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CHAPITRE VI

Histoire des Hébreux et de leurs lois depuis la dispersion des fils de Noé jusqu'au schisme des dix tribus , 2366-962.

Observations préliminaires sur la ' Genèse et sur l'histoire du peuple de Dieu,

Le chapitre 10 de la Genèse est consacré à Thistolre des descendants de Noé; c'est une liste généalogique des familles provenant de Sem, Gham et Japhet, fils de ce patriarche. Leur dispersion , après Télévation de la tour de Babel , est racontée dans le chapitre suivant. Moïse a donné une grande place à tous les faits qui concernent Abraham , la tige du peuple de Dieu. Quatorze chapitres de la Genèse (I) sont employés à retracer son histoire : ses voyages divers, le tableau de ses mœurs , l'origine de ses enfants» ses rapports fréquents avec Jéhovah, tout est décrit avec un soin particulier par Moïse. On doit remarquer que les traditions sur Abraham se rapprochant davantage du temps où vivait l'hisitrien sacré , il a été plus facile à ce dernier de les recueillir , et de donner par conséquent plus d'étendue à son récit. La vie de ce patriarche avait en effet moins d'importance que les temps antédiluviens , exposés seulement dans les six premiers chapitres de la Genèse.

Les Hébreux , qui tirent leur nom &Hiber, quatrième descendant de Noé par Sem , et dont Thistoire se confond avec celle d'Abraham et de sa postérité , ne commencent à former ui\ peuple qu'après leur sortie d'Egypte sous le commandement de Moïse : c'est encore un peuple errant , sans patrie , sans gouvernement régulier. Sous la conduite de Moïse , la nécessité les soumet à sa puissance ; ils obéissent à des chefs ; ils sont régis par un code de lois avant d'avoir une patrie. 11 s'écoula plus de sept siècles depuis la naissance d* Abraham jusqu'à l'Exode. Pendant un intervalle de temps aussi considérable, les Hébreux ne sont encore gouvernés que comme une famille. En Egypte , où la famine les force de se réfugier, ils forment une colonie assez nombreuse; mais leur ressemblance avec les peuples pasteurs , anciens dominateurs de l'Egypte , les rend odieux aux indigène^ qui les condamnent à subir les plus sanglants outrages. G'est dans la servitude que ce peuple réunit ses forces, qu'il sent le besoin de conquérir une patrie qui lui soit propre. Le souvenir de ses infortunes lui donne le courage nécessaire pour combattre et souffrir dans les déserts pendant quarante ans. Moïse, remplissant le ministère le plus élevé, est l'organe de la volonté du Très-Haut; il est le mé-

(0 G«néM, eliap. 19-35.

74 PEÉCIS m L*HISTOIRS ANCIENNE.

diateur entre son peuple et Jéhovah; il promulgue la loi étemelle pour les Israélites, et leur imprime ce caractère inefifaçable, qu'ils conservent à travers des temps et des pays si divers, et malgré les révolutions nombreuses qui ont englouti tant d'empires et de peuples.

Les Hébreux , depuis leur affranchissement du joug égyptien , ont des rapports fréquents avec sept peuples , dont Thistoire n'offre quelque intérêt que par leurs relations avec les descendants d'Abraham. Ce sont les Mohabite» , les AmmoniteSy les Madianitei^ les Édomites ou Iduméens, les Amaléeites^ les Philistins et les Ckananéens, 11 serait impossible de tracer les limites du pays occupé par ces peuples divers ; il doit suffire de savoir qu'ils se trouvaient tous dans les confins de la Gœlésyrie ou de l'Arabie, et qu'ils faisaient même partie de ces deux contrées. Leur origine était la même que celle des Hébreux i leur religion ne parait pas avoir d'abord différé de celle qui fut enseignée dans la maisoB d'Abraham. Mais , dans des temps postérieurs, elle dégénéra de sa pureté primitive. Leur culte idolâtrique est souvent mentionné dans l'ËGritnre et dans Josèpbs. Les efforts des chefs des Hébreux avaient pour but de maintenir ohei ce peuple le respect pour la foi d'Abraham et la législation de Moïse, que des nations voisines et idolâtres cherchaient à détruire dans leur haine aveugle et fanatique pour les antiques traditions du peuple de Dieu et les institutions dictées au mont Sinaï.

Nous allons tracer sommairement l'iiistoire d'Abraham et de ses descendants , en avertissant encore que la Genèse est la principale source où nous avons puisé. On ne doit pas attendre de nous que nous discutions certains faits qui sortent des limites ordinaires de la nature; il ne serait ni dans les convenances « ni dans nos opinions de nous livrer à un examen critique qui serait ici tout à fait 'déplaeé. Aussi , pour tout ce qui concerne las temps de l'Histoire sainte, avens-nOas constamment présenté les faits dans leur simplicité, sans les dépouiller des cirooastances qui leur sont propres et qui empêchent qu'on 9e les soumette aui règles de la critique historique.

S L Histoire dês Hihrsum dejms la éisperiion dn filé d$ iVoé jusqu'au schisme dês dix triàMS, 2366-*962.

