SECONDE PARTIE
Principaux faits des temps héroïgues.
L Caractères des temps Ae'ro«gt*««.— Les temps héroïques présentent des caractères qui les distinguent des deux éiioques précédentes : 1" Les éléments de culture politique répandus dans la Grèce, d'abord par les Pélasges, ensuite par les Orientaux, depuis Cécrops jusqu'à Péiôps, avaient fait passer ce pays de Tétat sauvage à l'état barbare, et de la barbarijB à un commencement de civilisation. Le premier caractère des âges héroïques est précisément la lutte entre les habitudes de Tétat barbare, qui s'affaiblit, et celles de la civilisation, qui prend chaque jour plus d'empire. Les principaux personnages des temps héroïques sont aventureux, avides de dangers et d'illustration personnelle, emportés pur iom l(*s îAïmros do passion qu'ils satisfont d'abord ; fiers de leur
II; .'i'a t;>î;. Fô'îurn., 1, -0.
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force corporelle , dont ils abusent souvent , et qui est encore estimée ti*èshaut par l'opinion publique; vindicatifs et hospitaliers tout ensemble; avides de plaisirs simples et de richesses ^ dont les principales sont encore des terres et des troupeaux. Mais ces héros si fougueux, si redoutables, éprouvent des remords, redoutent le blâme public, sont obligés d'expier leurs violences par l'exil et par des amendes. Déjà ils se livrent à ces occupations, ils prennenj; ces plaisirs, qui rappellent encore la nature, dans des palais où les arts industriels et même les beaux-arts déploient leur perfection, et où les sciences font leurs premières découvertes. 2» Aussi le second caractère des temps héroïques est-il la protection accordée à la civilisation, aux personnes, à la propriété, et la répression de la violence et du brigandage : les expéditions de Minos et des Argonautes, une partie des exploits d*Hercules et de Thésée, ^la guerre de Thèbes, sont empreints de ce caractère. Il en résulte la création d'un droit des gens , d'une législation criminelle contre le meurtre , l'accroissement de la population et des villes , surtout sur les rivages, comme le remarque Thucydide; un développement nouveau et immense de tous les arts. 5® Le rapprochement de diverses tribus pour la formation d'un seul et même état plus puissant, l'esprit fédératif appliqué aux habitants d'une même contrée : il découle des amphictyonies nées dans la période précédente, et on en voit les effets dans la réunion des douze bourgades de l'Attique en un corps de ville et de nation, et dans la formation de la confédération des Ioniens de FiEgialus. 4** Le quatrième caractère est la disposition à une fédération, générale des divers peuples de la Grèce entre eux : elle est préparée par l'institution des jeux olympiques et isthmiques : elle éclate dans la guerre de Troie, où cinquante-sept peuples et autant de chefs ou rois mettent plus de forces sur pied, montrent plus d'accord et de constance que dans aucune autre des entreprises subséquentes, sans en excepter la guerre Médique et l'expédition d'Alexandre. 5" Les accroissements dans le midi, dans la partie la plus civilisée de la Grèce, du royaume de Mycènes, qui tend à se saisir de la prépondérance, et à devenir le centre de la fédération grecque, comme le foyer de la culture intellectuelle. 6* Les établissements des étrangers en Grèce, les conquêtes des Pélasges et des Hellènes, les déplacements continuels de la population, la perturbation dans les demeures et les existences, toutes ces grandes fluctuations cessent pendant les siècles héroïques. Les peuples s'arrêtent et s'assoient : la Grèce prend déjà un caractère de fixité , lorsque survient l'invasion des Doriens et des Thessaliens, demeurés,
