‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 81 sur 103 · Alexandre Aigus , fils de Roxane et d'Alexandre le Grand · texte numérisé non relu

Alexandre Aigus , fils de Roxane et d'Alexandre le Grand

4. Statira, fille de Dariqs, autre épouse d'Alexandre, mise à mort peu après la mon du conquérant, par Roxane, qui craignait d'e trouver en elle'une rivale.

L'imbécillité d'Arrhidée, l'enfance d'Alexandre Aigus, l'illégitimité et la jeunesse d'Hercules . la haine furieuse de Cléopâtre contre Arrhidée et contre Eurydice , qui devint l'épouse de ce prince , et par-dessus tout l'ambition des capitaines d'Alexandre , formaient autant de causes de perte pour la famille royale ; mais ces causes étaient graves sans être décisives. Dans la poursuite de la succession d'Alexandre , ses lils et son frère trouvaient pour auxiliaires l'altection de ses soldatSj les talents et le dévouement d'Eumène, le plus habile de ses généraux, et jusqu'aux déférences hypocrites , jusqu'aux concessions momentanées de ses ambitieux lieutenants, qui connaissaient trop bien les sentiments de l'armée pour oser, pendant les huit premières années , 'porter atteinte aux droits de* héritiers légitimes. Or, dans cet espace de temps et avec de pareilles ressources , pour peu que les circonstances fussent favorables , la famille pouvait défendre le sceptre contre les attaques de ses ennemis , et l'affermir entre ses mains.

Dispositions des capitaines d^ Alexandre. — Quand les capitaines d'Alexandre le virent mort , les uns . en petit nombre , songèrent à envahir sa succession entière , après avoir, par divers moyens, dépouillé sa famille et réduit leurs collègues à la dépendance. D'autres formèrent le dessein de démembrer l'empire , et d'en former à leur profit un certain" nombre de royaumes d'une certaine étendue. Les autres enfin , et c'était le plus grand nombre , projetèrent de se rendre simplement indépendants dans leurs gouvernements respectifs.

Questions à résoudre. — • Ainsi, à la mort d'Alexandre, il s'agissait de savoir si l'Orient demeurerait sujet des Macédoniens , et si la civilisation grecque y périrait ou s'y développerait; si la Grèce resterait organisée en une grande république fédérative sous la suprématie de la Macédoine, ou si elle deviendrait sujette de la Macédoine, ou enfin si elle recouvrerait son indépendance et se diviserait de nouveau en une foulé de petites républiques ennemies les unes des autres ; si la famille du conquérant posséderait ses états héréditaires et ses conquêtes , ou en serait dépouillée ; si l'unité de son empire serait maintenue , ou s'il serait morcelé, soit en royaumes, soit en gouvernements devenus la propriété d'une oligarchie militaire. Ces questions étalent les plus graves qui eussent encore été agitées tlans le monde.

mAcis fis iJhi&toibb. ÀNGIKSNE^

g n. — Première organisation de Vempire. Projets contraire» de Perdit et des généraux.

325. Après k mort d'Alexandre, ses généraux s'assemblent à Babylone dans son palais.. Ptolémée ouvre Tavis de partager ses états e»tre ses divers capitaines. Perdiccas fait décréter qu'on reconnaîtra pour successeur à l'empire le fils que Roxane met au monde un mois après la mort du conquérant, conjointement avec Arrhidée., frère d'Alexandre, que proclame l'infanterie.

Perdiccas obtient cette décision en s'aidant de l'enthousiasme des cavaliers pour la mémoire et le sang d'Alexandre, de son crédit personnel, de celui des plus influents des généraux qu'il intéresse à ses projets, il accorde une part dans la tutelle et dans la régence , qui doivent donner la toute-puissance ^ à Cratère, Antipater, Léonat, Méléagre : Antipater et Cratère reçoivent en outre la direction des affaires de l'Occident , le commandement de la Macédoine et de la Grèce ; Méléagre partage avec Perdiccas l'administration suprême de l'OrienL Pour assouvir l'ambition de la masse des généraux, les séparer, les exiler du centre de l'empire , Perdiccas distribue les provinces à trentequatra d*entre eux. Nous rappellerons seulement te ncœa de ceux cpi influèrent sur les événements.