Nous avons dit que les descendants de Noé s^étaîent dispersés dans les diverses contrées de la terre , après la vaine tentative qu'ils avaient faite d'élever jusqu'au ciel la tour de Babel, irrécusable monument de leur orgueil et de leur impuissance* Sem était resté en Asie, et sa postérité peupla les divers royaumes dont nous aurons à retracer Torigine. Arphaxad , un des fils de Sem, s'établit dans la Ghaldée aveo sa famille, et bientôt on y voit des villes fondées par ses descendants. Tharô , père d'Abraham, habita Ur, une des villes de la Ghaldée. La perte d'un de ses fils lui ayant rendu ce séjour odieux, il se transporta à Haran , où il termina ses jours à l'âge de deux cent cinq ans« S09 fils AbvfthMi ,

ABRAHAli ET SES DESCEIIDANTS. Iti

25G6, qui honorait le Seigneur, qui disait hautement que Tunlvers était l'ouvrage de ses mains , s'attira , à cause de sa piété , Tenvie et la haine d'un grand nombre d*habitants de la Ohaldée. Pour obéir à Tordre de Dieu qui voulait qu'il fût le chef de son peuple, il quitta le pays avec Sara, sa femme, avec Loth son neveu , et toutes les personnes qui composaient sa maison et sa famille, et il alla demeurer dans la terre de Chanaan que Dieu promit à sa postérité. Dans la vallée illustre où Dieu lui apparut, et sur la montagne qui était à Torient de Béthel, Abraham , reconnaissant des bienfaits du Seigneur, lui éleva des autels et rendit hommage à son nom et â sa puissance. La terre de Chanaan s'étant trouvée vers ce temps affligée d'une grande famine , il résolut d'aller chercher un asile en Egypte, dont la fertilité était déjà célèbre dès cette haute antiquité. Là, Sara sa femme, qu'il avait fait passer pour sa soeur, lui fut enlevée par le Pharaon qui régnait sur l'Egypte ; mais une peste qui vint à désoler le royaume et une révolte qui éclata parmi ses sujets ayant frappé de terreur l'âme coupable du prince , il chercha à réparer son crime , en renvoyant Sara à Abraham. et en le comblant des plus riches présents. Pendant son séjour en Egypte , le saint patriarche s'était instruit des mœurs et des usages des habitants, avait en de fréquents entretiens avec les prêtres, les avait éclairés sur quelques-unes de leurs erreurs, et leur avait donné, suivant Josèphe (f), les premières notions de l'arithmétique et de l'astrologie qui, jusqu'alors, leur avaient été complètement inconnues.

Abraham, de retour dans la teçre de Chanaan, se trouva riche en troupeaux, en esclaves, en or et en argent : Loth possédait aussi de grandes richesses. Comme leurs pasteurs étaient souvent en querelle pour les pâturages, Abraham et Loth prirent le parti de se séparer et de partager entre eux le pays où ils s'étaient établis. Loth alla demeurer à Sodome , sur les bords du Jourdain ; Abraham dans la vallée de Mambré, qui était du côté d'Hébron ; il n'habita point les villes; il vivait sous des tentes avec sa famille, changeait souvent de demeure , attendant cette magnifique cité que Dieu avait promise à sa foi. Quelques années après, la guerre ayant éclaté entre' les rois d'Assyrie et ceux du pays de Sodome, ces derniers furent vaincus, et Loth, qui avait été leur auxiliaire, fut ftiit prisonnier. Abraham, touché du malheur de son neveu, prit avec lui trois cent dix-huit des siens , se mit à la poursuite des Assyriens, les surprit la nuit pendant qu'ils étaient plongés

(1) ioséphe, Histoire des Juifs, 1. 1, ebap. 8.

76 PRÉCIS D£ l'histoire A.NCIENIHS.

dans l'ivresse et dans le sommeil , les tailla en pièces et délivra Loth et les Sodomites qu'ils emmenaient en captivité.

Cependant Abraham, qui av^it fait alliance avec le Seigneur et qui devait être le chef d'un grand peuple, se voyait sans postérité. Il épousa Agar, esclave égyptienne, qui lui donna un fils nommé Ismael. Treize ans après, Sara, que l'on avait crue stérile, mit au monde Isaac, dont les descendants devaient être innombrables, et qui devaient régner sur tout le pays de Chanaan depuis l'Egypte jusqu'à l'Euphrate. Pendant que la vertu d'Abraham était ainsi récompensée, les habitants de Sodome, de Gomorrhe, de Séboïm et d'Adama s'attiraient la colère céleste par leurs abominations ; ils furent consumés par une pluie de feu, à l'exception de Loth et de ses filles, qui donnèrent naissance aux tribus des Moabites et des Ammonites. Le fils d'Agar s'allia avec une femme égyptienne; il en eut douze fils qui occupèrent tout le pays situé entre l'Euphrate et la mer Rouge, et qui fut appelé Nàbatée.

Abraham était si soumis à la volonté du Très-Haut qu'il n'hésita point à conduire son fils Isaac sur la montagne de Moria, où il avait reçu l'ordre de le sacrifier. Mais un envoyé céleste arrêta son bras prêt à frapper, en lui disant que son obéissance avait été mise à ujae assez rude épreuve , que le Seigneur ne voulait point la consommation du sacrifice qu'il avait ordonné, et que, pour le récompenser de sa pieuse docilité , il multiplierait sa race autant que les étoiles du firmament ou le sable de la mer, qu'il le bénirait dans ses descendants et qu'il les rendrait maîtres de toutes les villes de leurs ennemis. Abraham vécut encore un assez grand nombre d'années pour voir s'accomplir une partie des promesses du Seigneur. 11 mourut, 2191, à l'âge de cent soixante-quinze ans, laissant Isaac seul héritier de ses richesses et de ses troupeaux. Madian et les autres fils qu'il avait eus de Céthura , après la mort de Sara, ne reçurent de la succession paternelle que des présents avec lesquels ils allèrent fonder des établissements dans d'autres contrées.

