RÉVOLUTIONS EN GRÈCB DU XII* AU VI« SIÈCLE
OU bien ils leur retirèrent, peu après la leur avoir accordée, Visonomie, c'est-à-dire Tégali té des droits, l'avantage de participer aux droits de citoyens et aux magistratures de l'État.
Esclavage et servitude de la glèbe. — Les conquérants chargèrent d'un tribut les anciens habitants. Les temps héroïques n'avaient connu que l'esclavage individuel, et l'avaient restreint aux prisonniers faits sur le champ de bataille. Les Thessaliens, les Arnéens et les Doriens rétendirent à des populations entières : ils eurent des esclaves et des serfs de la glèbe. Ces serfs de la glèbe s'appelaient Pénestes en Thessalie, Hilotes en Laconie, et d'un nom qui ne nous est pas parvenu en Argolide et en Messénie, avant que ce dernier pays eût subi la domination des Spartiates. Ces serfs de la glèbe doivent être soigneusement distingués des campagnards de V Argolide et des Laconiens, Ces derniers, privés de tous les droits politiques, jusqu'à la constitution de Lycurgue , et jusqu'à la guerre entre Argos et ses campagnards, avaient conservé leur liberté individuelle et des terres.
Les jEoliens et les Ioniens de l'^Egialus, passés en Attique, n'y établirent pas, au moins nous le pensons, l'esclavage de la glèbe. Les Thêtes ou Montagnards, privés du droit de cité et de toute participation au gouvernement, jusqu'à la constitution de Solon, réduits à une extrême misère, doivent être assimilés cependant aux campagnards de r Argolide et aux Laconiens, et non pas aux Pénestes et aux Hilotes.
§ IL -^ Etat des conquérants: leurs gouvernements et leurs révolutions du XII* au vi« siècle.
l. Première organisation des conquérants. -»■ Les conquérants partagèrent entre eux les terres enlevées de vive force, ou cédées volontairement par les anciens habitants. Ce partage eut lieu inégalement entre les rois, qui eurent la plus forte part, nommée domaine; les chefs et tous les guerriers qui s'étaient engagés dans l'expédition.
Les rois fixèrent leur résidence tantôt dans l'ancienne capitale, comme à Argos; tantôt dans une ville nouvelle, telle que Stényclaros au lieu de Pylos, et Sparte au lieu de Lacédémone (1). Les conquérants ne se dispersent pas dans le pays, ils se concentrent sur un même point, autour du roi : tous les Doriens de Messénie se tiennent réunis à Stényclaros; tous ceux de Laconie, à Sparte; tous ceux de l' Argolide, à Argos : c'est un moyen de n'être pas attaqués à l'improviste et
(1) Homère, Iliade, lir. II, distingae formellement ces deux villes l'une de l'autre.
214 PRÉCIS DE l'histoirb ancienne.
individuellement par les anciens habitants, et de les tenir dans la dépendance. Les divisions, parties d'Argos, qui vont fonder de petits royaumes dans l'Argolide, la Sicyonie, laCorinthie, imitent ce qui a été fait dans rétablissement principal.
Dans chaque royaume, la ville habitée par le roi et par les conquérants est déclarée seule cité : les conquérants seuls sont citoyens, peuvent seuls parvenir aux magistratures, à l'exclusion des anciens habitants.
Les rois divisent le pays en un certain nombre de districts, et y envoient des chefs ou rois inférieurs, pour y commander avec une autorité subordonnée à la leur. C'est un renouvellement ou une continuation de ce qui avait eu lieu durant les temps héroïques, où Ton voit Agamemnon, roi supérieur de Myccnes, commander aux rois inférieurs de Corinthe, de Sicyone, de r^Egialus.
IL Première période : Anarchie ; les rois , les grands , le peuple , se disputent la puissance absolue. — Tant que la conquête a duré , les rois supérieurs ont exercé un souverain empire sur les actions et même sur la vie des chefs et des guerriers. Mais, l'expédition. terminée, leur dictature militaire cesse, et un nouvel ordre de choses commence.
Une grande révolution a lieu. Pendant la durée des siècles héroïques, les États grecs avaient été régis par la monarchie tempérée. Les jois réunissaient tous les pouvoirs ; mais ils exerçaient l'autorité avec modération : ils consultaient les principaux citoyens dans les affaires les plus importantes, et assuraient à tous les citoyens indistinctement la liberté civile. Ils avaient maintenu généralement l'ordre public, prévenu les factions et les troubles, favorisé le développement d'une prospérité fort grande pour ces temps. Cette monarchie s'était soutenue partout, même à Athènes, quoique les institutions libres eussent prévalu dès le temps de Thésée. A partir de la conquête nommée rentrée des Héraclides, de nouvelles formes de gouvernement s introduisent dans tous les États grecs. Deux des peuples conquérants abolissent chez eux la royauté dès la seconde génération. Ce sont les Arnéens de Thèbes, après la mort de Xanthus, Tan 1190; les jEoliens et les Ioniens d'Athènes, après celle de Codrus, 1152. Les autres sociétés politiques fondées par les conquérants thessaUens, doriens, achéens, dans la Thessalie et dans le Péloponèse, conservent plus longtemps la royauté nominale. Entre la monarchie des temps héroïques et la république, elles passent par un état intermédiaire et violent, dont il importe de se rendre compte.
