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ÉTAT SOCIAL £Ï POLITIQUE DES GRECS

lie furent jamais arbitres de la paix ou de la guerre, ils n'exercèrent jamais les divers pouvoii*s : la Grèce n'eut pas d'époque théocratique.

IV. État des populations, — Les chefs des Pélasges, Égyptiens, Phéniciens, Phrygiens, Thraces, Hellènes, ne s'établirent dans les petits États grecs qu'avec des guerriers peu nombreux, incapables d'opérer une conquête ; et souvent la colonie n'occupa le pays que du consentement des habitants primitifs. Ces chefs des colonies orientales et helléniques prirent pour eux le pouvoir royal et donnèrent des terres à leurs compagnons. Mais nulle part ils ne réduisirent les anciennes populations à la servitude de la glèbe, ni à Fesclavage en masse, quoique Tesclavage individuel existât en Grèce au temps de la guerre de Troie. Un siècle encore après cette guerre, on voit les anciennes populations conserver à l'égard de leurs rois, d'origine orientale ou hellénique, une pleine liberté de déterminations, souvent en opposition directe avec la volonté du prince.

V. Gouvernement, — Suivant Aristote, la royauté des Grecs, durant les temps héroïques, différait complètement de celle des Asiatiques. Elle n'était point absolue; elle ne livrait pas au prince les biens de ses sujets; elle ne lui donnait pas^ droit de vie et de mort sur eux, excepté à la guerre; elle était limitée à certains objets ; « Le roi était général et » juge, et maître des choses qui avaient rapport au culte des dieux , à » l'exception des fonctions sacerdotales. » Les grands et le peuple , réunis en assemblée, conservèrent la connaissance et la décision de toutes les affaires qui intéressaient l'État : le roi n'eut jamais la prérogative de vouloir et d'ordonner pour tous, là où l'intérêt de tous était engagé. Cette monarchie limitée des temps héroïques était héréditaire. — Dès le règne de Thésée, le gouvernement d'Athènes, mais seul encore en Grèce, incHnait vers la forme républicaine : Thésée se dépouilla de la puissance judiciaire et de la surintendance religieuse, et ne se réserva qu'un généralat perpétuel.

VL Rapports entre les États souverains et les États dépendants. — Chaque état se composait d'une ville principale et d'un certain nombre de villes ou bourgades inférieures. Le roi de la ville principale n'avait d'autorité directe que dans cette cité. Les autres villes ou bourgades avaient leurs chefs, comme leurs gouvernements particuliers : ces chefs rendaient la justice et avaient la surintendance des choses sacrées dans leur localité respective. Le roi de la cité supérieure ne pouvait, sans leur concours et leur aveu, prendre aucune résolution , disposer d'aucun objet qui intéressait la communauté.

De plu&r quelques États puissants, composés d'uBo cité principale «I de villes inférieures, exerçaient sur les États voisins^ composés de même , mais plus faibles, une autre espèce de suprématie. Sans àtrtorité sur eux pendant la paix, ils les contraignaient, durant la guerre, à leur envoyer leurs troupes , tantôt avec , tantôt sans leurs chefc. Agamemnon commandait les troupes de Corinthe , de Sieyone , de TiEgia*' lusr dont les^ rois étaient demeurés m Grèce ^ pendant la guerre de Troie-

VII. Développement de la civilisaiion : agriculture ^ fandatim â0 nouvelles villes. -— Au temps de la guerre de Troie, les peuples des lies grecques, du Péloponèse, de la Grèce centrale, de rH8emôme(plus tard Thessalie), étaient tous, à l'exception de deux, parvenus ad second âge de la civilisation. Le Pébponèse, l'Attique, la Béotie, étaient plus avancés que l'JEtolie, l'Acarnanie, laLocride, laPhoeide, THaernonie; mais ces derniers i>ays suivaient de près les premiers. Les Doriens et les Arnéens étaient demeurés seuls étrangers à cette culture, et plongés dans la barbarie.