Ptolémée reçut rÉgjypte et rAlEÎqiie^

ÀaUs^me,

U Pampbylie, la Licte,. la

Grande-Phrygie.

Catsandrey

Ta Carie.

l'a Petile-Phrygie «MiPbry^

gt» de VHeilespoiit.

Pemcaiimê,.

la Perse.

Laomédon,

la Syrie.

Piihon,

laMédie.

L^imaqM^ re^ U Thrace et let pays y tir

sins du Pont-Euxin.

Euméne , la Paphlagonie et ht Cap-

padY^ce.

Néoptolème, l'Arméwa.

Séleucuêy le commanderaest de U

cavalerie.

Casiandre, le commandement des

111s d'Antipater. gardes du roi.

Perdiccas ne prit aucune province pour ne pas se laisser confondre dans Ta foule des gouverneurs. Mais il s'était réservé exclusivement le commandement de l'armée et de la flotte royale stationnées en Asie; et bientôt, par son mérite et sa réputation personnelle, par le supplice des chefs mécontents, par l'intérêt qu'inspiraient ses pupilles, il acquit d'abord un grand ascendant sur les soldats. Avec leur secours, Use flatta de se débarrasser bientôt de la concurrence des autres tuteurs, ^réduire les généraux k la condition de simples gouverneurs, et d'hériter lui-même plus tard de tout l'^npire, en couvraiit ses prcftete du masque de la légitimité. Il commença l'exécution de ses plaas ptr

QLEÎii LIS» DES SiJCGESSErRS B*ALB&A1^DRE. 3221

Fasssmiat de Méléagre. Les généraux se rendirent dans lieiirs pie^ vinces, aree l'intention de renverser Pfâ'diccas et de créer à leur proit lésons des royaumes ^ les autres des principautés indépendamtes cpK auraient ctwiverti Fempire en une oligarchie militaire. Perdiccas n'exA d^appui que dans son fi-ère Alcétas et dansEumène, seul honnèit b0inine parmi tant d'ambitieux. ]^in de reconnaissance pour Philippt el pour Alexandre, Eumène veut maintenir la couronne sur k tète di leurs descendants : il s'unit à Perdiccas^ dont les desseins avoués soŒt conformes aux siens, sauf à comtettre plus tard le tuteur» lorsqu'il le ^wra traivailler pour lui-mtoe. Sa conduite avec les tuteurs successi& sera toujours la même.

Les peuples de la Haute-Asie, et ceux de l'Asie Mineure, escepfà ieux , se prêtent sans résistance aux dispositions préalables arrètéei par Perdiccas et par les autres capitaines d'Alexandre pour l'adminiatration; de l'empire (1).

$ m. — Mtfolts ées Grecs &Ati9 et d'Ewrope^ d'uériwralke ^ âBf Piiidiefi».

Les projets contraires de Perdiccas et des gouverneurs sont suspendus par la révolte des mercenaires et autres Grecs établis dans FAsie , par l'insurrection des Grecs d'Europe, par la résistance d'Ariarathe, roi de Cappadoce , et par celle des Pisidiens. Les capitaines d'Alexandre sont dans la nécessité de ftprimer ces soulèvements , qui tendent à leur enlever la proie qu'ils se disputent. Mais, au milieu des guerres qu'ils vont entreprendre , on voit reparaître les idées et les projets dont ils sont personnellement occupés.

323. Révolte des Grecs dans la Haute-Asie, — Les mercenaires et les Grecs colonisés par Alexandre dans la Haute-Asie sont mécontents de leurs établissements, et s'arment, au nombre de vingt-ti-ois mille, pour retourner dans leur patrie. Perdiccas dirige Pithon contre eux. Celui-ci veut les gagner, et avec leur appui se former un royaume dans la Haute-Asie. Mais après leur défaite ils sont tous massacrés par les soldats de Pitbon, conformément aux ordres secrets et précis de Perdiccas. •

323-322. Guerre Lamiaque. — Alexandre n'avait laissé de garnison

CO Pour ce premier paragraphe , Justin , I. XUl; Diodore , l. XVin, c. 2^5. Au clrap.3, 9«ipp»rte imrt à met tes profet» ée Perdiccas.