Isaac imita la foi d'Abraham et reçut de Dieu les mêmes promesses. Ses deux fils, Ésaù et Jacob, que la jalousie si ordinaire entre frères avait d'abord divisés, se partagèrent sans combat les richesses de leur père. Jacob, béni par son père, au préjudice d'Ésaû, et qui avait acheté de ce dernier le droit d'aînesse , eut une plus grande part dans l'héritage paternel. Lia et Rachel lui donnèrent douze fils dont les noms servirent à distinguer les douze tribus d'Israël, quand elles s'établirent dans la terre de Chanaan. L'enlèvement de Dina par un prince du pays de Sicbem

ÀbRAfiÀM ET SES DESCENBANtS. 77

fit éclater une guerre cinielle entre les Sichémites et les enfants de Jacob, Siméon et Lévi tirèrent vengeance de l'outrage fait^ leur sœur, en mettant à mort le ravisseur avec tout son peuple. Ces cruelles représailles rendirent Jacob odieux et l'obligèrent d'abandonner le pays qu'il habitait et d'aller s'établir à Béthel. Dieu avait ordonné à Jacob de prendre le nom d'Israël, d'où ses descendants furent appelés Israélites.

Un de ses douze fils , 2097, Joseph , fut vendu par ses frères et conduit en Egypte, où il fut bientôt jeté dans les fers, faussement accusé par la femme de Putiphar, officier du roi , dont il avait repoussé la passion coupable. Mais, inspiré de l'esprit du Seigneur, Joseph étonna les compagnons de sa captivité en exphquant leurs songes. Il fut rendu à la liberté par l'ordre du roi Pharaon , et il administra son royaume en qualité de premier ministre. Sa prévoyance sauva l'Egypte d'une ruine entière, pendant sept ans de stérilité dont Dieu avait frappé cette contrée. Il appela Jacob de la terre de Ghanaan, et l'établit avec sa famille dans le pays de Tanis, 2076.

Les Israéhtes, devenus puissants, excitèrent lajalousie des Égyptiens, et souffrirent les plus violentes persécutions. Ils étaient condamnés aux travaux les plus durs , à la construction des canaux et des monuments qui fertilisaient et embellissaient l'Egypte. Cependant, leur population prenant tous les jours de nouveaux accroissements , les rois d'Egypte ordonnèrent de faire mourir tous les enfants mâles qui naîtraient des femmes israèlites et de les jeter dans les eaux du Nil.

1725. Dieu suscita enfin à son peuple un vengeur dans la personne de Moïse , qui vint au monde dans le pays de Tanis , où son père Amram s'était retiré avec toute sa famille. Exposé sur les eaux du Nil, par suite de l'arrêt porté contre tous les enfants des Hébreux, il fut sauvé par Thermutis, une des fifies du roi d'Egypte, et élevé dans le palais du prince qui avait juré d'exterminer sa nation. Quand il eut atteint l'âge d'homme, il mit son courage au service de Pharaon, se signala dans une guerre que les Éthiopiens avaient portée dans son royaume^, les chassa des villes qu'ils avaient conquises et les poursuivit dans leur pays jusqu'à la ville de Saba (nommée plus tard Méroë), leur capitale (1). Cependant, toujours en butte à la haine des Égyptiens qu'animaient en outre les prédictions menaçantes de leurs prêtres , il sortit secrètement du royaume, gagna le désert et se retira dans le pays des Madianites. Jéthro, qui exerçait à la fois les fonctions de roi et de grand-prêtre , lui

(i) Joséphe, Hittoire di^t Juif», liv. II, chap. »,

78 PRÉCIS DE l'histoire ANClETmE.

donna bientôt une de ses filles -en mariage, et Fintendance de seg trou^ peaux, qui formaient sa principale richesse. Pendant que Moïse vivait paisiblement chez les Madianites, les Israélites continuaient à être accablés de toutes sortes de maux en Egypte. Dieu, touché de leurs lameatations et se souvenant de l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, Isaac et Jacob, apparut à Moïse au milieu d'un buisson ardent, sur Ifi mont Horeb où il faisait paître ses troupeaux , et lui ordonna d'aller délivrer ses compagnons de la tyrannie de leurs oppresseurs. Moïse, encouragé par plusieurs prodiges qui lui révélèrent sa mission divine, se hâte de retourner en Egypte , suivi de sa femme et de ses fils , et d'Aaron, que le Très-Haut lui avait associé dans le projet de délivrance qu'il allait entreprendre. En vain il essaya de toucher le cœur de Pha-^ raon , et d'obtenir la permission de faire sortir les Israéhtes d'une terre où ils avaient à souffrir toutes sortes de rigueurs et d'outrages. Ce prince ne se montra que plus inflexible, et il prescrivit aussitôt à ses ministres de soumettre les étrangers à des travaux plus durs encore que par le passé. Mais Dieu n'abandonna pas son peuple dans cette cruelle extrémité. Il frappa TÉgypte de plusieurs plaies qui brisèrent le cœur de Torgueilleux despote, et qui lui arrachèrent la permission qu'il avait d'abord refusée aux prières de Moïse et d'Aaron. Moïse, au moment de s'éloigner de cette terre d'exil et d'esclavage, voulut que les Israélites témoignassent leur reconnaissance envers l'Étemel, en célébrant la pâque, ou son passage à travers l'Egypte, et il leur prescrivit de manger d'un agneau sans tache , cette môme nuit où s'accomplit cette apparition miraculeuse. Il partit ensuite de Ramessès , emmenant tous les enfants d'Israël, au nombre de six cent mille hommes, et se dirigea, par des chemins détournés, vers la mer Rouge, dont les eaux se séparèrent pour assurer la fuite du peuple de Dieu ( 1645 ).

Le roi d'Egypte , se repentant d'avoir laissé sortir de son royaume une population aussi nombreuse qui lui payait tribut et qui exécutait tous les travaux dont le poids retomberait à l'avenir sur son peuple, fit en toute hâte des préparatifs pour marcher à sa poursuite. U arriva près de la mer Rouge au moment où les eaux se divisaient à la voix de Moïse pour laisser passer les Hébreux. Pharaon se précipite à leur suite dans le chemin miraculeux qui lui semblait ouvert. Mais les eaux, s'étanttout à coup réunies, couvrirent le roi d'Egypte, ses chariots de guerre et ses cavaliers , et il fut enseveli dans l'abîme avec toute son armée. Moïse, en action de grâces pour un miracle aussi éclatant, entonna aussitôt ce magnifique cantique où il célèbre, avec toute Ja pompe

LES ISBAÉUTES DAIfS LB DÉSERT, 7^

et toutes les richesses de la poésie orientale, la puissance du Très-Haut, le salut d'Israël, la mort et la confusion de ses ennemis.