Les champs étaient cultivés, par la plupart des nations grecques, de la même manière et avec les mêmes instruments qui sont encore èa iisage de nos jours, eiils rendaient les mêmes produits, à peu de (^os0 près* Les jardins d'agrément étaient inconnus ; mais les vergers nourrissaient « des poiriers, des orangers, des pommiers, de doux figuiers^ » et des oliviers toujours verts. »

Dès les temps les plus reculés , l'on avait construit des villes dans l'intérieur des terres. Depuis la répression de la piraterie pai* Minos* on en bâtit sur les rivées de la mer : les villes et la population s'aocrurent prodigieusement.' L'on comptait cent villes ou bourgades dans 1» seule. Laconie. Homère nomme cent cinquante<îinq cités principales dans toute l'étendue de la Grèce, et il donne à quinsse d'entre elles les épithètes de vastes, de bien bâties, d'élevées, de bien fortifiées.

VIIL Marim et commerce [i). — Les Grecs équipèrent 4(fôO vaisseaux pour la guerre de Troie. Il faut en ajouter au nn^ns 40 que pos-^ séfdœent les.Phéaciens ou Corcyréens, et qu'ils n'envoyèrent pas au siège de Troie. Ainsi la marine grecque, à cette époque, s'élevait à i404 navires, nombre supérieur de deux tiers à celui que possédèrent jamais les Grecs dans aucune des époques subséquentes. Parmi ces na-

- (0 Dans lé0 calculs qa'on va Ilte, fes Qtèc9 de la Grétè «t des e6\eê de l'Asie Mineure aonl exclas , comme étrangers à la question.

yim, les i^lus petits, ceux de Fhiloctète, ne contenaient que SO hommes* mais eeux des Bôotiens portaient ISO soldats. Ces vaisseadx étaient garais de rames, de mâts^ de voiles; mais ils manquaient encore d'ancres en fer, de ponts, de plusieurs bancs de rameu^s. Tous les peuples de rHseraonie, de la Grèce centrale, dtl Péloponèse, excepté lesDoriens, les Arnéens, lesArcadiens, fournirent quelque contingent à Id Mte greoqUe. Ainsi « sur 51 petits royaumes, ié pratiquaient la mer et recueillaient les avantages attachés à la possession d^une mariîle.

Depuis la répression des pirates par Minos , le commerce avait pris ufl rapide essor» Lesesclates, les bestiaux, le fer, l'airain, étaient les objets de de commerce. Il se faisait le plus ordinairement par échange. Cependant la monnaie était connue dès ce temps : Homère parle en ditws endroits de ialénU d'or. Palamède avait inventé les poids et les mesures; dans la suite, Phidon d*Argos ne fit que les renouveler ou lesreôtiôeir.

IX. Jru (Hâuétrielê. — Au temps de la gUerre dé Troie, les Grèce savaient extraire des mines Tor, l*argent, le fet', le cuivre t ils savaient lesfbrget, les fondre, leë graver, les ciseler. Us connaissaient Tart de fiterj de tisser, de teindre le lin etlaiaitte , de travailler le bols et l'ivoire. L'industrie les avait appropriés aux besoins, et même aux fantaisies du Idxe. Les guerriers étaient pourvus dô toutes les armes offensives et défensives qui furent connues jusqu'à la découverte de rartillerie : caftpies, cuirasses, bi^assards, cuissards, jatabards, javelots, arcs, flècheé, massues, Ié^hscs', épées, poignards. Les armes des chefs étaient e&richies d'argent ^ et les boucles de leur chevelure Mevées avec deë cigales d'or* Les palais des rôiS étaient magnifiquement ornés et remplis de iûeUbies ptécietix, dont on voit, presqu'à Chaque livre , le détail dans Homère.