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SOUS le rapport de la civilisation, en arrière de toutes les nations grecques. Cet événement change la face entière de la Grèce, et ajourne pour six siècles sa marche dans la voie du perfectionnement social (1). II. Expédition des Argonautes , vers 1530. — Des pirates phéniciens et cariens, auxquels se mêlent des Grecs, et surtout les Athéniens, infestent la mer Egée. Des nations barbares, établies sur les rivages du Pont-Euxin , désolent par leurs pirateries et leurs brigandages les côtes de la Grèce, et entravent le commerce du Pont, en égorgeant les étrangers débarques chez elles. Tous ensemble menacent de bouleverser la société. Il y a urgente nécessité pour les Grecs de les réprimer. D'un autre côté, les lavages d*or de la Colchide ont fourni d'importants produits aux rois de ce pays, et leurs richesses tentent Taviditédes Grecs, en même temps que l'éloignement plaît à l'humeur aventureuse de leurs chefs, en leur offrant des occasions de s'illustrer. •
Minos II déporte les malfaiteurs qui occupaient les îles, réprime les Athéniens et leur impose un tribut. Les Grecs adopteat un code maritime qui reçoit la sanction générale, et dont le plus ancien historien de l'Attique (2) nous a conservé la principale disposition. « Les Grecs dé- » fendent de mettre aucune barque en mer montée par plus de cinq » hommes : on n'en excepte que Jason , capitaine du navire Argo , au- » quel on donne expresse commission de courir les mers pour les déli- » vrer des brigands et des corsaires. » On voit par les divers catalogues des Argonautes que tous les états fondés dans laThessalie, dans la • Grèce centrale, dans le Péloponèse, soit par les colons orientaux , soit par les Hellènes, prirent part à l'expédition. Ce fut la première entreprise nationale des Grecs. Parmi les principaux chefs on compte Jason, le poète et le devin Orphée, Hercules, Pelée, Admète, Télamon, dont les fils parurent sous les murs de Troie, ce qui prouve que l'expédition des Argonautes ne précéda la guerre de Troie que d'un demi-siècle environ : quelques auteurs adjoignent aux Argonautes Thésée, Castor et PoUux.
Sur le modèle du pentécontore de Danaûs, du navire de Bellérophon et de ceux de Daedale, on construit le navire Argo, le plus grand et le plus vite de tous ceux qui fussent encore sortis des mains des ouvriers grecs. Il est monté par les Argonautes au nombre de cinquante-quatre, et probablement par une certaine quantité de rameurs. Ce vaisseau n'est
(1) Voyez les développements de ces idées, p. 94*97 delà dep^éma édition du Précis.
(2) Clitodemus apud Plutaro. in Tbeseo*
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pas le seul équipé par les "irgonautes, mais le principal de la flotte rassemblée par eux. Ai'- i que dans la guerre de Troie, les chefs de Texpédition furent p 'cîssairement suivis et aidés par la jeunesse des diverses villes.
Ils prirent d'abord pour chef Hercules, prince d'origine égyptienne, et appartenant à la maison royale d'Argos, laquelle avait longtemps possédé et affectait encore alors la suprématie de la Grèce. Mais la rivalité établie entre les Hellènes et les colons orientaux fixés en Grèce ne tarda pas à faire naître parmi les Argonautes des dissensions, par suite desquelles Hercules fut abandonné, et le commandement déféré à Jason, prince hellène de la famille aeolienne.
Les Argonautes, arrivés eh Golchide après un pénible voyage, ravirent les trésors d*Aétès et sa fiîle Médée. Poursuivis par les Colchidiens, ils se dispersèrent, laissèrent dans le fond du Pont-Euxin une colonie d*AchéensPhthiotes, et revinrent en Grèce. Les anciennes traditions varient sur la route qu'ils suivirent pour le retour : l'une de ces traditions marque le Pont-Euxin, l'Hellespont, la mer Egée; une autre indique le Don, le Volga, la mer de Finlande, l'Océan germanique et le détroit de Gibraltar, En son absence, Jason avait perdu le trône d'Iolcos : il se retira à Gorinthe, où il épousa Creuse, et où, selon les poètes, Médée épouvanta la Grèce de ses vengeances.
HL Exploits d'Hercules , vers 1530. — Dans le personnage d'Hercules, il y a un astre, le soleil, dont la marche apparente dans les douze signes du zodiaque est figurée par les douze travaux. Il y a aussi un prince, un héros, nommé Alcide, surnommé Hercules ou soleil, dont l'existence historique se compose d'expéditions dans la Grèce et dans l'Asie-Mineure. {royez ci-dessus, pages 17JMJ8.)