580 PRÉCIS DE l'histoire A^XIENNE.

que dans Corinthe. Les Grecs étaient en pleine puissance de leurs actions. A la première nouvelle de la mort du roi , 523, les Athéniens et les -fitoliens prennent les armes et abjurent la suprématie de la Macédoine. Hypéride , et Démosthène alors en exil pour s'être vendu à Harpalus, appellent les villes à la liberté. Pliocion désapprouve la guerre. Dix-neuf peuples de la Thessalie , de la Grèce centrale et du Péloponèse se soulèvent; sept restent dans le parti macédonien; les Spartiates et les Arcadiens demeurent neutres.

Antipaterest vaincu par Léosthènes, chef des confédérés, près de Lamia, en Thessalie, se réfugie dans la ville, et y est assiégé. Léonat passe en Grèce sous prétexte de secourir Antipater, en réalité pour épouser Cléopàtre, sœur d'Alexandre le Grand, qui exerce le plus grand ascendant sur les Macédoniens : cet hymen politique doit le conduire à la plus haute fortune. Mais il est vaincu et- tué par les confédérés. Ceux-ci, enivrés de leur victoire, licencient une partie de leurs troupes.

Avec les débris de Léonat et l'armée que lui amène Cratère, Antipater les défait près de Cranon, tandis que Clitus, commandant de la flotte royale, détruit leurs vaisseaux dans deux batailles navales. Leur ligue se dissout: Antipater prend successivement leurs villes, et menace Athènes. Phocion et Démade obtiennent la paix pour leurs compatriotes. Le vainqueur met une garnison dans Athènes , lui donne Phocion pour administrateur , et une aristocratie modérée pour gouvernement. Il place des garnisons et des administrateurs dans les autres cités de la Grèce centrale et du Péloponèse qui ont pris part au soulèvement. Poursuivi par ses sateUites, lâchement condamné par le peuple d'Athènes , Démosthène s'empoisonne dans l'île de Calaurie. Les ^Ëtoliens obtiennent des conditions plus avantageuses qu'ils ne devaient les attendre, parce qu' Antipater et Cratère sont pressés d'aller coii\battre Perdiccas ( Foyez le paragraphe suivant ).

Bésislance d'Jriarathe. Révolte des villes de la Pisidie, — Pendant que ces événements se passent en Grèce, Perdiccas, en Asie, attaque avec l'armée royale Ariarathe , qui refuse d'abandonner son royaume de^Cappadoce à Eumône. Ariarathe est vaincu, pris, exterminé avec toute sa famille : Eumène est mis en possession de la Cappadoce et de la Paphlagonie. Les villes de Pisidie, Isaure et Larande , qui ont massacré leurs commandants, sont châtiées, 322.

Tout alors, en Asie comme en Europe, reconnaît la loi des successeurs d'Alexandre. Us reprennent l'exécution de leurs projets respectifs»

QinSRELLËS DES SCCCESSEUBS D*ALEXANDRE. 381

et tournent contre eux-mêmes, pour se disputer Ted^ire, les armes dont ils viennent de se servir contre les révoltés (1).

§ IV. — Première ligue d'Antipaler^ Cratère ^ Aniigone^ Ptolémée y contre Perdiccas et Eumène , qui succombent , 322-320.

322. Perdiccas prétend régner seul : les généraux d'Alexandre prétendent tous régner, les uns sur une plus grande, les autres sur une moins grande pv rtion de l'empire. Aussi, après la victoire de Cranon, Antipater et Cratère retournent en Macédoine et s'unissent par des liens étroits: Cratère épouse Phila, Tune des filles d'Antipater. Perdiccas , de son côté, veut se frayer une route au trône, en épousant Cléopâtre et en essayant de perdre Antigone et Ptolémée, qu'il accuse auprès de l'armée. Antigone se sauve en Macédoine , 521. Antigone, Antipater, Cratère, Ptolémée, forment une première ligue contre Perdiccas. Celuici , pour donner plus d'autorité à ses démarches , pour obtenir de l'armée une plus entière obéissance , appelle au conseil tenu en Cappadoce les deux rois Alexandre Aigus et Arrhidée. Il oppose Eumène à Antipater, Cratère, Antigone, Néoptolème: ce dernier, d'abord déclaré pour le tuteur, n'avait pas tardé à embrasser le parti ennemi. Perdiccas va combattre lui-même Ptolémée en Egypte.

