CHAPITRE XXXI
Histoire de Syrie, depuis la bataille d'Ipsùs jusqu'à la coûtîiifete iîe cte *royatrfiift par lesHomains, 3IO»1-04 stvant J.-tC.
•L'histoire des rois Scleucides est plus connue et moins obscure que celle d«i Ptolémées, quoique les source8(%n soient à peu près les mêmes (2). 11 serait di&cile de rechercher les éléments qui composent ITiistoire de TÉgypte dans les 'tréia derniers siècles avant 'J.-C. , sans rétrouver en même temps cetfx qui appar»' tiennent aux atmales de ta Syrie. Gh a cejtendant moins de certitude sur la «hroiicyiogie des LagidBsque sur celle des descendants de Séleucus. Cette dlfféreiiee Tésulte de la situation gc(^râphique et poliUque des deux royaumes. L'Egypte, ^située en-Afriquû, at ait moinsde contact avec les peuples cWilisés de-rOccident: 4ia seul de ses^princes, occupé- d^ conquêtes, franchit les limites de son royaume pour les étendre jusque, sur des États voisins. Tous les autres régnèrent sans éclat, enfermés dans Alexandrie ou dans leurs palais; ils n'en sortirent que par la violence des usurpateurs ou la révolte de leurs peuples. Les rois de Syrie , au contraire , campes au milieu de TÂsie , portèrent leurs vues ambitieuses à l'orient et au couchant de leur royaume; ils s'intéressèrent de bonne heure aux affaires de la Grèce, et s'attirèrent à la fois les armes du peuple romain et l'attention de ^es
(1) Aloaageste, traduction de M.Halma , 1. Illi, c. 6.
(2) Voir la note da chapitre précédent, où nous indiquons les auteurs originaux de rhistoire d'Égyple. Vaillant a fait sur les rois de Syrie le même travail que sur les Lagides { Seleucidarum imjterium , $ite Hisioria .regum Syriœ , ad fid€mnumi-stnnt%nn aeeommodala. Hags Couiiium , 1732, in-fol. ) Nous regrettoiTs que les inexactitudes de cet ouvrage, d'ailleurs fort utile, n'aient pas été corrigées par les savants qui , de nos jours, ont abordé plusieurs probiènieB'historiques de l'antiquité.
LA SYRIE SOLS LES SÉLKLCIDfiB. * 4^5
historiens. Leurs - relations, fcéqueotcs avec tes Juifs.jettentâussi quelque jour sur cette partie de Tliistoire. .Cependant nous devons faire observer qu*aucun grand écrivain de l'antiquité n'a présenté dans leur ensemble tous les faits historiques de la Syrie (1). Ce n'est que par des rapprochements de passages isolés que l'on arrive à une connaissance générale de l'empiré des Séleucides. Des lacunes inévi- 'tables doivent se trouver dans une' histoire ainsi lassemblée ; il est Impossible que ttes lanibeaux épars forment un tableau complet des événements politiques, dtis inœurs«t du caractère d'un grand peuple pendant trois siècles.
J.I. — FotudaUan .du royaume de Syrie par Séleucus, Mégne de ee, prince^,
• Nous avons vu, *au -chapitre XXXFV, Séleucus S'emparer, de Tannée 312 à Tannée 306 , de toutes les provinces de la Haute-Asie situées 'entre T^uptoate, UlnduBst TOxus, 'etcontracter en 505, avec le roi des Indes Sandrocottus, qu'il ne put vaincre, un traHé utile au commerce- du nouvel empire qu'il fondait. Après la bataille d'Ipsus, 301, il obtint 'une partie des pays qui avaient appartenu à Antigone, «k •Cappadoce, TAnnénie et laSyrie.
