INVASION DE LA GAULE ROMAINE
de véritables seigneurs féodaux, exerçant à peu près les mômes droits, jouissant des mêmes prérogatives que les nobles du moyen âge. On recherchait leur patronage à cause des immunités dont ils jouissaient pour eux et pour leurs clients.
Après la chute de l'empire, l'Église restée seule debout avait espéré recueillir la succession de cette aristocratie étrangère. Les évoques étaient effectivement les chefs de la nation gauloise ; ils exerçaient sur elle une autorité d'autant plus légitime que les Gaulois n'avaient plus d'autres chefs. Mais une aristocratie nouvelle vint prendre la place de celle qui avait disparu avec l'empire. Les rois francs donnaient à leurs leudes des rangs ou des grades ; ils recevaient ceux qu'ils voulaient favoriser dans leur foi spéciale (m trusté), les attachaient à leur personne et leur donnaient le titre d'antriistion (1). La conquête avait réuni aux domaines du fisc tous les biens communaux des municipes et ceux que les anciens possesseurs, les patroiies romains, avaient abandonnés. Le roi appliquant à ces parties du territoire et à leurs habitants les usages de l'empire, en disposait en faveur de ses antrustions, de ses olficiers, de ses leudes. Il mit d'ailleurs à la tête de chaque province, de chaque cité un comte ou duc, chargé tout à la fois — à l'égard
(1) Les Romains, les lètes mêmes n'étaient pas exclus de cet honneur, qui avait pour effet de tripler le taux de leur composition. La composition du Franc devenu antrustion était porté à six cents sous. ( L. sal., tit.XLI, §4.; Celle du Romain convlva reijis, ivois cents sous. [Ibid., % 6.)
us PRECIS DE L'HISTOIRE CLERICALE.
de la population gauloise — de l'administration suprême de la justice, du commandement des hommes de guerre et de la perception des impôts. C'était la continuation du régime romain. Ces hauts fonctionnaires jouissaient, comme au temps de l'empire, des bénéfices attachés à leurs charges.
Cette aristocratie nouvelle subit bientôt l'influence de l'esprit romain qui régnait dans la Gaule ; elle ne tarda point à s'entendre avec l'aristocratie cléricale des Gaulois pour réagir contre les mœurs et les institutions libres des Germains. Elle ne pouvait d'ailleurs se dispenser de donner la main aux évoques, chefs d'une corporation puissante qui disposait de toutes les influences sociales.
Ceux-ci professaient sur la royauté des opinions qui devaient plaire surtout à Clovis. Pour eux, comme pour les Orientaux, le pouvoir royal était d'origine divine; ils Comparaient le roi à David, à Salomon; ils affirmaient que Dieu lui-même l'avait élevé sur le trône. Saint Rémi disait à Clovis que son pouvoir ne devait s'arrêter devant aucun obstacle; que tous les peuples de la Gaulfr lui étaient soumis au môme titre; qu'il avait le droit d'exiger de tous la même obéissance; qu'il" en était ainsi du temps des empereurs, et qu'il devait s'accoutumer à voir dans l'histoire des Ce-sars l'image de ce qu'il serait lui-même un jour(l).
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