‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 96 sur 103 · CHAPITRE: XXXYÏIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE: XXXYÏIÏ

Histoire d^fegy^te, depuis' la bataille d'Ipsus jusqu'à la réduction de cette contrée en province romaine, 301-29 ans avant J.-C.

iLiûstoire^âes premiers temps de l'Egypte n'est gaère plu8'<tb8dore'q«e eeHe«d«B tFOtS'derûiefS'fiièdes qaltpréeèdent l'ère chrétienne. 'Cen^est qu'avec «peinb^qy^ui eât papvenuà eom^er Pordre chronofogiqueHles rois qui ont'réfj^sur'iDBtBgyptiens >dQpuis le>premter Ptoiiîmëe juaii}u'é la 'mort de GtéopÂtre. Les écrits desih)»- ^rieQa(i)^iii'eBt'pa»«iiiaipo<iriprécifler ladate de laur avènement au trône*dteelte 4e «leur mori: ila £ailu Interroger les monuments eneore «subsistants en âg^iptat, les inscriptions dont ils sont couverts, et les médailles qui nous sontiparvcnuâs en assez grand nombre sur les Lagides (2). On sent tju'avec des secours de cette nature^^n^peut atteindre à^laueertilade des faits prineipam^^^mais non parvenir à présenter l'jiiistoire d'un peuple dans son ensemble et dans ses détails. Cependant * malgré l'Insuffisance des renseignements -que 'nous .'possédons, quelque ^Téi^ités ihessortirobt de* leur (uniformité /en quelque «oïte invariable : nous pourrons ^*ractériser cette époque par des traits qui lui appartiennent, et lui donner la pliyeionomie qui lui est propre.

La dynastie des Lagides se divise en quatre branches diiférentes : elle présente seize souverains , qui fournissent vingt et un règnes successif. 'Le principe de l'hérédité était établi en Egypte. Le trône ne sort pas de la famille ^e Ptolémée Layus, Pour l'affermir davantage dans ses descendants, il y eut quelquefois partage de l'autorité entre deux princes , ou bien un mariage confondait les droits du frère et de la sœur Mais les empoisonnemeiits et les meurtres soiït fréquents dan^ la famille royale. L'ambition, les débauches, une mollesse orientale, dégradeiH ces princes j ils n'ont d'audace que pour le crime. Le palais d'Alexandrie est 'todr à tour souillé de leurs attentats et arrosé de leur sanr. Nourris au milieu des

(1) Des fragments de Tite-Live, de Polybe, de Diodore de Sicile, ies5r/rtagu€*d'Appien, VUistoire de Justin, deJosèphe, elles Livres des Xachabées , sotfl lés'principi/tcs sources où nous avons puisé pour les annales de l'Egypte. Parmi les écrivains modern^^f, nous avons surtout consulté M. Chauipollioa-Figeac, dont les travaux ont été couronnés par llAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres [Annales des Lagides, 2 vol. ii:-8o, 1819); les articles de M.'Saitil-Mariiii'sur les Ptolérnées, quijelli^nt un ^rand jour sur quelques parties de l'Histoire d'Egypte, et leiiowtte/ de /*//t«/ofre '^nc/ennc, par Héeren.

(2) Recherches pour servir à Vhistoire d'Egypte^ tirées dts J use. fip lions grecques et latines^ par M.Lelronne, membre de l'If.sliltit. flistoria Plnlemœovum /Egyplirerfum^

'«d fi!iiatn^49iK#ti9^i^^u;m acootnmodata. Arirsierdutn, (TOi, fol.

intrigues, sans cesse menacés par des conspirations, ils sont pins occupés de défendre'leur vie que d'ajouter à la splendeur de la couronne. Ils donnent cependant aux Égyptiens une littérature qui avait manqué à leurs premiers temps. Mais, transporté« en Afrique par la conquête , elle reste comme étrangère aux mœurs et à la langue du peuple vaincu. Les efforts des princes , mal secondés par leurs sujets , font naître peu d*ouvTages dignes de la protection généreuse qu'ils accordent à la culture des lettres et des arts. Cette stérilité de productions du premier ordre, au milieu d'une moissons! abondante de travaux littéraires, histoqqueset philosophiques, nous semble prouver que les mœurs, que les institutions, que l'état de la société en Egypte s'opposaient au succès des lettres , et que la volonté de monarques absolus fut impuissante pour leur donner la vie et l'éclat qu'elles avaient trouvés sur le sol libre de la Grèce. Le muséuni d'Alexandrie , le cortège nombreux de savants qu'il renfermait, servaient plutôt à la pompe de la coqt des Ptolémées qu'ils n'excitaient l'émulation des Égyptiens, ou qu'ils ne répondaient i leurs besoins. Leurs mœurs, conmie leurs croyances religieuses, résistèrent à l'influence de leurs maîtres , et l'école d'Alexandrie ne fût Jamais que la faible image de l'académie.