RÉVOLUTIONS EN GRÈCE BD XIl« Atl it SIÈCLE. îiH
Dans toiiles l'on trouve, dès leur origine : i« un roi : la royauté est héréditaire dans une maison : cette maison appartient à la famille de Pélops chez les Achéens, à la famille d'Hercules chez les Thessaliens et les Doriens; 2' un corps de grands, nommés le^ premiers (itpwtoi), les anciens (ysp&vtcç), les meilleurs (âpt<jtot) (1), qui se groupe autour du roi; 5° le peuple ou la masse des guerriers. Les grands et le peuplé sont concentrés dans un rayon étroit, ef né qiiittent jamais les armes; d'où il résulte qu'ils peuvent facilement s'entendre, et exécuter immédiatement leurs résolutions. Leur disposition prononcée est de ne pas laisser aux rois la puissance absolue; de connaître au. contraire et de décider par euit-mèmes de toutes les affaires importantes : aitisi, dès le principe, les Doriens de Messénie contraignent Gresphontes à retirer aux anciens habitants l'isonomie* les droits égaux, qu'il leur avait accordés, sans leur concours et contre leurs intentions. Plusieurs peuples partagèrent Fautorité royale pour l'affaiblir : les Spartiates, entre Eurysthènes et Proclès, les Sicyoniens, entre Phalcès et Lacestades; les Messéniens, entre Androclès et Antioehus. Tous limitèrent l'autorité des rois, ne leur laissant qu'une partie du sacerdoce, le droit de convoquer les assemblées et d'y parler, le droit de commander les armées. •
Les rois, les grands, le peuple, n'eurent pas d'attributions et de pouvoir fixes : cette organisation régulière était bien loin de l'ignorance et de la férocité de ces barbares. Pendant trois siècles à Sparte; pendant quatre, cinq, six siècles, dans les autres États, il n'y eut pas de gouvernement régulier; ou plutôt il n'y eut pas de gouvernement, à pro^ prement parler. Ce fut une suite de révolutions violentes, dans lesquelles la force brutale triompha tour à tour; dans lesquelles les grands, le peuple, les rois relevés de leur abaissement momentané, se saisirent successivement du pouvoir, pour en accabler leurs rivaux et régner despotiquement.
m. Seconde période : Destruction de la royauté, — A la fin de cette lutte individuelle de chacun des pouvoirs contre les deux autres, les grands et le peuple, parmi les conquérants, s'unirent pour renverser la royauté, qui s'était rendue odieuse par son despotisme, et insupportable par ses dépenses et son luxe, dans des États petits et pauvres. Les grands, qui voulaient hériter de ses prérogatives, contribuèrent principalement à sa ruine. Elle fut détruite :
. (t) Correspondant parfaiiement aux procerc*, les premiers; ieMoret^ les vieux, les feiinneurs; opliMàies, lêf meilleurs, de liôtrè moyen âgtf.
2^6 pr£cis db l'histoire àncieniœ.
A Jrgo$, après la mort d'Ératus, fils de Phidon, descendant de
Téménus, vers l'an 820. Au delà de ce temps, la royauté n'est plus qu'un nom à Argos;
A Épidaure, dans un temps inconnu;
En Aehate, sous les fils d'Ogygès, descendant du pélopide Tisamène;
En Élide, sous l'un des successeurs d'Iphitus, vers 780;
A Corinihe, après la mort de Télessus, dixième successeur d'Alétas, vers 747;
En Arcadie, après le supplice du traître Aristocrate, l'an 668;
En Messénie, après la conquête du pays par les Spartiates, et la retraite d'Aristomène, l'an 668;
En Thessalie, \
En jEtolie, f à une époque incertaine, entre la guerre de Troie et
En Phocide, 1 la guerre Médique,
En Locride, j
En joignant à ces faits les indications précédemment données sur la destruction de la monarchie dans laiBéotie, en 1190; et dans VAUique, en H50, l'on arrive au résulUt suivant. Du sii* au \iv siècle, la royauté fut abolie dans tous les États de la Grèce centrale et du Péloponèse, excepté à Sparte :,Lycurgue la maintint dans cette ville; mais en ne lui laissant que les pouvoirs d'une magistrature suprême et perpétuelle dans une république. La royauté détruite dans une partie de la Thessalie, se soutint dans une autre portion de ce pays, aussi bien qu'en Épire.