Amphitryon, prince appartenant à la maison royale d'Argos, dépouillé par son oncle Sthénélus de la souveraineté de Mycènes et de Tirynthe, s'était réfugié à Thèbes et s'était engagé au service de Laïus. Près de la colonie de Cadmus, les chefs hellènes, descendants d'Amphictyon et d'^Eolus, avaient élevé ou agrandi plusieurs villes, parmi lesquelles on comptait la puissante Orchomène des Myniens. Les Thébains se voyaient menacés d'un côté par les Hellènes, et attaqués de l'autre par les Chalcidiens de l'Eubée, qui les avaient chargés d'un tribut. Amphitryon assista Laïus dans sa guerre contre les Chalcidiens, tua leur roi Chalcodon et affranchit Thèbes. Il entreprit pour son compte une expédition contre Ptérélas, roi des Téléboens, peuples de l'Acamanie et de l'Ile de Taphos. Pendant son séjour à Thèbes,
f d3 PRÉCIS DE l'histoire ^N€IENTm.
il donna naissance à Alcée ou Alcide, surtiommé plus tard Hercules.
Guerres d'Hercules dans la Béotie. — TH^^és n'avait brisé le joug des Chalcidiens que pour subir celui d'Orcbdfcrène. Erginus, roi de cette ville, après avoir vaincu les Gadméens, alors gouvernés par Créon , les avait assujettis pour vingt ans à un tribut annuel de cent bœufs. Parvenu à l'âge d'homme, Hercules partagea le commandement avec son père, vainquit Ei^inus, chargea les Orcboméniens d'un tribut double de celui qu'ils avaient imposé aux Thébains, et les réduisit à un abaissement dont ils ne se relevèrent qu'au ^emps de la guerre des Épigones et des malheurs de Thèbes. Il ruina d'autres villes voisines et rivales de Thèbes, en comblant un canal qui servait deâécharge au lac Copaïs : les eaux, n'ayant plus d'écoulement, renversèrent plusieurs cités considérables, dont les ruines reparurent quand Alexandre eut, dans la suite, ordonné de nettoyer les canaux.
Pans /'^«le.— Hercules s'embarqua avec les Argonautes : abandonné ensuite par eux, il revint en Grèce. Il se donna bientôt pour chef d'une entreprise qui offre de nombreux rapports avec celle de ces héros. Suivi d'une armée de vaillants guerriers, avec six vaisseaux /suivant Homère, et dix-huit à cinquante rames, suivant d'autres, il attaqua la ville de Troie. Laomédon fut tué ; Troie fut prise d'assaut; les Grecs se retirèrent chargés de butin. A lem* retour, ils ravagèrent encore l'île de Cos. Ces expéditions sont tout à fait dans les mceui-s des Grecs de cette époque, qui, après avoir réprimé dans leur intérêt la piraterie individuelle, allaient, en corps d'armée, exercer contre leurs voisins Itjur inquiétude et leur avidité.
Î7a»« /^jPe70|>ow^««.^ Hercules contraignit Eurystée à lui restituer Tirynthe. Il forma.alors le projet de rétabUr dans le Péloponèse l'ancienne suprématie du royaume d'Argos, surtout à l'égard des Hellènes, qui §'y étaient successivement établis. Il exigea d'abord ou obtint un corps de troupes considérable des Arcadiens, qui avaient avec les -Tirynthieus une commune origine, J'Arcadie ayant été longtemps pélasgique. Ces Arcadiens le suivirent et l'aidèreat dans toutes ses expéditions. Il attaqua d'abord les iEoliens, partis d'Iolcos et colonisés dans la Mesfiénie et la Triphylie : il prit leur ville de Pylos, tua leur roi Nélée, et donna le trône, mais seulement en dépôt, au plus jeune de ses fils, Nestor, qu'il espérait retenir plus fticilement dans sa dépendance. En Élide, autre pays soumis aux ^Eohens de la colon-ie d'Endymion et de Salmonée, il tua le roi Augias, et laissa l'autorité à celui des fils de ce priaoe qui s'était déclar<^ en sa fs^veur pendant les hostilités. ^ l^-
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conie, pays alors nommé Acliaïe, ù cause du grand ascendant qu'y avaient pris les Hellènes achéens, Alcide prit en main la cause do Tyndare contre son frère Hippocoon , vainquit et tua oc prince et ses fils, établit roi Tyndare, mais sous la condition qu'en mourant il laisserait ses états au fils d'Alcide. *
Dans VjElolie et VHœmonie. — Du Péloponèse, Hercules passa dans l'iEtolie, puis dans l'Hsemonie, chez les Hellènes aeoliens et doriens. Il servit les uns, combattit et vainquit les autres. Là, comme dans ie Péloponèse, il se constitua l'arbitre suprême de tous. Mais ses des«en*dantsne purent soutenir son ouvrage, et la supériorité momentanée qu'il rendit aux Orientaux sur les Hellènes périt avec lui.
