PUISSANCE DE THÈBES
nisUAn de la Grèce, depuis Ut bataiUe de Lenettes jusqu'à la mort d'ÉpaminoBdas, 371-469.
€e chapitre contient le résumé des faits qui se passent en Grèce dans Tinter- Talle de huit années environ. C'est la période la plus brillante de l'histoire de Thèbes. Pélopidas et surtout Épaminondas , habiles à faire tourner au profit de leur patrie les alarmes et le ressentiment qu'etcitent de toutes parts la puissance et le despotisme de Lacédémone, lut portent les plus terribles coups, et 8<mt& la veille de consommer sa ruiûe. Malgré l'intérêt qui s'est naturellement attacbé à des hommes tels que Pélopidas , Ëpaminondas, et Agésilas, rival des deux héMS thébains , cette partie de l'histoire de la Grèce a été généralement mal étudiée par les auteurs modernes. Les intérêts, les passions et les mouvements dc^ cités belligérantes ont été présentés non-seulement avec une grande confusion , mais encore avec une inexactitude qui détruit le véritable caractère de cette période.
Xénophon {Histoire grecque, 1. V, VI et VII), Diodore de Sicile (1. XV), Plutarque {Fies de Pélopidas et W Agésilas) , Cornélius Ncpos , Pausanias {Géographie de la Grèce y chapitre de l'Arcadie et de la Béotie) , noos ont transmis les faits dont nous offh)ns ici la substance. Aucun de ces historiens n'en a traoé un récit complet. Les uns se sont principalement attachés à l'histoire de quelques cités de la Grèce, les autres ont négligé les détails pour ne voir que l'ensemble; quelques-uns ont recueilli seulement ce qui pouvait rehausser la gloire de leur héros. On chercherait en vain tous les événements de cette époque dans l'un des historiens que nous venons de nommer. 11 en est résulté que les écrivains modernes , qui ne les ont pas tous étudiés , et qui ont suivi le récit de tel écrivain en particulier, sans le rapprocher des autres, n'ont pas compris cette époque inté-: ressante , et ont adopté des faits, vrais au fond, mais qui sont devenus des erreurs par la place qu'ils leur ont assignée. RoUin, Barthélémy, et les abrévîateurs qui les ont copiés, se sont à peine aperçus de la multiplicité des événements qui remplissent l'espace de temps écoulé depuis la bataille de Leuctres jusqu'à celle de Mantinée. Le premier ne met presque aucun intervalle entre la victoire des Thé-
PUISSANCE DE THtBES; ÉPAttOfOICDAS. 5SS
bains sur C^éonibrote et leor inrasion dans le Péloponèse. II omet les frit» h» plo» iinpoitaiits ^là. eut Beo ensuite , et qsi précètisnt la mort â'^pamAMndm. La po- Iftiqoeextériene, lei effort» de ce gnmd lionnie pew rendre TMDea poinaBce maritime, les inléréts et lea réfiOstiBDft des dlfers états de li Grèce ^ est âé trop néiligéB par Boite, q» a fût, en géBéiak^ponr se» ouvrages MatmiqaeB» an usage mDinabefircax des aatcnrii grées qqg desastovs latiMLBarthâeBiy, par la ferme draraotifae déni il a fait chois pour le P^o^aga dujmnê Anatharsis^ a pu se dlq^seï de donueK renchaînement de tous les événoments politiques de l'histoire de la Grèce. Aussi nous contenterons-nous de remarquer, sans le reprocher à l'auteur, que la situation de la Grèce est présentée avec peu de vérité dans les chapitres où il peint, du reste avec talent , Tes deux héros de Thèbes.