Bi$toire des Israélites sous la conduite de Moïse. — Des bords de la mer, les Israélites, étant entrés dans le désert, campèrent successivement à Mara, où ils trouvèrent des eaux amères que Moïse adoucit en y jetant d'un certain bois que lui avait montré le Seigneur ; à Élim , lieu planté de palmiers; dans le. désert de Sin, où, les vivres leur manquant, ils commencèrent à murmurer contre Moïse , jusqu'à ce que le Seigneur leur eût envoyé cette nourriture mystérieuse qu'ils appelèrent du nom de manne ^ mot qui signifie don; à Raphidim, où Moïse, pâï l'ordre da Dieu, ayai^t frappé de sa verge le rocher d'Horeb, en fit jaiUir une source abondante. Ce fut près de ce heu que les Amalécites, issus d'Amalec, petit-fils d'Ésaû ,• vinrent attaquer les Israélites , sans égard pour l'origine commune qu'ils tiraient d'Abraham. Josué marcha à leur rencontre, et remporta sur eux une victoire complète. Moïse, pour en perpétuer le souvenir, élêvà sur le lieu môme un autel qu'il consacra au Seigneur.

Peu de temps.après Jéthro, son beau-père, prêtre de Madian, lui amena sa femme et ses deux fils dans le désert. Témoin des soins multipliés qui accablaient le chef des Israélites, et qui le forçaient à siéger chaque jour sur son tribunal , il lui conseilla de se décharger des détails minutieux de l'adminisirationde la justice sur des hommes fermes, courageux, pleins de l'esprit de Dieu, et de ne se réserver que l'examen et la décision des affaires les plus importantes. Moïse, frappé de la sagesse de ce conseil, divisa tout son peuple en corps de mille hommes auxquels il donna des juges pour les commander; il divisa ensuite ces cprps en compagnies de cent hommes, de cinquante et de dix, 'qui eurent chacune des chefs particuliers, soumis entre eux à une hiérarchie régulière, mais qui tous reconnaissaient Moïse pour maître.

le troisième jour du troisième mois depuis leur sortie d'Egypte, les Israélites arrivèrent au désert du Sinaï et dressèrent leurs tentes en face 4e la montagne où devait s'accomplir le plus grand événement de leur Içng pèlerinage. Moïse s'étant dirigé vers la montagne, Dieu le conduisit au sommet au milieu d'un bruit effrayant de trompettes et à travers un nuage qui les dérobait aux regards du peuple. Il lui dicta à bî^utevoixleDeutéronome, qui renferme les préceptes fondamentaux cle la reUgion et de la société. L'Éternel, dans cette loi sublime qui fut gravée sur deux tables de pierre, prescrivit aux Israélites de ne prendre jftiQais son nom en vain, de l'adorer comme le Seigneur leur Dieu qui

les avait tirés de TÉgypte, de la maison de servitude, comme le Dieu fort, comme le Dieu jaloux qui venge l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la quatrième génération ; il leur ordonna de travailler pendant ' six jours, mais de se reposer le septième, et de sanctifier le jour dd sabbat; d'honorer les auteurs de leui-s jours; il leur défendit de jamais se souiller par le meurtre, par le vol, par la concupiscence, par des actions impures. Moïse ne se contenta pas de promulguer au nom du Seigneur ces préceptes fondamentaux; il en ajouta un grand nombre d'autres moins importants, mais nécessaires pour constituer la société la plus policée qui ait existé jusqu'à la promulgation de la nouvelle loi. Ces lois diverses embrassaient le droit civil, le droit criminel, les rapports du peuple de Dieu avec les nations étrangères et le culte -qu'on devait rendre au Très-Haut. Elles limitaient la dur^ de l'esclavage et accordaient aux esclaves contre leurs maîtres une protection quMls ne trouvèrent point dans les constitutions des plus célèbres législateurs de la Grèce et de l'Italie ; elles punissaient l'homicide, le vol, les blessures faites aux animaux utiles, établissaient dans certains cas la peine du talion, et donnaient assistance aux femmes et aux enfants contre les outrages et les injustices de leurs persécuteurs. Dieu promettait aux enfants d'Israël de les faire triompher de leurs ennemis, de les établir sur leurs terres,* à la condition de ne point contracter d'alliance avec eux, d'observer sa loi, et de s'abstenir de tout hommage envers les divinités étrangères.

Pendant les quarante jours et les quarante nuits que Moïse passa sur lemontSinaï, les Israélites, s'ennuyant de sa longue absence et n'espérant plus même le voir revenir au milieu d'eux, avaient forcé Aaron de leur faire un veau d'or semblable à l'idole qu'on adorait à Memphis. On sait la sainte indignation de Moïse, lorsque, redescendant de la montagne, il vit tout Israël dansant autour du veau d'or. Un châtiment terrible suivit de près ce grand crime : vingttrois mille hommes périrent par l'épée des Lévites. Puis Moïse retourna sur le Sinaï; et comme, dans la colère que lui avait inspirée l'infidélité des Hébreux, il avait brisé les tables de pierre sur lesquelles JéhOvah lui-môme avait écrit sa loi , Dieu voulut bien écrire de nouveau cette loi sur d'autres tables, que Moïse, au bout de quarante jours et d'autant de nuits, rapporta au milieu des tentes d'Israël. Alors fut dressé et consacré le Tabernacle où ces tables furent déposées, et qui devait être le signe de l'alliance que Dieu avait conclue avec son peuple. Aaron, frère de Moïse, auquel la garde en fut confiée, obtint la dignité de grand

LES ISRAÉLITBS DAMS LE DÉSERT. 6i

prêtre, qm devint hérédit^i^re dans sa famille. Cette dignité, qui était incompatible avec Tautorité souveraine, subsista, avec des prérogatives différentes, jusqu'à la destruction de Jérusalem et du temple par les Romains. Peu de temps après la consécration du Tabernacle , le 14* jour du premier mois de la seconde année (i644), les Israélites célébrèrent la Pâxpie, en mémoire de leur sortie miraculeuse de TÉgypte, cette terre de servitude.