Il crut qu'il lui importait de se rapprocher de l'Occident; ; et, abanidonnant <Babyloire, il fonda, sur l'Oronte, Antiocbe, qui devint la capitale de son royaume. Celte ville , peuplée deGrecs , deMacédoniens, de Cypriotes, de Cretois et de Juifs, s'éleva rapidwnent à un si haut degré de'prospérité et de grandeur, qu'elle devint la plus riche de l'Asie et la capitale de TOrient 'sous les Romains. Séleucus divisa ses vastes états en soixante-douze satrapies. Il fonda ou agrandit un grand nombre de villes, auxquelles il donna, entre autres noms grecs, œnxà'jépamée, sa femme, et ùe Laodicée, sa mère, de Séleucie, de Stratonicée, Au milieu des soins delà guerre, à laquelle il ne prenait qu'une faible part, il s'occupait de faire fleurir son royaume par le commerce, et d'établir, par le Cyrus et Tiaxartes, une communication plus facile avec la mer Caspienne. Il céda à son fils Antiochus son épouse Stratonicé, avec 'le gouvernement de toute la: Haute- Asie.
Séleucus s'hélait allié avec Démétrius et avait épouse sa fille pour contre-balancer l'union de Ptolémée et de Lysimaque. Le beau-père et le^ gendre en vinrent à une rupture, lorsque Démétrius prétendit reprendre en Asie les provinces qui avaient obéi autrefois à son père Antigone. Séleucus vainquit Bémétrius en Syrie , le fit prisonnier dans les défilés
(1) Le livre qu'Appien a consacré aux Syriens e«t incomplet et ne fait bien connaître que leurs guerres contre les RoroaîDS.
464 ' PRÉCIS DE l'histoire A^XIENIfE.
du mont Amanus, 285, et renferma dans une maison royale, où il mourut trois ans plus tard.
Une ancienne jalousie , une querelle de famille et l'ambition du roi de Syrie, qui convoitait les provinces de l'Asie, armèrent, à la fin de leur carrière, l'un contre l'autre Séleucus et Lysimaque. Ce dernier, soutenu par l'alliance de Ptolémée Philadelphe, et maître de la Thrace et d'une grande partie de l'Asie Mineure, fit des levées considérables pour défendre les riches conti'ées qu'ambitionnait Séleucus. Deux princes, possesseurs l'un et l'autre de puissants royaumes, longtemps unis par l'intérêt et par une longue communauté de dangers et de succès , combattirent en Phryfie, près de Cyropédion, avec la vigueur d*une ambition déçue et l'achai-nement d'une vieille inimitié, Lysîmîaque y perdit le trône et la vie ; Séleucus fut salué du nom de vainqueur des vainqueurs y 282. Cette victoire mit sou3 ses lois tous les étais de Lysimaque et la Macédoine ; mais il ne conserva que sept mcHS une domination aussi étendue. Ptolémée Céraunus, indigné de n'avoir pu le déterminer à porter la guerre en Egypte, lui donna la mort à Lysimachie, pendant qu'il faisait un pompeux sacrifice aux dieux, 28i. L'assassin, couvert du sang du dernier et du plus grand capitaine d'Aleixandre , se fit aussitôt proclamer roi de.Thrace par son armée.
$ IL — De la Syrie, depuis la mort de Séleucus !•' jusqu'à la mort d^Aniioehus le Grand. Première période de la décadence des Séleueides^ 281-166.
Antioehuê /*^, surnommé Soter, 281-260. — La décadence de l'empire des Séleucides se fit sentir après la mort de son fondateur. Son fils Antiochus , associé dès son vivant à ses victoires et à son gouvernement, soutint faiblement le fardeau d'un si vaste héritage. Ce ne fut qu'avec peine qu'il conserva l'intégrité du royaume qu'il avait reçu de son père. Il eut la faiblesse de ne pas venger sa mort, et perdit, par cette condescendance à la fois [m politique et criminelle, la suze^raineté d'un grand nombre de villes qui, s'étant placées sous la protection de Séleucus, repoussèrent avec indignation celle de son fils. Un des généraux d' Antiochus , Patrocle, ayant franchi le mont Taurus, se jeta sur les terres deZipœtes, roi de Bithynie, et fut exterminé par ce prince avec toute son armée. Antiochus voulut tirer vengeance de ce revers; mais Nicomède, successeur de Zipœtes, s'étant fortifié djBS secours d'Héraclée, força le roi de Syrie à renoncer à la guerre après de vaines démonstrations , 275. Ce prince conclut en môme temps un traité d'al-
LA STRIE SOUS LES ^LBUCIDl». Afg^
liaDce avee Antîgone Gonatas, auquel il céda la Macédoine , en lui donnant en mariage sa sœur Phîla.