Giines est, de tous les écrivais modernes, celui qur a le mieux compris cette période. Si le cbnpitre od if en a traeé les pr&idpales rén^ntiens n'avait pas renfermé pfa^eurs erreurs graves, nous nous serims oaotentés de Ilndiqiiier comme la semée où noasavioM puise, et nom avioiisalan meiosdév^oppé cette partie de neAre précis; maîa comme il n'est pas luInniéBe etsempt detetes, nous avons esa qu'il poofvait être utile de IravÉOler encove après kâ. B a plaeé aptes la défaite des Azcadiess , près de Midée [hcOaUU som larmes) , la fondatioa de Mégalo^ , polis , que Pausanlas , et même Xénophon » placent quelques mois après la bataille de Leuctres. En réfléchissant aux circonstances si différentes où. s'est trouvée la cité des Arcadiens après ces deux actions , on voit que Gillles 8*est trompé en donnant la préférence â une énonciation de Diodore sur le récit positif de Pausaniaa. Giïlies n'a pas remarqué que Diodore et Plutai-que parlent de trois expéditions de Pélopidas dans la Thessalie ; il n'en mentionne que deux , et commet une erreur en disant que Pélopidas fht fait prisonnier dans la première expédition , tandis que ce ne fut que dans la deuxième que le héros thébain tomba au pouvoir du tyran de Phère. Ces inexactitudes, que nous avons remarquées , et qui ne sont pas les seules que nous pourrions relever, nous ont décidés à chercher la véritable place qu'il convenait d'assigner aux faits, et les causes qui les ont produits. Nous sommes loin de nous flatter d'y avoir réussi ; mais , quel que soit le résultat de nos efforts , nous devons prévenir que Dodwdl {Jlnnatès Xenophtmtei) nous a été fort utile , et que nons avons profité de ses observation» savantes sur les historiens de la Cl^èce.
$ I. — État du Péloponise et de la Grèce après la bataille de Leuctres ; mort de Jason^ 371-370.
Les Spartiates supportent avec une constance héroïque la défaite de Leuctres. La nouvelle de ce désastre n'interrompt pas les jeux publics qu'ils célèbrent, et les parents des guerriers qui ont trouvé la mort en combattant se montrent le lendemain parés et joyeux, tandis que les proches de ceux qui ont survécu sont comme abattus par la honte et par la douleur. Les éphores ordonnent aussitôt des levées qui com-
524 PRÉCIS DE l'histoire ÀNOEimB.
prennent tous les citoyens depuis la puberté jusqu'à la vieillesse; Archidamus, fils d'Agésilas, obtient l'honneur de commander les troupes qui doivent venger la défaite de Cléombrote. Les peuples du Péloponèsc restent encore fidèles à la cause de Sparte. Les Tégéates, les Blanti-néens, les Corinthiens, les Achéens et d'autres cités se rangent sous les drapeaux d'Archidamus. Athènes se montra jalouse de Thèbes, et reçoit avec dédain l'envoyé qui lui apporte la nouvelle de la déroute des Lacédémoniens. Les Thébains, dans la prévoyance des combats qu'ils doivent livrer, s'adressent à Jason, leur allié, et en obtiennent une flotte et de nombreuses troupes d'infanterie et de cavalerie. Cependant Jason, arrivé en Béotie, arrête l'ardeur des Thébains, prêts à courir à de nouveaux combats, et persuade aux Lacédémoniens de chercher dans la paix les moyens de réparer leurs derniers revers. Après avoir exercé entre ces deux peuples sa méditation, qui cachait des vues ambi* tieuses, il se rend en Phocide,' où il fait des conquêtes, et rentre dans la Thessalie, où il est réconnu chef de toutes les cités. Il préparait une expédition pour laquelle il avait rassemblé toutes les forces de la Thessalie, lorsqu'il est assassiné par sept jeunes gens, au moment où il venait de passer la revue de son armée. Ceux des meurtriers qui échappent aux coups des gardes de Jason sont accueillis avec distinction par les villes grecques menacées de tomber sous sa tyrannie , 370.
S n. — Troubles ^ns Viniirieur du Péloponèse; première inf^asion d'Épaminondae y 370-369.