IV. Troisième période : Bègne de Voligarchie et de la chevalerie dans tous les États de la Gr^cc— Dans chaque État les chefs ou grands exerçaient l'influence attachée partout aux vastes propriétés territoriales et aux richesses. De plus, durant l'intervalle écoulé entre la conquête et la destruction de la royauté, les grands s'étaient tous continuellement engagés dans les expéditions militaires, auxquelles les diverses parties du peuple n'avaient pris part qu'alternativement. Il résultait de cette différence que les grands avaient une valeur, une expérience, une habitude des armes, très-supérieures à celles du peuple. Enfin, ils avaient acquis des richesses, et appris à monter des chevaux, de tout temps extrêmement rares en Grèce, excepté en Thessalie, et ils ne s'avançaient pas au milieu du peuple montés sur ces animaux, sans inspirer l'épouvante; tellement qu'après les avoir précédemment
RÉVOLUTIONS EN GRÈCE DL' Xn« AU VP SIËLLE« 217
appelés des noins de premiers, d'anciens, de meilleurs, on les désignait, vers le neuvième siècle, par celui de chevaliers.
Par ces causes réunies, ils avaient pris un immense ascendant dans les divers États grecs , et au moment où périt la royauté , ils dominèrent exclusivement. Aristote le témoigne positivement (1), et le corps entier de l'histoire grecque, durant cette période, le prouve. Ainsi, à Athènes, par suite de l'ascendant que les chevaliers avaient exercé au temps qui nous occupe, les chevaliers sont rangés, par la constitution de Solon, dans l'une des deux premières classes. Ainsi, en Euhée, les grands propriétaires, les citoyens, maîtres à la fois des terres et de l'autorité, sont désignés par le nom d'hippobotes, ou pâtres de chevaux. Ainsi à Sparte, au temps de la guerre Médique et de la guerre du Péloponèse, quand l'infanterie était devenue la principale force des armées, quand Ton ne trouvait plus honorable de servir que dans cette arme, le corps d'élite, en mémoire de l'ancien état de choses, s'appelait encore le corps des trois cents chevaliers, bien que les guerriers qui le composaient eussent cessé de monter des chevaux.
V. Les grands ou chevaliers dépouillent et tyrannisent le peuple, — Les grands ou chevaliers profitèrent <les ressources que leur donnait la supériorité du courage, des armes, des chevaux : 1*» pour exercer exclusivement la souveraineté, pour s*emparer de tout le gouvernement; 2° pour dépouiller de leurs terres, soit leurs propres compatriotes, moins puissants qu'eux, le peuple ou la masse des conquérants; soit la partie des anciens habitants, qui étaipnt sujets sans être esclaves.
En Thessalie, l'oligarchie s'établit dans toutes celles des villes où succomba la royauté. — A Thèhes, cette forme de gouvernement, introduite dès le xii* siècle, fut maintenue au viii" par le législateur Philolaûs, et se soutenait dans cette ville, et dans les autres cités de la Béotie, au temps de la guerre Médique. — Chalcis, Érétrie et les autres villes de \ Euhée furent soumises à l'oligarchie des chevaliers jusqu'à ce qu'un certain Diagoras la renversa. — Athènes fut gouvernée par une oligarchie très-immodérée jusqu'à Solon. Toute l'autorité était entre les mains des quatre familles des Médontides, des Alcmseonides, des Pisistratides , des Pœonides , longtemps unies pour dominer exclusivement, avant que la jalousie du pouvoir les divisât. Les magistratures n'étaient accessibles qu'aux seuls Eupatrides ou nobles. En
(0 Âristot., de Bepublic, liv. IV.
918 PRÉ€IS DB L'mSTOIlB ANCfENlIK.
supposant qu'il y eût des assemblées du peuple et qu€ les Paraliefis y fussent admis, les Montagnards en étaient nécessairement exclus, comme le prouve le droit d'y assister que leur conféra Solon, et qu'ils ne possédaient pas avant lui. -- La forme oligarchique régit Mégm, depuis le moment où elle fut occupée par les Doriens de Corinthe jusqu'à celui où Théagènes donna l'exemple de se révolter contre les nobles. ^ A Corinthe, le gouvernement et l'autorité étaient concentrés dans la seule famille des Bacchiades.— Enfin Sparte et tous les États doriens du Péloponèse subirent également l'oligarchie.
Les usurpations territoriales, les usures, les violences de tout fenre, signalèrent le règne de l'oligarchie. A Sparte, l'inégalité éteit si horrible, au temps de Lycurgue, que l'État était en danger de périr: les grands s'étaient approprié si avidement et si exclusivement les terres, que bon nombre de citoyens n'avaient pas un pouce de terre, et que les autres, avec beaucoup de travail^ tiraient à peine leur subsistance de la modique part qui leur avait été laissée. En Eubée, les hippoboles convertirent les immenses terrains qu'ils avaient acquis en pâturages, ôtèrent aux hommes les moyens d'existence qu'ils reportèrent vers les troupeaux de chevaux, et contraignirent le peuple de Chalcis et d'Érétrie à émigrer en Thrace. A Athènes, tout le peuple devint débiteur des riches : parmi les hommes de cette classe, les uns, n'ayant plus d'héritages, furent réduits à cultiver les terres des riches, auxquels ils rendaient le sixième des produits: on les nommait pour cette raison ^f^ temorioi ou thètes : d'autres, en nantissemçnt'de leur dette, livrèrent leurs personnes à leurs créanciers, qui se les attachèrent comme esclaves ou les envoyèrent vendre en pays étranger : beaucoup furent réduits à vendre leurs enfants ou à s'expatrier.