Un ennemi redoutable allait se répandre en Asie et menacer les états d*Antiochus. Les Gaulois , attirés ou du moins secondés par Nicomède , portèrent leurs ravages sur les terres d'Antiochus. Vaincu d'abord par eux dans le voisinage dn mont Taurus, il ne parvint à réparer sa défaite qu'en donnant à ses soldats un mot de ralliement qu*il préten> dait avoir reçu d'Alexandre lui-même dans une vision. Encouragé par d'autres succès qui le délivrèrent des Gaulois , et dont il fut redevable à sesél^hants, il se montra favorable aux prétentions deMagas, qui ambitionnait le trône d*Égypte , et il fit les préparatifs d'une expédition contre Ptolémée Philadelpbe. Mais elle n'eut aucun succès; il ne put pénétra en Egypte, et son propre royaume fut ravagé par les troupe$ enn^QÛes, tandis qu'il essayait de s'emparer de Péluse. Antiochus Soter mourut à Éphèse après- un règne de plus de vingt ans, 260. Les habitants de Lemnos lui consacrèrent un temple, et ceux de Smyme adorèrent la reine, son épouse, sous le nom de Fënus Stratonice.
Jniiochuê II y Théo$ o\k Dieu, 260-247.— Ce prince reçut le surnom de dim de la reconnaissance des Milésiens, qu'il délivra de la tyrannie de Timarque, leur opi^esBeur. Jaloux de se rendre maître de Byzance, il déclara la guerre à ses habitants. Ceux d'Héraclée, dès longtemps ennemis des Séleucides, mirent en mer une flotte de quarante galères pour soutenir Byzance, et, par cet appareil redoutable, ils contraignirent Antiochus à renoncer à son expédition. Il reprit les hostilités commencées par son père contre l'Egypte. Ses efforts, dirigés avec faiblesse et interrompus par les révoltes qui, de toutes parts, éclataient dans son royaume, n'eurent aucun résultat important. Cette guerre sanglante., sans être décisive, se termina par une alliance entre les deux princes, cimentée par le mariage d'Antiochus avec Bérénice, fille de Ptoléméf Philadelpbe, 250. Mais Laodice, qui avait été sacrifiée à la politique, reprit bientôt après son empire sur le cœur d'Antiochus et à la cour d^ Syrie. Pour prévenir le retour de son inconstance , elle le fit empoisonner, et elle employa l'artifice pour faire déclarer roi Séleucua, l'aîné des fils qu'elle avait eus de son mariage, 247. Avec le règne d'Antiochus II commença le démembrement de l'empire des Séleucides. Deux princes, Arsace et Tiridate, descendants des anciens rois desParthes, massacrèrent le gouverneur macédonien qu' Antiochus avait donné à la Perse, et fondèrent le royaume des Parthes, ou des Arsacides, 255, tandis que Théodot* de Macédoine faisait révolter toutes les villes de la
4lt PKicis DR i.'mnoiBB imciiNNJL.
