ le plus grand des crimeSi Les Hébreux qui se vouaient au culte de Moloch étaient retranchés du sein d'Israël et lapidés par lé peuple ^ ils étaient puûis par Jéhovah ^ s'ils échappaient aux regards des hommes. U était défendu de posséder les simulacres des faux dieux « et d'en avoir l'image tracée dané des ol^ets dont on faisait usage. Il était interdît aux Hébreuxd'avoir aucune communicatioq avec les Gentils» lorsque ces derniers

UQISLàTIOK DB HOÏSB. M

célébraient leurs fêtes religieuses* Ils ne pouvaient leur vendre les ohaînes, les anneaux, les bijoux destinés à servir d'ornement aui^ idoles f les fruits encore attachés à Tarbre et le champ qui les produit. La loi sépare les étrangers d'Israël , et les exclut ,^eux et leurs enfants, de l'assemblée du Seigneur. Cependant, dans leur aversion pour les peuples qui n'adoraient pas le vrai Dieu» les Hébreux distinguaient les peuples circoncis de ceux qui ne l'étaient pas. La circoncision fut un devoir et un signe religieux pour les descendants d'Israël, et en général pour tous ceux d'Abraham, quelque contrée qu'ils habitassent. Dieu la prescrivit à ses patriarches, qui donnèrent ensuite ce caractère sacré aux mâles de leurs familles. L'Écriture prononce des peines terribles contre l'Israélite qui a négligé de se soumettre à ce précepte du Deutéronome.

Pour proscrire l'idolâtrie, pour mieux cimenter l'unité d'un Être suprême, on établit un seul temple, un seul autel. C'est à Jérusalem que 06 temple s'élève ; cette ville devint une cité commune, et fut pour tous les.Xuifs l'objet éternel de leur adoration et de leur amour. Un pontife, des prêtres et des lévites formaient la hiérarchie sacrée. Le ministère des autels ayant été exclusivement hé à une tribu, il devint héréditaire : ceux qui appartenaient à la famille de Lévi y furent consacrés dès levôr nsâssance. Le pontificat suprême passa à Éléazar, fils d'Aaroni et après lui, à tous les premiers-nés de ses descendants ; les cadets furent voués au sacerdoce. La postérité de Gerson , fils de Lévi, celle inême de Moïse, attachée aux places moins importantes, devinrent les lévites du temple : le nombre de ces derniers fut considérable ; rËcriture en compte plus de vingt mille dans le dénombrement d'IsraeL Moïse entoura d^ cérémonies mystérieuses la consécration du grand prêtre. 'L'Israélite életô à ce rang suprême offrait des sacrifices particuliers , tant pour lui que pour le peuple; on était indigne d'exercer ce ministère élevé, si l'on était disgracié par la nature; un àéMt physique était assimilé à une véritable impureté, et le prêtre Impur ne touchait aux choses flaântes que sous prâne de mort. De nombreuses prérogatives étaient' atta» ehées au sacerdoce : on voit chez les Hébreux les commandements ml^ lttaire$ et les dignités civiles donnés aux prêtres'^ on ne marchait jamais à la guerre qu'ils n'en eussent donné le signal avec la trompette ; l'arche sainte était confiée à leur garde i une partie du butin leur était réservée après la victoire , êans même qu*ild eussent pris part au combat* Uû des plus beaux privilèges du sacerdoce était d'instruire le peuple, de lui expliquer la loi SM^ d&ns les (grandes solennités annuelles.