S I. — Fondation du royaume d'Egypte ; règne de Ptolémée Soter.

Pendant les querelles des successeurs d'Alexandre, Ptolémée, fils de Lagus, surnommé Soter parles Rhodiens, s*était affermi dans l'Egypte, qui lui était tombée en partage ; il y avait joint la partie de TArabie voisine de TÉgypte, les côtes de la Libye , la Cyrénaïque, dont il était resté maître , après des alternatives de revers et de succès, 5%- 501. Il profita de la victoire d'Ipsus, 301 , pour reprendre la Cœlé-Syrie et la Phénicie , à l'exception de Tyr et de Sidon, ainsi qu'une partie de l'île de Chypre , pays qu'il avait déjà envahis et perdus une fois. En 294, il acheva la conquête de l'île de Chypre, et i>eu après celle delà Phénicie par la prise de Tyr et de Sidon, qu'il enleva à Démétrius, vaincu et devenu prisonnier de Séleucus , 286.

Ptolémée, possesseur paisible, mais redouté, d'un vaste royaume, jouit, jusqu'à la fin de ses jours, d'une paix qui ne fut plus interrompue. Il embellit Alexandrie de monuments et de temples, et commence la tour de Pharos, qui n'est terminée , par les soins de Sostrate de Gnide, que sous le règne de son successeur. Averti par un songe, il demande au roi de Sinope les images du dieu Sérapis, qui entre de lui-même dans Alexandrie, 1.286. Il fonde une bibliothèque, qui fut constamment agrandie par les soins de ses successeurs, et qui devint le plus vaste dépôt des connaissances de l'antiquité. Il .protège les sciences et les lettres, attire à sa cour les- hommes qui les cultivent, et

l'égtpte sous lés lagides. 453

les y fixe par les récompenses qu'il leur accorde. Il s'occupe à cobsolider dans sa famille le sceptre qu'il porte depuis trente-huit ans; dans la crainte des rivalités si communes entre frères d'un lit différent, il désigne lui-même pour son héritier Ptolémée, surnommé Phila-delphe^ qu'il ajirait eu de Bérénice. Un autre fils plus âgé, Ptolémée, surnommé Céraunus, à cause de l'impétuosité de son courage , et né d'Eurydice, l'une des deux femmes du roi, semblait avoir, à cause de son âge , plus de droits à la couronne ; mais le vieux roi, sacrifiant à. son affection l'intérêt de sa dynastie et la stabilité du trône , proclame pour son successeur le fils de Bérénice, et abdique en sa faveur, 283 ans avant Jésus-Christ, afin de consolider par sa présence le choix qu'il impose à ses sujets, au mépris des lois établies dans tout l'Orient et des ccmseils de ses amis. Ptolémée Soter survit pendant deux ans à son ab* dication ; il assiste en quelque sorte à son apothéose, et voit les honneurs divins que la reconnaissance des Égyptiens doit décerner à sa mémoire comme à celle d'Alexandre. Il meurt dans un âge fort avancé, l'an 285 avant J.-C.

$ U. — Histoire d'Egypte^ depuis la fin du règne de Ptolémée Soter jusqu'à celui de Ptolémée Épiphane^ 285-181 qvant J.-C.

Ptolémée II Philadelphe , 285-247. — Ce prince est surnommé ironiquement Philadelphe par les Égyptiens, empressés de flétrir ses persécutions sanglantes contre les princes de sa famille. Son avènement au trône détermine l'éloignement de Céraunus, qui occupe quelques années le royaume de Macédoine, et qui périt en repoussant une invasion de Gaulois. Argène , le plus jeune de ses frères, accusé de conspiration , est mis à mort par son ordre ; Méléagre subit le même châtiment, pour avoir favorisé l'insurrection des habitants de l'île de Chypre. Sa femme Arsinoé est chassée de son lit, exilée à Coptos et remplacée par une autre Arsinoé , veuve de Lysimaque et sœur du roi, 278. Trois ans après, Ptolémée fait recueillir et traduire en grec les livres hébreux: c'est la version des Septante, que quelques critiques ont aussi attribuée» d'après divers passages d'auteurs de l'antiquité, à Ptolémée Soter ou 4 Démétrius de Phalère (1). Il favorise les progrès de l'astronomie, l'étude des sciences et des arts, augmente les richesses de la Bibliothèque fondée par son père, et s'efforce de donner aux Égyptiens l'amour des

