GRÈCE; TEMPS HÉROÏQUES
L'accroissement de la puissance d'Orestes sur d'autres points est hors de doute. Diomède, à son retour de Troie, vit son épouse conspirer contre ses jours comme Clytemnestre , n'éciiappa qu'avec peine au fer des assassins, et se sauva en Italie. Euryalus fut également chassé par quelque sédition. Ces deux princes tenaient chacun un tiers du royaume d*Ai^os, distinct de celui de Mycènes: leur fuite mit leurs états au pouvoir de Cyllabarus, fils de Sthénélus, qui réunit alors tout le royaume d'Argos proprement dit. «Cyllabarus, ditPausanias, mourut » lui-même sans enfants, et ses états passèrent à Orestes, qui régnait » dans le voisinage (à Mycènes). Indépendamment des états de son » père, Orestes avait rangé sous ses lois la plupart des Arçadiens. 11 » était devenu roi de Sparte, et avait pour alliés les Phocéens, toujours » prêts à venir à son secours. Les Lacédémoniens lui avaient laissé » prendre la couronne, aimant mieux être gouvernés par les enfants » des filles de Tyndare que par les fils que Ménélas avait eus d'une esr> clave. » (Pausanias, 1. Il, c. 18. )
Il résulte de ces détails que la puissance des Pélopides avait pris de nouveaux accroissements sous Orestes, tendait à réunir tout4e Péloponèse sous une même loi, et à créer un grand état en Grèce. Tisaméne, fils d'Orestes, avait hérité de tous ses états, et régnait depuis trois ans, quand les Doriens, sous la conduite des Héraclides, firent la conquête du Péloponèse et renversèrent la domination des Pélopides.
«Après la guerre de Troie, dit Velleius Paterculus, la Grèce fut » ébranlée par les plus violentes secousses. » En effet, dans le cours du siècle qui suivit, les Thesprotes-Thessaliens subjuguèrent l'Haemonie; les iEoliens d'Arné et les Cadméens, Thèbes avec une partie de la Béotie ; les Doriens et les iEtoliens, les trois quarts du Péloponèse ; les Péloponésiens fugitifs, TAttique. Par suite de ces conquêtes, une grande révolution fiit achevée : la Grèce devint entièrement hellénique. Une autre révolution eut lieu : la Grèce recula dans la carrière de la civilisation, et ses progrès furent ajournés pour six siècles.
IX. Établissements desHéraclides de Cas dans la Thesprotie (Épire). — Phidippus et Antiphus, fils de Thessalus, petit-fils d'Hercules, et souverains de l'île de Gos, ens'éloignant de Troie, sont poussés vers la Grèce par la tempête. Phidippus aborde en Épire, chez lesThesprotiens, y fonde un état, et appelle ses sujets Thessaliens, du nom de son père, comme Atrée avait imposé le nom du sien aux peuples de Péloponèse.
X. Conquête de VHœmonie par les Doriens^ les Thesprotes Thessor^ liens et les Héraclides. — Antiphus, uEatus et Thessalus s'allient avec
190 PRËOS DS l'histoire ANCIENNE.
les Doriens, se donnent pour chefs à plusieurs armées de Thesprotes- Thessaliens, et en différents temps font la conquête des diverses provinces de l'Haernonie. Ils s'emparent des états de Pelée et de Pyrrhus, et contraignent te dernier prince à se retirer avec les soldats de son père dans l'Épire où il dépouille les rois indigènes et fonde le second royaume des Molosses. Les Thesprotes-Thessaliens, après avoir subjugué le pays des Myrmidons, attaquent les iEoliens d'Arné et les Gadméens, chassent une partie d'entre eux dans la Béotie, où nous les suivrons bientôt, et ne permettent aux autres de demeurer dans le pays que sous la condition de se soumettre à l'esclavage de la glèbe. Ils rangent enfin sous leurs lois les JEoliens du golfe Pagasétique et de la Magnésie, et les Perrhsebes. Parmi les vaincus, les uns, principalement les iEoliens, passent dans l' Asie-Mineure, où la civilisation émigré avec eux. Les autres, en plus grand nombre, restent en Haemonie; et une classe considérable est réduite par les conquérants à un esclavage plein et entier. A l'exception des Myrmidons, tous les peuples tombés sous la dépendance des Thessaliens conservèrent leurs noms particuliers; mais ils reçurent en outre la dénomination générale de Thessaliens, inconnue avant la guerre de Troie : ils la portaient au temps de l'invasion de Xerxès, comme nous l'apprend Hérodote.