La Grèce, délivrée de la crainte que lui inspirait le génie entreprenant de Jason, se place sous* l'influence du roi de Perse. Athènes invoque le traité d'Antalcidas et en fait reconnaître les principes, afin de déclarer libres les villes du Péloponèse et de la Béotie, qui sont dans la dépendance de Sparte et, de Thèbes. Aussitôt les factions agitent les villes, les anciennes rivalités se réveillent, tout le Péloponèse est en armes. Les Arcadiens relèvent leurs murailles, au mépris de la défense des Lacédémoniens, qui leur déclarent la guerre. Ils fondent Mégalopolis, d'après le conseil d'Épaminondas, afin qu'en rassemblant dans un seul point la population de quarante villes éparses dans toute l'Arcadie, ils soient plus en état de résister à leurs ennemis (1). Les Tôgéates en viennent aux mains au sein de leur ville ; le parti vaincu
(0 Paisanias^ «bapitre do l'Arcadie.
purssA^CE de thèbss; épahinondas. 325
trouve un asile à Sparte. Agésilas envahit TArcadie pour réduire les Mantinéens, auxquels se sont réunies les troupes de Tégée, d*Argos et de l'Élide, 369. Les Thébains accourent à la défense de leurs alliés du Péloponèse et entraînent avec eux les Phocidiens, les Eubéens, les LocriensL, les Acarnaniens, les Héracléens, les Maliens et la cavalerie de la Thessalie. Quatre cents citoyens exilés de leur patrie étaient naguère les seuls ennemis (^[ue Lacédémone eût à redouter parmi les Thébains : quelques années après, soixante-dix mille hommes, placés sous les ordres d'Épaminondas et de Pélopidas, ravagent la Laconie et font " trembler Lacédémone. Agésilas, avec de faibles troupes, préside à la défense de sa patrie. ïscholas, qu'il oppose aux Arcadiens, meurt dans la Sciritide avec le môme héroïsme que Léonidas aux Thermopyles. Le roi de Sparte promet la liberté aux Hilotes pour trix de leur bravoure, et donne des armes à six mille d'entre eux. A la guerre étrangère se joint le danger des conspirations intestines : les Thébains couvrent les bords de TEurotas, et des citoyens de Sparte, à la vue du camp ennemi, cherchent à consommer la juine de leur patrie. Agésilas, par son adresse, trompe leurs vues criminelles, et, posté sur le quartier le plus élevé de la ville, il refuse le combat que lui offrent les Thébains, et attend que la discorde dissipe leur formidable armée. Épaminondas , désespérant de se rendre maître de Lacédémone, s'en éloigne; mais il brûle plusieurs places de la Laconie et assiège Gythium, arsenal des Lacédémoniens. Les succès des Thébains eifrayent même les peuples qui les ont appelés dans le Péloponèse. Les Arcadiens^ les Argiens et les Éléens se détachent les premiers de leur armée. Les Athéniens, qui sont restés étrangers à-cette guerre, se décident enfin à prendre parti pour Lacédémone, et envoient Iphicrate à son secours, avec toutes les forces de la république. Épaminondas réduit par la défection de ses alliés à abandonner le Péloponèse, veut laisser des ennemis aux portes de Sparte : il rétablît l'Arcadie et la Messénie en corps de nation, et fonde la ville de Me$$ène. Il échappe ensuite à Tannée dlphicrate, et rentre dans la Béotie couvert de gloire. Les Thébains, mécontents qu'Épaminondas et Pélopidas aient conservé le commandement au delà du terme prescrit par les lois, veulent les en punir par une condamnation capitale. Les juges absolvent ces deux grands hommes, et pardonnent l'oubli des lois «n faveur des services importants qu'ils ont rendus à leur patrie.
3S6 PSACIS DE L'fllSTOOS AKOSIfKE.
$ m. ^ jÊlHmeB 4b lMeidém»m m»9C U$ raU 4$ Pmrm m 4e é^fmcMÊ; 4muDiéme émÊmtiom 4'Éfiâmiumi4at 4aM U PéUponàUi àaiaiUs sam Uurmei, 468-367.
