CHAPITRE XXXI
Histoire de la Macédoine et delà Grèce, depuis la première attaque de Philippe contre la Grèce jusqu'à sa mort, 353-336.
Philippe ne règne sur la Macédoine que depuis huit ans , et déjà son royaume s'est agrandi d'une partie de la Thrace, de miyrie, de la Paeonie, de la Piérie, des Tilles d'Amphipolts, de Pydna , de Méthone , des îles d'Imbros et de LenuiOB. La Thessalk le recoimalt pour sdn protecteur. Il a créé un« marine , et les Atbé* nioiftoiit Ta csn tremblant les galères de ce prince insulter les ports de l'Attique. Leséoie actif ella politique impénétrable de ce monarque ambitieux lui ont donné uae poissaace qui doit bientôt peser sur la Grèce , et qu'il s'étudie à dérober à ses regards.
Cependant il doit trouver dans Démosthène et dans Phocion des adversaires redoutables, dignes des plus beaux temps de la Grèce. Mais Philippe a sur ses ennemis des avantages qui doivent lui assurer la victoire. Il dispose à son gré de tontes les ressources que lui fournit une vaste et iïciliqueuscr contrée ; il conçoit et il exécute sans contrôle les projets les plus hardis. En Grèce , des haines haplacaUes avisent toutes les cités et les excitent les uses contre les antres ; raoaJbitioo bouleverse les'Tffles; la corrupfioi^ a£Ekiblit les ressorts da gouvemementi Le roi de MacédBiiie déi^eie, dans l'exécation de ses projets, tant de constance, tant d'adreue, tant de talents divers , que quebpies auteurs te jA»ceDt an-dessus de son fils AkfxaadKe. PhiUj^e a rendu en efiGet facile la ccmquéte de la Perse , en enchaînant la Grèce par la terreur de ses armes,' en renversant tous les obstacles qui fermaient anx Macédoniens le chemin de TAsie, et en soumettant les contrées qui lesiéparaientde la monarchie du graud roi.
I. Occupations pacifiques de Philippe; son invasion dans le Péloponèse; prise d'Olynthe, 352-347. — Philippe, retiré à Pella, s'efforçait, par son inaction, de faire oublier aux Athéniens sa tentative contre le défilé des Thermopyles. D embellissait cette capitale de monuments magnifiques, attirait à sa cour les artistes grecs les plus habiles, et prodiguait ses trésors dans les villes de la Grèce pour s'y faire des partisans. 11 se rendait, pour un grand nombre de citoyens, le dépositaire des richesses qu'ils avaient enlevées au temple de Delphes : maître de leur fortune, il les attachait à sa cause et les trouvait plus dévoués à ses intérêts qu'à ceux de leur patrie. Après avoir trompé les Grecs par deux années d'un repos si htilement employé pour sa grandeur, il fait une expédition dans le Péloponèse, pour y jouer, à l'exemple d'Épaminondas, le rôle de protecteur de Mégalopolis. Archidamus, roi de Sparte, avait envahi le territoire de 'cette cité; les Sicyoniens, les Argiens et les Messéniens avaient marché à son secours. Plusieurs combats s'étaient livrés entre les deux partis; mais l'arrivée de Philippe avec sa flotte, le débarquement de ses troupes sur les côtes de la Laconie, et la prise de Trinasus, font craindre aux Lacédémoniens qu'ils n'aient à combattre une ligue plus redoutable que celle qu'avaient formée les deux héros de Thèbes. ils demandent la paix à Phihppe, et consentent à laisser libres les villes de.Mantiné^, de Mégalopolis et de Messène. Après cette expédition, le roi de Macédoine se rend dans la Thessalie, où il enlève Phère àPitholaûâ, qui s'y était étaWi à l'aide des Phocidiens. Il fait ensuite passer des troupes dans l'Ile' d'Eubée, qu'il aurait enlevée aux Athéniens, si ces derniers n'avaient confié à Phocion le soin de défendre cette possession, importante. Les ]\facédoniens sont chassés de l'Eubée, et Philippe , pour réparer ce revers . porte ses armes dans l'Hellespont, où il s'empare des foi1s de Géra, de Stagyre, patrie d'Aristote, de Myciberne et de Torone, 348. Il accuse Olynthe, qui dominait sur trente-deux villes de la péninsule de Pallène, d'avoir donné asile à des conspirateurs de la Macédoine, envahit son territoire sous un prétexte qui cache son ambition, défait deux fois les troupes qu'elle lui oppose et assiège ses muçailles. Démosthènene cesse d'exciter ses concitoyens à défendre leur liberté contre. Philippe; en vain sa prévoyance leur fait pressentir le danger d'abandonner la Thrace à sa domination; des secours tardifs ou mal dirigés ne peuvent sauver la république des Olynthiens. Euthycrates et Lasthènes lui ouvrent les portes de la ville : elle est détruite de fond en comble; et tous ses habitants, sans exception, chargés de chaînes, et vendus comme esclaves
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dans les principaux marchés de la Grèce, y font nattre à la fois la terreur et rindignation.