106 PRÉaS Dfe L'iItSTOIftfi ÀNCnsNNB.

Le roi, à son avènement au trône, recevait des prêtres une copie du Deutéronome qu'il devait porter avec lui , et lire une fois par jour. La dîme sacerdotale^ payée chez un grand nombre de peuples, fut imposée aux Héhyjeux en faveur des enfants de Lévi. Le législateur, en partageant les terres , n'y avait pas admis les Israélites de sa tribu , parce que Jéhovah devait être leur partage. Ils eurent en échange , outre les prémices et les restes des autres oblations, la dixième partie des grains et des fruits de leurs concitoyens : ces dons furent inviolablement prescrits par TExode et par le Deutéronome. Les prêtres présidaient à la célébration des grands fêtes consacrées par la religion des Hébreux : en mémoire du passage de l'Ange sur les terres des Égyptiens, dont il avait immolé les premiers-nés, ils gardaient la solennité de Pâques; sept semaines après, ils célébraient la Pentecôte comme le temps de la moisson et des prémices de leur travail; ils célébraient une troisième solennité, la fête des Tabernacles, à la fin de l'année, quand ils avaient recueilli tous les fruits de leurs campagnes. Les oblations pieuses étaient en usage de toute ancienneté chez les Hébreux ; Caïn et Abel ont offert le premier sacrifice à Dieu ; Noé, en sortant de l'arche, immole des oiseaux et des brebis; Moïse institue un grand nombre de sacrifices, et il en règle avec soin le temps, le lieu et le mode. La pureté était exigée pour tous les sacrifices, soit dans l'oblation présentée à Jéhovah , soit dans le prêtre chargé de ce ministère.

L'Israélite lié par un vœu ou Chérem , dont on distinguait quatre sortes, était obligé de l'accomplir à quelque prix que ce fût : cette religion du serment enchaîna Jephté , vainqueur des Ammonites, et le força d'immoler sa propre fille.

§ m. — Des lois civiles et pénales des Hébreux; de quelques usages particuliers ; caractère générai. de ce peuple.

Les lois de Moïse embrassent les personnes et les choses, le mariage , la dot des femmes et le divorce, les successions, tous les contrats en usage chez les peuples civilisés, et les différentes peines que pouvaient encourir les Hébreux en se rendant coupables de crimes, d'apostasie et de blasphèmes. Avant Moïse, le père avait droit de vie et de mort sur ses enfants; le législateur mit des bornes à son autorité : mais il lui laissa le droit de disposer de leur liberté. Il pouvait vendre, ses enfants, soit pour fournir à sa propre subsistance, soit pour payer ses dettes; il pouvait disposer de sa fille pour en faire une des épouses du isecond rang de l'acheteur. Mais il fallait que le père fût forcé à ces

LÉGISLATION DE MOÏS<. '*•''---'' '*i6('

actes, en opposition avec les mœurs, par son* extrême indigence, et encore la loi lui imposait-elle de consacrer au rachat de ses enfants les premiers biens qu'il acquerrait par son travail et son industrie. On trouve Tesclavage établi chez les Hébreux du temps d'Abraham, qui possédait un grand nombre d'esclaves. Par la législation de Moïse on devenait esclave de trois manières : !• on pouvait se dévouer à la servitude ; 2® un père dans l'indigence pouvait Vendre ses enfants au-dessous de douze ans ; 3» on était condamné à l'esclavage par la sentence du magistrat, quand on s'était rendu coupable d'un vol, et qu'on était dans l'impuissance de restituer l'objet volé. On avait fixé un topme à la durée de la servitude, qui ne s'étendait pas au delà de six années. La septième année, l'année sabbatique, rompait les chaînes de tous les Hébreux sans distinction. L'esclave n'était pas traité en Judée comme il le fut à Sparte et à Rome; la loi recommandait d'user envers lui de la plus grande douceur, et ne permettait dans aucun cas à sop maître de lui donner la mort, comme le permirent dans d'autres siècles les législations de Lycurgue et de Romulus.