(ij Voyez ce qui a été décrit parM.GhftmpoIlion-Figeae, dans le deuxième rolume des Annales des Lagid9s, p. 20 el sntr.

MSA IftfiOlS.DE L*UI&TOIRB ANGIBIWE.

letUes-qui fonnent la plus belle gloire de la GTèoe. H porte- cepondant 863 regards au dehors et conclut un traité d'alliance avec les Romains, uiinqueurs de Pyrrhus, défend la libertéde la Grèce contre Antigone Gonatas, contient, par la terreur de ses armes>. Gyr^ne-, que^Magas son frère veut pousser à la révolte , et prévient Tattaque d'Antioc^i» Tbéos, roi deSyri€, en envoysant- des troupes dan» se»- proprear pro<idnoas. Plolémée Philàdelphe meurt après un.règnede trente-huitcans, eti laisse la- couronne à son âlsBtoléméeÊvergète, 247.

BtotéméeIHfÉi>ergéé&{\e Bienfaisant), 247-222. Ptolémée ÉVergèle avait à^vengerla^mort tragique de sa sœur Bérénice, victime de la jar lousie dô» Baodioe, veuve d'Antioohus- Ttiéos. Ilenvafait la: Syrie, fait des conquêtes sur les province» voisines de FEuphrate, franchit le flouve , s'empare de la Babylonie , de la Susiane et de la Perse, pousse saimarehe victorieuse jusque dans la Bactriane, et rend à VÉgypte les images des dieux que lui avait enlevées Gambyse, 24i. Il seconde ensuite-les premiers efforts d'Aratus, qui vient de rendre la liberté à. Si** cyone, et se déclare le protecteur de la ligue achéenne. Les quinzedernières années de ce prince sont presque stériles d'événements dont le souvenir nous ait été conservé par les historiens. Il donne asile à Gléomène, qui, battu par les Macédoniens à Sellasie, abandonne Sparte, sa patrie , et se réfugie à la cour d'Egypte. Ptolémée Évergète meurt en 222, après un règne de vingt-cinq ans.

Ptolémée Philopator, 222-203. — Le surnom de Philoputor ne met pas Ptolémée à l'abri des soupçons les plus odieux :.on l'accuse d'avoir {d)régé les jours de son père par le poison. Sa cruauté envers les autres membres de sa famille nous le montre capable des crimes les plus-hardis. Sa mère Bérénice, Magas, son frère , fnrent mis à mort par ses ordres. Gléomène , que son infortune aurait fait respecter de tout autre prince, s'attira» le ressentiment dfe Philopator. Le roi de Sparte, cheirehantson salut dans son désespoir, voulut exciter une sédition dans Alexandrie. Les habitants Tabandonnèrent, sourds aux accents qui, déjà, ne faisaient plus d'impression sur les Grecs eux-mêmes. Cléomène prévint par une mort volontaire le supplice qui lui était réservé. Ptolémée fit enfermer dans un sac de cuir et mettre en croix le corps de Cléomène. Sa mère et ses enfants, et les femmes des compagnons de son exil, Hirent impitoyablement égorgés.

Les excès et la faiblesse de Ptolémée Philopator,. qui abandonnait toute l'autorité à de vils ministres, Agathoclès et Sosibius, déterminèrent Antiochus le Grand à prendre les armes pour délivrervune partie

l'ÉGYPTB sots LES LAGIDK'^. 4.T;