X. ÉedUîfb'dtU y àtëhitéotiirë , êculptutê. ^ Les progrès de l^àrchitecturs, chez les Grecs, se trouvent déjà indiqués par l'accroissement (pie tes villes avaient pHs. On lëè reconnaît à l'érection de divers monuments qui appartiennent aui temps héroïques, et qui font suite à la porte aux Lions de Mycèrtes, à la porte de ifidia, ati trésor de Myttias , aux temples et aux tombeaux dont nous avons pfécédetamënt parlé. Les monuments de l'époque voisine de la guerre de Troie sont : 1° de nouveaux tombeaux , au nombre de trente ; 2® des temples élevés à diverses divinités, et notamment à Ilithye, à Esculape, à Apollon Delphien , ce dernier bâti en marbre ; 3» le trésor d'HyrieuS ; les chambres

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souterraines où Atrée et ses fils renfermaient leurs trésors; le tombeau d'Atrée. Les principaux architectes du temps étaient Agamède et Tropbonius, contemporains d'Hercules. Les monuments d'Atrée subsistent sncore aujourd'hui et prouvent à quel degré de perfectionnement l'architecture et la taille des pierres étaient arrivées : la construction de ces édifices est hellénique.

La sculpture fit aussi de nouveaux progrès durant cette période et façonna de nouvelles matières. Suivant la tradition, les Argonautes dédièrent dans le temple d'Apollon Argaeus, non loin d'^Epi (1) en Messénie, une statue en bronze, la plus ancienne qu'on eût fabriquée en Grèce (2). Endœus, d'Athènes, élève de Daedale, fit trois statues de Minerve: l'une pour la citadelle d'Athènes; l'autre pour la ville d'Érythres, de grandeur colossale et en bois, mais accompagnée de statues en pierre représentant les Saisons et les Grâces ; une troisième enfin pour la ville de Tégée, celle-là toute d'ivoire, et transportée, treize siècles après, par l'empereur Auguste, dans le forum qu'il fit construire à Rome. Les sculpteurs contemporains de la guerre de Troie sont Icmalius, qui fabriqua et cisela le fauteuil entièrement d'argent et d'ivoire sur lequel siégeait Pénélope; Alexanor, fils de Machaon; Épéus, dont les ouvrages subsistaient au temps de Platon et de Pausanias (3).

XL Poésie. — Nous avons exposé précédemment les première essais de la musique et de la poésie en Grèce, en rappelant les noms d'Olen , de Phémonoé, du premier Linus et du premier Musée de Chrysothéœis, de Pamphus, de Philammon, de Lycus et du second Linus (4). Au temps qui nous occupe, l'histoire de ces arts se divise en deux périodes, dont la première part de l'expédition des Argonautes, et s'arrête à la guerre de Troie; la seconde s'étend de la guerre de Troie à la conquête des Doriens et des Thessaliens.

Durant la première période, la poésie ne paraît être cultivée, au moins en général, que dans la partie orientale de la Grèce, depuis Argos jusqu'à la Thrace, c'est-à-dire dans les pays les plus rapprochés de l'Asie. Le caractère de la poésie est exclusivement sacré : elle apprend les noms , elle chante les louanges des dieux et des héros ou demidieux, et elle lit dans l'avenir la destinée des hommes : pendant deux

(i) Nommée Coronée au siècle d'Épaminondas. — (2) Pausanias, Messeniaca , c. 24. -* (3) M.Emeric David , Essai sur le classement chronologique des sculpteurs grecs , p. 5,^, ^ (4) Voir ci-dessus, chap. Xli, p. 172.

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siècles, à une seule exception près, elle ne sort pas de ce cercle sacré , prophétique et fatal tout ensemble. Mais depuis les temps qui avoisinent la guerre de Troie jusqu'à la conquête du Péloponèse par les Doriens , la poésie s'étend à tout le Péloponèse, puis aux provinces et aux îles occidentales de la Grèce. De plus, la poésie change de nature. Au lieu de s'occuper exclusivement des dieux et des destinées, dont les dieux sont les suprêmes arbitres, les poètes mêlent la terre au ciel, décrivent les passions et les actions des hommes : la poésie épique prend naissance. Nous allons donner successivement l'indication du nom et des ouvrages des poètes de ces deux périodes.