Après être restés im an environ au pied du mont Sinaï , les Israélites en décampèrent pour aller dans le désert du Pharan , toujours guidés par une colonne de nuées durant le jour et une colonne de feu durant la nuit. Nous ne les suivrons point dans toutes leurs marches et leurs campements, n nous suffira de dire qu'en pu\iition de leurs nombreuses infidélités, ils errèrent pendant quarante ans dans le désert, tantôt s'approchant de la terre promise, tantôt revenant sur leurs pas, et que plus d'une fois ils se montrèrent' indociles à la voix du Seigneur et aux ordres de Moïse. La plus célèbre , comme aussi la plus, dangereuse de leurs révoltes, fut celle de Coré, qui, soutenu de Dathan et d'Abiron, prétendait enlever à Aaron la souveraine sacrificature. Mais, à la voix de Moïse, ces trois ambitieux, deux cent cinquante Lévites, leurs complices, et quatorze mille sept cents Hébreux périrent dans un incendie allumé par le feu du ciel, ou furent ensevelis dans les entrailles de la terre qui s'entr'ouvrit sous leurs pas (1).

Sur la fin de la trente-neuvième année, les Israélites vinrent camper près de Cadès^-Barné ^ èur la limite de la terre promise. Pendant les derniers mois de cette année et pendant la suivante (4606-160S), ils eurent à combattre plusieurs peuples belliqueux (les Iduméens, les Aradiens, les Amorrhéens,. les Ammonites et les Madianites), qui prétendaient leur interdire par les armes l'entrée de la Palestine. Sous la conduite de Josué, les Israélites furent constamment vainqueurs de leurs ennemis. . .

Le moment approchait où les Hébreux allaient enfin prendre possession de la terre promise. Mais Moïse n'y devait point entrer. Il put seulement la voir du haut du mont Nébo, où il mourut, le i2« mois de l'année 1605, à l'âge de cent vingt ans. « Avant que de mourir, il composa ce long et admirable cantique qui commence par ces paroles : O cieuœ^ écoutez ma voix; que la terre prête l* oreille aux paroles de ma bouche. Dans ce silence de toute la nature, il parle d'abord au peuple

(1) Livre des novtbret, cliapt. 16. Joséphe, Aniiqmlée Judaïq«ei^ IW. IV, chap. 3.

8i PRÉCIS DE L*HfSTOIRB ÀNCIBimi.

avec une force inimitable; et, prévoyant ses infidélité», il lui en découvre rhorreur* Toutd*un coup il sort de lui-même, comme trouvant tout discours humain au-dessous d'un sujet si grand : il rapporte ce que Dieu dit, et le fait parler avec tant de hauteur et tant de bonté qu*on né sait ce qu'il inspire le plus, ou la crainte et la confusion, ou l'amour et la confiance (i). t»

Histoire des Hébreux sous la conduite de Josué, — Josué, fils de Nun , lui succéda dans la conduite du peuple d'Israël. Dieu lui apparut, et lui promit d'être avec lui, comme 11 avait été avec Moïse. Plein de confiance dans cette promesse , Josué passe le Jourdain , assiège Jéricho* dont les murailles s'écroulent au son des trompettes, pardonne aux Gabaonites, qui ont surpris, par ime adroite supercherie, l'amitié d'Israël, et défait les cinq rois amorrhéens qui étaient venus les attaquer pour les punir d'avoir fiatit alliance avec le peuple hébreu.

Après cette glorieuse victoire, qui le rend maître de tout le midi de la Palestine, Josué apprend que Jabitt, roi chananéen, qui régnait à Aaor, viUe située à peu de distance des sources du Jourdain, avait réuni «es troupes à ceUes des autres rois du nord de la Palestine, el que tous ensemble songeaient à attaquer Israël. Il marche contre eux, les défait et les poursuit jusque sous les murs de Sidon. La prise d'Azor et la mort de Jabin complètent sa victoire.

L'Écriture compte jusqu'à trente et tin rois dont les Israélites triomphèrent, tant sous la conduite dé Josué que sous celle de Moïse. Josué mit la dernière main à son œuvre, en extirpant entièrement de la terre promise cette race de géants appelés Snakim^ qui, dès loW, se mêla avec les Philistins.

La conquête terminée, Josué choisit trois hommes de chacune des douze tribus, pour faire entre elles lé partagé de la Palestine. Puis on dressa le Tabernacle à Silo, dans la tribu d'Êphralm, au pays de Sichem. Ce fut là que mourut Josué (4580), après avoir gouverné Israël vingt-cinq ans, depuis que Moïse s'était endormi dans le Seigneur.

Gouvernement des anciens.