deses États du joug des Égyptiens. De grands succès stgnalenfsespremiers efforts-: il's'èmpare de Séleuciè (éur là mer), défendue par unr garnison égyptienne; Hforce les défilés du Liban et de rAnti-Liban, et entre en vainqueur dans Pyr et dans Ptolémaïs. Après une trêve de» quelques mois, il donne suite à son expédition, bat Nîcolaos, lieutenant de Ptolémée, et soumet lès villes voisines de l'Arabie. Mais Pt(>lémée, craignant pour son trône, avait fortifié Péluse et réuni soixantedix mille hommqgL d'infanterie, cinq mille cavaliers. et soixante-treize.. éléphants. Les deux princes en. viennent aux mains près de Raphia, avec des forces à peu près égales, 216; Antiochus y est vaincu etxentrc à Antioche, laissant à Ptolémée la possession de la Syrie et de la Phénicie. Cette victoire, qui termine la guerre, rend inutiles au roi d'Egypte les secours qui lui sont offbrts par le sénat dé Rome. En augmentant sa sécurité , elle lé plonge dans de coupables débauches. Il met à mort' Arsinoé, sa femme et sa sœur, pour épouser là sœurd'Agathoclè^-, et' meurt aprèis dix-sept ans de règçte, chargé dû mépris et de la haine de' ses sujets, 205.

Ptolémée F Épiphane, 205-181. — Ptolémée Épiphane n'avait qur ciiiq ans et demi à la mort de son père. Sa tutelle et l'administration dôs^ affaires sont disputées par Agathoclês , le jeune Sosibius et Tlépolème , au milieu des guerres civiles, de la dilapidation dès finances et de Tàffaiblissementj de l'Egypte. De leurs mains l'autorité passe entre celles d'Aristomène, Acarnanien de naissance, qui conserve là régence jusqu'à la majorité de Ptoléiiiéè Épiphane , 196^. Antiochus, enhardi par Tenfance de ce prince et par la faiblesse de Tàutorité qui r^it l'Egypte, renouvelle la guerre et reprend les villes de Syrie et de Phénicie qui lui avaient été enlevées. Tlépolème lui oppose en vain l'iEtolièn Scopas, qui' se fait battre sur* les bords du Jourdain et capitule dans Sidon. L'Égyptê n'est sauvée que par l'ambition d^Antiochus, qu^ , occupé d'autres projets, traite avec les tuteurs du jeune roi, et lui promet en mariage sa fille Cléopâtre, à laquelle il* assigne pour dôt'les provinces qui avaient été le sujet de la guerre, 198.

L'Egypte , menacée au dehors, était agitée au dedans par là rébellion. Lycopolis arborait l'étendard de là révolte; les chefé des mécontents soutiennent le siège pendant six mois et sont condamnés à un supplice cruel, au mépris de la parole du roi, qui leur avait *promis la vie sauve: Les projets ambitieux de Scopas, de Dicœarque, appuyés par les ^Etolièns, engagent Aristomène à' faire couronner Ptolémée. La milice étrangère est licenciée, et ses chefs sont condamnés, à périr, 496. Quel-

ques années après, Ptolémée épouse la fille d'Antiochus, et offre cependant au sénat de Rome ses secours contre ce prince , 194-190. La fm du règne de Ptolémée n*est marquée que par des troubles qui éclatent dans plusieurs parties de l'Egypte. Il est obligé de se rendre à Sais, à Naucratis, où s'étaient manifestés d'affreux désordres. Ptolémée, à l'aide de Grecs mercenaires , réduit les rebelles et meurt empoisonné par ses courtisans, que menaçaient à la fois son avarice et sa cruauté, 181.

$ III. -- Histoire^ Egypte i depuis le règne de Ptolémée Épiphane Jusqu'à la mort de Cléopdtre et la réduction de cette contrée en province romaine , iSt'ZO avant J,-C.

Ptolémée FI Philométor, 181-146. -r Le commencement du rè de ce prince fut une régence moins agitée que celle du règne précédent. Philométor, âgé seulement de cinq ans, eut pour régente sa mère Cléopâtre, qui, par sa sagesse et sa fermeté, sut maintenir la tranquillité dans l'intérieur de l'Egypte et défendre l'intégrité du royaume contre les efforts ambitieux du roi de Syrie, Séleucus. Son successeur, Antiochus Épiphane, attaqué dans la Syrie par Eulaeus et Lenaeus , qui avaient pris la tutelle de Philométor , après la mort de Cléopâtre , remporta une victoire entre le mont Gasius et Péluse , s'empara de Memphis et d'un grand nombre de places de l'Egypte, et fit le jeune roi prisonnier, 170. Pendant sa captivité, qui dura quatre ans, son frère Évergète II administra le royaume; les deux princes régnèrent ensuite ensemble pendant deux ans. Antiocbus n'avait rendu la liberté à Philométor que dans l'espoir que les querelles des deux rois lui faciliteraient la conquête de l'Egypte. Trompé dans son attente, il reprit les armes, et il marchait sur Alexandrie , lorsque Popilius, ambassadeur de Rome, lui signifia, avec une hauteur si célèbre, l'ordre de respecter l'allié du peuple romain , 168. Le même Popilius termina les différends survenus entre Philoméior et Évergète , et assigna au premier l'Egypte et Chypre, au second la Libye et la Cyrénaïque. Évergète, mécontent de son lot, se rendit à Rome pour réclamer auprès du sénat. On y ajouta l'île de Chypre, dont Philométor défendit avec succès la possession par les armes. Ce prince permet au Juif Onias de consacrer le temple de Bubaste au culte des Juifs, et fait aussi plusieurs dédicaces de temples égyptiens à des divinités grecques.