Nous déduirons ailleurs les conséquences de la conquête thessalienne, en même temps que nous examinerons les suites de la conquête dorienne : nous ferons voir alors quelle influence exercèrent ces deux événements sur les destinées de la Grèce.
XI. Rentrée des Cadméens à Thèbes^ avec les Maliens d^Jrné. — Les Thébains ou Cadméens, après avoir séjourné au milieu des iEoliens d'Arné pendant trois générations, rentrent à Thèbes avec ces mômes Jloliens vers l'an 1210. Ils contraignent les Pélasges à sortir de leur territoire et à se retirer à Athènes : ils enlèvent la couronne à Auteçion, descendant de Gadmus, et la donnent à l'^Eolien Damasichton^ petitfils de Pénélée, qui la transmet à ses descendants.
XII. Tentatives des Méraclides. Migrations des Doriens. Etat du Féloponèse au moment de la conquête des Doriens et des Hiraclides» — Après les deux expéditions et la mort d'Hillus, les Héraclides se retirèrent chez les Doriens, qui les accueillirent en mémoire des services qu'ils avaient reçus d'Hercules dans leur lutte contre les Lapithes ou Pélasges. Infidèles à l'engagement qu'ils avaient pris de pas inquiéter le Péloponèse pendant cent ans, aidés par les Doriens, les Héraclides, SOUS la conduite de Cléodœus et d'Âristomacbus^ attaquèrent deux
GRÈCE; TSHP8 HfiROÎQUBS. i9i
nouvelles fois la péninsule et furent .deux fois repoussés, depuis la mort d'Hillus jusqu'à Tan 1190.
Les Doriens avaient habité la Phthiotide sous le règne de Deucaliqu ; et sous celui de Dorus, fils d'Hellen, THistiaBotide , au pied des monts Ossa et Olympe. Chassés de THistiœotide par les Cadméens ou Thôbains* ils allèrent s'établir à Pinde, où ils furent appelés Macednes. De là, ils passèrent dans la Dryopide, au sud du mont Œta, où, selon divers témoignages, ils occupèrent trois, quatre, ou môme six villes. C'est de la Dryopide qu'ils partirent avec les Héraclides pour diriger une cinquième tentative contre le Péloponèse*
Quand ils entrèrent dans lePéloponèse, la population de laMessénie, del'Élide, delaCorinthie, se composait d'anciens habitants et d'iEoliens. Celle de l'-^gialus et de l'Épidaurie était aussi mêlée inégalement d'habitants primitifs, et d'Ioniens venus originairement avec Ion. Pareille chose était arrivée en Laconie et en Argolide : tous les habitants s'appelaient indistinctement Achéens ; mais il y avait une grande différence à établir entre eux : les descendants des Achéens, venus de la Thessalie,' étaient Achéens et Hellènes de fait; le reste de la population indigène,pélasgique, égyptienne d'origine, n'était achéenne que de nom.