En /Etoile, il épousa la fille d'^née, roi de Calydon, resserra i'Achéloûs dans un nouveau lit, et livra à la culture les campagnes que le fleuve avait couvertes jusqu'alors de ses eaux. A la suite de diverses guerres, il délivrâmes Calydoniens de l'attaque des Thesprotes d'Épire ; lesTrachiniens, de celles des Dryopes ; les Doriens, de celle des Lapithes. Mais il stipula que les Doriens, alors établis dans l'HistiaBOtide, remettraient, dès qu'ils en seraient sommés , le tiers de leur territoire, soit à lui-même, soit à ses descendants; condition moins onéreuse, mais de la nature de celle qu'il avait imposée à Tyndare. H défit et mit à mort Amyntor, roi seolien de la ville d'Orménium, et donna sa principauté soit à Évœmon, soit à Eurypylus, fils d'Évœmon, qui fut l'ua des chefs des Grecs au siège de Troie. H extermina, avec ses trois fils, £i|rytus, autre roi d'ÛEchalie.
Dans toutes ses entreprises. Hercules tua les rois ou chefs des aations qu'il vainquit : il diq^osa despotiquement de leurs familles; il s'empara de leurs b<»ufs, principale richesse des temps héroïques. Tel est encore l'affreux droit du plus fort, dans la guerre, tel 11 scmaintiendra dans l'expédition contre Troie.
ÏV. Exploits et établissements de Thésée. -— Thésée détruit les brir gands Sinnis, Sciron, Procuste, et le taureau de Marathon. Il délivre son père Egée de l'attaque des Pallantides, et Athènes du honteux tribut qu'elle payait à Minos, depuis que ce prince avait réprioié .le brigandage des pirates athéniens.
Parvenu au trône vers 1323, il change à la fois l'état de l'Attique ^
celui d'Athènes. Dans ses institutions, on reconnaît la triple influejioe
, de l'ancien gouvernement égyptien apporté en Grèce, de l'amphictyQ^ie
[ des Hellènes, et des établissements crétois, que son voyage lui a dpnné
i. l'occasiOQ d'observi^.
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Chacun des bourgs bâtis par Cécrops et par Xuthus formait autant de petites communautés séparées, indépendantes les unes des autres. Mêlant la force à la persuasion, Thésée parvint à abattre dans tous les bourgs les salles destinées à tenir le conseil, cassa tous les.officiers et tous les magistrats, et? unissant les habitants avec les Athéniens, en forma un seul peuple. Il augmenta encore la population de la ville en y appelant les étrangers, et en leur offrant les mêmes droits et les mêmes privilèges qu'aux anciens citoyens. Il pourvut à la durée de «l'union des habitants de FAttique , en leur donnant un palais commun, et en instituant ou rétablissant un sacrifice également commun, qu'on nomma pour cette raison Panathénées. Par ces mesures il accrut prodigieusement les forces et fonda la grandeur d'Athènes.
Il donna à tout ce peuple les mômes lois pohtiques. De toutes les prérogatives possédées jusqu'alors par le prince, il ne lui réserva que le commandement de l'armée et le maintien des lois. Il laissa les autres pouvoirs au peuple, qui devait avoir en tout une égale autorité. Il le partagea en trois corps : celui des nobles, celui des laboureurs, celui des artisans; assignant aux nobles ou eupatrides toutes les charges, le pouvoir religieux et judiciaire,, et l'interprétation de tout ce qui concernait le droit divin et humain. Ce gouvernement présentait des formes tellement répubUcaines, que, dans le dénombrement des troupes grecques au siège de Troie, Homère, selon la remarque de Plutarque, désigne les seuls Athéniens par le nom de peuple ; et qu'Aristote dit que Thésée, le premier, établit le gouvernement populaire et se démit de la royauté. On dut encore à Thésée le développement, si ce n'est l'institution première, de l'Aréopage, et l'établissement des jeux Isthmiques.