Ni les liens de famille, ni les traités, ni la volonté de Rome, ne pouvaient éteindre l'éteraelle rivalité des rois d'Egypte et de Syrie. Philométor , tout en promettant sa fille Cléopâtre à Démétrius , formait une

l'égypte sous les lagides. 187

alliance secrète avec Alexandre , ennemi de ce prince. Mais Tinfidélité d'Alexandre rendit Ptolémée à ses premières promesses, et lui fit tourner les armes contre un perfide allié. Blessé dans une bataille gagnée sur rOronte, il mourut peu de jours après des suites de sa blessure, après un règne de trente-cinq ans , 146.

Ptolémée Eupator et Ptolémée Vil Évergèle II y 446-417. — Un contrat grec, publié pour la première fois depuis quelques années (4), nous a fait connaître le nopa de Ptolémée Eupator ^ comme le successeur immédiat de Ptolémée Philométor, son père. Ce prinoe était jusqu'ici inconnu dans l'histoire. Au reste, aucun événement qui puisse lui être attribué ne signale son règne éphémère. Ptolémée Évergôte II ne laissa figurer son nom dans les actes publics que dans le dessein de mieux tromper sa mère, et d'usurper plus sûrement la couronne d'Egypte. A la mort de Philométor, Évergète abandonne la Gyrénaïqae, oîi il régnait comme dans un exih Près d'attaquer l'Egypte par les armes, il s'engage à épouser Gléopâtre, veuve du dernier roi, et à se déclarer le tuteur de son fils. Mais aussi cruel que perfide, en devenant l'époux de Gléopâtre, il fait égorger dans ses bras le jeune Eupator, Dans la suite de son règne , sa conduite répondit à ce crime atroce. Il* fit périr un grand nombre de Cyréuéens qui l'avaient accompagné en Egypte , parce qu'ils s'étaient permis de le railler sur ses passions extravagantes. Aussi les Égyptiens substituèrent-ils le surnom de Kahergèle (malfaisant) à celui ^'Évergèle (bienfaisant), qu'il s'était donné* Flétri par eux du surnom de Physcon ( ventricosus ) , il se rendit tellement odieux à ses sujets, qu'il fut forcé d'abandonner Alexandrie pour aller mendier les secours étrangers qui devaient le replacer sur le trône, 431. Soutenu par les talents d'Hégélochus, et favorisé par des embarras qu'il suscita au roi de Syrie, il rentra en Egypte, qui lui obéit jusqu'à sa mort, 447. Cependant à tous les vices qui le dégradaient Évergète alliait le goût des sciences et des lettres, qui l'a fait aussi surnommer Philologue, Il avait eu pour précepteur le célèbre Aristarque.

Ptolémée FUI, Soter II, Alexandre et Gléopâtre, 447-84. — Le trône d'%ypte, pendant les trente-six années qui suivirent, est tour à tour occupé parles deux fils d'Évergète II, que Gléopâtre, sa veuve, élève et précipite au gré de son ambition. Soter II , appelé au trône par

(1) Cette poblication a été faite par M.Bockh en i82i.Voir l'article Ptolémée Eupator, dans la Biographie universelle, par M. Saint-Marltn, membre de rAcadéraia des Inscriptions et Belles-Lettres.