Bactriane, et ^aU prodamé m de» proYinces de Vûneat, q^e Sâeufius
Kicator avait réunies au gouvernement de Babylone. Séleu0i$ II f surnommé CaUinicu$ ou le Fictorieux, 246-235.— Il ne
fàiidrait pas conclure du surnom de CaUimcu$ que Séleucus ait relevé l'empire par Téclat de ses armes; s*il est vrai qu'il remporta ua grand nombre de victoires, ses défaites furent peut-être eocore plus nota» breuses, et firent plus pour la décadence de la dynastie des Séleucides iiue ses succès pour sa durée. L'empoisonnement d'Aotiochus U avâkit tiit pressentir à Bérénice le sort que lui réservait, ainsi qu'àse^ôls^, la jalousie de Laodice. Le meurtre de la veuve du dernier roi et de se» deux fils fut précédé et suivi de la guerre civile, et souleva G(Hitre Sé« leucus Ptolémée Ul Évergète, qui porta ses arnies au delà de VËupbr^t^ L'empire des Séleucides fut sauvé de sa ruine par le^ troobte domesbtiques qui rappelèrent le roi d'Egypte dans ses états. Le vainqueur m retira de ses conquétees qu'un immense butin et la possession de la Gœlésyrie. L'exp<^dition de Ptolémée en Asie favorisa U défectioa d^ Tilles indignées d'obéir à us prince parricide; mais les désastres de Se* leucus les ramenèrent à l'obéissance, comme si elles eussent pensé que ce prince eût été assez puni de son crime par le double fléau de la guerre étrangère .et de la guerre civUe , dont il fut à la lois ae«ablâ< Dans le même temps, l'empire des Partbes se coJosolMlait par de noa^ velles victoires de Tiridate. Jntioçhus Hiérax, VÉj^rvier^ frère de Séleucus , se déclarait roi des provinces de TAsie-Mineiufe , dont il avait obtenu le gouvernement. Son oncle Alexandre et les Gaulois lui fournirent des secours,, à l'aide desquels il vainquit Séleucus prèed'Ancyre* Arsace, Théodote et les. peuples de l'Orient assurèrent leur indépendance à la faveur de la discorde des deux frère&. Eumène, dyuaste d^ Pergame, ajouta aux embarras de Séleucus par ses mouvements ho^ tiles. Vainqueur d'Antiocbus et dee Gaulois, il fit tremWer le roi de Syrie pour son trône. Ptolémée Évergète rompit la paix qu'il avait accordée à ce dernier, et exerça de continuels ravages sur ses. terres. Séleucus se maintint sur le trône au milieu des embarras de la révolte et de la guerre. Cependant quelques auteurs ont prétendu (1). qu'il, fut vaincu et fait prisonnier par les Partbes, et même qn'ilmyourut ià^m leurs fers, 22o.
Séleucus III , surnommé Céraunus ou le Fouére^ 225-222,. n'oc-
(0 Aihcnée el Jusiiu alleslent égaleiDeDt rinrortuoe de ce frlo«e, mois U« dUïte^«it tur les 'Circonstances de sa mort. Vaillant ne discute pas les récits c«ulradiciOLccs de %ê9 éetti écrivaiot ; ii pcnclbe »hit«t e» faveur ée Jutbm
6Kipa le trôûe qoe quelques auc^es ; il fut empoisonné par deux Gaukûtb au maaieat où U conduisait une expéditicui au delà du mont Tauras, eontre les petites qui avaient fatigué son père et affaitUi l^empûe Ai Ions révoltes» 232.