. Cratère et Néoptolème se mesurent en Cappadoce contre Eumène, sont défaits dans deux batailles, et périssent dans la dernière. La cause de Perdiccas triomphe en Asie ; mais en Egypte il éprouve un échec au passage du Nil, près de Memphis. Il est abandonné par ses principaux officiers, irrités dès longtemps de ses hauteurs, et massacré par ses soldats dans sa tente, 520 (2).

§ V. — Régence de Pithon et d' Antipater,

520. Exclusivement occupé à se créer un royaume indépendant en Egypte, Ptolémée refuse la tutelle. Pithon s'en démet, peu après l'avoir acceptée, dégoûté par les intrigues et l'ambition d'Eurycide , devenue l'épouse d' Arrhidée. Antipater accepte la tutelle et la régence.

Les confédérés font un second partage des provinces à Trisparadis, en Syrie. Eumène et cinquante du môme parti sont proscrits, et leurs provinces assignées à leurs ennemis. Pithon reçoit la Médie , et Sé-

(1) Diod. Sic, XVHÏ, 7-1». Justin, XIU, 5, 6.

(»3 Pluiarc, in Euin. Jusiin, XII !, 6, 8. « Perdi(ta$ ut xirihut auêtoritatem regiam » 9equ%rerét, ad nupUai CUopalrœ intendit. » Diod , XVUI, 2-2-3r,

382 pr£cis de l*histoire ancienke*

ieucus la Babylonie. Antigone, a^rec le secours d'un fraltre, défait Eumène à Orcynium, en Cappadoce, et le contraint à s'enfermer dans la citadelle de Nora. PtoléuiéCi de son côté , dépouille Laomédon, Tun des proscrits, et fait une première fois la conquête de la Judée, de la Phénicie et de la Célésyrie.

Antipater ayait hérité des vues ambitieuses de Perdiccassur la totalité de la succession d'Alexandre^ Dès qu'Otympias, sa constante ennemie, apprit qu'il était revMu de la tatelle etde la régence, elle'se sauva en Épire avec Alexandre Aigus et Boxane. Mais Antipater s'entoura avec soin du reste de la famille royale, d'Arrbidée, d'Eurydice, de Thessalonice. Il laissa en Asie son ûis Cassaudre pour surveiller Antigone, dont il devinait les desseins. Eaûn, Eumène lui ayant demandé des secours après la défaite d'Orc^nium , il en envoya à ce général, naguère proscrit par hii, et Antigone n'osa plus presser le siège de Nora. Antipater avait sans doute à craindre une nouvelle ligue des successeurs d'Alexaiidre, réunis contre lui, lorsqu'il fut atteint d'une maladie mortelle. Il laissa la tutelle, la régence, le gouvernement de la Macédoine, au vieux Polysperchon, son ami. Il n'appela son propre fils Gassandre à l'administration de la Macédoine qu'en remplacement de Polyspi^chon, 320 (1).

S VI. —Régence de Polysperchon. Seconde ligue de Cassandre, d'Antigonet de Ptolémée^ contre Polysperchon et Eumène^ 320-315.

320. Polysperchon succède aux desseins de Perdiccas et d' Antipater, en même temps qu'à la régence et à la tutelle. D'un autre côté , Antigone a réuni sous ses drapeaux une armée de 70,000 soldats, la plus grande force mihtaire qui soit dans l'empire; il donne des lois à la moitié de l'Asie Mineure; il révèle enfin, par ses hauteurs autant que par sa puissance, le projet d'engloutir la monarchie tout entière. Les autres généraux, qui n'aspirent qu'à des royaumes ou à des satrapies, ont donc à combattre Polysperchon et Antigone. Ils se décident à attaquer Polysperchon le premier, parce qu'en le combattant ils ruineront ensemble les prétentions de l'un de ceux qui aspirent à la monarchie universelle, et les droits, l'autorité , l'importune légitimité de la famille d'Alexandre, toujours subsistants, non-seulement en Macédoine, mais aussi en Asie. En effet, on voit dans Plutarque, Diodore et Justin (î), I ' — ■ — -^— — — ^

(0 Justin, l.XIV, 1, 2. Diod. Sic, XVUI, 37-49.

Ç2) Plutarc, in Eura. Justin, XIY, I. Diodore, XIX, c. i3-i«. Foy«i lajiol« U A ta fin de l'histoire de la Grèce.

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