Le despotisme oligarchique produisit, du viii» au vi« siècle, les mêmes résultats que la conquête avait amenés au xiv : il réduisit une partie de la population à quitter la Grèce et à émigrer dans les îles grecques, la Thrace, la Sicile, l'Italie méridionale, où elle fonda de nouvelles colonies.
Toutes les législations, toutes les lois particulières qui se rattachent à la période de l'oligarchie, doivent être empreintes de son esprit. Aussi voit-on Phidon, qui donna une législation aux Corinthiens dans le cours du ix« siècle, et Philolaùs, qui en donna une autre aux Béotiens durant le viir, consacrer l'inégalité des fortunes. Aussi était-ce un usage en vigueur chez les Locriens et les Leucadiens de ne pas aliéner le bien de ses pères, sans une extrême nécessité; dis-
RÉYOLUTIOKS EN GRÈCB DU Xil* AI? Tl* 8IÈCLB. 219
positioii qui teiidait à maintenir là dignité et Tinflaence des principales familles.
Le règne de l'oligarchie, malgré sa tyrannie, fut un progrès dans la société grecque. Depuis la ccmquête, cette société avait été livrée à l'anarchie: avec Toligarchie, elle eut un gouvernement vicieux, despotique à bien des égards , mais elle eut un gouvernement régulièrement organisé. Elle commença aussi à avoir des lois, comme le prouvent les lègis* lations de Phidon , de Philolalis, de Lycurgue.
Le génie de Lycurgue, fécondé, agrandi encore par la sagesse étran* ^ère, fit entrer dans sa constitution tous les principes et tous les pouvoirs qui, dans les autres États, se donnaient une violente et mutuelle exclusion .les rois, les grands, le peuple, eurent chacun leurs attributions, et durent se balancer et se limiter les uns par les autres. Mais l'action de ce puissant génie ne s'étendit pas au delà de la Laconie.
VI. Quatrième période : Destruction des otigarchies^ tyrannies, — Dans toutes les cités grecques autres cfue Sparte, le peuple continua longtemps encore à gémir sous le despotisme d'un petit nombre de citoyens puissants. Mais des guerres ayant éclaté entre ces États, et les oligarques, hors d'état de les soutenir seuls, ayant eni'ôlé les hommes du peuple , ceux-ci acquirent de la valeur et de la discipline, et songèrent bientôt à tourner contre leurs ennemis domestiques les armes dont ils s'étaient servis naguère contre les ennemis du dehors. Ils prirent des chefs et renversèrent les oligarchies.
Toutefois le peuple n'hérita pas d'abord de l'autorité qu'il venait doter au petit nombre des grands. Ses chefe la retinrent, et, en la transmettant même à leurs enfants, rétablirent un moment la royauté. Il y eut à peu près autant de ces chefs qu'il y avait de villes. La Grèce pi'esque tout entière en fut couverte, au rapport de Thucydide. Outre les Aleuades à Larisse, eu Thessalie, qui ne cessèrent pas de régner depuis la rentrée des Héraclides jusqu'à l'invasion de Xerxès (i) , on cite Périandre à Ambracie ; Tynnondas en Eubée ; Patroclès à Épidaure ; Théagènes à Mégare ; Orthagoras à Sicyone; Cypselus à Corinthe; Pisistrate à Athènes. Cypselus abrogea à Corinthe le gouvernement des Prytanes, détruisit l'oligarchie, des Bacchiades et y substitua son autorité (663). Pisistrate , de son côté, éleva sa monarchie sur la ruine de l'oligarchie très-immodérée des Médontides, des Alcméonides, des
. 0 Pliilarch., De frater. amore.UWl , p. 8i6, éd. Rciske. - Hérodote, liv. VU,
S20 PRÉCIS DE l'HISTOAE ANCIE!Om.
Paeonides (561). Orthagoras, Cypselus, Pisistrate fondèrent des dynasties. Ainsi Orthagoras eut pour successeurs Andreus, Myron, Clisthènes qui dominent à Sicyone jusqu'en 564. Cypselus fut remplacé par son fils Périandre et par Psammeticbus neveu de Périandre (63^V-585). Pisistrate laissa le pouvoif à ses fils Hipparque et Hippias (528-510).
Ils fondèrent leur puissance avec le secours de l'armée qu'ils commandaient , ou de la garde qu'on leur donna. Us la consolidèrent par l'exil d'une partie des grands ou chevaliers, qui donnaient de leur côté l'exemplQ de cette proscription. Us tinrent partout la main à rexécution des lois civiles et criminelles, auxquelles ils se soumirent comme les derniers citoyens. Ils laissèrent même subsister les lois politiques et la constitution, les assemblées du peuple, et les magistratures établies. Ce qu'on nomma leur tyrannie , et qui serait mieux appelé leur usurpation, consista à créer à leur profit une magistrature suprême et perpétuelle, à obtenir pour eux-mêmes et pour leurs partisans les magistratures ordinaires , à influencer les délibérations publiques,, à lever un modique tribut sur les citoyens. Ils employèrent cet impôt à soulager le peuple qui fut toujours protégé, à faire face aux dépenses publiques, à embellir les villes, à développer l'industrie. Mais les grands, bannis par eux, s'unirent aux Lacédémoniens pour les attaquer. Le peuple, heureux sous leur domination , mais regrettant la liberté dont il ne conservait plus que l'apparence, les abandonna. Les tyrans furent partout renversés, comme l'avaient été les anciens ix)is.