La prise d*01ynthe renouvelle les alarmes des Athéniens, et ne leur laisse plus de doute sur les projets de Philippe. Dès ce moment, ils deviennent les alliés de tous les peuples avec lesquels ce prince est en guerre; ils envoient des ambassadeurs dans toutes les cités de la Grèce, et rendent des décrets terribles contre tout citoyen qui proposera de se soumettre à l'autorité d'un prince étranger; mais ces énergiques dispositions ne sauraient être durables, et sdnt bientôt modifiées par les événements qui suivent. . »
n. Fin de la guerre Sucrée; aâmisêion de Philippe dans le conseil amphictyonique , 547-54S. — Les Phocidiens et les Thébains continuaient toujours , avec acharnement, la guerre civile qui ensanglantait la Orèee; ils s'attaquaient dans les villes, en rase campagne, et s'affaiblissaient par des combats multipliés qui ne donnaient à' aucun dés deux partis une supériorité marquée. Cependant,^ lés Thébains ayant perdu Orehomène, Chérônée et'Corsies, s'adressent à Philippe' pour obtenir son alliance. Ge prince ne leur envoie qiie les troupes nécessaires pour prolonger cette lutte opiniâtre. Les Athéniens, naguère si irrités contre Phihpîîé,' sont apaisés par la généjfo'sité de ce prince, et font succéder des décrets en faveur de la paix aux prépai-atifs de guerre. Dix âmbassa deurs; parmi lesquels se font remarquer.- Esçhihe et Dém'osthène, se rendent en Macédoine, et proposent les basés d'un traité d'alliance, qui est ratifié, quelques mois après. Les Phocidiens; découragés par leurs pertes passées;- aïïmWis par leurs victoires et effrayés d'un désastre récent'qu'ils attribuent au courroux des' dieux, se placent de nouveau sous la protection d'Athènes et de Sparte. Mais Philippe, avec les troupes de la Théssalie, envahit la Locride , épouvante Phalcecus, chef 'dèsPfaocidiénis, qui conèent à se retirer dans le Péloponèse, et termine, sans de nouveaux combats, la guerre sacrée qui durait depuis dix ans, 5l5iXé conseil (îès Àmpliîctyôris, côtùpôSé des députés des peuples tous dévoués à Philippe; lui donne les deux vok deS fîîCCÎ^!!"^ " ^f^^ que les murailles de leurs principales villes seront démolies! que les liabifanteserontdi^rsés dans des bourgades, et leur interdit l'entrée du temple de Delphes, jusqu'à ce qu'ils aient restitué les richesses dont il a été dépouillé par leur impiété. Phihppe exécute avec rigueur le décret rendu contre les Phocidiens, brise leurs armes sacrilèges et retourne en Macédoine, laissant dans la Grèce une haute opinion de son génie et de sa piété. Avant de rentrer dans son royaume , il s'assure du
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passage dee Themopf les en mettant une garnison dans Nioée, dtns te villes de la Thessalie et de la Phocide. Il divise la TÈessaMe en fualre gomvtTûgm&o^ inâépeadants, à la tête desquels il place dix ciloyeiis fiivoraMes à ses intérêts. Il force la même année GcsiodAie à àbandonMi* la cause des Phocidiens, ses alliés, qu'elle soutiest encore, et àaocéder am tmité de paix qui introduit to Maeôdoniens âaaa le conseil des idu^ctyons.
Ffaiiil^, loajours occupé de projets utiles, purge la Maoéésise des brigands qui FinfestaâeBt, et les étaMii dans l'ie de Thasos; il pimlt les Illyriens des hostilités auxquelles ils se sont livrés pendant son absm&e , et pousse ses eonfuètes au éalà du sian»s de Lielmytis. Fendant cette expédition, les amijassadeuirs d'Ochus, roi de Perse, àrrhrrat à sa cour pour demander son amitié ou pour examiner de près une puissance qui, en asservissent tant de conlarées en Europe, coimoença^ à in^rer des alarmes en Asie.