Première période. — Orphée, l'un des Argonautes, ouvre cette période. Il effaça tous ses prédécesseurs; et l'ascendant qu'il exerça sur les mœurs et l'état social de ses contemporains par la puissance de la musique et de la poésie, a donné lieu aux fictions qui ont défiguré son existence historique. Les anciens citaient une longue liste des ouvrages d'Orphée (1); mais la plupart avaient été forgés par des faussaires. Au temps de Pausanias, il ne restait plus d'authentiques que des hymnes fort courts et en petit nombre, composés pour les Lycomèdes ; il est douteux que l'on possède un seul de ces derniers.

Viennent ensuite Musée d'Athènes, disciple d'Orphée, qui, entre autres ouvrages, avait composé une théogonie, ou généalogie d'un certain nombre de divinités; Tkamyris , autre élève d'Orphée, originaire de la Phocide, exilé en Thrace, et qui remporta le prix établi à Delphes pour le meilleur hymne composé en l'honneur d'Apollon; £umolpu8 le jeune, d'Athènes, contemporain d'Hercules et des Argonautes, et dont on citait des chants en l'honneur de Bacchus, et des initiations aux mystères de Cérès; Paléphaie d'Athènes, auquel on attribue une cosmopée, un poëme sur la naissance d'Apollon et de Diane, des discours de Vénus et de l'Amour, la dispute entre Minerve et Neptune, et la boucle de Latone (2); Amphiaraûs, l'un des sept chefs devant Thèbes, qui composa en l'honneur d'Hercules un hymne longtemps répété à Thèbes; Palaméde d'Argos et Corinnus, son disciple; les Sibylles et les auteurs d'oracles en vers, entre lesquels on remarque BcKis de Béotie; Tirésias, qui, après la prise de Thèbes, sa patrie, par les Épigones, fut consacré à Apollon parmi les prémices du butin;

(1) Oa peut voir celte liste dans la Bibliothèque de Fabrieiuset dans l'abrégé de cet ouvrage, par Scbœll, 1. 1, p. 39-64.

(3) C'est à tort que Suidas nomme ces poèmes épiques : ils sont tous mythologiques el physiques.

plusieurs femmes» Xenoclea^ \e»PéléadeB, ifeeo de Delphes^ dontPa\i^ saniaa cite les hymnes sur rétablissement du culte d'Apollon en Grèce; Daphné ou Manto^ fille de Tirésias. Les auteurs de cette période inventèrent Thexamètre) et la poésie de Daphné avait acquis assez de perfection, pour qu'Homère ne dédaignât pas de lui faire des emprunts (1).

Seconde période. — Durant cette seconde période» la poésie 8'étend à toutes les parties de la Grèce, comme le prouvera l'indication de la patrie des poètes. De plus la poésie, sans cesser d'honorer lés dieui, chante aussi les hommes, et la poésie épique prend naissance. Juioméde, qui fleurit à Mycènes, a pour disciple DémoâocuB^ qui fait entendre ses chants dans File des Phéaciens (Corcyre) : DémodocusapOur contemporain Phémiuê d'Ithaque, l'un des prétendante à la main de Pénélope, et un autre poète qu'Homère place à Sparte, auprès de Ménélas, sans donner son nom, A peu près dans le même temps paraissent fiîélisander , Syagroê et Orœbantius de Trérôfle* Enfin, au temps de la guerre de Troie , on trouve à la petite cour de chacun des chefs ou rois de la Grèce un poète et un musicien* Déraodocus célébra lepremier la querelle d'Achille et d'Agamemnon, et la ruse employée par les Grecs pour s'introduire dans les murs de Troie ; Phémius raconta les dangers et les malheurs de leur retour ; Syagros s'exerça sur les mêmes événements; Mélisander prit pour sujet de ses chants le cotobat des Lapithes et des QentaUreSi Ceux qui doutent de l'existence de ces poètes ne prennent pas garde qu'ils tombent dans l'abstiMe, eh ne donnant aucun eœai à la poésie grecque , et aucun précédent 4 la perfection d'Homère et d'Hésiode^