438 PRÉCIS DE l'histoire ÀNCIEN>E.

les vœux des Égyptien» et par le droit de primogéaiture , subit cependant la nécessité de répudier son épouse Gléopàli'e, pour s'unir à Sélène, sa seconde sœur.. Gléopâtre, restée souveraine de Chypre, offrit ses secours et sa main à Antiochus Cyzicenus, Tun des prétendants au royaume de Syrie; mais, peu de temps après, elle périt victime de la haine de. sa sœur Tryphène, épouse d' Antiochus Gryphus, rival de Cyzicenus. Ptolémée Soter, déjà odieux à sa mère, eut le malheur de se montrer favorable à ce dernier prince, tandis qu'elle soutenait Antiochus Grypus. Elle prêta à son fils le dessein de la; perdre, et, àjTaide de ce crime supposé, elle fît soulever contre lui le peuple d'Alexandrie; le chassa de TÉgypte et le sépara de sa femme Sélène et des. deux fils qu'elle lui avait données, 107.

Alexandre P"^ et Cléopâlre, 107-88. — Cléopàtre, implacable dans* sa haine, poursuit Ptolémée Soter en Chypre et en &yrie,. où il s'était rendu pour secourir Antiochus Cyzicenus.' Ce prince dépouillé, qui se trouve encore à la tête d'une armée de trente mille hommes , prend une faible part à la guerre, civile qui désole la Syrie, combat;pour son propre compte , fait des conquêtes en Judée et en Phénicie , et rentre en •Chypre, aj^rès avoir en vain menacé l'Egypte. Cléopàtre et Alexandre, déhvrésde la guerre étrangère, furent.aussitôt divisés par l'ambition. Le prince prévint sa mère dans l'.exécution du projet qu'elle formait de lui donner la mort. Ce parricide, suivi de la violation, du. tombeau d'Alexandre le Grand, excita contre lui une indignation générale^ .Contraint de fuir pour échapper à la fureur populaire, il céda le trône à Ptolémée Soter II, qui le ressaisit dix«-huit ans. et demi après Tavoir perdu , 88. * , .

Plolémée Soter II, pour la deuxième fois, 88^i,,— Alexandre, dans la prévoyance de sa catastrophe, avait envoyé d'avance dans l'île de€o8 sa famille et ses trésors. Il fit une tentative sur l'Egypte, et fut répoussé sur terre et sur- mer. Il trouva même la mort dans un dernier combat; sa famille eut le môme sort, à l'exception d'un fils qu'il avait laissé à Cos. Thèbes, ayant refusé de reconnaître l'autorité de Soter, est attaquée par ses armes et subjuguée, 86. Ce prince reçoit à sa cour Luoullus, chargé par Sylla, de soumettre Cyrène révoltée, dont les Romains étaient en possession. depuis l'an 93avant J.-G., en vertu du testament d'Açpion, fils naturel d'Évergète II. Soter II, surnommé aussi Lathyrus, meurt, ne laissant qu'une fille pour héritière de son trône , 81 .

Bérénice y Alexandre II, 81. — Plusieurs médailles, conservées jusqu'à nos jours , fonj connaître le règne de Bérénice , qui.gQuyerna seule

L*ÉGYPTE SOUS LB6 Li4SaDSS. iiflb

Pendant six> mois» Un fils d' Alexandre, d -abord tprlsonniar de Mithndate.* dansl-ile de Go^ protégé ensuite par.-Syila dan^ les mains- duqpel.laik guerre le fit tomber, éleva des prétentions ^au trône d'Egypte , lorsq^-ih eut appris la m€Ert;de'Soter IL Poiir prévenir les embarras et les dangerS; d'une guerrôcivéle, un :manag&confonditileBdroitsdeoe prince, nommée Ale[xandre;.et de Bérénice. Mais Alexandre, impatient de régner seul', égorgeafBérénicedixrneufijours-après une union qui n'avait été pour/ lui que le cbemin>du. trône, 80. Il espérait que ralliance deRome et le.' QEÔditdfe Sylla le' maintiendraieiit dans le pouvoir qu'il avait usurpé* Cependant^, du vivant même du dictateur, les habitants d'Afexandrie, que la terreur de son nom avait préparés à robéissanoe, ne-oraignireati pas de se soustraire au joug d'un prince détesté. lie soin qu'il mit àioô-léhrer;. avec une pompe solennelle, les cérémonies du culte égyptien > ne put 'ni affaiblir l'indignation de ses sujets , ni le sauver dé leiîrs fu-» reurs^ L'armée révoltée le massacra dstfis le gymnase, après un règne» de quelques jours.-Lepeuple.romain', où plutôt les ambitieux qui lé dirigeaient, se portèrent iK)ur héritiers de la fortune et des États d'un prince auquel le sénat avait donné le titre d'amiet d'allié. On fit valoir: un prétendu testament qu'Aiexandre aurait fait'en faveur de Home, par haine deses sujets. Mais l'existence de ce testament, souvent mentionnée, dans les "discussions du sénat etdu Forum, est restée un fait probléma-tique dans l'histoire. L'Egypte, comme tous les autres royaumes d* Alexandre, devait se perdre dansla domination romaine, et les Romains, pourFasservir, n'avaient pas besoin dlun titre contesté pour en entreprendre la conquête (1%