Après la mort de Josué (1580), on institua un conseil des anciens d'Israël t ce conseil général des anciens ou Sophetim fut probablement composé de 70 membres, comme celui que Moïse avait établi dans le désert, et chargé d'administrer la justice et de gouverner le peuple de

Cl) Bofsaet, Diieovrt fwr l'hi$Mr$ univenelh^ deuxième partie.

aOUTBRinHBlIT DIS ANCIBN8. 85

Dieu. Puis on reprit les hostilités, un moment suspendues pur la mort de Josué, contre ce qui restait des nations chananéennes. Le Seigneur, consulté par les douze tribus, nomma celle de Juda pour marcher à leur tête contre Tennemi commun, suivant cette parole 4e Jacob mourant : Le êceptre ne sortira point de Juda. Bientôt les Jébuséens furent vaincus près de la ville de Bézec, non loin des bords du Jourdain, el leur roi Adonibézec, fait prisonnier par les Israélites, eut les extrémités des pieds et des mains coupées, en représailles du traitement que lui- XBcme reconnaissait avoir fait subir à soixante-dix rois, qui, ainsi mutilés, mangeaient sous sa table les restes de ce qu'on lui servait. Restait à enlever aux Jébuséens leur capitale Jébus. Juda et Benjamin, étant venus les y attaquer, emportèrent la ville basse, qu'ils réduisirent en cendres ; mais désespérant de vaincre la résistance que leur opposa la ville haute, ils consentirent à ce que cette partie de Jébus demeurât au pouvoir de ses anciens maîtres, et se contentèrent de s'établir dans Tautre, après l'avoir rebâtie.

Les populations chânanéennes avaient été presque entièrement exterminées au midi de la Palestine. Mais il n'en fut pas de même dans le nord. Là, les Hébreux aimèrent mieux avoir pour tributaires les peuples vaincus que de les anéantir, suivant l'ordre que leur en avait donné lloïse; plus tard ils eurent lieu de se repentir de leur désobéissance.

1^62. — Après la mort des anciens, il s'éleva une génération nouvelle qui n'avait point été, comme eux, témoin des prodiges que le Seigneur avait opérés en faveur de son peuple. Ces nouveaux Israélites ûe tardèrent pas à mettre en oubli la loi du Seigneur, faisant alliance avec les peuples chananéens qu'ils avaient épargnés, épousant leurs mies et se laissant entraîner par celles-ci à l'idolâtrie. Dieu, irrité, leis livra à Chuzan, roi de Mésopotamie, 4562,

Ici commence dans l'histoire des Hébreux une période nouvelle. La conquête est achevée, les tribus en possession de la Palestine qu'elles se sont partagée , administrées chacune par son phylarque (chef de tribu), et sans autre lien général que le lien religieux, l'obéissance au grand-prêtre, à la loi, à Jéhovah. Dans cette situation, souvent elles délaisseront les autels du vrai Dieu pour ceux des divinités étrangères, et alors l'unité nationale sera sur le point de se rompre. Mais elle sera rétablie par des hommes animés de l'esprit de Dieu, et suscités par lui , dans les temps de crise, pour le salut d'Israël : ce sont les juges dont le gouvernement sert d'intermédiaire entre celui des anciens et celui des rois. Du reste, tous ces juges n'eurent point pour mission de délivrer

61 PRÉaS DE L'HiSTOtftfi ÀNCIfifmtt.

Israël de la servitude étrangère. Plusieurs ne paraissent avoir été élevés à cette dignité que pour exercer, comme leur nom l'indique , la juridiction suprême dans Israël, et aussi, ce semble, pour répondre à ce besoin d'unité qui se faisait sentir à toutes les tribus, de toutes parts entourées de nations ennemies, et qui plus tard les poussera à demander l'établissement de la royauté.

GouTernement des juges, 1554-1080.

Il y avait déjà huit ans que les Israélites payaient tribut à Ghuzan , quand Dieu, touché de leurs plaintes, leur envoya Othoniel, fils de Cenez, frère du célèbre Galeb, qui les délivra de la servitude du roi de Mésopotamie, et les gouverna quarante ans (1554-1514) avec le titre Aejuge, c'est-à-dire, comme l'observent les auteurs de VArt de vérifier les dates f avec la même autorité à peu près que celle qu'exerçaient les consuls à Rome , les rois à Lacédémone et les suffètes à Carthage. L'esprit du Seigneur était en lui, dit l'Écriture, en parlant d'Othoniel , voulant marquer par là la sagesse de son administration.

Après la mort d'Othoniel, les Israélites ayant de nouveau péché devant le Seigneur, tombèrent sous la puissance d'Églon, roi des Moabites, qui, de concert avec les rois des Amalécites et des Ammonites, tyrannisa pendant dix-huit ans les Hébreux, ses tributaires. Ahod résolut d'affranchir et de venger sa nation. Attiré dans un piège, Églon meurt frappé de sa main, 1496, et Israël tout entier, se levant comme un seul homme, chasse l'étranger de son territoire. Ahod, ainsi qu'Othoniel, jugeâtes descendants de Jacob, et leur procura un repos qui dura quatre-vingts ans. Il eut pour successeur dans les fonctions déjuge (1416) Samgar, qu'avait illustré un brillant combat contre les Philistins.

Samgar mourut cette même année, 1416. Aussitôt les Israélites retombèrent dans l'idolâtrie, et le Seigneur, justement indigné, les laissa opprimer pendant vingt ans par Jabin, roi chananéen. Enfin, Jéhovah suscite, pour les délivrer, une prophétesse, nommée Débora, qui Jugeait les Israélites entre Rama et Béthel, sur la montagne d'Éphraïm, au pied d'un palmier que, ' de son nom, l'on appelait Débora (1). Elle fait venir Barac de la tribu de Nephtali , et accompagnée de ce général et de ses troupes, elle marche- contre l'armée de Jabin, que commande Sisara. LesChananéens sont vaincus sur les bords du torrent de Cisson,

(i)Sa jaridicUon étail sans doule libre et toute volontaire de la part du peuple; car, dit D. Calmet, c'élait parmi les Hébreux une régie inviolable que les femmes ne poovalent exercer, en titre d'office, les (onctions de juge^

(iOUVERN£n£!«(T DliS JUGES. 85

Sîsara tué dans sa fuite, et Débora et Barac célèbrent leur Victoire par un cantique magnifique, 1596.