Le mariage est recommandé par Moïse avec toute l'autorité d'un législateur qui en apprécie l'influence salutaire sur les mœurs et la population. Le célibat était regardé comme un crime pour l'homme et comme un opprobre'pour la jeune Israélite. La polygamie était permise du temps des patriarches ou chefs de tribus, Abraham, Jacob et Ésaù en offrent plusieurs exemples. Moïse la toléra, mais la restreignit dans des bornes auxquelles elle n'avait pas été assujettie avant la promulgation du Deutéronome. Cependant les huit épouses de David prouvent que les mœurs furent longtemps plus puissantes que la loi. Le mariage chez les Juifs n'était qu'un contrat purement civil ; rarement on invoquait la religion pour le consacrer. Le père de la fille servait de pontife, unissait les deux époux, et sa bénédiction appelait sur eux tous les biens que le Seigneur avait répandus sur les maisons des plus saints patriarches. Le mariage du frère avec la veuve de son frère mort sans postérité était ordonné par la loi , et celui-ci ne pouvait s'en affranchir sans s'être soumis à une cérémonie publique qui était regardée comme un déshonneur. Le divorce était en usage chez les Juifs de toute antiquité : Moïse l'autorisa. Le mari pouvait répudier sa femme souvent pour la cause la plus légère. L'acte du divorce est entouré d'un grand nombre de formalités qui, en le rendant plus difficile, rendaient les unions conjugales plus indissolubles. En général, les Juifs n'ont pas eu d'ofiiciers institués par la loi pour recevoir les^ivers contrats. Ils avaient

lieui daas Forigina, en présence d'un certain nembre 4e témm&Sf plus tard , ils furent écrits par Fun des conti'actants ; ils étaient signés par eux et par les témoins qui étaient appëés pour en reconnalti^ l'esistence et attester la validité des stipulations.

Si Ton apprécie les mœurs d*un peuple par la nature des peines quç prononoe la loi contre les crimes divers, on peut dire que jamais nation ne fut plus cruelle que les Juifis. Ils eurent un grand nombre de suprpliees, dont la détail, fbndé sur rÉcriture, a été en vain contesté par un des plus habiles eommentateurs des livres saints (i). Ces supplices furent la soie, le feu, la potence, rétranglaaient, la lapidation, le glaive , etc. Quelquefois on écrasait le coupable sous les pied^ des aiir maux , sous des traîneaux à bat^e le grain, sous des épines, Le supplice le plus ordinaire était la potence \ comme Ton enterrait avec le cadavre du coupable Tinstrument qui avait servi à lui donner la mort , il était défendu de pendre à un arbre vivant. Quelquefois , ^mme si le législateur avait voulu aggraver la peine, on couvrait le corps du supplicié d*un monceau de pierres qui semblaient l'aocablay de leur poids. Paa§ <»rtains cas , le coupable subissait la peine du retrancbement ou de Tex- «ommunication ; par retranchement, on doit entendre la mort, qui n*était pas IWet d'une sentence des hommes, mais d'une punition céleste e^ cutée par la volonté môme de Jéhovah. L'excommunia était séparé du sein d'Israël; tout commerce avec ses semblables lui était interdit ; il lui était permis d'assister à la synagogue, mais éloigné d^ tout Israélite à la distance de quatre coudées. La privation de la sépulture n'était prononcée que pour les plus grands crimes ; Jéhovab menace tefs rois impies et cruels de livrer leurs corps aux chiens et aux vautour». C'était un déshonneur pour le fils de n'être pas enseveli dans le tombeau 4e son pore.

La corruption des Hébreux avant Moïse, qui ressort d'une foule de •crimes mentionnés dans rÉoriture, lui imposait de promulguer queK ques lois morales. Elles sont en petit nombre, et portent prineipalement sur les encouragements donnés à l'agriculture et é. la vie pastorale. Le législateur -recommande souvent aux Israélites le soin qu'ils doivent avoir de leurs champs et de leurs troupeaux. S'ils observent fidèlement les lois qu'il leur donne. Dieu bénira leurs travauife ; Iqurs ohamps seront fertiles, leurs animaux féconds; leurs maisons se rempliront des richesses de la terre. Mais s'ils négligent de se soumettre aux préceptes

(0 D. Catmet. •

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de Jéhovab , ils èmmi maudits dans la Tille eomme dans les ehamps ; leurs animaux leup seront ravis ou immolés à la Divinité, sans qu'ils aient une part de la vietime. Moïse va jusqu'à donner des préceptes d'agriculture et indiquer la manière dont les Israélites doivent diriger leurs travaux. Quoique le législateur se soit occupé à former les mœurs de son peuple, il ne leur donne pas cependant de lois somptuaires; on n'en trouve qu'une dans le Pêniaieuque : elle défend de porter une robe tissue de ftls divers, de laine et de tin. Dans aucune législation de Tantiquité , on ne voit les recommandations touchantes que Moïse adresse aux Israélites en faveur des pauvres* L'aum6ne est rendue chez lui par le mot de justice; elle est due à l'indigent. C'est pour lui que le législateur déf^adait de eouper l'épi jusqu'au pied ; e'était aux pauvres qu'appartenaient, pendant la moisson, ee ^i tombait des gerbes, et les gerbes entières oubhéee dans les champs.