Après la retraite des Utébains y les LttcédéBKX^ens règlent à AliièDes les condîlîons de ^r fiance avec t»t(e répuWfiie, et Yobl 'coomsix que les deux peuples auront fallema^emeiit le commandement des troupes de terre et de mer. Benys de Syracuse leur envoie vingt galères montées par des Gaulois et des Espagnols. Le roi de P^rse fovcnîse leor cause et se déclare contre les Thébains, sur leur reSas d^abmdomier la Kessénie sous la puissance des Lacédémonkas. Mais les Arcadiens, les ' AigiensetlesËléens, danslacraiutede^iidiir hiTengeanoeet ladomy nation de Lacédémone , appellent une iseconde fois les Tfaëbaîns dans le l^éloponèse. Ëpaminondas force le passage d'Onèe, rêumt^eslroapesà celles des alliés, assiège Sicyone et Pellène, et manque de surprendre Corinthe. Chabrias, envoyé par les Athéniens, arrive pour sairv«r«ette ville, repousse les Thébains victorieux , et balance la fortune d^Êpami» nondas, qu'il réduit, à l'aide de la cavalerie de Benys, à retourner dans la Béotie,
Cependant Thèbes conserve encore la pééminence sur toutes les dtSs ennemies de Lacédémone. Un citoyen deMantinée, Lycomède, veut la lui ravir, et persuade aux Ârcadiens qu'ils sont en état de combattre seuls pour maintenir leur indépendance. Enflés de quelques succès tfetenus sur les troupes d'Athènes et de Corinthe , ils s'affranchissent de îa jprotection de Thèbes, et, réunis aux Argiens, ils osent affipontcr la puissance des Spartiates et en venir aux mains avec eux dans laLaconîe. & £ont vaincus près de Midée par Archidamus, dans une bataille qui ne jcoûte pas un seul îiomme aux vainqueurs , et qui est appelée la ffeUt^Hh joftf larmes, 567.
g IV. — jfffà^séB te l%êi$ali9 et de4aM4ieééMm9^ 870-K;7.
Les Thébains s'applaudissent d'une défaite qui rend leurs secours plus aécessaires; ils entretiennent la rivalité de tous ces peuples, dans Yea^ péraooe <l6 dominer dans le Péloponèse. Ils ne restent pas étrangers mis. événements gui ont eu lieu en Thessalie et en llklacédoine. Jason , S99 , «avait eu pour successeurs Polydore et Polyphron , ses frères. Pciy* phron avait donné la mort à son frère, et avait été assassiné à son tour par Alexandre, fils de Polydore. Alexandre, s'étant emparé par ce meurtre de l'autorité suprême, était devenu odieux aux Thébains par
PUISSÀNCB 08 THJbMfi; ÉPÀMUIOIIIIAS. aC7
satyraAUie, et c6doutal)le aux peiQ>lfis de la Grèce par les Imgandagtt qu'il eserçaii sur terre et sur Hier. Les villes de la Tbessatte ayant ré* damé la protection de Tbèbes, Pélopidas est eavoyé à leur seooim avec uxïe armée; il i«ndU liberté aux villes opprimées et chasse le tyria de Larisse. ]>aAsle même temps, 368, une médiation non moins impoiv tante appelle le général thébain en Macédoine. La mort d'Amyntas IV y â.Tait fait naître la guerre civile : la couxxmne était disputée par Pto-» lémée à Alexandre^ Taîné des fils d'Amyntas. Pélopidas est cboisi pour jyge de leur difféi^md : il prononce en laveur d*Alexandre, et envoie à Thèbes, comme otages, son frère Philippe et trente enfants des premièi^ iamilles de la Macédoine. Peu de temp« après, la Thessaiie retombe sous le joug d*Alexandre de Plière., et la Macédoine sous c^ui à» Ptolémée. Pélopidas se rend de nouveau en Macédoine, et, satisftit des promesses qu'il reçoit de Ptolémée, il lui accorde la tutelle de ses n^^veux et la régence du royaume; mais, en traversant sans défi^mce la I^essalie, qni avait demandé une seconde fois les secours de Thèbes» il est fait prisonnier par le tyran, qui n'ose attenter à ses jours. Une année thébaine envahit aussitôt la Thessaiie; commandée par des généraux inhabiles, elle n'obtient aucun succès. Épaminondas, alors dans la disgrâce des Thébains, qui l'accusaient d'avoir épargné les Lacédémoniens près d'Onée, est forcé, par les soldats avec lesquels il servait» de se mettre à leur tête, et délivre de la captivité le compagnon de ses travaux et de sa gloire, 367,
§ Y« — An^€S99de des Grées é la cour 4e Perse; troisiime invetsien é^ÉpeirnUhondas dans U PHoponkse: vmH de Pélopidas^ 966-365.