Médecine. — On crt)it (}ue le Thessaîleïî Chirofi donna en Grèce les premiers préceptes de médecine. Machaon et Podalyre les avaient re^ cueillis et les mettaient en pratique, pefldtthtlagaeiHB de Troie. Machaon s'était spécialement livré à là ohirUii^ie î Pddalyre s*Ôtàit appliqué à découvrir les causes internes des maladies; Ils euréfit poiii* successeur Nieomaque et Go!^asus , Ûls de Maôhaon.

Astronomie, *— Diogêne de Làertë atteste que Musée, fils d'Ëumolpus, avait décrit en Vers la sphère. Deux pass&gés d'Homère prouvent que, du temps de laguerre de Troie, les Grecâ avaient reconnu, nofflmê les constellations , et qu'ils les observaient pour se diriger dans leurs voyages maritimes. « Ulysse dirige avec habiïeté le gouvernail : sans » cesse il contemple les Pléiades; le BOdvier, si leîit & se tôttcher; la

(i)Diodor.Sie.,IV,«a.

£TAT flOCIAfc ET POUTiQUl DM «llCS. i08

» grande Ourse, qu^on appelle aus» le Chariot, tournant toujours aux m mêmes lieux en lace de TOrient , et la seule de toutes les constellations D qui ne se plonge pas dans les flots de TOcéan (1). »

Tel était Tétat de THaernonie, de la Grèce centrale, du Péloponèse , quand les Thessaliens^ les Ârnéens, lesDorienS) lesiBtoliens, enta*' hirent la plupart des principautés de ces ti^is pays.

SECONDE tARTlE (i).

RéfitiltAtfl de la coàqnéte des Doriens, des Arnéetié, deë Thessftlietis, des ilSolieni et des Ioniens, fugitifs du Péloponése, des Achéens^Plithietes, soits le rapport de la religion et de la eiTilisation.

Progrès des conquérante. — Affermis dans les pays qu'ils avaient d'abord occupés, les Thessaliens, les Arnéens, les Doriens, étendirent leur domination aux provinces environnantes. Les Thesprotes-Thessaliens subjuguèrent toute l^Haemonie , comme le prouvent leur conquête du pays des Magnètes et du pays des Perrhaebes, situés aux extrémités de cette province, et leUr tentative contre la Pho(5ide. Depuis leur établissement à Thèbes jusqu'à la guerre médique, les Arnéens subjuguèrent les villes et territoires de Tanagre, de Thespies, de Coronée, c*egt-à-dire la plus grande partie de la Béotie. Enfin , les Doriens occupèrent militairement tout le Péloponèse , excepté l'Achaîe et T Arcadie : ceux de Sparte, en particulier, commandèrent, dès le vni* siècle, à la Laconie et à la Messénie réunies.

Nom d*HeUaâê donné à la Gr^cc.— Les Doriens et les iEtoliens, auxiliaires des Héraclides; les -Pollens d'Arné, établis à Thèbes; les fugitifs du Péloponèse, qui passèrent dans l'-Sgialus et dans l'Attique, appartenaient à diverses branches de la nation hellénique. Les Thesprotes-Thessaliens s'assimilèrent facilement aux Hellènes, par suite de leurs rapports avec les Doriens et avec plusieurs nations de la tnême race. L'une des conséquences de la conquête des Hellènes et de leurs confédérés fut que la Grèce prit le nom d'Hellade. Elle le portait déjà au temps d'tîésiode, c'est-à-dire au x* siècle avant notre ère.

Éeligion nationale substituée aux cultes locaux (5). — Quand les di-

(1) Homer.,0dy8s., 1. v, v. 270-275 ; «1., I.xviii, v. 48S-490.