VIL Cinquième période : Destruction des tyrannies : aristocraties ou oligarchies dans les Etats doriens et tkessaliens; démocraties dans les États arcadiens , achéens^ ioniens, arnéens, — Après la destruction des tyrannies, les divers États de la Grèce furent régis par deux systèmes politiques correspondants à deux états différents, dans lesquels la conquête avait antérieurement placé les populations.
L'Arcadie n'avait pas subi de conquête : les citoyens de chaque ville n'avaient jamais cessé d'être égaux. Dans l'^Egialus, l'Attique, la Béotie, les conquérants achéens, ioniens, aeoliens et arnéens, n'avaient point réduit les anciens habitants à la servitude de la glèbe, et leur avaient conféré la qualité de citoyens. Cette ancienne population, bien que tyrannisée temporairement par les grands, quand ceux-ci avaient mis de leur côté la supériorité de la discipline, des armes , des chevaux , cette ancienne population n'avait jamais cessé de faire partie de la cité. Dans tous ces États, le peuple était nombreux , et ses chefs travaillaient sans relâche à l'accroître encore. Ainsi Clisthènes répandait dans les
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diï tribus d'Athènes les habitants des bourgs voisins. A la puissance du nombre, le peuple joignait alors celle de l'expérience militaire. Le peuple était également nombreux et aguerri à Argos , ville dorienne, . mais faisant exception à la loi qui régissait les autres États doriens, parce que , après la destruction de leur armée par le roi de Sparte Cléomène, les Argiens avaient été obligés de recevoir le peuple des campagnes voisines au nombre des citoyens.
Dans les États doriens et thessaliens, au contraire, Tancienne popu-^ lation avait été réduite en partie à l'esclavage de la glèbe, séparée tout entière des conquérants pap'une ligne profonde de démarcation, privée de toute participation au droit de cité. Dans chacun de ces États, le peuple conquérant, peu nombreux à l'origine, et demeuré faible parce qu'il avait fermé ses rangs au peuple conquis*, pouvait être plus facilement dominé par les grands.
Par suite de cette organisation intérieure tout opposée, dans les temps qui suivirent immédiatement la destruction des tyrannies, le gouvernement démocratique s'établit dans les États arcadiens, achéens, ioniens , arnéens, c'estr-à-dire dans une partie du Péloponèse et dans la Grèce centrale. L'aristocratie ou l'oligarchie prévalut au contraire dans les États doriens et thessaliens, c'est-à-dire dans l'autre partie du Péloponèse et dans une notable partie de la Thessalie.
Les guerres, soit contre les Perses, soit contre telle ou telle nation grecque du voisinage, réduisirent les grands, dans tous les états, à enrôler le peuple et les anciennes populations; à leur fournir les occasions de s'aguerrir, comme avant l'établissement des tyrannies; à agrandir les villes, et à augmenter le nombre des citoyens. Ces circonstances rendirent plus diificile le maintien de leur autorité. Les démocraties dégénérèrent alors en ochlocraties, et les aristocraties doriennes et thessaliennes inclinèrent vers la démocratie. Elles n'eurent plus de support que dans la protection de Sparte , qui favorisait cette forme de gouvernement, et elles la perdirent quand la puissance de Sparte fut brisée par les Thébains. Aristote a supérieurement marqué la tendance des diverses républiques vers le régime populaire, et les causes des progrès de la démocratie. « Dans les anciens temps, dit-il, tous les États » dont la force militaire consistait en cavaliers (ou chevaliers), étaient ï> des états oligarchiques. La cavalerie était alors la seule arme qu'on «connût contre l'attaque des peuples voisins. — Les premières répu- ))bliques qui, chez les Grecs, succédèrent aux royautés, n'étaient » formées que de guerriers. Dans l'origine même tous ces guerriers
tfi PR£CI8 0B L'HISTOiaC ÀKCIBNim^
» étaient des cavaliers, car la cavalerie faisait alors toute la force des » années et assurait le succès. Mais à mesure que les États s'éteadirent, p les fantassins se multiplièrent, et le nombre des hoi^mes jouissaBi p des droits politiques s'accrut dans une égale proportion. » Ailleurs il ajoute : a Dans les anciens temps, les cités étaient petites, et les » grands avaient tout le pouvoir. Mais leur despotisme engagea le peuple » à se ressaisir de Tautorité. C'est la seule forme de gouvernement qui » ait prévalu, depuis que les villes se sont agrandies (1). »
Étal de la Grèce septentrionale. — Dans le tableau des révolutioQs qui agitèrent les États grecs, nous nous sommes occupés presque exclusivement jusqu'ici des états du Péloponèse et de la Grèce centrale; et à juste droit puisque, dans les siècles écoulés entre la rentrée desHéraclides et le traité d'Ant^lcidas, ces États exercèrent une influence décisive sur les destinées générales du pays dans la guerre et dans la paix. Mais, durant la période qui suivit le traité d'Antalcidas^ les États du nord ne jouèrent pas un rôle moins important., Il est donc nécessaire de dessiner au moins les traits principaux de leur constitution politique à son origine.
