ÉTAT DE LA PERSE ; CYRIS LE JEUNE
seuls puissants, seuls maîtres en Grèce, seront bien plus redoutables à l'empire des Perses. Mais Cyrus espère s'être fait des Spartiates des amis et des auxiliaires dans les projets d'usurpation qu*il médite, et il est insensible à toute autre considération. Xénophon prétend que, sous Tadministration de ce prince, les provinces de l'Asie Mineure jouirent de biens qu'elles n'ont connus qu'une fois. A l'entendre, Cyrus assura la propriété, diminua les impôts pour favoriser l'industrie, assura la liberté du commerce, encouragea l'agriculture par son exemple, prit soin que la justice fût administrée avec intégrité. Mais Xénophon est obligé de convenir lui-même que le jeune Cyrus mit à mort ses cousins germains parce qu'ils ne lui avaient pas rendu les honneurs réservés au roi seul , et que cette cruauté' le fit rappeler à la cour de Darius, 405 (i ). Les éloges que l'historien lui donne ne sont-ils pas des excuses préparées pour les Dix mille Grecs et pour Xénophon lui-môme, qui vendirent leurs services à cet ambitieux? Parysatis essaye de décider Darius Nothus mourant à renverser l'ordre naturel de succession et à déférer la couronne au jeune Cyrus (2). Darius tient bon, et appelle au trône l'aîné de ses fils, qui lui succède sous le nom d'Jrtaxerœès 11 (Mnémon), 404.
Cyrus demande au crime le pouvoir que les intrigues n'ont pu lui donner : il tente d'assassiner son frère Arfcixerxès à Pasagarde. Il échoue, obtient son pardon des prières de sa mère Parysatis et de l'indulgence du roi : il est maintenu ddns ses satrapies de Cappadoce, de Grande-Phrygie, de Lydie, ainsi que dans le commandement supérieur des provinces maritimes, et revient en Asie Mineure, 403. Le premier usage qu'il fait de son autorité et du pardon de son frère est d'organiser contre lui la révolte, et de préparer la voie à l'usurpation.
Préparatifs de Cyrus.-— Dam l'exécution de ses ambitieux desseins, il s'aide du brigand Cléarque, qui s'est récemment souillé de tous les crimes à Byzaiice, et il le charge de faire des levées pour lui (3). En échange des services qu'il leur a rendus à la fin de la guerre du Péloponèse, il demande des secom'S aux Lacédémoniens, alors maîtres de
(i) Xénophon , Anabas., I, 9; Hellenic, H, i.
(2) Plularq., in Arlaxerxe. Parysatis prétendait que Cyrus, comme Xerxès 1", dcTait monter sur le trône parce qu'il était né de Darius tf otbus , devenu roi ; tandis qu'Artaxcrxés, son atné , n'était né que de Darius, alors simple particulier. Cette distinction n'était bonne qu'à affaiblir le droit deprimogéniture, et à porter le trouble dans l'ordre de succession. £lle n'avait pas été observée depuis Xerxés.
(3) Diodore de Sicile, 1. XIV, c. 12.
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démenti, de marcher contre son frère et de le détrôner. De la Syrie, il entre en Arabie, en franchissant l'Araxe ou Chaboras : sur les bords de ce fleuve , il s'approvisionne de blé et de vin , et parcourt les déserts de r Arabie, ayant l'Euphrate à sa droite, jusqu'aux Portes Babyloniennes. Il entre en Babylonie, et à la troisième marche, il fait le dénombrement de son armée. Les Barbares que commande Ariée se sont augmentés de 70,000 à 100,000; le nombre des Grecs est de 12, 900(1). En s'avançant dans la Babylonie, Gyrus rencontre bientôt un large fossé et un retranchement qu'Artaxerxès a fait tirer du mur de Médie à l'Euphrate , en ne réservant qu'un passage de vingt pieds de large, près du fleuve. Gyrus le traverse sans obstacle : l'ennemi l'a abandonné, soit par suite de l'incroyable négligence qui préside à tous les préparatifs d'Artaxerxès, soit par ruse.. En effet, les troupes de Gyrus, ne trouvant pas de résistance en ce lieu, cessent de croire à la possibilité d'un prochain engagement, marchent sans précaution , et se trouvent en présence de l'armée d'Artaxerxès, avant d'avoir soupçonné son approche.
Le roi avait d'abord arrêté de se retirer au fond de la Perse, et d'y rassembler toutes les forces de l'Orient pour écraser son rival. Tiribaze lui représenta qu'il abandonnait ainsi à Gyrus, outre l'Asie Mineure, les royaumes de Babylone, de Suze , de Médie, la moitié de l'empire: il le fit changer de résolution. Artaxerxès se porta au-devant de Gyrus avec ce 'qu'il avait déjà rassemblé de soldats : les historiens les plus modérés en portent le nombre à 400,000 (2). La bataille fut livrée près de Cunaxa, à 500 stades de Babylone. Les Grecs occupaient l'aile droite; les Barbares commandés par Ariée, l'aile gauche; Gyrus, le centre. Cyrus surpris fit ses dispositions à la hâte, mais avec une grande intelligence de la meilleure manière de combattre l'ennemi. Il résolut de tuer le roi, s'il était possible, et, dans tous les cas, de détruire le centre de l'armée où il combattait, persuadé que la victoire remportée sur ce point amènerait une victoire générale , et déciderait de l'empire. Il ordonna de la manière la plus formelle à Gléarque et aux Grecs de diriger tous leurs efforts contre-le centre ennemi. Lui-même il l'attaqua,
(i) Xénoph., Anab., I, 7, p. 200, éd.Didot. ÀpiOjj.è(; è^éveTO twv É)^X"nv63V ànAç {Jiupfet xal TeTpaxouia , -ïreT^xacTal Si ôtuj^iXtoi xa\ icevcaxdçtoi : le nombre des Grecs esl fautif dans toutes les histoires modernes.
(5) Éphore , dans Diod. XIV, 22. — Xénophon, Anab., 1, 7, donne 900,000 soldais à Artaxerxès , èvevYÎxovxa ixupidtSsç. Plularque , in Ariax., porte le môme chiffre.