Il souilla ses dernières années par l'enlèvement de Proserpine, fille d'Aidonée, roi des Molosses, et par celui d'Hélène, fille de Tyndare, alors très-jeune. Il attira sur Athènes les terribles représailles de Castor et de PoUux : il fut dépouillé de l'autorité par les Pallantides et par les Athéniens indignés , et alla mourir dans l'île de Scyros (4295). Afenesthée, l'un de ceux qui avaient le plus contribué à son expulsion , s'empara de sa couronne , et conduisit cinquante vaisseaux au siège de Troie, la treizième année de son règne, selon le témoignage des marbres de Paros.
y. Les Héraclides chassés du Péloponése , puissance des Pélopides, — Les Héraclides, ou fils d'Hercules, sont chassés de Tirynthe et du
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Péloponèse par Eurystée. Ils se réfugient d'abord dans la Trachinie, et ensuite dans l'Attique, où ils sont accueillis par Thésée, qui alors vivait encore. Aidés par les Athéniens et commandés par Thésée, plaçant à leur tête Hillus , qui , très-jeune alors, était plutôt un nom qu'un véritable chef, ils viennent à la fois réclamer Tirynthe etMycènes. Dans un combat livré à l'isthme de Corinthe, ils tuent Eurystée et ses fils, vers 4307 ; mais cette victoire est stérile pour eux : une peste et un oracle les arrachent du Péloponèse et les ramènent sur le territoire d'Athènes.
Avant de marcher à leur rencontre, Eurystée avait confié le gouvernement de ses états au Pélopide Atrée, son beau-frère. Après la mort d'Eurystée, Atrée se fit reconnaître roi deMycèneset de Tirynthe. Il prit à sa solde les Tégéates, qu'il réunit à ses troupes, et dirigea toutes ces forces contre les Héraclides, lorsqu'ils reparurent, quelques années plus tard, à l'isthme de Corinthe. Hillus succomba dans un combat singulier contre Échémus, chef des Tégéates : aux termes des conventions, les autres Héraclides jurèrent de s'abstenir d'inquiéter la péninsule pendant un siècle, et se retirèrent parmi les Doriens.
Atrée maintint ou rétablit la souveraineté de Mycènes sur Corinthe : cette ville continua d'avoir des rois particuhers, mais tellement dépendants des Pélopides, que les Corinthiens n'eurent pas d'autres chefs qu'Agamemnon au siège de Troie. La puissance d'Atrée était si considérable, qu'il imposa à la péninsule le nom de son père Pélops. Agamemnon, fils d'Atrée, réduisit le roi de Sicyone, et ceux de l'JEgialus, à reconnaître ses lois, sans cependant les détrôner. Ménélas, frère d'Agamemnon, épousa Hélène, fille deTypdare, et, après la mort de Castor et de Pollux, hérita de son côté de la souveraineté de Sparte.
Argos conserva ses rois particuliers et indépendants. Mais les Pélopides donainèrent sur Sparte, Mycènes, Tirynthe, Corinthe, Sicyone, diverses villes de FArgolide , et sept villes situées aux environs de Pylos, sur les bords de la mer. Maître des principales cités du Péloponèse, héritier des droits que les rois de Mycènes et de Tirynthe, Hercules en dernier lieu, ont fait valoir au commandement des peuples delà péninsule, allié des Hellènes, qui sont venus s'y rétabhr, eten particuher des Achéens, Agamemnon réunit tous les éléments d'une grande puissance, et deviendra chef de la Grèce entière pendant la guerre de Troie.