PtoiéméeXI Aulétés, 80-^2. — La famille légitifne des Lagide&en Egypte étant éteinte à là mgrt d'Alexandre IT, les Égyptiens mirentîsur le trône un fils naturel de Ptolémée Soter II , Ptolémée, qui, de tousses surnoms, a conservé plusgénéralement-celui d'^u/é^fc^, joueurde flûte, Son frère, plus jeune que lui, reçut en même temps l'île de Chypre, qui était comme l'apanage des frères ou des fils du roi d'Egypte. Aulétès, pendant tout son règne, eut: à lutter contre la haine de ses sujets, aur

(1) L'historien des Lagides, M. CbampoUioD-Figeac , donne huit ans de régne à Alexandre , qu'il fait mourir à Tyr, après avoir élé chassé de son royaume par les soldals« Les autorités dont il appuie son opinion, quoique discutées avec beaucoup de i^aeité, ne noos ont pas semb^ détraire le témoignage positif d» Porphyre et d'Appien. Nous avons mieux aimé suivre leur chronologie,. qui a été adoptée par M. Saint- Hartin à l'article Ptolémée, dans la Biographie universelle. Les deux princes, appelés ici Alexandre f portent aussi le nom de Ptolémée IX et de Ptolémée J.

yeux desquels il se rendit méprisable par ses vices et sa passion désordonnée pour la flûte, contre la défaveur constante dont il fut l'objet à Rome, et contre les prétentions des Lagides de Syrie qui réclamaient une couronne de leur famille. En 74, les deux fils de Sélène, Antiochus et Séleucus, firent cependant auprès du séûat des réclamations que l'or d'Aulétès et les embarras de la république empêchèrent d'accueillir favorablement. Ce prince, qui n'était pas reconnu roi par le peuple romain, fut menacé, l'an 65, de voir Crassus, alors censeur avec Catulus, obtenir du sénat la commission de rendre l'Egypte tributaire. L'année suivante, Buîlus, en proposant la loi agraire, comprenait ce royaume dans le nombre de ceux qui devaient être réunis aux possessions de la république. Les événements de l'Asie , auxquels il ne s'intéressa que par des vœux et quelques négociations secrètes, lui donnèrent pour protecteur Pdmpée , dont il pouvait avoir.tout à craindre. Ce général romain, fatigué de poursuivre Mithridate à travers des contrées inaccessibles, s'était dirigé vers la Syrie, et s'était même approché des frontières de l'Egypte. Il se montra sensible aux prières et aux riches présents d'Aulétès, et il fut son protecteur à Rome contre le parti qui voulait le dépouiller de la couronne; il le fit même reconnaître pour roi, l'an 59 avant Jésus-Christ.- Mais, peu de temps après, son frère, qui régnait en Chypre, fut privé de son trône par un décret du peuple. Le roi de Chypre rendit facile l'expédition de Caton, en lui abandonnant, par une mort volontaire , ses trésors et son royaume. Cet événement lut cause de la chute d'Aulétès, qui, ne partageant pas l'indignation de ses sujets pour une spoliation injuste, fut chassé de l'Egypte et contraint d'aller mendier les secours de^es mômes Romains qui lui avaient été si longtmps hostiles. L'Egypte, pendant la fuite d'Aulétès, fut successivement gouvernée par ses deux filles, Cléopâtre-Tryphène'et Bérénice, par Séleucus, qui épousa la dernière de ces princesses, et par Archélaûs, son second époux, grand-prêtre de Bellone à Comane. Enfin Aulétès, après trois ans d'exil marqués par de nouveaux crimes, obtint, sous le consulat de Pompée, 55, les secours de Gabinius , gouverneur de Syrie, qui, au mépris d'un sénatus-consulte , entreprit une expédition en Égyptq, vainquit Archélaûs, et rétablit sur le trône le prince protégé par Pompée. Aulétès, soutenu par des soldats gaulois que Gabinius lui avait laissés pour sa garde, régna encore, trois ans. Il exerça une vengeance sanguinaire sur Bérénice, sa fille, et sur les habitants les plus riches d« l'Egypte, dont les dépouilles l'aidèrent à s'acquitter envers Gabinius. Il mourut en 52.