De la rentrée das Héraclides à la guerre Médique , la Thessalie se divisa en deux parties à peu près égales. Dans l'une l'on trouve des cités nombreuses qui ont adopté le régime républicain aristocratique et oligarchique. Dans l'autre on rencontre Larisse et toutes les villes du voisinage, qui ont retenu le gouvernement monarchique et qui obéissent aux Aleuades. Au temps de la guerre Médique, les cités libres députent aux Grecs assemblés à l'Isthme, et leur offrent de faire cause commune avec eux pour défendre l'indépendance de la Grèce en général et de la Thessalie en particulier contre l'invasion des Perses. Les Aleuades au contraire députent à Xerxès, se soumettent à lui avec Larisse et les villes auxquelles ils commandent, et l'appellent même en Grèce. Ils espèrent garder leur autorité en qualité de princes tributaires du grand roi, et se servir de ses forces pour étendre leur dojtnination à la Thessalie entière. , Même partage entre les cités libres et les villes soumises aux tyrans de Phères a lieu en Thessalie, deux siècles plus tard , au temps de la puissance de Thèbes (2).
(1) Arislole, 1. IV, c. 3 el 13, éd. Bekker, p. 1289, 1297; et liv. I}. — Trad.de Jl. Barthélémy Saint-Uilaire, t. Il, p. i85, 249, 25i.
(2) Poi^r Teiai général de la Thessalie au temps de la guerre Médique, voir Hérodote, liv. V^^ c. m, iffii, 0, |39. plus fard, au ipmp de li? ph||^9j|i?cq de Tbé[)«;, rati^i
ttAJ BB LA THCSSAUË, DB L^ÉPIRB, SB LA lIACÉBOmB^ SSS
Dans les temps anciens, les traditions historiques mêlées de mytbologies nous montrent l'Épire soumise au pouvoir monarchique et à des princes pélasges d'origine ou aUiésdes Pélasges. L'un d'eux, contemporain de Thésée, est nommé par Plutarque*Aidonée. Les Molosses et les Thesprotiens, qui peut-être se confondent alors en un seul peuple sous deux dénominations différentes, obéissent aux mêmes chefs et paraissent exercer la domination sur les autres peuplades de l'Épire (1). Plus tard, après la guerre de Troie, Pyrrhus, fils d'Achille, à la tête des Myrmidons d'Haemonie, que son père avait commandés, et qui étaient étrangers à la race hellénique, s'empara de l'Épire et y fonda un second royaume des Molosses. Il soumit à sa domination tous les peuples du pays ; mais sous ses successeurs , cet empire général périt. Ses successeurs, nommés ^acides ou Pyrrhides, dont on compte quatorze générations jusqu'à Tharymbas ou TaTrutas, contemporain delà guerre du Péloponèse, ne dominèrent plus que sur les Molosses et les Chaoniens. Onze autres petits peuples d'Épire, parmi lesquels les Thesprotiens et les Athamanes, etc., reprirent leur indépendance, et furent gouvernés par des princes indigènes. C'est du moins de cette manière que nous entendons deux passages absolument contradictoires de Strabon. Le gouvernement des peuples soumis aux ^acides fut monarchique , mais la royauté tempérée par les droits de la nation que le roi, à son avènement, jurait d'observer. Chez les onze autres peuples épirotes, le gouvernement fut pareillement monarchique, et probablement tempéré (2).
chose a lieu. Une partie des villes est régie par le gouvernement républicain; elles ont des assemblées où elles agitent des grands inléréis de l'eiat, tandis que Pbéres a une sniie de rois ou tyrans. Piuiarque , in PelopiMjVap 3o et 27, éd. Reiske, nioutie d'un cdlé tes cités républicaines, de Tautre les habitants de Pbéres et d'autres villes soumis à Alexandre. Au chapitre 29, en pariant de Méiibœc et de Scoiuse, il monire clairement qu'elles se régissaient républicainemenl, comme beaucoup de villes ihessaliennes, avant <|ii'une perfidie sanglante les eût mises sous la lui d'Alexandre- Me)ii6o(ai ^ xai £xototj9iri hoCkfiOioL^oùycu^, — Diodore , XV, 6I et 80, montre les mêmes diU'erences entre les villes de la Thessaile au temps d'Alexandre, tyran de Pbéies, qui corn* ntandejusqu^à 20,000 hommes.
