‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 50 sur 52 · S l'IlKClS DK J.'IIISTOIUE CI.KRICALE · texte numérisé non relu

S l'IlKClS DK J.'IIISTOIUE CI.KRICALE

promellrc nos rclalions inlernalionales, si Ion n'y met ordre.

On se souvient qu'en France, sous la restauration, Montlosier accusait le parti catholique de vouloir défaire la société. « On commence, disaitil, par un déluge de missions et de processions; on s'empare ensuite de l'éducation ; on met le prêtre de tout et partout : c'est la partie du plan qui est à découvert. Il s'y ajoute une partie secrète ou souterraine : ce sont des multitudes de congrégations et d'aililiations, soutenues par un corps de réserve de jésuites, qu'on jette comme un réseau sur toute la France, à l'eflet de l'envelopper et de la taire entrer, comme dit Bossuet, malgré quelle en ait, dans les moules nouveaux préparés pour la domination des prêtres. »

Cette description écrite en 1826 est encore vraie aujourd'hui ; elle est aussi vraie pour la Belgique que pour la France. Depuis la restauration française de 1814, le parti ultramontain n'a pas cessé de vouloir défaire la société.

Il ne pouvait en être autrement. L'esprit du catholicisme l'umain est immuable; il se personnifie dans une coi'poration dont la tùte est à Rome et les membres partout. Celte corporation a un plan de société qui ne varie ])oint, parce qu'il est approprié au but de son institution. Pour elle l'autorité vient de Dieu, et ne peut par conséquent se soumettre à aucune contradiction, à aucune restric-

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lion ; elle est nécessairement absolue et exclusive de toute liberté. Le représentant de l'aulorilé divine sur la terre, c'est le pape; ses délégués sont les cardinaux, les évoques, les prêtres de toutes classes. Lorsque le pouvoir des princes temporels faiblit, l'autorité divine du pape n'en conserve pas moins, dans le monde catholique, son droit et sa force. C'est une fatalité qu'il faut avoir constamment à l'esprit, quand on est appelé au didicilc honneur de travailler à la fondation et au maintien d'un gouvernement libre dans un pays voué au catholicisme.

Si nos constituants de 1830 ne l'avaient pas perdue de vue, s'ils s'étaient rendu compte du danger qui menace incessamment la société moderne, ils auraient organisé la résistance, au lieu de sacrifier à de vaines théories (1). Qu'on nepense pas du reste i\i\G notre Constitution ait été faite pour cimenter l'union des catholiques et des libéraux : c'est dans cet acte au contraire que fut déposé le principe d'une lutte incessante. Les deux partis sont convenus de faire table rase de tous les obstacles, de donner aux combattants une pleine et entière liberté; de leur permettre d'user de toutes les armes, de la presse, de l'enseignement, de la prédication, de l'association. On autorisa même le c'ergé

fl Ce seiait i:n as^pz mauvais jeu do mots (;ne d« los nyiifU-v fondateurs de la MoiSAitciiiK behje; mais cette qualification seiait jilus exacte (juc celle qu'on a imaginé de leur donner.

à se servir de l'inniience de Rome, et bien qu'il dût être salarié par l'État, on lui permit de se recruter comme il l'entendrait sans intervention de l'autorilé civile. Le Congrès ne s'est pas occupé des rapports des partis entre eux, et ne les a pas réglés de manière à les faire vivre en paix, ce qui eût été prudent, mais dilllcile; il a, au contraire, organisé la lutte en déblayant le terrain, afin de rendre égales les cliancos du combat.

C'était l'application naïve d'une théorie de Benjamin Constant, fondée sur l'exemple de l'Anglelerre, où les wliigs et les torys occupaient alternativement le pouvoir. Cela s'enscignaità l'université de Liège et se répétait au sein du Congrès. On croyait de bonne foi que cet état de lutte pouvait se perpétuer sans danger, et qu'il aurait l'avantage d'entretenir la vie politique dans le pays. Pour que cette théorie fût vraie, il aurait fallu que les deux partis fussent de force égale : or, non-seulement ils ne l'étaient pas, mais pendant longtemps les libéraux négligèrent de se servir des armes dont ils pouvaient disposer. Ils s'imaginaient obtenir par des concessions ce que la contrainte seule aurait pu effectuer.

11 est vrai que la guerre n'était pas flagrante comme aujourd'hui. Les partis se traitaient mutuellement en adversaires et non en ennemis. On était loin de prévoir l'effondrement de la société moderne et le nUablisscment de l'ancien régime. Le

parli libéral ne pensait pas que la victoire du parti catholique pût jamais devenir définitive et avoir d'aussi graves conséquences; c'est depuis peu seulement que cette éventualité commence à paraître ])ossibIe, et que les efforts des cléricaux pour la réaliser ont dissipé toutes les illusions.

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