Les Thébains, sans cesse occupés des moyens d'assurer leur prééminence dans la Grèce, députent Pélopidas vers le grand roi, afin d'obtenir par la politique la supériorité qu'ils ne peuvent conquérir parleurs victoires. Les députés des principales villes de la Grèce l'avaient précédé à la cour de Suse. Ils prennent Artaxerxès Mnémon pour juge de leurs querelles, et lui donnent le spectaicle de leur corruption et de la faiblesse de leurs républiques. Ce prince accorde son alliance aux Thébains, et menace de la guerre Sparte, si elle ne laisse pas Messène libre; Athènes si elle ne retire pas ses galères. Les Thébains essayent en vain de soumettre les autres villes à leur ambition et à Fempire des Perses. Épami- ,aûiiâas«n¥ahit une tri^isième fois le Féik^nèse, at s'empare de l'Achaïe. Cette.contrée, la Sicyonie, la Phliasie et l'Éaide deviennent le théâtre de nouvelles hostilités. JLeurs habitants, les Thébains et les Sj)aiv
liâtes, et leurs alliés, épuisent leurs forces dans des combats mqjtipliés, qui n'amènent pas de résultat. Duphron, à la faveur des troubles qui agitent le Péloponèse et la Grèce, veut asservir Sicyone, sa patrie, et est massacré par quelque&-uns de ses concitoyens, en présence des magistrats de Thèbes, oii il s'était rendu pour obtenir des secours, 565* Épaminondas conçoit le projet de donner aux Thébains Tempire de la mer : il équipe une flotte de cent trirèmes, parcourt la mer Egée, favorise la révolte de Chio, Rhodes et Byzance contre Athènes, met en fuite la flotte athénienne , commandée par Lâchés, et gagne ces villes au pafti de Thèbes.
Thèbes triomphe au dehors, mais au dedans un ennemi domestique médite sa ruine. Quelques exilés, de concert avec les habitants d'Orchomène, forment le projet de surprendre la citadelle et de changer le gouvernement. Les auteurs de ce complot, découverts par la faiblesse de quelques complices, sont condamnés au dernier supphce; les Thébains assouvissent par la destruction d'Orchomène llifimitié qu'ils nourrissaient contre cette ville depuis les temps héroïques.
Mais, pendant que l'empire des Thébains commençait à s'étendre depuis le Péloponèse jusqu'aux îles de la mer Egée, Alexandre de Phére ruinait les villes de la Thessalie et rétablissait son autorité par la violence. Pélopidas, qui avait été déjà l'arbitre de la Thessalie et de la Macédoine, s'empresse de se rendre dans une contrée qui révère son nom. Une échpse de soleil glace d'efiroi l'armée thébaine qui doit le suivre, et trois cents cavaliers seulement osent braver la puissance du tyran de la Thessalie et le phénomène céleste que l'on regarde comme le présage de quelque grande calamité. Le désir de se trouver en présence du tyran qui l'a jeté dans les fers, au mépris de la foi publique, lui fait négliger les précautions que commandent les forces de son ennemi. Quelques Thessahens se joignent à la troupe de Pélopidas., Ce héros succombe près de Cynocéphales; ses soldats vengent sa mort en faisant éprouver une défaite sanglante à leurs ennemis. Plusieurs revers essuyés par Alexandre détruisent son empire tyrannique; il est luimême assassiné, quelques années après, par les frères deThébé, sa femme. Les peuples de la Thessalie et les Thébains rendent à Pélopidas les plus grands honneurs que puisse obtenir la vertu, 565.