(I) Piuiarch., in Pyrrho, cap. I. Évatwv p^Ti llihLTfW TMLpvfZ^o^ivtM elç Triv liic£ipov. /n Theseo, cap. 30, p. 65, éd. Heiske.— Justin, iiv. XVII, cap. 3.— Les autorites citées par Freret, Académie des inscript., t. XLVII , p. 12.
(2^ Justin, Iiv XVn, cap. 3. — Pausanias, Attic, cap. il.— Strabon, Iiv. VU, d'un cdtô le passage relatif aux Molosses, p. 323, 324 d4i texte grec ; d'un autre cété deux passages qu'on trouve aux pages 322 et 326, concernant l'indépendance de plusieurs petits peuples de l'Épire.— Piutarcb., in Pyrrko, cap. 5. Le passage de Piulargjie sur U fpFOll» du gouvernement est cité daiis le texte ci-après.
2i4 PRÉCIS DE l'histoire ▲NClENNE.
Durant les temps héroïques , la Macédoine ne comprenait que les pa^^ nommés Émathie et Bottiée, et une partie de la Pœonie, entre le fleuve Axius au nord et à Test , le pays des Lincestes à l'ouest , le fleuve Haliacmon au sud. « Le peuple était pélasge, et la contrée était appelée Bottiée » , dit Trogue-Pompée dans Justin. Le gouvernement était monarchique. Les plus anciens de ses princes connus sont : Félégon et Mtéropee, nommés par Homère : le dernier, pendant la guerre de Troie, secourut cette ville contre l'effort des Grecs, 4280-1270 (1). Dans le cours de leurs diverses migrations, les Hellènes Doriens ne conduisirent pas de colonie en Macédoine, comme pourrait le faire supposer leur surnom momentané de Macednes. Ce surnom leur fut donné quand ils s'établirent à Pindus, lieu voisin des sources du Géphise, et séparé de la Macédoine par la Dryopide et toute la ThessaUe (2). L'imposant témoignage d' Aristote et de Strahon prouve que vers le temps de Thésée, une colonie d'Athéniens, alors pélasges, et de Cretois, s'établit dans la Bottiée et y porta la civilisation des temps héroïques (3). Vers Tan 800, Caranus, frère du roi d'Argos Phidon, descendant de Temène et d'Hercules, rassembla une armée chez les Argiens et les autres peuples de Péloponèse, et alla chercher fortune dans les pays situés au nord de la Thessalie et de l'Épire. Il secourut le roi des Orestins alors en guerre avec les Eordéens, et moitié par la faveur de son aUié, moitié par la force, il s'empara de l'Émathie, de la Bottiée, et d'une portion de la Pœonie , après avoir vaincu tous les petits princes qui continuaient à régner sur ces pays. Il fonda le royaume de Macédoine, auquel il donna pour capitale Édesse, dont il changea le nom en celui d'CEge : cette ville était située sur les rives de l'Érigon, aux confins de l'Émathie et de la
(1) Justin, \W. Vil, cap. h « Popalus Pelasgi, regio BoUiaea dîeebatur. Justin, dans les manuscrits et les plus anciennes éditions, nomme r^mathia et la Botiiiea. tes commentateurs, au lieu de lire BoUiœa, ont \uBœotia, ont retranché ce^mot, et y ont substitué Pœonia. H faut rétablir BoUiœa , Bottiée ou Botlieïde. — Strabon et son Abréviaieur, liv. VII, p. 330, connaissent et nomment la Bottiée. ^ {^^v oGv n66va, Utepixii èori •jtoXtc Tfi àl ÂT^copoç, BoTxatxïi. La Bottiée est bornée au nord-est et au nord par l'Axius etrÉrigon, et probablement au sud par l'Astrée. — Homère , lli., liv. XXI, v. HO, 141, 154, 155, ÂdrepOTtaCtp.,. uUV lir{kty6vo<;,,, h\i.* èx naiovfY);, Haiovaç àv§pa<; à^m,
(2) Hérodote, lib. I, cap. 56.— Larcher, géogr. d'Hérodote, t. Vlll, p. 452, 453.
(3) Aristote, de la République des Boltiéens, cité par Plularque, in Theseo, t. 1, c. t6, p. 30, éd. Reiske. —Strabon , lib. VI, p. 282. — Hérodote, lib. 1, c. 56, dit forraellernenl que dans les anciens temps les Athéniens, étaient pélasges. Kpoldoi;... eupioxe Aax£8ai[iov(ouç xaX ÀÔTivaCouç TtpoéxovTaî , tobç \iky toO AwpixoO y^vêoç, Tobç Ôè toO IcovtxoO. TaÛTa fàp -Jiv Ta Trpox€Xpiii.éva èdvxa t5 dp^atov t6 lièv, neXajyixo'v xb St ÉXXïjvixôv l6voç.