(2) Voir les déTeloppements et les preuves dans la troisième édition du Précis , de la page 201 à la page 232. — (3) Voyei ci-dessus, p. isa.

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verses branches des Hellènes se furent répandues sur toute la Grèce, et en eurent envahi les diverses parties; quand la Grèce devint hellénique; quand, par cette unité hellénique, furent remplacées les variétés de races et de dominations indigène, phénicienne, arabe, libyenne, égyptienne, phrygienne, thrace; alore de ce rapprochement politique naquit un rapprochement religieux. Les diverses peuplades grecques amnistièrent réciproquement leurs dogmes et leurs cultes. Tel canton adopta soit Jupiter, soit Junon, soit Bacchus, à condition que le canton voisin adorerait ou Neptune, ou Minerve, ou Mars, qu'ils avaient, chacun de leur côté, repoussés jusqu'à ce temps. C'est l'époque d'échanges, d'emprunts, de fusion des divers cultes, d'adoration d'un grand nombre de dieux par les diverses nations grecques, qui jusqu'alors ne reconnaissaient chacune que deux ou trois divinités. Les dieux , auparavant ennemis , devinrent parents les uns des autres. L'Égyptien Jupiter devint le fils du Phénicien Saturne , le frère du Libyen Neptune, l'époux de la Phénicienne Zano ou Junon , le père de l'Assyrienne Vénus. La disposition aux concessions mutuelles s'opposait au triomphe d'un dieu , et à rétablissement d'un culte unique et exclusif. La Grèce ne fut ni Jupitérienne, ni Junonienne, ni Neptunienne, si Ton peut s'exprimer ainsi; elle eut douze grands dieux entre lesquels elle partagea à peu près également ses hommages. Telle fut la révolution qui s'opéra dans le cours des deux siècles et demi qui suivirent la rentrée des Héraclides. Deux cent cinquante ans après la conquête, parurent Hésiode et Homère. Les dieux, devenus parents et époux dans l'opinion publique , le furent aussi dans leurs ouvrages , où se refléta cette opinion.. De la multitude des traditions religieuses, ils composèrent et arrangèrent les légendes de la naissance , des alliances, de la postérité des dieux, en même temps qu'ils décrivirent leur nature et jusqu'à leurs formes. C'est Hérodote , le plus savant et le plus éclairé des Grecs, qui nous fournit ces détails sur l'histoire et la formation de la religion dans sa patrie ( 1 ).

Mœurs et coutumes des conquérants imposées aux pays conquis,-- Les peuples conquérants se trouvaient, au moment de l'occupation de la Grèce, dans un état de civilisation très-inégal. Les Ioniens, les iEoliens, les AchéeÉDs-Phthiotes du Péloponèse, étaient très-avancés, comme le prouvent le nombre et la grandeur de leurs villes , la magnificence de leure édifices, la perfection de leurs arts, la quantité des

»:D Hérodote,!. Il, c. 58.

ttkt SOdAL CT t»OUtIQtJ£ ÙË& GAtCâ. iÙ&

vaisseaux (ïu'ils envoyèrent au siège de Troie. C'est Homère qui fournit sur eux ces détails, qui les peint sous ces traits. La civilisation des iEtoliens, qui envahirent l'Élide, était bien moins développée. Enfin les Thessaliens, les Aruéens, les Doriens, qui occupèrent la Thessalie, la Béotie, les deux tiers du Péloponèse, c'est-à-dire la plus grande partie de la Grèce, étaient demeurés dans Tétat barbare. Les Doriens, en particulier, ne se livraient ni à l'agriculture, ni à la navigation, ni au commerce, ni aux arts industriels, qu'ils tenaient pour vils, ni aux arts libéraux et aux sciences, qu'ils méprisaient. Pour eux, la vie noble consistait tantôt à employer leurs forces et leur temps à la guerre, tantôt à le consumer dans l'oisiveté, la chasse, les repas, les spectacles. Les seules qualités qu'ils estimassent étaient la vigueur du corps et le courage. Il y a une étonnante ressemblance entre leurs mœurs et celles des Germains, telles que les a décrites Tacite (4 ).