VI. Guerre de Thèbes, guerre des Épigones. — Œdipe, huitième roi de Thèbes depuis Cadmus, est chassé par ses fils Éiéoele et Poly^
1^ PUtaS DE l'hISTOIKE AlYGISNinS.
nice, qui conviennent de partager Tautorité. Poiyniee, dépouillé par Étéocle, se retire chez Adraste, roi d'une partie du royaume d'Argos, épouse sa fille, et intéresse à sa querelle quelques-uns des imnces voisins. Leur intervention est une protestation armée en faveur du droit des gens et de la propriété, lésés dans la personne de Polynice. Adraste, Capanée, Hippomédon, Amphiaraûs, Parthénopée, Tydée, Polynice, suivis des guerriers de TArgolide, de TArcadie, de la Messénie, instituent les jeux Néméensen traversant la forêt de Némée, et viennent mettre le siège devant Thèbes , vers 1313. Étéocle et Polynice perdent la vie dans un combat singulier. Créon, leur oncle, qui déjà avait gouverné Thèbes dans l'interrègne entre Laïus et Œdipe, administre de nouveau, comme tuteur de Laodamas, fils d'Étéocle. La guerre continue. Les sept chefs essayent en vain de prendre Thèbes: ils sont vaincus dans un combat où ils périssent tous, excepté Adraste, et od succombent en même temps la plupart de leurs soldats. Gréon défend de donner la sépulture aux Argiens, Thésée contraint ou engage Créoii à accorder une trêve à Adraste , pour rendre les devoirs funèbres à ceux qui ont péri.
Les Épigones, ou fils des sept chefs, renouvellent les hostilités, et défont, à la bataille de Glissa, l'armée des Thébains, commandée par Laodamas. Laodamas abandonne la couronne, et se retire, avec une partie des Thébains, en lUyrie, où précédemment Cadmus avait déjà cherché une retraite. Une autre partie des habitants passe dans l'Hisr tiaeotide, pays situé au pied des monts Ossa et Olympe, et alors occupé par les Doriens. Les Thébains en chassent les Doriens, et se tixeat sur le mont Homolus. Les Épigones prennent Thèbes abandonnée, li pillent, détruisent ses murailles, et y établissent Ther sandre ^ filsd« Polynice. Vers 1303, ce prince rappelle une partie des Thébains du mont Homolus- Toutefois, Thèbes demeure dans un état de faiblesse qui permet aux Minyens d'Orchomène de se relever, et, peu après, i une tribu de Pélasgeset de Thraces de chasser de nouveau les Thébaiûs de leur patrie. Dans la guerre de Troie, Thersandre devance la flotte des Grecs et périt en Mysie. Tisamène, son fils, n'étant pas en âge de gouverner, Fénéléê prend au siège de Troie le commandement des Thébains.
VIL Guerre de Traie, 1280. — Paris ou Alexandre, fils de Priara, enlève à Ménélas son épouse et ses trésors, et paye par cette perfidie une généreuse hospitalité. La Grèce s'indigne, s'intéresse pour Ménélas, comme naguère^elle s'est intéressée en faveur de Polynice, et r^
GRÈCE; TEMPS H£R01qUE8. 487
sout d'exiger !fô armes à la main une réparation égale à l'offense. A ces motifs de justice se joint une animosité nationale, dès longtemps préparée par les injures réciproques des Grecs et des Asiatiques. La guerre de Troie est résolue. Cinquante-sept états de THaernonie (Tbessalie), de la Grèce centrale, du Péloponèse, des îles de la Grèce, de Crète, de Rhodes et de quelques autres îles de l'Asie Mineure , prennent part à cette entreprise nationale. Parmi les chefs, on remarque Agamemnon, Achille, les deux Ajax, Diomède, Ulysse, Nestor, Ménôlas, Philoctète, Idoménée. Ils équipent onze cent quatre-vingt-six vaisseaux, et rassemblent au delà de cent mille hommes dans le port d'Aulis en • Béotie. Ils ne partent qu'après avoir projeté et peut-être accompli le sacrifice d'Iphigénie, fille soitd'Agamemnon, soit de Thésée et d'Hélène, selon diverses traditions. Les Grecs, débarqués sur le rivage d'Asie après • UD combat, manquent l'occasion d'emporter Troie : bientôt cette ville est secourue par la plupart des peuples de TAsie-Mineure. Les hostilités se prolongent sans événements décisifs , pendant neuf années. La dixième est marquée par la querelle d'Agamemnon et d'Achille, la retraite du dernier et les défaites de ses compatriotes , la mort de Patrocle , le retour d'Achille, la mort d'Hector et celle d'Achille. Troie est surprise ou escaladée : ses édifices publics et particulidh sont incendiés, son empire détruit. Priam est égorgé avec ses fils, au pied des autels, par Pyrrhus: Hécube, son épouse, Cassandre, sa fille, Andromaque, veuve d'Hector, sont traînées en esclavage, 4270. Les princes vainqueurs retournent en Grèce : mais les uns périssent dans la traversée, ou bien sont, comme Ulysse, longtemps écartés de leurs états par les tempêtes : d'autres trouvent leur trône et leur lit occupés par des usurpateurs ; ils périssent sous leurs coups, ou sont contraints d'aller chercher une nouvelle patrie dans des régions lointaines.