Jntiockus lU,8urmmmé le Grand, 23â-i86.— C'est le règne le phR kmg et le plus éclatant de la dynastie des Séleucides, si Ton excepte eeini âe Séleucus Nicator. Ni les actions, ni le caractère d'Antiocbus liU n« justifient le surnom de Grand qui lui a été conservé par les bistorii^a& Dans les premières années de son règne, il eut assez de vigueur pour punir des gouverneurs rebeUes ; mais ses eiforts échouèrent à Torient ô% 8D11 empire , et ne servirent qu*à afifermir la puissance naissante des Af« saeides. Il ne put triompher de la faiblesse de TÉgypte et de la minoii^ de ses rois. C'est surtout dans sa lutte contre les Romains que se âè^ voilent son imprévoyance et sa faiblesse ; il se montre inférieur aux rote de la Macédoine et de l'Afrique, qui balancèrent quelque temps la s«-^ périorité de leurs armes : et cependant il avait à sa cour et dans ses conseils un des plus grands capitaines de l'antiquité, l'ennemi le plus redoutable de Borne, Mais il ne sut tirer avantage ni du génie d' Annibal, ni des ressoudes immenses que lui présentaient l'étendue et la ricbessu de son royaume. Son ambition était aurdessous de son caractère et de son génie. Si nous n'avions connu ce prince que par l'impression qu» ses actions ont laissée sur l'esprit des Romains, il est vraisemblable qu« leurs historiens n'auraient rappelé le Bumom de Grand qu'en témoi-^ gnant leur mépris pour un titre usurpé par l'orgueil, ou accordé par la flatterie (1).
Le commencement du règne d'Antiochus fut rempli de trouMes. L» perfide Hermias était son premier ministre; deux frères, Molon et Alexandre, étaient gouverneurs, l'un de la Médie, l'autre de la Perse j Adbœus, vainqueur d'Attale, administrait les provinces en deçà du mont Taurus, et jouissait d'une autorité en quelque sorte monarchique. Molon et Alexandre, pendant qu'Antiochus célèbre son mariage avec Laodice, et qu*il tente de s'emparer de la Ccelésyrie, battent ses généraux Xénon, Théodote et Xénète, et se rendent maîtres de Séleucie, de Suze , et de toute la Babylonie. Antiochus, renonçant alors à des conquêtes inutiles, tourne ses efforts contre Molon, qu'il met en fuite 8ur les boràs du Tigre, et qui échappe à sa vengeance en se donnant la
(1) Voir les paroles qu'Appien met dans U bouche des soldats romains, après !a bataille de Magnésie.
Wè PftÉaS DE L*HISTOIRE ANCIB!YNB.
mort. Hennias, qui de loin dirigeait et favorisait les complots des rebelles, est assassiné par les ordres du prince, auquel sa trahison avait été dévoilée par son médecin Âpollophane. Le roi de Syrie, reprenant ses projets contre TËgypte, 216, perd» par la défaite de Raphia, toutes ses conquêtes, et à son retour dans la Syrie il se voit contraint de porter les armes contre Achœus, poussé à la révolte par Toi^eil â*Hermias. Antiochus, secouru par le roi de Pergame , son allié, défait Achœus, qui est livré entre ses mains, et qui expie son crime par le dernier supplice, 244.
Son expédition dans les provinces orientales de l'empire est marquée par quelqi]^ succès auxquels il doit le surnom de Grand; mais il ne peut enlever à Arsace la Parthie et THyrcanie. Il le reconnaît pour souverain de ces deux contrées, et se contente de quelques secours pour réduire Eutiiydème, qui, de gouverneur, s'est proclamé roi des Bactriens. Après une victoire éclatante, mais non décisive, Antiochus traite avec le rebelle, et finit par lui accorder le titre de roi. Il porte ensuite les armes contre les peuples de Tlnde, s'arrête à l'Indus, et rétablit dans ces provinces éloignées l'autorité des Séleucides. Avide de conquêtes, à peine est-il rentré dans ses états après huit ans d'absence, qu'il tente pour la troisième fois de ravir le trône d'Egypte aux descendants de Ptolémée Lagus, et qu'aj»*ès la défaite de Philippe, roi de Macédoine, son allié, il se tourne du côté de la Grèce, où il doit trouver des ennemis plus redoutables. Excité par les conseils d'Annibal, ft)rcé de répondre aux réclamations des Romains qui lui demandaient la liberté des villes grecques de l'Asie, et appelé par les vœux imprudents des -fitoliens, il passe la mer, débarqujB à Eubée, s'obstine à mépriser les sages avis de VeûcUé de Carthage , et éprouve aux Thermopyles une défaite sanglante qui lui fait abandonner en fugitif un pays qu'il avait îflX)mis de rendre à l'indépendance, 190. Battu, l'année suivante, près de Magnésie, par L. C. Scipion, il obtient la paix aux conditions les plus onéreuses : il renonce à toute prétention sur les cités de l'Europe, retire les garnisons de toutes les villes de l'Asie en deçà du mont Taurus, et voit ses états démembrés augmenter la puissance d'Eumène, roi de Pergame, et celle des Rhodiens ses ennemis. Succombant sous le poids des tributs qui lui sont imposés, il pille le temple de Bélus à Élymaïs, et est assassiné par ses sujets indignés de ce sacrilège, dans la trente-septième année de son règne , 186.