COMKENaSMEIVTS DU ROYAUME DB MACÉDOINE. 2^
Bottiée. Deux rois , dont on ne connaît que les noms de Cœnus et Trymmas lui succédèrent. Sous ce dernier, une révolution eut lieu. Trois frères, également de la race d'Hercules et de Temène, partis d'Argos, vinrent se mettre au service du roi. Une querelle survint entre eux : les trois frères se retirèrent dans la portion du pays nommée les jardins de Midas, s'emparèrent de ce canton, et en sortirent ensuite pour subjuguer toute la Macédoine. PerdiccaSy Fun des trois frères, devint roi. Il y eut donc changement de branche, mais non pas de maison : ce furent toujours des Héraclides et des Téménides qui dominèrent. Perdiccas transmit le pouvoir à ses successeurs; la forme monarchique subsista donc dans la Macédoine. Il n'importe pas moins de remarquer qu'au temps de Trymmas et de Perdiccas, la simplicité des temps héroïques, telle qu'elle est décrite par Homère, subsistait en Macédoine : en effet, au rapport d'Hérodote , la reine faisait cuire elle-même le pain du jeune Perdiccas alors son serviteur (1).
Des faits qui viennent d'être exposés découle une conséquence de la plus haute importance. Dans presque tous les États du Péloponèse et de la Grèce centrale, la royauté fut abolie entre la rentrée des Héraclides et la guerre médique, parce que dans ces États, les Héraclides, dépositaires de la royauté et représentants du principe monarchique, ne furent bientôt plus qu'un nom ; parce que toute la puissance fut entre les mains des Hellènes Doriens, Achéens, Ioniens. Or l'esprit de cette race était essentiellement libre, et son constant effort fut d'établir les formes républicaines partout où elle mit le pied. Il n'y a pas d'exception à cette règle, môme pour Sparte , puisque Aristote fait remarquer avec raison que la royauté de Sparte n'était qu'un généralat perpétuel, et l'une des magistratures d'un État ou républicain, ou le plus rapproché possible de la république ; la constitution de cette république présentant du reste le partage et l'équilibre des pouvoirs, et n'affectant pas particulièrement la démocratie.
Une forme de gouvernement absolument différente prévalut dans le nord de la Grèce, dans la moitié de la Thessalie soumise à la puissance de Larisse; dans toute l'Épire qui comprenait plusieurs petits États, outre l'État des Molosses; dans la Macédoine, enfin, et les contrées voisines destinées plus tard à s'agréger à la Macédoine. La monarchie
(1) Syncelli Chronogr., 1. 1, p. 378, 498, 499, dans la Byzantine. — Diodor. Sic. I. Vil, fragment cité par Easébe^ p. 169, et par Dindorf, coll. Didot, p. 317. — Justin, K VU, ap. 1. -> Hérodote, 1. VllI , c. i37, 138.
S36 PRÉCIS DE L*BfSTOmB ANaCIVNC.
subsista dans ces diverses contrées. Trois causes assttrèrefit la permanence de celte forme de gouvernement. Les Hellènes ne formèrent d'établissement que sur les côtes ou dans les lies voisines; ils ûe pénétrèrent pas dans Tintérieur du pays. Nous venons de voir au contraire que les Pélasges peuplèrent, ou du moins colonisèrent et civilisèrent TÉptre et la Macédoine , et leur donnèrent le gouvernement pélasgique et oriental qui était monarchique. Aucun événement ultérieur ne vint effacer la primitive et profonde empreinte qu'ils y avaient imprimée. Les iEacides et les Héraclides, qui plus tard y établirent leur domination, appartenaient eux-mêmes aux familles, aux idées, aux principes pélasgiques, et étaient souverainement intéressés au maintien du gouvernement monarchique. De plus, ils n'eurent pas la main forcée par leurs compagnons d'armes et d'aventures, comme les Héraclides du Pêloponèse. Ce qui eut lieu dans toute l'Épire et la Macédoine, arriva dans une partie de la ThessaJie, et entraîna les mômes conséquences. La dernière cause de la durée de la monarchie dans les contrées dont nous nous occupons, découle de leur état social.
La Grèce du Nord à toutes les époques, dans les temps primitifs et héroïques, comme dans les temps postérieurs, resta fort en arrière de la Grèce centrale et méridionale sous le rapport du développement intellectuel, et sous le rapport du commerce, qui contribuent si puissamment au développement des institutions républicaines. La monarchie est un gouvernement bien plus simple que la république dans sa constitution même et dans son exercice : elle entraîne bien moins de combinaisons délicates, résultant du développement intellectuel, et convient bien mieux à des peuples grossiers. Le commerce a indispensablement besoin de liberté, et cet esprit passe promptement des relartîons et des habitudes civiles dans le gouvernement : les richesses résultant du commerce, rapprochent aussi les diverses classes de la société , et sont un principe d'égalité. Or, quoique la conquête des Hellènes et notamment des Doriens ait mis, pendant plusieurs siècles, un temps d'arrêt déplorable dans le développement intellectuel et dans le développement de la marine, de l'industrie et du commerce, chez les nations du Péloponèse et de la Grèce centrale, cependant même alors ces peuples l'emportaient de beaucoup à cet égard sur les peuples de la Grèce du Nord. De plus au yv siècle la Grèce méridionale prit dans toutes les directions un immense essor, auquel la Grèce septentrionale demeura longtemps étrangère.
Tl reste à présenter une dernière considération sur la nature du gou-