Vin. État des principaux royaumes de la Grèce centrale et du Péloponwe, depuis la guerre de Troie jusqu'au retour des Cadméens-^Ar^ ^ms à Thèhes et des Héraclides dans le Péloponèse,
MtoLïE. — Après la mort d'iEnée et de son fils Méléagre, qui n'avait pas laissé d'enfants, le royaume d'iEtolie appartenait à Diomède, petit-fils (TMnée. Mais ce prince ayant préféré la portion du royaume d'Argos qu'il tenait de sa mère, fille d'Adraste, le sceptre était passé à Thoa$ , gendre d'iËnée. Thoas commandait les JEtolicns au siège de Troie : il transmit ses états à ses descendants Andramon et Oxilm. le dernier aida les Héraclides et les ÏX)riens dans la conquête du Péloponèse.
188 PRfiGIS DB l'histoire ANCIENNE.
Thèbbs. — Les Thébains ou Cadméens étaient rentrés dans leur patrie quelque temps après la guerre des Épigones. Une partie d'entre eux passa en Asie pour aller combattre les Troyens, et, après la mort de leur roi Thersandre, obéit à Pénéléus pendant la durée dti siège de Troie. Ceux demeurés à Thèbes en furent chassés par des Pélasges partis de THaernonie et mêlés avec des Thraces de la Daulide. Les fugitifs se retirèrent chez les JEoliens d'Arné en Phthiotide , et , de concert avec eux , fondèrent un état. Les Pélasges et les Thraces , demeurés maîtres de Thèbes, laissèrent Tautorité à Tisaméne et à Autesion , descendants de Cadmus et de Polynice.
Athènes. — Ménesthée meurt dans l'île de Mélos , en l'evenant du siège de Troie , 4270. Démophoon recouvre la couronne de son père •Thésée et la transmet à ses descendants Oxinîhès , Aphidas, Thymœiès (1270-1190). Ce dernier la portait quand les Héraclides rentrèrent dans le Péloponèse. Athènes, ville d'origine pélasgique, donne asile aux Pélasges venus de la Tyrrhénie, et aux Pélasges expulsés de la Béotie par les Cadméens. Les Athéniens les établissent au pied du mot Hymette, dans des terrains jusqu'alors stériles : l'industrie des Pélasges parvient à les fertiliser et élève une partie du mur de la citadelle, qui pour cette raison est appelé mur pélasgique. Dans la suite, des différends s'élevèrent entre les deux peuples, et les Athéniens chassèrent les Pélasges,. qui se retirèrent alors dans l'île de Lemnos et l'enlevèrent aux Minyens. Il importe de remarquer que ces différends et cette expulsion favorisèrent la révolution qui ôta à Athènes le caractère pélasgique et égyptien pour lui donner le caractère ionien.
Mycènes, Argos, Sparte , Corinthe. — Agamemnon rentre dans ses états après la guerre de Troie ; il est tué par Égysthe et par Clytemnestre , f 270. Égysthe , fils de Thyeste , règne sept ans à Mycènes. Orestes venge son père et ressaisit la couronne en assassinant Égysthe et Clytemnestre : il est absous par l'Aréopage du meurtre de sa mère.
On voit, dans Pausanias, qu'en devenant tributaires d'Atrée etd'Agamemnon , Sicyone et Corinthe n'avaient pas cessé d'avoir des rois : le même auteur dit qu'Orestes hérita de la puissance de son père (Aveu TTi« TOxtptjwxç dpx^O, et donne ainsi à entendre que, malgré l'absence d'Agamemnon et les troubles qui suivirent sa mort, Corinthe, Sicyone et leurs rois ne sortirent pas de la dépendance des souverains de Mycènes.