hk 8TRIB 80U8 LB8 8ÊLEUCID8S. 469
§ III. — De la Siffle depuis la mort d'Antioehui le Grand jusqu'à la réduo* tion de cette contrée en province romaine y 186-64.
Seleucuê IF^ iumotnmé Philopaior^ 486474.—- Le rayaume de Syrie était trop affaibli pour que Séleucus lY pût songer à aocomp A les vastes projets conçus par son père. Il essaya de faire une expédition au delà du mont Taurus pour soutenir Pharnace , roi de Pont, contre Eumène» roi de Pergame. Les Romaiils intervinrent dans cette querelle pour protéger leur allié, et interdirent tout acte d'hostilité au roi de Syrie. Trop docile aux conseils d*Héliodore, il persécuta les Juife que ses prédécesseurs avaient établis dans plusieurs cités de Tlonie, ^ fiit assassiné, après douze ans de règne, par cet audacieux ministre , 174*
Aniioehus IF^ surnommé Épiphane , 174-164.— Àntiochus lY, frère de Séleucus, fut surnommé Épiphane (illustre) au commencement de son règne, parce qu'il sut conserver dans sa famille là couronne que voulaient lui ravir le traître Héliodore et les partisans du roi d'Egypte. Dans la suite, il fut surnommé Épimanes ou insensé, à cause de l'extravagance de ses débauches, et du fanatisme avec le^el il persécuta les Juifs et ses sujets qui suivaient la religion de Zoroastre, pour leur faire embrasser celle des Grecs.
Youlant enlever l'Egypte à Ptolémée Philométor, il fait des préparatife de guerre, et remporte une victoire près du mont Cassius^ Ce succès lui ouvre l'entrée du royaume; il inonde la Basse-Egypte de ses ravages» fait le jeune roi prisonnier, et assiège Memphis. Dans une seconde expédition, il se porte du côté d'Alexandrie, dans l'espérance de s'en rendre maître; mais les ordres de Rome le forcent à renoncer à ses conquêtes , et remettent sur le trône Philométor à la place de Physcon. H se venge sur les Juifs de l'humiliation qu'il éprouve, et les condamne à des supplices cruels pour les contraindre à oublier la loi de Moïse. Les Machabées repoussent avec énergie les tentatives cruelles du roi de Syrie, et Judas remporte plusieurs victoires sur ses généraux. La révolte de l'Arménie et de la Perse opère une diversion dans ses forces et l'accable de nouveaux revers. Antiochus meurt misérablement à Tabès^ sur les frontières de la Perse et de la Babylonie , 164.
Antiochus F^ surnommé Eupator, 164-1 6â.— Le fils aîné d' Antiochus lY était en otage à Rome à la mort de son père: Antiochus Y, le second de ses fils , lui succéda pendant l'absence de son frère ; il n'était âgé que de neuf ans. L'empire des Séleucides s'affaiblit encore dans ce règne éphémère d'un roi enfant, livré aux intrigues des cours et à la
jalousie de Lysias et de Philippe, qui prétendaient Tun et Tautre à bt principale autorité , 162.