iil. Éua ê'Àihèneê ; Pkocion H DémoUhénê; diverses êXT^diHau éê Philippe , 544-538. — Les événements qui ont lieu dans les qoatre aaaées auivanles sont le prélude de la guerre ouverte que Philippe do^ porter dans la Grèce ; les factions des villes, la corruption des orateora et Fin^ssibilité de faire une ligue générale de tant d'étals divisé9y ne cessent de favoriser les progrès du monarque macédonien. Ses ^râtre** prises dans te Péloponèse , ses intrigues pour soulever Tîle d'iubée , tes tyrans partout soudoyés, l'augmentation dosa maiine, de nouvi^les conquêtes faites dans la Tbrace, en Épire, éans la Dar^oiie , sotit po«ff Démosâiésie des signes certains d'une amMtion redoutabte pow sa patrie et pour ta, Grèce entière. Dans ses harangues, H ne cesse de con^ seiller h. gueriie; mais un ci^toyen animé d'un patriottsmo a^issi ardent, que recomtMiïde la vertu la plus austère, Phocion plaide pour la p«x, quoiqu'â commande et qu'il triomphe tokifours pendant lagoen^. hè j^euple athénien, partagé eâtre ces deux avisétfférnits, observe noai la paix que ^eonseille pbocion, et fait avec faiUesse et sauts m^ la ^uem qui waît I JS^iiag^ïièB? comme runique moyen de s^ut. "^'pMippe, tendau.t to.ujaufs au ipême but, soit dans la pai?, soitdiKa la guerre, se por1,e de nouveau dans rHellespont, bat, près de €ar4i^> Diopithe, général githénie», qui sedj^sait à en Éormw tefiiége.at campe lui-même devajQt Périnlhe, qui fournissait en gninddpai^ i ift subsistance de l' Attique. Les Périnthiens se défendent av^c w coime^ désespéré au milieu des ruines de leurs murailles; ils reçoivent des secours de Byzance, d'Ochus, roi dePeïse, et repoussent 1^ attaques das
Sélfffilide» ^ amiégeQi Bifunsf . Charès secourt la i^aoe«?«c une flotte daifBaraate gaièaras; il eel iMrito près de Ghaâeêdoioe par ibnyirtas, aiaiial do Pbllipp&; las àMmtvs M dQanemt j^cmr saoeeeeeur Phocion, (gà saàJëneBjtsuït» et .perte ses ravages sur tes^^eôle» ^la Tbraee. PMliW^» pwr^ffaoer kLhmrtedeeeseeoBdreFveis, ouKretieeEi Seyttite, tue vingt naiy/e hqimBee ées tit>ape8 du 9oi Aitbias. Au retour é9 eette expéditioa, il^atatteçué par les Triballes, et n'est savvé qu'anrec pekicd-on ^08 d'emadmis par le oooiaige de soo fils AlesaaéM'.
IV. Sûiônde guerre Smréû. Frâe d'JSiaté& pmt PMêppe^ fMuiîh â$ Càéroné^r; mcmi ée MiiÊppe^ WM&^ — Ifeans leiadne teo^, les in- Uàjssoe» d'£acbiA& poépacaâssÉ ponr fâlilippe «n prâHmte pour se mêler des affaires de la GiièccL UaenMtveUe gneiceiBMvéeiatflatt lui o«rrrir rentrée dé la Béotie et de TÂttique. Les Locriens d'Amphissa étaient déclarés sacrilèges pour avmr kd^ouré le drattp Ciniiéen, consacré à Apollon depuis deux siècles, et exclus par le conseil des Amphictyons du droit public et religieux de la Grèce. Eactiiae, alors revêtu de la charge de pylagore, fait donner à Philippe le soin d'exécuter la sentence contre les proftinateurs d'Apollon. Le roi de Macédoine, suivi des députés de toutes les villes qui ont condamné les Locriens d'Amphissa, envahit leur territoire, démant^ ia«ff6 villes, y met des garnisons et surprend Ëlatée, qui le rend maître des passages de la Phocide et de la Béotie, 338. A cette nouvelle, les Athéniens et les Théhains oublient leur rivalité pour ne s'occuper que du danger commun. Thàbeg reçoit une garnison athénienne; leur armée confédérée, forte de tieale mille hommes, commandée par des généraux inhabiles ou eonrompus par For de Philippe, hvre bataille auxKacédcxiieiis, et essuie^une déroute coniplète près de Chéronée. Philippe, après une victoire qui le rend l'arbitre de la Grèce, se xBoatre généreux enrers îes Athéniens, et renvoie leurs prisonniers sans rançon; mais, plus sévère eavers lâ& Thébains^ il bannit les partisans de la démocratie^ donne l'autorité mx tcaitres qui ayàient été exilés, et met une garnison dans la citadelle.
Philippe» pour se £a.iie pardooner la victoire de Chéronée, fait proposer par ses partisans, dans toutes les villes, de diriger les forces de la Grèce contre la monarchie des Perses. Le conseil amphictyonique, aslemblé à Gorinthe, le nomme généralissime des Grecs; leur armée, nus y comprendre les Macédoniens, montait à deux cent mille.hommes de pied et quinze mille hommes de cavalerie. Des états, qui pouvaient se défendre avec des forces aussi considérables, étaient amenés, par
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leurs disseosions, à subir le joug de trente miUe Macédoniens. Philippe, de retour dans la Macédoine, répudie Olympias et épouse Gléopàtre, fille d'Attalus. Alexandre, irrité de Toutrage fait à sa mère, abandonne irceur, et va demander aux lUyriens les moyens de venger Olympias; inais un officier des gardes de Philippe, Pausahias, prévient Ateand» dans ses projets deyengeajiçe. Indigné de n*avoirpu obtenir justice contw le père de la nouvelle reine , il donne là mort à Philippe en présence de touteJa-eeur , au moment où la statue de ce prince était promenée en triomphe au milieu des statues des douze grands dieux. Philippe meurt À quarante-sept ans, après vingt-quatre ans de règne, laissant à son successeur un royaume affermi et agrandi par ses victoires, une armée nombreuse et aguerrie, et des généraux habitués à vaincre et dignes de marcher à des conquêtes plus importantesi 356 (1). G.