Voyons quelles dispositions animaient ces diverses populations. « Dans » la Messénie, les anciens habitants avaient peu d'attachement pour y» leurs souverains. Myniens d'origine, et venus de la viUe d'Iolcos, ils » coisentirent volontiers à reconnaître Gresphontes pour roi et à par- » tager leurs terres avec les Doriens, à condition de demeurer en Mes- » sénie. » Ces sentiments étaient partagés par les anciens habitants de toutes les autres provinces du Péloponèse, qui regardaient leurs souverains Hellènes et Pélopides comme des étrangers ou des usurpateurs, et qui, dans le principe, n'abandonnèrent à peu près aux Doriens que des terres occupées par les colons hellènes, et devenues vacantes par leur départ. Aussi les Doriens et les Héraclides n'éprouvèrent-ils qu'une médiocre résistance; et sur les points où ils en rencontrèrent, elle leur fut opposée parles seuls Hellènes : c'est ce que nous apprennent les détails que fournit Pausanias, dans son livre IV, chap. 3,
XIII. Conquête du Péloponèse par les Doriens et les Héraclides. — Quatre-vingts ans après la guerre de Troie et versul'aja 1190, les Héraclides, commandés par Aristodémus, Téménus et Gresphontes, guidés par l'iËtolien Oxylus, suivis d'une partie des Doriens et d'un certain nombre d'JEtoliens, partent de Naupacte, où ils ont constmit une flotte» et ^^dent à Bbium, pt-omontoire de VvËgialus. Cette route différait de
idî PRÉCIS OB l'histoire ANCIENNE.
celle suivie par leurs ancêtres, qui avaient toujours attaqué lePéloponèse du côté de Tisthme.
Oxylus et ses ^Étoliens envahissent TÉlide et s'y établissent. Les Héraclides traversent rapidement l' JEgialus et TArcadie. Aidés par les anciens habitants, ils enlèvent la Laconie à Tigamène, fils d'Orestes ; la Messénie à Mélanthus et aux autres descendants de Nélée et de Nestor. De là ils vont combattre Tisamène dans l'Argolide, et l'expulsent encore de ce pays, après quelques années de combats. Ils font entre eux, parla voie du sort, le partage des provinces déjà tombées en leui* pouvoir. Le royaume d'Argos et de Mycènes est attribué à Téménus ; celui de Messénie, k Cresphontes ; celui de Laconie, k Eurysthènes et k'Proclès, fils d'Aristodémus, qui a succombé quelque temps auparavant.
Affermi à Argos, Téménus forme le projet de subjuguer les villes voisines qui avaient été tributaires des Pélopides. Sous son règne et sous celui de Cisus, qui lui succéda , son gendre et son fils occupent Épidaure, Phlionte, Sicyone, Corinthe. De toutes les provinces du Péloponèse, TArcadie et l'iEgialus sont les seules qui échappent à la conquête des Doriens ou des JEtoliens, et à la domination des Héraclides. Cypsélus, qui régnait alors en Arcadie, conserve son territoire intact et transmet sa couronne à ses descendants : l'^gialus est enlevé aux Ioniens, mais passe, comme nous allons le voir, sous la loi des Achéens, et non pas sous celle des Doriens.
XIV. Changements survenus dans les demeures et les établissements des diverses familles helléniques , par suite de la conquêle des Doriens et des Héraclides.
Les JEoliens , chassés de la Messénie , se réfugient dans VAttique. — Mélanthus, Alcmœon, Pisistrate, les fils de Pœon, descendants de Nélée et de Nestor, gouvernaient la Messénie lors de la rentrée des Héraclides. Abandonnés par les anciens habitants, ils quittèrent la Messénie avec les ^oliens établis dans ce pays, et se réfugièrent dans TAttique, 1190. Selon quelques historiens, las Athéniens étaient alors en guerre avec les Thébains. Le roi des Thébains proposa de vider le différend par un combat singulier entre lui et le roi des Athéniens, nommé Thymaetès, et descendant de Thésée. Thymaetès refusa le défi : Mélanthus, chef des ^Eoliens , Taccepta, vainquit et tua en trahison le roi des Thébains, et reçut la royauté du libre consentement des Athéniens. Nous regardons ce récit comme altéré plus tard par la vanité nationale des Athéniens, et nous croyons que rétablissement de Mélanthus et des pollens se fit, non du gré des habitants^ mais de force. Ce qui est hors
Gocjgle
6RÊCC ; Tsaips it«iio!ous9« i93
de doute, c'est que Mélanthus ravit Tautorité à Thymaetès et la laissa à son fils Codrus; c'est que les autres Néléides, Alcmœon, Pisistrate, les fils de PcBon , donnèrent naissance aux trois familles des Alcmoeonides, des Pisistratides , des Pœonides , qui tinrent le premier rang à Athènes.