Tous ces envahisseurs exercèrent sur les anciens habitants la double action des mœurs et du gouvernement, qu'ils se réservèrent exclusivement, et dont ils usèrent de la manière la plus despotique. Ils s'incorporèrent une partie des anciens habitants ; ils entraînèrent dans leurs entreprises, dans leurs guerres continuelles, ceux qu'ils ne s'agrégèrent pas,, et auxquels ils laissèrent la liberté; ils réduisirent une autre partie de la population à l'esclavage ou à la servitude de la glèbe ; ils en chassèrent une autre de la Grèce, afin de prévenir les révoltes. Ainsi les Thespix)tes-Thess£diens et les Arnéens contraignirent un grand nombre d'^olienTde l'Haemonie et de la Béotie à aller chercher de nouvelles demeures dans l'Asie Mineure. Les ^Eoliens établis en Attique réduisirent à une semblable émigration et les Ioniens de l'^gialus, qui avaient cherché un refuge dans le même pays, et une foule d'anciens habitants. Depuis la fin du règne d'Eurysthènes jusqu'à, la seconde guerre de Messénie, les Doriens de Sparte forcèrent, à sept reprises différentes, quelques tribus des anciens habitants à passer dans VMgialus, les Cyclades, l'Asie Mineure, l'Italie méridionale. C'est à ces émigrations que les colonies aeoliennes, doriennes, et les colonies de la Grande-Grèce durent leur naissance.

Il résulte de ces faits que, dans tous les États greq|, les conquérants altérèrent plus ou moins profondément l'état social, le caractère, les habitudes, les usages de l'ancienne population, et que, dans plusieurs,

(1) Voir \e& preuves de ces assertions et la comparaison des mœurs des deux peuples, d«na U deaxième édition du Précis, p. 139-145.

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ite les changèrent complètement. Dans TAttique , les -fioliene et les Ioniens s'emparèrent d'une partie des terres, et exercèrent sur la population une autorité longtemps oppressive ; mais ils ne proscrivirent ni Iç commerce, ni les arts, auxquels ils n'étaient pas demeurés étrangers eux-mêmes dans leurs anciennes demeures du Péloponèse. Pré» de l'Attique, dans l'isthme et dans une étroite lisière du Péloponèse, Mégare, Gorinthe, Sicyone, Cléone, Épidaure, Trézène, Hermione, échappèrent comme Athènes, mais par d'autres circonstances, à la barbarie, et conservèrent quelques débris de civilisation. Ces villes avaient été envahies par les Doriens ; mais les colons grossiers et ignorants qu'elles reçurent abandonnèrent promptement les idées et les usages de leurs compatriotes, irrésistiblement entraînés vers la navigation et le commerce par la situation maritime des villes où ils s'étaient fixés. Le commerce, comme il arrive toujours, engendra l'opulence et l'industrie , apporta aux habitants de ces villes les connaissances et les lumières des nations avec lesquelles ils étaient en rapport, et donna l'essor aux arts industriels et aux beaux-arts.

Mais partout où les Thessaliens , les Arnéens et les Doriens dominèrent, c'est-à-dire dans toute la Thessalie, dans la Bôotie, et dans lapins gprande partie du Péloponèse, ou, en d'autres termes, dans les dix-neuf vingtièmes de la Grèce héroïque, la culture, à laquelle les anciennes populations étaient parvenues, fit place à la barbarie. La plupart des principes de la civilisation furent détruits pour jamais : d'autres, étouffés pendant quatre siècles ( de 4 1 80 à 780 environ ) , ne furent ranimés imparfaitement qu'au VIII* siècle , et ne prirent pas un véritable et large développement. Ce n'est qu'à Athènes, à Gorinthe, et dans le petit nombre de villes du Péloponèse nommées plus haut, qu'ils furent conservés avec des conditions de renaissance et de fbrce ultérieure. En sorte que du xii* au vm* siècle, la Grèce d'Europe eut un temps d'arrêt dans sa culture politique, industrielle, intellectuelle; subit un véritable moyen âge. Ce ne fut qu'au yv siècle qu'elle rentra d'une manière smiaib]^ dans la voie de la civilisation.

