‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 31 sur 52 · ROYAUME DE LOTHARINGIE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE LOTHARINGIE

La création du royaume de Lotharingie coïncide avec celle du comté de Flandre. L'histoire de l'un comme de l'autre de ces États nous montre l'ingérance de l'Église dans toutes les affaires politiques du pays.

En Flandre, Baudouin Bras-de-fer, ayant enlevé Judith, fille de Charles le Chauve, se sauva avec elle en Lotharingie. Le père irrité somma son neveu Lothairc de les lui livrer. IMais on craignait, dans l'entourage du roi, que Baudouin ne cherchât un

refuge auprès du Norman Roric, en faveur duquel. Lolliaire s'était vu dans la nécessité de renoncer à une partie de la Frise. Ilincmar, archevêque de Rheims, qui était le principal ministre de Charles le Chauve, écrivit à Ilungaire, évoque de Maestricht ou d'Utrecht, pour l'engager à prévenir Roric, nouvellement converti à la foi chrétienne, de ne point recevoir ni secourir Baudouin. 11 écrivit en même temps à Roric même, l'exhortant à ne pas recevoir- Baudouin, (( que l'esprit de Dieu, auteur des saints canons, avait anathématisé par l'organe de l'aulorité épiscopale, pour avoir enlevé la fiUc du roi et en avoir fait sa femme, et à ne point permettre quele coupable trouve chez lui ni appui, ni refuge,, sous peine d'être, lui et les siens, enveloppés dans les péchés et l'excommunication de Baudouin et condamnés avec lui. «

Il est fait allusion dans cette lettre d'Hincmar aux actes d'un concile d'évêques que Charles le Chauve avait réuni à Soissons et qui avait excommunié Baudouin, par application du canon si quis vicluam in nxorem furatus fucriî.

Baudouin et Judith implorèrent l'intervention du pape Nicolas V'. Celui-ci contesta l'applicabilité de ce canon, attendu le consentement donné par Judith à son enlèvement. 11 intercéda même auprès du roi Charles en ûiveur de Baudouin, qu'il lut. recommandait comme un intrépide défenseur de la chrétienté contre les Normans. Dans sa lettre-

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du mois de décembre 863, il s'exprime ainsi : « Nous vous adjurons de rendre vos bonnes grâces au susdit Baudouin, afin que désormais, fort de la bénignité de Votre Altesse, il puisse vivre en sûreté au nombre de vos féaux sujets.... Et certes, lorsque nous implorons cette faveur de votre sublimité, ce n'est pas seulement en vertu de la tendresse qui nous oblige de porter secours à quiconque, souillé de la contagion du péché, réclame humblement et dévotement l'assistance de- ce siège apostolique; nous avons encore un autre motif pour agir ainsi : nous craignons que Baudouin, restant sous le poids de votre colère et de votre indignation, ne fasse alliance avec les Normans, ennemis de Dieu et de la sainte Église, et qu'ainsi il ne devienne une occasion de péril et de scandale pour le peuple de Dieu que vous devez régir et gouverner et tenir sain et sauf par la prjidence de vos conseils et la sollicitude de votre esprit. Si. cela pouvait advenir, ce qu'à Dieu ne plaise, il en résulterait un grand dommage pour les fidèles et un danger véritable pour votre salut. »

Le roi finit par céder, et consentit au mariage de sa fille avec Baudouin. Celui-ci, devenu membre de la famille royale, reçut en apanage un vaste territoire qui fut appelé le comté de Flandre, et qui comprenait tout le pays situé entre l'Escaut et la mer, l'Artois, le Yermandois et le pays des^ Morins.

Quant au roi Lotliaire II, le grand événement de son règne, c'est le procès qu'il intenta à sa femme pour la répudier et en prendre une autre. La reine Teutberge était fille du comte Boson de Bourgogne et sœur d'IIumbcrt, abbé de Saint- Maurice en Valais. Lotliaire l'accusa d'avoir eu un commerce incestueux avec son frère l'abbé. La concubine qu'il voulait lui substituer s'appelait Waldrade ; elle était sœur de Gaultier, archevêque de Cologne, et parente de Teutbaud, archevêque de Trêves. Ces deux honnêtes ecclésiastiques entrèrent dans les vues du roi, qui leur promettait d'épouser leur parente. Ils firent si bien que Teutberge fut convaincue, dans une espèce de concile, des abominations qu'on lui imputait, et que Lothaire obtint le divorce, ainsi que l'autorisation d'épouser Waldrade.

Mais le pape Nicolas, qui n'avait pas le même intérêt, saisit avec empressement l'occasion de faire acte d'autorité; se posant en défenseur de la morale publique, il fit convoquer un concile à Metz et y envoya deux légats. Si l'on en croit les -annales de Metz, les légats du pape se laissèrent circonvenir et gagner à prix d'argent par les partisans de Lotliaire. Ils approuvèrent tout ce qui .avait été fait, et le concile de Metz se prononça en faveur du mariage de Waldrade.

Les archevêques de Cologne et de Trêves voulurent aller eux-mêmes porter cette résolution à

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