UNION DES COURONNES DE I.OTII. ET DE GERM
Neustrie, Eudes ou Ode, proclamé roi à Compiègne le 15 février 888. Eudes était fils de Bobert le Fort, guerrier saxon qui avait été tué en combattant le terrible chef de Normans Hastings. Lui-même s'était illustré par sa valeur lors du siègede Paris ; il inaugura d'ailleurs son règne par une victoire remportée sur les Normans à Montfaucon. C'était le roi qui convenait au pays dansles circonstances où il se trouvait ; mais l'Église visait toujours à l'unité des peuples soumis à sa domination spirituelle, et sous ce rapport Eudes lui offrait peu de garantie.
Ce qu'on appelait le duché de Neustrie, à cette époque, c'était la contrée située entre la Seine et la Loire. De môme que celte fraction de la Gaule avait son duc, celle qui se trouvait au nord de la Seine et s'étendait jusqu'aux limites de la Lotharingie, avait un seigneur dans l'évêque métropolitain de Rheims. La Bourgogne, la Bretagne, l'Aquitaine avaient également leurs ducs ; la Flandre et le Yermandois avaient leurs comtes. Tous ces feudataires visaient à une indépendance absolue; leur intérêt personnel était le véritable et presque le seul mobile de leur politique. Richerus le dit fort bien : « Les princes du royaume,, poussés par la cupidité, se disputaient le pouvoir. Chacun cherchait, par tous les moyens, à augmenter sa fortune ; personne ne songeait à protéger le roi ou à défendre l'empire. Acquérir le
bien des autres était pour tous la grande affaire, et celui qui n'ajoutait rien à son patrimoine, aux dépens d'autrui, semblait n'avoir rien fait pour ses intérêts. »
Les glorieux antécédents du duc Eudes pouvaient suffire pour le faire accepter comme roi par les Neustriens ; mais hors des limites de son duché sa domination n'était subie qu'avec répugnance. Le haut clergé surtout, aux intérêts duquel il ne se montrait pas assez dévoué, affectait de le regarder comme un usurpateur. Charles le Simple, que Foulques tenait en réserve, était l'élu de l'Église. Il s'écoula nécessairement quelques années avant qu'il pût être donné suite aux desseins qu'elle fondait sur ce prince ; mais l'occasion parut se présenter en 893, lorsque le roi Eudes se rendit en Aquitaine, pour réduire les grands de ce pays, qui refusaient de le reconnaître comme roi. Une assemblée générale fut convoquée à Rheims ; la basilique de Saint-Remi vit se réunir sous ses voûtes tous les partisans de la légitimité, et non-seulement l'archevêque de Rheims et ses sutfragants, les évêques de Laon, de Ghâlons, de Térouanne, mais aussi les métropolitains de Cologne, de Trêves et de Mayence, avec leurs évêques sutfragants. Introduit dans cette assemblée, Charles, qui n'était âgé que de treize ans, fut sacré et couronné roi de France, le 28 janvier 893.
Les Annales de Metz désignent, comme ayant
contribué à cet acte solennel, Iléribert, comte de Vermandois, et Peppin comte de Senlis, qui l'un et l'autre étaient issus du sang de Charlemagnc. Il paraît que le comte de Flandre aussi n'y fut pas étranger; mais nous ne voyons pas que les partisans de Charles le Simple aient tenté quoi que ce fût pour le mettre en possession de son royaume.
Si rarclicvèquede Rheims, le comte de Flandre et le comte de Vermandois avaient été franchement résolus à soutenir le jeune prince qu'ils avaient élevé sur le trône, il aurait été bien difficile au duc de Neustrie de lutter contre leurs forces réunies; mais il y avait entre eux des causes de division qui ne permettaient pas de compter sur un concours franc et durable. Le comte de Flandre convoitait les abbayes de Saint-Bertin et de Saint- Vaast ; la la lutte des rois Charles et Ode ne l'intéressait qu'au point de vue de son ambition personnelle. Il fut partisan du roi Charles aussi longtemps qu'il vit dans le succès de celui-ci un moyen de parvenir à ses fins; mais il passa dans le camp ennemi, lorsqu'il crut pouvoir obtenir du roi Ode ce que Charles n'avait pu ou voulu lui donner.
Le comte de Vermandois avait des intérêts opposés à ceux du comte de Flandre, intérêts qui le faisaient également pencher tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Les deux comtes se firent plusieurs fois la guerre, et leur inimitié s'accrut par la mort de Rodolphe, frère de Baudouin et comte de Cambrai^
lequel fut tué par Héribert au moment où il pillait l'abbaye de Saint-Quentin. L'archevêque de Rlieims seul demeura constamment fidèle à la cause du roi Charles ; mais cet attachement môme n'était pas absolument désintéressé, car Foulques sut habilement profiter des circonstances pour se faire donner successivement les abbayes de Saint-Berlin et de Saint-Vaast.
Bien que les évoques de Lotharingie eussent assisté au couronnement de Charles III dit le Simple, il paraît qu'Arnulph n'avait été aucunement informé de ce qui se préparait dans les conciliabules de l'aristocratie ecclésiastique. Lorsque le fait accompli parvint à sa connaissance, il s'en montra fort mécontent, et se rendit aussitôt en Lotharingie. Il visita les principales localités de son royaume, probablement pour s'y faire des partisans en vue d'un projet qu'il ne devait pas tarder à mettre à exécution.
En effet, le chroniqueur Réginon rapporte que l'année suivante, en 89 i, Arnulphe vint à Worms et y tint une assemblée générale, dans laquelle il annonça son intention de placer son fils Zwentibold sur le trône de Lothaire ; mais les grands du royaume n'y consentirent aucunement. Sans doute ils étaient peu flattés d'avoir pour roi un bâtard, né d'un autre bâtard et d'une Hongroise inconnue. Cependant Arnulphe vint de nouveau à Worms en 89o. Les grands de ses deux royaumes de Lotha-