J § Vï. — JYouveaux troubles excités dans le Péloponèse par les Areadims;
\ quatrième invasion et mort dP Épaminondas , 364-363.
Corinthe, fatiguée de la guerre, se détache de l'alliance de Lacédé-
PUISSANCE DE "QIÈBES; ÉPAMKNOICDÀS. 329
mone, et obtient des Thébains la paix pour elle et pour les Phliasiens. Mais les Arcadiens n'aspirent pas seulement à l'indépendance, ils prétendent dominer dans le Péloponèse; ils envahissent TÉlide, partagée alors en deux factions, s'emparent d'Olympie, de Margane, d'Olure, et triomphent des Éléens et des troupes de Lacédémone. Archidamus, pour délivrer TÉlide, fait une invasion dans TArcadie, mais essuie une défaite sanglante près dei Cromne. Les Arcadiens, enflés de tant d'avantages, font célébrer avec les habitajits de Pise les jeux publics (104' olympiade). Les Éléens, auxquels appartient l'intendance de ces jeux, en troublent la célébration par une attacjue soudaine, et massacrent un grand nombre de leurs ennemis. Les Arcadiens, malgré cet échec, restent maîtres du temple de Jupiter, pillent ses richesses et font servir à un usage profane les dons offerts par la piété des peuples de la Grèce. Cette profanation épouvante bientôt les Arcadiens eux-mêmes, et donne lieu à de nouveaux troubles. L'assemblée générale du pays traite avec les Éléens, et menace ceux qui ont pillé le temple de Jupiter. Les coupables, pour éviter le châtiment que leurs dilapidations font peser sur leurs têtes, appellent les Thébains dans la Péninsule, sous prétexte que l'Arcadie est près d'embrasser le parti de Lacédémone* Épaminondas fait une quatrième invasion dans le Péloponèse avec l'armée thébaine, grossie des troupes de l'Eubée et de la Thessalie. Les Arcadiens sont soutenus par J|s Spartiates, les Éléens, les Achéens et les Athéniens. Épaminondas, pendant qu'Agésilas concentre toutes ses forces dans Mantinée , essaye de surprendre Sparte , et se dirige dans l'Arcadie après avoir échoué dans Cette tentative, rendue inutile par la vigilance de ses ennemis. Les Thébains et les Spartiates en viennent aux mains près de Mantinée. La victoire reste aux Thébains, qui Ta^ chètent par la mort d'Épaminondas, 363. Épaminondas fut le plus grand homme de son siècle et l'un des héros les plus accomplis de l'antiquité. Avec lui s'anéantit l'empire de Thèbes, qui passa rapidement du rôle de puissance prépondérante à un état de faiblesse et de servitude dont elle ne se releva jamais. C.
CHAPITBE XXIX.
HfstflSTe de la Pêne, dépôts le traité d'Àntalcidas jasqu^à rarénement de duivs Ooàmma, aS8-43e.--^iitolre èe laSk»te, depois l'expédiUmi des ktbéûSiem, 41S, |QS<pfi Fosur^ttion d'A«»llwcîes, qai soiftt dafrèf la mait d'Ateundbeli
S I. — Suite de Phistoire du royaume de Perse (1).
