III
LES MOUVEMENTS RÉVOLUTIONNAIRES DE 4820 ET DE 4821. L'Espagne.
Cinq années s'étaient passées depuis la chute de Napoléon Ier, et déjà, des bords de l'Océan à ceux de la mer Adriatique, une partie de l'Europe se trouvait dans un dangereux état d'effervescence. Le signal de nouvelles révolutions était parti de l'Espagne.
Lorsque Ferdinand VII eut pris possession du trône, il prononça la dissolution des cortès et abolit la constitution qu'elles avaient décrétée en 1812.
Mais il promit, dans une proclamation solennelle (4 mai 1814), « de régler avec d'autres cortès légitimement assemblées tout ce qui pourrait convenir au bien de ses royaumes; et de n'imposer, dans la suite, à ses sujets, aucune loi qui n'eût été établie du consentement de cette assemblée. » Ferdinand oublia bientôt une promesse aussi solennelle; pendant cinq années, l'Espagne eut à supporter un violent et honteux despotisme.
« Après six ans de divisions intestines, nées de MauWû go«-
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la nécessite ou s était trouve un grand peuple de ** ^
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se défendre et de se gouverner lui-même, après la miraculeuse restauration d'un trône abandonné, les premiers mots du souverain, en rentrant dans son palais, devaient être oubli et amnistie. — Ferdinand parla aussi d'amnistie, mais ce nom, comparé avec l'acte auquel il était appliqué, dut lui donner, aux yeux de tous, l'apparence de la dérision. Dix mille Espagnols avaient eu le malheur de s'attacher au parti français et avaient, lors de sa retraite, suivi l'armée française; ils furent bannis et leurs biens séquestrés, c'est-à-dire qu'on les condamna à périr de faim sur une terre étrangère. Les membres de la régence, ceux des coûtés, tous les ministres, tous les individus qui avaient coopéré à la rédaction de la constitution ou qui s'en étaient montrés les zélés partisans furent traduits devant des commissions pour y être jugés sans aucune forme légale. Le nombre des con-
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damnations fut considérable : les présides (bagnes), la détention dans les citadelles, l'exil, telles étaient les peines prononcées, et le roi, dont le cœur était fermé à la pitié par le langage de ceux dont il était entouré, oubliait que le droit de grâce était le plus bel attribut de la couronne. — Si encore cette rigueur impolitique et cruelle eût été courte et passagère comme une transition ; si elle avait pu s'expliquer par l'effervescence d'un moment de triomphe, par le besoin présumé de frapper vivement les esprits par quelques exemples, on pourrait la considérer comme un de ces accidents sinistres des grandes secousses; mais le principal caractère de ces actes fut la lenteur et la froide persévérance avec lesquelles ils furent consommés. Le roi était déjà rentré depuis deux ans dans la plénitude de sa puissance, et les cachots étaient encore encombrés, et de longues listes de proscription apparaissaient encore par intervalles, comme pour entretenir et réveiller la terreur des familles. L'épouvante régnait h Madrid et dans les principales villes du royaume, et la presse, violente et passionnée, invoquait, sous la protection de l'autorité royale, le despotisme et ses fureurs, et demandait chaque jour de nouvelles victimes. — A l'aspect de tant de fautes commises, de tant d'actes où l'impudence le dispute à la cruauté, on se demande à quel fatal génie le sort de l'Espagne était livré, et on recherche les noms de ceux qui
poussèrent leurs maîtres dans une si périlleuse voie. Mais les ministres de ces temps de colère et d'aveuglement succombaient, un peu plus tôt un peu plus tard, à une influence plus puissante que leur autorité, et leur chute signalait assez l'existence d'un autre conseil, où l'on disposait des destinées les plus élevées. Le foyer de l'intrigue où se machinaient tous les coups d'Etat, où se fabriquaient les listes de proscription, où se faisaient et se défaisaient les ministres, avait son siège au palais du roi, dans sa chambre à coucher, dans ses antichambres. Le conseil se composait de quelques prêtres intrigants et de quelques valets obscurs, qui formaient cette camarilla fameuse, dont l'existence, vainement déniée, n'est que trop attestée par les maux qu'elle a faits (i). »
Dans les derniers mois de 1819, Ferdinand rassemblait à Cadix des troupes destinées à ramener sous sa domination les colonies insurgées de i^un-ecuou l'Amérique espagnole. Le 1er janvier 1820, les régiments qui occupaient l'île de Léon, à l'extrémité de laquelle se trouvent la ville et le port de Cadix, se révoltent sous le colonel Quiroga et l'adjudant d'état-major Raphaël del Riego. Ils aiment mieux restaurer la liberté en Espagne que l'étouffer dans les colonies. Bientôt l'insurrection s'étend dans
(1) Nous avons emprunté ce tableau à un écrivain, à un témoin, très-impartial assurément, M. de Martignac, commissaire royal près du duc d'Angoulême pendant l'intervention française de 1823.
à Cadis
les provinces, et, le 9 mars, le roi cède : il proclame la constitution de 1812 et convoque les cortès; il prête serment à la constitution, abolit l'inquisition, bannit les jésuites et rétablit la liberté de la presse. Le 9 juillet, les anciennes cortès s'assemblent à Madrid, et Ferdinand vient dans l'assemblée renouveler son serment de fidélité à la constitution.
Le royaume de Naples.