Population f miles, monumenr*. — Dans le cours des siècles de ^ mièrç civilisation et des siècles héroïques, la Grèce avait construit une quantité presque innombrable de villes, les avait fortifiées de murailles et de tours, les avait décorées de monuments, dont plusieurs demeurent impérissables. Durant les six siècles dont nous nous occupons » eUe n'éleva pas un seul monument remarquable, et il ne paraît pas qu'elle ait fondé une seule ville. Sous la domination des Doriens, 1*

ÉTAT aÛOÀL BT POUTIQiJI Dli ««SCS. M7

Messénie se dépeupla et devint presque déserte : les cent villes de la Laconie furent réduites à trente petites villes, et le nombre des habitants diminué au point que, selon l'expression de Strabon, la. race des hommes parut y manquer. En Argolide, Tirynthe disparaît entièrement : Mycènes s'affaiblit, s'efface, jusqu'à ce qu'elle soit détruite de fond en comble par lesDoriens d'Argos : Arços elle-même, autrefois la première des villes de la Grèce, languit et tombe au second rang,-* Au temps de la guerre de Troie, les Béotiens possédaient le plus grand nombre de villes de tous les peuples de la Grèce : ils avaient préservé leur pays des inondations du lac Copaïs par les prodigieuses excavations et les conduits du mont Ptoos; bâti le trésor de Minyas, l'une des merveilles de l'architecture ancienne; élevé des murailles et des tours d'une hardiesse et d'une sohdité admirables. Sous la domination des Améens, les monuments existants périssent et ne sont remplacés par aucun autre; les canaux du mont Ptoos s'engorgent, faute d'être entretenus; les villes diminuent. — Nous n'avons aucun renseignement précis sm' la Thessalie, et nous ne pouvons affirmer que la population et les villes aient subi les mêmes réductions que dans le Péloponèse et dans la Béotie ; mais les autres éléments de la civilisation ne soufiRpirent pas moins, comme nous allons bientôt nous en convaincre.

Marine et ço^mere^, — Du xii' au vi* siècle, la marine et le commerce, quoique fort restreints, se soutiennent à Athènes, Corinthe, Sicyone, Épidaure, Trézène, Hermione, et ils prennent un grand développement à Gorcyre, au commencement du v siècle. Mais ils périssent en Thessalie , en Béotie , et dans la partie du Péloponèse soumise aux Doriens. Au moment de l'invasion persane , la Messénie et la Laeonié ne fournissent que seize vaisseaux , équipés pour la circonstance î aux temps héroïques elles en possédaient cent cinquante. LesThessaliens et les Béotiens, tandis qu'ils demeurent fidèles encore à la causç deg Grecs, et qu'ils combattent aux Thermopyles, autour de Léonidas, m peuvent augmenter d'un seul vaisseau la flotte grecque postée à Af temiBum : la Thessalie avait fburni deux cent quatre-vingts navires pour son contingent à la guerre de Troie , et la Béotie quatre-vingta* Pour rendre plus sensibles les résultats de la conquête dite rentrée des Héraclides, nous allons dresser l'état comparatif de la marine grecque, au temps de la guerre de Troie et au temps de la guerre Médique.

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nuICtâ DB L*HlStOIRS AKCnNUI*

État de la iiarinr en Grêcb ao temps SE La GUEhRE DE Troie.

HifiMÛNIE (Thessalie\

PéUsgiotide. .

Hislisotide. .

Magnésie. , • Phthioiide . « Tbessaiiotide.

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