Dëmétrius Z***, surnommé Soter^ 162-149. -y Ce prince, parvenu au l*iôtoe par le meurtre de Lysias et d'Antiochuè Eupàtdf, ne dêmient pas (tans la smte l*opînion* qu'il donne de sa cruauté et de son ambition'. Ëîfflé du titre de Sotèr (sauveur), que Itii avaient mérité quelques «nôcès et le juste châtiment de àevca gouverneurs de Baîyylone qui s*étaîettt érigés en Vfa1« tyrans , il se plonge dans la débauchte et abandonné à d*indignes miôi^fes les soins les plus importants du goWeAement Bes^îonspirations, !lavorisées par les rois d'Egypte, de iPergame et de €appadoc«, éclateM dans son royaume. Héraclide, entrant dansl^ vues de ces princes, fait jouer à; un jeune Khodien, nommé Bala, îe rôle de fils d'Antiochus Épiphane , le fait reconnaître par le sénat 1*omaiû en cette qualité, et le proclame roi de Syrie. Bala, sou^ lenu par les forces des rois d'Egypte, de Pergame et de Gappadoce, el -guidé par les conseils dHéraclide, triomphe de Démétrius dans tme bataille générale ; et lui ravit le trône et la vie , 149.
Alexandre Be^n , 149-146.— Cet imposteur se consolide dans le rang -i^niprême par TalMance du même Ptolémée Philométor qui Ta fait roi. Il épouse Cléopàtre, fille de ce prince, et, par ce mariage, il dérobe à %es sujets le secret de sa naissance et de l'artiflce qui hii a donné la couronne ; mais il ne tarde pas à la compromettre par sa nonchalaiaceet ses •excès. Ammonius, son favori, contribue à rendre son autorité mépri*» sable et odieuse aux Syriens. Barbare persécuteur des Séleiicides, Bala fait périr tous ceux qui appartiennent à la famille royale. Démétrius, iftls aîné de Soter, ayant rassemblé un corps de troupes, aborde en ' Syrie, réclamant le sceptre de ses ancêtres. Le roi d*Égypte offrait d'abord ses secours à Alexandre; mais instruit d'une conspiration formée contre ses jours par Afnmonius, il tourne ses fixées contre le prince qui protège ce perfide ministre , et reconnaît pour roi Déiftétrius H. Alexandre , abandonné par ses sujets, les traite avec tyrannie et va recevoir chez les Arabes le châtiment qu'il a mérité par ses crimes et sa lâcheté, 146.
Démétrius II j surnommé Nieator y régne d* abord dia-huit ans , est détrôné par Jntiochus FI , et remonte sur le trône jusqu'en 125. — La destinée de la Syrie fut d'être gouvernée par de mauvararois, qui eureiat des ministres plus méchants encore. Démétrius II, redevaJ^e de son trône à Lasthène, fait massacrer, par ses conseils-, la plds 'grande partfa des troupes égyptiennes avec lesquelles il av£w^ triomphé é^ l>!isurpate«r
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JUexaivlre. Cette ingratitude» aussi cruelle qu^impolitique, le prfre de BOa seul appui, et tsoulève contre lui uq graad nombre de méomtenls et ies partisans du dernier roi. Dtodole, suracwiiiié Trypbon , aocieii gouverneur d'Antiocbe» se met à l^ir tôte, et fiât raconnalire par te peuple le jeune fils d'Alexandre Baia, qui était resté ckes tes Arabes. Ce dernier prend le nom d^j^nîiockms FI, et est surnommé Théo$. Cette élévation inespérée devient pour lui la soiuce des plus cruelles infortunes» Tryphon ne s'était servi de son nom que pour arriver plus suivaient au pouvoir suprême; sa perfidie prive le jeune roi, qu'il ti^st eomme en tuielle» de la protection qu'il aurait pu trouver chez les Juif% et il se délsùt de ce prince par la {dus atroce trahison.