Après quarante îins de repos, les Israélites, ayant irrité le Seigneur par de nouvelles infidélités , furent livrés aux Madianites, qui les opprimèrent durant sept ans ( 1356-1349 ). La victoire miraculeuse remportée par Gédéon sur les Madianites délivra le peuple de Dieu de cette dure servitude. Gédéon refusa le titre de roi, que lui offrait la reconnaissance des Hébreux, mais il continua à les gouverner avec le titre de juge. II mourut quarante ans après, laissant soixante et onze fils de ses diverses femmes (1309).

Un fils naturel, nommé Abimélech, qu'il avait eu d'une femme de Sichem, nommée Druma, ayant. gagnera sa cause les Sichémites, marcha contre ses frères, les fit prisonniers, et les massacra tous, à l'exception du plus jeune, Jonathan, sur une même pierre. Alors les Sichémites, s'étant assemblés, élurent juge Abimélech, espérant que, dans la suite, tout Israël reconnaîtrait son autorité. Mais l'usurpateur ne jouit pas longtemps du fruit de son crime. Trois ans après, 1306, les villes de Sichem et de Thèbes se soulevèrent contre lui. IlpritSichem et la rasa; mais, coiiime il assiégeait une haute tour qui était au milieu de la ville de Thèbes, une femme l'ayant blessé mortellement d'un éclat de meule de moulin, il se fit achever par son écuyer, pour qu'il ne fût pas dit qu'il avait péri de la main d'une femme.

Après Abimélech , vinrent Thola et Jaïr (1306-1241 ), dont la judicature ne fut signalée par aucun événement remarquable. A peine Jaïr eut-il été réuni à ses pères, que les Israélites, étant retournés à l'idolâtrie, tombèrent, en punition de leur crime, sous la domination des Ammonites. Cette domination pesa sur eux durant dix -huit ans ( 1261-1243 ). Au bout de ce temps, le Seigneur entendit les cris qu'ils poussaient vers lui, et il inspira aux habitants de Galaad, qui étaient les plus exposés aux invasions des Ammonites, la pensée de prendre pour chef Jephté, leur compatriote, qui, chassé de la maison paternelle par ses frères, parce qu'il était fils d'une concubine, s'était mis à la tête d'une troupe de brigands. Jephté ne trompa point leur confiance. Il défit les Ammonites, leur tua vingt mille hommes, leur prit vingt villes, et porta le fer et le feu dans tout le pays occupé par ce peuple, 1243. Mais cette victoire devait lui coûter bien des larmes. Un vœu aussi imprudent qu'impie, par lequel il avait cherché à attirer sur ses armes la faveur du ciel, l'obligea à sacrifier sa fille unique sur les autels de Jéhovah.

86 PEÉaS BB L^HISTOniB ÀNCIBimS.

Jephté mourut en 4237, après avoir jugé Israël pendant six ans. Après lui on compte plusieurs juges qui ne firent rien de remarquable : ce sont Abesan, Ahialon, Abdon (Iî37-12i2). C'est pendant la judicature d'Abdon que se place la touchante histoire de Ruth et de Noéral.

En 1212, les enfants d'Israël ayant de nouveau péché contre le Sei* gneur, furent livrés aux Philistins, qui kt opprimèrent pendant qua** rante ans. C'est la sixième servitude. Samson , de la tribu de Dan, les en délivra. Ce jeune Israélite, que sa mère avait élevé comme un nazaréen y c'est-à-dire comme un homme spécialement consacré au Seigneur, et que Dieu avait revêtu, pour le salut de son peuple, d'une force extraordinaire, commença en 1172 sa glorieuse judicature. Pendant vingt ans il fut la terftur des Philistins, mettant le feu à leurs moissons, faisant tomber sous ses coups l'élite de leurs guerriers, et> par son audace non moins que par sa force surnaturelle, déjouant toutes leurs ruses, échappant à tous leurs pièges. Mais sa passion pouf une femme du pays des Philistins, nommée Dalila, causa sa perte. La perfide Dalila ( c'est le nom de cette femme ) lui ayant arraché par ses importunités le secret de sa force, et ayant ainsi appris que, si on lui rasait la tête, toute cette force l'abandonnerait, se hâta de faire tondra le héros israélite, pendant qu'il dormait sur ses genoux. Alors les Philistins survenant, s'emparèrent de lui sans résistance, lui crevèrent les yeux, le chargèrent de chaînes et le condamnèrent à tourner la meule. Mais Samson ne servit pas longtemps de jouet à ses ennemis. Les forces lui étant revenues avec ses cheveux , il résolut d'en faire un dernier usage pour la vengeance de son injure et de toutes celles qu'avait souffertes sa patrie. Ébranlé par ses puissantes mains, le temple de Dagon écrasa dans sa chute trois mille Philistins, et Samson, qui périt avec eux, en tua ainsi plus encore en mourant qu'il n'en avait tué pendant sa vie, 1152.

Héli, grand-prêtre, descendant d'Ithamar , le second defe fils d'Aaron, est alors établi juge. Vers le même temps naissait dans les montagnes d'Éphraïm un jeune enfant que sa mère consacra au Seigneur même avant sa naissance, et à qui elle donna le nom de Samuel. Le jeune Samuel, dès qu'il eut atteint l'âge de douze ans, fût conduit par sa mère à Silo, où était le Tabernacle, et là, revêtu d'une robe de lin, il commença à servir le Seigneur, sous les yeux du grand-prêtre Héli.