Tous les anciens peuples du monde ont disparu , la plupart avec leurs lois, les autres avec leur histoire. La législation de Moïse a seule résisté aux temps et aux révolutions qui ont englouti tant de législations célèbres de l'antiquité. Le peuple juif ^ aj^ès les plus grandes catastrophes, après sa dispersion dans toutes les parties du globe, conserve depuis plus de trois mille ans les lois qui lui ont été données par Moïse. Une des causes inrindpales d'une fidélité si prodigieuse vient sans doute de ce que la loi fut donnée aux Juife au nom de Dieu, dont Moïse s'annonça pour l'organe et l'interprète , et de ce qu'il donna dans Fétat une grande autorité aux ministres de la religion. Une liaison intime unissait les dogmes et les lois, et la désobéissance civile était un crime puni à la fois par le prêtre et par le magistrat. Dieu avait interdit de faire aucun changement au code qui avait été promulgué par son autorité même. L'isûlemant dans lequel vivaient las .rui&, m milieu des nations civi^ lisées qui les entouraient de toutes parts, cQntribua à donner à leur gouvernement et à leurs lois cette stabilité qui ne se retrouve, au même degré, chez aucun aute peuple, sans en excepter les Chinois, Il leur était interdit de communiquer avec les étrwigera , de peur qu'ils n'adoptassent leurs superstitions : l'éloignement de la patrie était regardé comme une sorte d'infamie, qui rejaillissait sur la postérité. Pour fortifier ce sentiment. Moïse voulut donner aux JuiDs des mœurs différentes de celles des autres nations; pour fixer leur caractère inconstant, il leur imposa des obligations de tous les jours, et les surchargea de prières, de cérémonies et de sacrifices, Il leur fit adopfer de.s usages extraordinaires qui n'appartenaient à aucim peuple. L4 ùéiébffUum du

sabbat est regardée comme un devoir rigoureux pour tout IsraéUte ; celui qui néglige de l'observer s'expose à une peine sévère , comme s'il s'était rendu coupable d'un grand crime. Le zèle des Juifs pour l'observation de leiu^ usages les suivait jusque dans le foyer domestique, dans les actions les plus ordinaires de la vie. Le mépris qu'ils témoignaient pour les coutumes des autres peuples attira souvent sur eux les persécutioQS les plus violentes. On ne peut comparer le courage de leurs martyrs qu'à celui des chrétiens des premiers siècles de l'Église, qui bravaient sur les bûchers la fureur des bourreaux de l'empire; mais ce qui maintint surtout les Juifs dans l'observation de la loi, ce fut le dogme sublime de l'existence de Dieu et de son unité.

Moïse fit un des préceptes de sa législation d'occuper sans cesse les Israélites de la connaissance de la reUgion et des lois. La maison des prêtres ne cessait d'être' ouverte pour l'instruction publique; une fois par semaine ils expliquaient dans le temple cette loi sacrée, et, de sept ans en sept ans, on la lisait en entier dans l'assemblée générale. L'Israélite devait.s'en nourrir chez lui , en faire une étude journalière , la méditer sans cesse, en marchant, comme assis, dit le Deutéronome, pendant le sommeil et après le réveil ; l'observation lui en est recommandée à chaque instant dans l'Écriture. Telle est l'analyse de cette législation célèbre que Moïse a donnée à son peuple longtemps avant les constitutions de Lycurgue, de Solon et de Romulus, et qui suppose chez les Juifs une civilisation plus avancée, une morale plus pm-e que celle des peuples de la Grèce et de l'Italie au neuvième et au huitième siècle. Nous sommes loin de l'avoir fait connaître dans son ensemble. Il doit nous suffire d'en avoir présenté les principaux caractères (4),

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