L GuêTTÊ contre É^>msora». — La guearre du Pélopootèse, pendant laqueUe les Oj^s sont tout occupés de leurs disseiisj^ns, perm^aux Perses de se mainteair en Cypre , et d'exiger un irUtioX àa& p^ts souve* rains cpii en occupent les diverses villes. De tributaires, les Cypriotes deviennent sujets des rois de Perse sous divers usurpateurs, dont Tua dépouille Ëvagoras P' de la principauté de Salanûne, dont un autre est chassé par Évagoras II, vers 4Û5. iprès la journée d' JSgos-Potamos, Éva^^oras donne asile à Conon; ileneoucage FagricuUufe, la lOâdae, le commerce, rend Salamine florissante, aguerrit ses sujets* Voyant les Perses aux prises avec les Lacédémoniens, il profite de Toccupation que leurs aimes ont sur un autre point, et forme le piojet de soustraire File de Cypre à leurs lois, pour la ranger toiIP entière sous )es siennes, 3dfi. Il réduit toutes les villes, excepté Amathonte, Soli, Cita. Hois de TiJe de Cypre, il se saisit de Tyr et de plusieurs villes de la Phénicie. 11 peut alors rassembler jusqu'à deux cents vaisseaux ; et les Perses perdent les pays où ils équipât habituellement la moitié de leurs flottes. Le traité d'Antalckias e^ signé en 387, 6t Cypre est abandonnée aux Perses. libre du côté de la Grèce, Artaxerxès tourne toute ses forces contre Évagoras : Oronte, gendre du grand roi, etTiribaze, reçoivent Tordre d'attaquer Évagoras avec une flotte et une armée. Évagoras s'allie avec un prince arabe et avec Acboris, roi d'Egypte, révolté comme lui coii^re Artaxerxès. Vainqueur des ennemis dans une première bataille sur terre, il est défait dans un combat naval, 386. Les Perses assiègent Salamine par terre et par mer, mais ne peuvent la prendre : La discorde règne
\ï) Pour ce paragraphe I, voyez Diodore de Sicile, 1. XIV, c. 98 ; I. XV, c. 2, S, 4, s, 9, 10, 11, 18, 90-93 ; 1. XVI, e. 34, 41, 52. Piutarc.,in Arlai. et in Agesil. Isocrat., in Evagor. Cornélius, in Dalam., Cbabr., Ipbicr.
RÉVOLTES COinHB LES PEBSES. 351
dans leur camp; Oronte envoie Tiribaze chaîné de chaînes à Suze. Évagoras traite d'égal à égal avec Artaxerxès : il abandonne ses conquêtes, se réduit à Salamine, paye un tribut annuel; mais il conserve sa ville héréditaire, son titre de roi, refuse formellement de 8*avouer sujet, de reconnaître Artaxerxès pour maître, 383.
!!• Révolte de Gaos et d'Jchoris, — Gaos, gendre de Tiribaze, craint d'être enveloppé dans la ruine de son beau-père, se révolte et s'allie avec Achoris, qui, plus heureux qu'Ëvagoras, demeure en Egypte entièrement indépendant de la Perse. Plus tard, les satrapes parviennent à faire assassiner Gaos.
m. Guerre contre la Cadmien» (1). — Artaxerxès porte ses armes chez les Cadusiens , peuple situé au nord-ouest de la Médie, dans TAtropatène. Ainsi que dans la guerre de Cypre, Tarmée persane manque de provisions et est ruinée en partie par la famine. Le reste aurait péri avec Ailaxerxès par le fer des ennemis, sans l'adresse de Tiribaze, que le roi avait récemment tiré de prison pour lui rendre le commandement. Depuis ce revers, le despote se croit déchu dans Tesprit des grands de sa cour, et se débarrasse par des 6i^)plices de leurs mépris et de leurs conspirations, également imaginaires.