Cependant les deux fils de ce dernier remplissaient tout Israël de scandale par leur impiété et leur avarice. Une vision miraculeuse annonce au jeune Samuel la vengeance que Dieu va ^«t)er sur Héli»

^I^E1I«91IBKT DES Ron, 87

coupable d'avoir toléré Içs excès de sesûls. Bientôt les Philistins décla»"^ rèrent la guerre aux Israélites, Ceux-ci lurent vaincus, dans une pre>^ paière rencontre, avec une perte de quatre mille hommes, A quelque temps de là, ils furent défaits une seconde fois, mais bien plus oonw plétement que la preipière : trente mille hommes , parmi lesquels étaient les ûls d'Héli, restèrent sur la place, et TArche sainte devint la proie 4es ennemis. A cette nouvelle, le malheureux Héli, comme frappé d'un çQup de foudre, tomh^à la renverse de son siège, et se hriaa le crâne. iil2; il était âgé de quatrenvingt-dix-^huit ans, et avait gouverné qua-* rante ans Israël,

La mort d'Héli fut suivie d'un interrègne de vingt ans , dont le com« çienoement fut marqué par les plaies que la présence de l'Arche, au milieu de leur pays, attira sur les Philistins, lisse décidèrent alors à la rendre aux Hébreux, qui la déposèrent d'abord à Betbsamès, puis à, Çariathiarim, où elle devait rester cinquante ans.

En i092, le jeune Samuel, qui de simple lévite, s'était élevé à la sou^ yeraine sacrificature, commença à exercer les fonctions de juge à Maspha. Pendant que les Israélites étaient rassemblés dans cette ville , lea Phihstins vinrent les y attaquer. Une entière défaite fut le prix de leur audace, et tant que Samuel gouverna le peuple de Dieu, les Phihstins n'osèrent plus tenter le sort dçs armes.

Cependant Samuel, -étant devenu vieux, avait transmis sa judicature à ses deux fils, Joël et Abia; mais ceux-ci, comme autrefois les fils d'Héli, loin de suivre les traces de leur père, se rendaient odieux à tout le peuple, qui les accusait de se laisser corrompre par les présents et de pervertir, la justice. Les anciens d'Israël, saisissant ce prétexte, vinrent trouver Samuel à Ramathaïm et lui demandèrent un roi. Cette demande eontrista profondément Samuel; mais toutes ses représentartions, tous ses efforts pour leur faire comprendre les maux qu'entraînerait pour eux l'établissement d'un gouvernement royal, échouèrent contre leur obstination, et, par l'ordre du Seigneur, Samuel leur promit de les satisfaire, 1080*

Ici finit le gouvernement des juges (i) et commença celui des rois.

Gouvçrpement des rois, 1 080-962,

Cùnîéeratiùn de SaM. — Saûl, fils de Ois, de la tribu de Benjamin , et de la ville de Gabaa, cherchant les ànesses de son père, qui s'étaient

«I I ■■■. i«.« . ■ — 1. ■■■)■ ' I I r" I ■ III III III I Il I I I I I lui

(i) U goorefnement de» Juges aipait duré 474 ans (i554-f oso).

88 PRÉOS DB l'hISTOIBB ANCIBNNB.

égarées, va trouver Samuel, pour apprendre de ce voyant ou prophète ce qu'elles étaient devenues. Samuel, secrètement averti par Dieu que c'est là Thomme auquel il a destiné la royauté, le prend à part, et le sacre roi d'Israël , en répandant sur sa tête une fiole d'huile : Saûl avait alors vingt-deux ans. A quelques jours de là, tout le peuple étant assemblé àMaspha, Samuel, après avoir reproché aux Israéhtes leur ingratitude envers le Seigneur, qui avait été leur seul roi jusqu'alors, qui avait répandu sur eux tant de bienfaits, et àflui pourtant ils étaient déjà las d'obéir, les voyant encore sourds à ses remontrances, leur proposa d'élire un roi par la voie du sort. Le sort désigna Saûl, dont la bonne mine et la haute stature frappèrent aussitôt les regards de la foule. Samuel alors expliqua au peuple les lois de la royauté, puis il congédia l'assemblée (1080). Saûl retourna dans sa tribu avec quelques gens de guerre; mais un assez grand nombre d'Israéhtes refusèrent de le reconnaître, et, pleins de mépris pour lui, ne lui apportèrent point de présents. Saûl dissimula prudemment cet affront, dans la crainte d'indisposer les esprits contre lui , en signalant par quelque acte de sévérité le début de son règne.

Commencement du règne effectif de SaûL — Ce fut seulement dixhuit ans après son sacre qu'une éclatante victoire de Saul imposa enfin silence à ses ennemis, et lui permit de réunir sous son sceptre toutes les tribus d'Israël. Naas , roi des Ammonites, avait mis le siège devant Jabès-Galaad. Les habitants de cette ville, craignant de tomber au pouvoir de ces redoutables ennemis, députèrent vers Saûl, pour implorer ses secours. Saûl revenait alors des champs et suivait ses bœufs. Quand Tes députés , qui s'étaient avancés à sa rencontre, eurent fini de parler, Saûl coupa ses bœufs en morceaux qu'il envoya dans toutes les terres d'Israël , avec menace de traiter ainsi les bœufs de quiconque ne viendrait pas le rejoindre, pour aller combattre les ennemis. Bientôt une foule d'Israélites accoururent sous ses drapeaux. Alors il part de Gabaa, où il avait établi sa résidence, passe le Jourdain accompagné de Samuel, attaque à l'improviste les Ammonites, les taille en pièces, s'empare d'un riche butin et le partage entre ses soldats, 1062.

Samuel, après cette victoire, emmena le peuple à Galgala. Là, l'élection du roi fut renouvelée, pour imposer silence à certains enfants de Bélial , qui refusaient V obéissance à SaiiL Tous les enfants d'Israël lui firent serment de fidélité ; on immola ensuite des victimes pacifiques, et on fit des festins en présence du Seigneur. Tel est le récit de l'Écriture sainte. L'historien Josèphe ajoute que le prophète oignit

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