La Syrie se divise aussitôt en deui: partis, celui de Tryphon et cehii ée Défflétriusil Nioator. Ce dernier, cédant an vceudes<ook«ies gfec(faeB élabiiesdans l'Asie-Supérieure, sOrt de sonrepos léthargique, et i^ireni les armes pour les défendre ooûtre lesentreiinees du roi des Parthes. Is succès ne répond pas à son aittente; il est battu par Ifithridate, et reste dix ans prisonnier chez les *Partbes, 130« La reine Cléop4tre, pendant la captivité de son époux, croit trouver un af^ui contre Tryphon en épousant son beau-firère Antiochus Sidètes. Mais ce prince est vaincu pv l'usurpateur et se précipite dans un bûcher pour échapper à sa vengeance. Peu de temps après, le vainqueur trouve une fin non moins 4léplorable dans une guerre qu'il entreprend contre les Pailles; -il triomphe de Phraate, et périt par la lâcheté des siens, qui l'abandonnent après la victoire. Démétrius, étant parvenu à briser ses fers, ressaisit pour la troisième fois le trône de Syrie. Aussi téméraire, malgré ses malheurs, il se mêle des affaires d'Egypte, et est battu par AlexandM Zébina, que PtoléméePhyscon a soulevé contre lui, 125.
a La suite de l'histoire des Séleucides n'offre plus qu'un enchaîne- 'ment de guerres civiles, de querdiesde famille, de cruautés révoltantes. Lef royaume ne s'étendit plus alors que jusqu'à l'Ëuphrate, parce que toute l'Asie-Supérieure appartenait aux Parthes; et comme les Juife finirent aussi par se rendre indépendants, il ne consistait plus que dans la Syrie proprement dite et la Phéoicie. Sa décadence était telle, que les Homaius eux-mêmes paraissent s'être peu souciés pendant longtemps de s en emparer, soU parce qu iln'y avait plus rien àprandre, soit parce ^'ils jugèrent plus sûr pour eux de laisser les Séleucides se déchirer las ims les autres jusqu'au moment au, après la fin de la dernière .;giieirre contre M ithridate le Grand , ils se décidèrent à le réunir aux contrées qu'ils possédaient en Asie. » ( Heeren. )
472 PBtCIS DB l'histoirb àkciekbb.
Pendant cette période ou voit régner Alexandre Zél»na, fils ^*un M^ pier d'Alexandrie, qui usurpa la qualité de ûls adqptifd*Alexandre Bala« Le ûls aîné de Démétrius Nicator , S^eueus, tombe sous les coups de ^ mère, déjà soupçcmnée d'être Tanteur du meurtre de son époux. Mais Gléop&tre, qui a appelé au trône son second fils, Antiochus Grypus, est forcée, peu de temps après, de prendre le poison qu'elle a préparé pour donner la mort à ce prince. Antiochus Grypus, pour faire cesser une guerre qui ensanglante le royaume, partage la couronne avec son frère, Antiochus le Gyzicénien, 112. Plusieurs villes, profitant des guerres qui divisent les Séleucides, s'affranchissent de leur jcmg : Tyr , Sidon, Ptolémaîs et Gaza deviennent indépendantes. Antiochus Gr3fpus périt de la main d'Héraclépn de Bérée, et son rival se donne la mort après avoir été vaincu par son neveu, Séleucus Nleatcnr, 94. Les guerres <iui éclatent par l'ambition et la faiblesse des Séleucides font tomber pour quelque temps la Syrie sous une domination étrangère. Tigrane , roi d'Arménie, reçoit la soumission des Syriens, qui l'appellent dé tous leurs voeux pour mettre fin à la guerre civile. Ce prince , pour être entré dans les projets de Mithridate, est attaqué et vaincu dans son royaume par Lucullus. Après sa défaite et celle du roi de Pont, la Syrie devient une province romaine, 64. G.