IV. Révoltes de Thyus, d*Mpis et de Vatame.—Là faiblesse et fodieux du gouvernement inspirent à une foule de satrapes Vidée de^ créer des principautés indépendantes. Thyu^ satrape de Paphlagonie, et Aspis, des pay^ voisiiis de la Cappadoce, se révoltent. Ils sont suc- . cessivement vaincus et envoyés captifs à Artaxerxès par le Carien Datame, gouverneur de Leuco- Syrie : quelques jours lui suffisent pour réduire les rebelles. Il devient suspect à un maître ombrageux, pour l'avoir trop bien servi, et se révolte à son tour pour échapper aux bourreaux. 11 envahit la Paphlagonie, laPisidie, et les joint à sa satrapie : avec moins de dix mille soldats, il taille en pièces une armée de deux cent mille;hoaimes, dirigée contré lui. Artaxerxès le désarme en lui prometl^t sa grâce, et le fait assassiner par l'un de ses amis.
V. Guerre contre V Egypte, 374.— Dans Vétat où se trouvait la Perse, on croirait que les Grecs, s'ils n'en font pas entièrement la conquête, vont lui imposer tout au moins un second traité de Cimon. Mais la Grèce occiy^e, dévore ses forces ùe^uis cinq ans , 380-375, dans une nouvelle guerre civile, dont le résultat est de briser l'union violemment
(1) Diodore, l.XV, place celte guerre pendant la guerre de Cypre. Phrtaitpie , in &Ttnerxe , la met après la guerre de Cypre et même après eelle d'Sgypte.
opérée par les Lacédémoniens, de partager Fempire entre eux, les Athéniens et les Thébains, de rendre soixante-dix villes maîtresses d'elles-mêmes et de leurs délibérations (1). Jamais la Grèce n'a été si lasse, si divisée. Le traité d'Antalcidas est exécuté contre elle à la lettre. Artaxerxès avait vu ses fureurs avec plaisir; maintenant il a besoin qu'elle les discontinue, pour l'aider à soumettre l'Egypte, toujours échappée à sa domination , toujours séparée de son empire. Il or- * donne aux Athéniens en particulier.de rappeler Chabrias, engagé sans l'aveu de sa république au service d'Achoris; il écrit aux diverses républiques qu'elles aient à se tenir en paix et à lui fournir des auxiliaires. Toutes obéissent. Les Athéniens menacent Chabrias de le condamner à mort, s'il ne rentre dans le Pirée à un jour marqué (2). Les autres Grecs lui envoient vingt mille soldats , commajidés par Iphicrate , pour écraser un étranger qu'ils auraient eu intérêt à soutenir, a Artaxerxès, comme » parle Plutarque, dirige alors contre l'Egypte ses satrapes Pharnabaze » et Iphicrate , avec deux/îent vingt mille hpmmes (3). »
Le commencement de l'entreprise est heureux. Mais Pharnabaze refuse de suivre les conseils d'Iphicrate et de marcher sur Memphis : la crue du Nil survient; les Perses sont contraints de se retirer en Phénicie avec honte , avec perte : l'Egypte reste indépendante. Pharnabaze aiçcuse Iphicrate de ce mauvais succès. Les Athéniens reçoivent lïnjonction de de le mettre en jugement, et n*osent l'acquitter que parce que la cour de Suze dédaigne de poursuivre l'affaire. C'est dans la patrie de Cimon qu'un pareil procès est intenté !
En se déclarant pour les Thébains, en alimentant d'abord la guerre entre ce peuple et les Spartiates, en formant ensuite de Thèbes une troisième grande républiqne, pour empêcher toute domination générale en Grèce , toute réunion de ces peuples sous une même loi , toute direction de ses forces vers un but unique, Artaxerxès donne de nouvelles garanties à la Perse contre les attaques des Grecs. Mais en pourvoyant à la sûreté, à la sécurité de la Perse, dans ses relations extérieures, cette politique ne diminue en rien les vices de son organisation intépeure; et dans la dernière année du règne d'Artaxerxès, l'empire paraît prêt à se dissoudre.
VI. Révolte générale des provinces occidentales et maritimes ; expé-
(1) Diodore de Sicile, liv. XV, c. 25-3i.
(2) Cornélius , in Chabr., c. 3.
(3) PIuu, in Artaxerxe, met, par cette expression , sur la même ligne d'obéissance et de service Pbarnabaie et Ipbicrato : il a raison.