L'£GTPTE sous LBS LAGID^. 461

Cléopâtre^ Pioîémée XII et Pi&lémée XIII, ses frères, ÇMO. — Pendant ces vingt-deux ans, l'histoire d'Egypte se confond entièrement avec l'Jiistoire de Rome. Une princesse également célèbre par sa beauté, par son ambition et par l'éclatante singularité de sa mort, exerce la plus funeste influence sur les événements qui remplissent le monde dans les dernières années de la république romaine. Après avoir été associée à la destinée de deux rois enfants, elle subjugue par la puissance de ses charmes le vainqueur de Pompée et celui de Brutus et de Cassius. En succombant enfin avec Antoine , elle entrfiîne dans sa ruine celle de l'Egypte, qui doit êtrç esclave sous les Romains, comme elle l'a été sous les rois perses et sous les successeurs d'Alexandre.

La volonté de Ptolémée Aulétès avait assigné le trône d'Egypte à Cléopâtre, sa fille, et à Ptolémée, l'aîné de ses fils, et leur avait prescrit de s'unir par un mariage. Cléopâtre, plus âgée de quatre ans que son frère, qui n'en avait que treize , s'arrogea la plus grande autorité, et s'aliéna, par cette usurpation, les tuteurs du jeune prince. Une révolte, préparée par leurs intrigues dans Alexandrie, la fit sortir du royaume : elle se réfugia en Syrie. Dans le même temps, de plus grande intérêts se décidaient à Pharsale, et Pompée, vaincu par César, demandait un asile à Ptolémée, auquel soj crédit avait vraisemblablement valu le trône qu'il occupait. Cet illustre fugitif, au lieu des secours qu'il avait droit d'attendre, trouva l6t mort en Egypte. César, attaché à sa poursuite , fut indigné d'un assassinat cpxi lui ravissait l'honneur d'une seconde victoire, ou la gloire plus belle encore de pardonner à un ennemi abattu. Vainqueur de Rome et de tant de peuples , il , prétendit régler en maître les différends qui étaient survenus entre Cléopâtre et Ptolémée. Séduit par les charmes de cette princesse , il révolta, par une insolente partialité, et le fils <i' Aulétès , et les nombreux partisans de ce prince. Avec trois mille hommes, il osa affronter toute la population d'Alexandrie et l'armée d'Achillas qui comptait vingt-deux mille soldats. Ptolémée périt dans les eaux du Nil ; plusieurs monumentset la bibliothèque immense d'Alexandrie devinrent, pendant la guerre, la proie des flammes. Mais César, fortifié par quelques légions accourues à son secours, réduisit les ennemis de Cléopâtre, 48, et proclama pour roi et pour son époux son second frère Ptolémée XIII. Ce prince ne gouverna l'Egypte que quatre ans, après lesquels il mourut de maladie ou par le poison , U. Cléopâtre fut alors la seule souveraine de l'Egypte. Accusée, quelques années plus tard, par Antoine d'avoir fotirni des secours aux meurtriers de César, elle paivint à gagner son juge. Antoine,

402 pj^fm m l'histoi^ ^^isimmm.

captké.peÉT'eette-ptincessB, sauriBa à un amourirnsefiBé sa'gloire, Fin- 'térét de son aiitbilion, et l'BmpîHB'même du-monde.^eîflcuàîictium., sans avoir combattu, il se retira en Égyitte, où «il espémit ^soutenir encore une cause déjà perdue sans retour. Cléopâtre , qui n'avait cessé de le trahir depuis qu'il était tombé dans rinfortune, sut dmiter l'exemiile du triumvir, et se donna la mort pour échapper à la honte d'orner le triomphed'Oôtave. Avec cette^princesse finit la dynastie dâs •Lagidcs, trente ans avtota.^C. L*Ég«ypte,«quUte avaient goweraée près îde troiS'sièKîtes ( «9*at» ), îfdtalore.rédutte'en'pïoviiïce TOSiaineî(ii). t€U

Page 1