Lei AchéenS'Phlhiotes , chassés de la Laconie et de VArffolide , s'em^ parent de VMgialus sur les loniem. — Pour combattre les Doriens, Tisamène avait rassemblé en Argolide, sous ses drapeaux, les véritables Achéens, les Achéens venus anciennement de la Phthiotide. Après une résistance dé quelques années, il fut contraint de céder, et passa, avec ses compagnons d*armes, dans r^Egialus. Les Achéens et les Ioniens en vinrent aux mains : Tisamène fut tué ; mais les Achéens vainqueurs contraignirent les Ioniens à sortir du pays, dans lequel ils s'établirent, 14^8. Les anciens habitants de T Argolide et de la Laconie, demeurés dans ces deux provinces, et très-différents des Achéens-Phthiotes, conservèrent longtemps encore le nom d'Achéens.
Les Ioniens passent dans VAttique. — La révolution qui avait transféré à Mélanthus le sceptre d'Athènes était consommée, quand les Ioniens, expulsés de l'^gialus, se présentèrent sur les confins de FAttique, 1488. Ils furent reçus, incorporés dans les tribus, et exercèrent bientôt un si puissant ascendant à Athènes, qu'ils en changèrent entièrement la face, et que, de pélasgique, ils la rendirent ionienne de nom et de fait. Dans la suite, les Athéniens prétendirent qu'ils les avaieÉt accueiUis en mémoire des services rendus jadis au pays par Ion : il est plus probable que Mélanthus leur ouvrit l'Attique pour les opposer aux Doriens, qui le menaçaient, ou même que les Ioniens obtinrent de vive force un établissement dans l'Attique.
Les habitants d Épidaure et de Corinthe, chassés de leurs villes , se réfugient également dans VAttique. — Ce fut également dans l'Attique que. les habitants d'Épidaure et leur roi Pityréus, descendant d'Ion, cherchèrent un refuge, quand ils eurent abandonné, sans combat, leur ville aux Doriens. Les deux rois aeoliens de Corinthe, descendants de Sisyphe, cédèrent aussi sans résistance l'autorité à l'Héraclide Alétas; mais le peuple de Corinthe combattit, fut vaincu et contraint de sortir dé la péninsule. Les historiens anciens ne marquent pas où il se retira, mais ce fut probablement en Attique. D'après l'état de prospérité où se trouve Corinthe peu de temps après la conquête dorienne, il semble que la population tout entière de cette viUe n'émigra pas, mais que les seuls JEoliens se condamnèrent au bannissement et furent remplacés par les Doriens. La même remarque peut s'appliquer à Épidaure.
/.W J>oriei^ fané /« mcff^ €M^ JthénUn$ €t auw fufitifi in Mopoa^èse, ^ pou^ég pc^r l'amMlioa, ou tourmentés par la crainte que les priaoe^ et les peuples ioaiiens et aeoliens dépossédés ne vinssent bientôt réckuqer lee terres et les royaumes qu'ils avalent abandonnés dans le Péloponèse» lea Doriens dirigèrent en commun une expédition contre TAttique, qui était devenue leur commun refuge. Il déférèrent le commandeinent 4 Alétas, envahirent Mégare, qu'ils agrandirent et qu'ils rendirent toute dorienne, et s'avancèrent ensuite jusque dans TAttique. C'était une opinion généralement répandue , ches les anciens, qu'on pouvait acheter des dieux une victoire assurée au prix d'une noble tôtCt ^o<lni« , ûls et successeur de Mélanthus, alla chercher la mort dans les rfings des ]>onens (1132) : convaincus dès lors que leur entreprise n'aurait pas de succès» les Doriens rentrèrent dans le Péio- PQnè^e,