Le ioyaume de Naples a suivi l'exemple de l'Espagne. En 1814, Murât, qui s'était allié avec les puissances coalisées contre la France, avait conservé son trône. Mais, après la restauration de Louis XVIII, tous les Bourbons s'étaient déclarés contre lui et demandaient son expulsion ; l'Angleterre les appuyait. Murât, menacé, appela les peuples d'Italie à la liberté, lorsque Napoléon fut revenu de l'île d'Elbe, et marcha contre les Autrichiens; mais il fut battu et Ferdinand IV rétabli n.. d,. Murat sur te trône des Deux-Siciles. Murât, qui s'était réfugié en Corse, tenta un dernier effort pour ressaisir sa couronne; au mois d'octobre 1815, il débarque en Calabre avec une poignée d'hommes; fait prisonnier, il est déféré à un tribunal militaire. Celui-ci déclaro « que Joachim Murât, replacé par la fortune des armes dans la condition de simple particulier, où il était né, avait formé, avec vingt-huit complices, une entreprise témé-
raire, comptant, non plus sur la guerre, mais sur la sédition; qu'il avait excité le peuple à la révolte, attaqué le souverain légitime, tenté de bouleverser le royaume et l'Italie; qu'à ces causes, ennemi public, il était condamné à mort en vertu d'une loi rendue (par lui-même) pendant l'occupation décennale, et maintenue en vigueur. » Murât, qui avait entendu dédaigneusement la lecture de sa. sentence, fut conduit dans une petite cour du château du Pizzo; il y trouva une compagnie de soldats en ligne sur deux rangs. Il refusa de se laisser bander les yeux et dit aux soldats : « Epargnez le visage, tirez au cœur. » Il tomba mort, tenant serrés dans ses mains les portraits de ses enfants. Il avait quarante-huit ans.
Ferdinand IV eut bientôt à lutter contre la puissante association des carbonari ou défenseurs des principes modernes. Il veut leur opposer les calderari (chaudronniers), secte nouvelle qui s'engageait par serment à soutenir la monarchie absolue, à écraser les carbonari, les francs-maçons, les muratistes et les libéraux. Mais les carbonari font des progrès redoutables, ils se glissent dans l'armée et y trouvent des adhérents nou-seulement parmi les soldats et les officiers subalternes, mais aussi parmi les officiers supérieurs. Le 2 juillet 1820, deux sous-lieutenants et cent vingt-sept soldats du régiment Royal-Bourbon cavalerie, en garnison à ftola, sortent de leurs quartiers aux
Ferdinand IV
et les carbonari.
premières lueurs du jour; ils ont avec eux un prêtre et vingt membres de la société des carbonari. Ils se dirigent vers Avellino aux cris de ; « Vive Dieu, le roi et la constitution ! » En quelques jours, presque tout le royaume est soulevé. Le général Pepe se met à la tête des insurgés, et le 6 juillet Ferdinand IV signe la proclamation suivante : « La nation des Deux-Siciles ayant généralement manifesté le vœu de jouir d'un gouvernement constitutionnel, de notre pleine volonté, nous déclarons y consentir, et nous promettons d'en publier les bases dans l'espace de huit jours. » Par un autre décret, il dépose l'autorité souveraine entre les mains du duc de Calabre, son fils. Le 7 juillet, un troisième décret, signé par le duc de Calabre et confirmé par le roi, annonce « que la constitution du royaume des Deux-Siciles sera la même que la constitution adoptée par le royaume des Espagnes. »
Les troupes, ayant à leur tête le général Pepe, font leur entrée à Naples, le 9 juillet, et défilent devant le palais, au balcon duquel se tient le duc de Calabre. A leur suite marchent sept mille carbonari, nobles ou plébéiens, ecclésiastiques ou laïques. Le 13, en présence des ministres, des généraux et des membres de la junte, le roi jure sur l'Evangile de maintenir et de défendre la constitution qu'il a donnée. Le même serment est prêté par le duc de Calabre.
Déjà l'influence de la révolution de Naples se faisait sentir dans les autres Etats italiens, qui étaient plus ou moins dépendants de l'Autriche, et l'Allemagne même commençait à s'agiter.
L'Allemagne
L'acte fédéral instituant la Confédération germanique avait promis des assemblées d'Etats dans tous les pays faisant partie de cette confédération. Le système représentatif fut effectivement adopté dans le grand-duché de Saxe-Weimar (1816), dans le royaume de Bavière et le grand-duché de Bade (1818), dans le royaume de Wurtemberg (1819). Mais en Prusse les promesses faites en 181o demeurèrent ajournées. Le 21 mars 1818, Frédéric-Guillaume III déclara, dans un ordre du cabinet, qu'il se réservait de déterminer l'époque qu'il jugerait convenable pour octroyer une constitution. La Sainte-Alliance, qui voulait bien tolérer un simulacre de gouvernement représentatif dans les petits Etats de la Confédération, craignit de voir s'élever à Berlin une tribune qui aurait pu opposer un contre-poids à l'absolutisme, dont l'influence alors prépondérante de l'Autriche voulait amener partout la restauration.
L'empereur François montrait une irritation maladive contre le constitiitionnalisme; en 1820, il disait que tout le monde était devenu fou avec ces désirs insensés d'avoir des constitutions. Le prince
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de Metternich, qui continuait de gouverner l'Autriche, était plus éclairé que l'empereur; mais il se gardait de le contrarier. Il sacrifiait ses convictions à son souverain, à son maître, et, en résumé, il ne songeait à l'Etat que pour la durée de sa vie.
L'Autriche dominait non-seulement en Prusse, mais jusqu'en Russie. Elle avait paralysé les intentions libérales des Hardenberg et des Humboldt; elle arrêta le czar Alexandre dans la voie où il s'était engagé avec une si généreuse ardeur. Les agitations de l'Italie et de l'Allemagne allaient servir et accroître encore l'influence autrichienne.
Les patriotes de 1813, déçus dans leur espoir, s'étaient organisés mystérieusement pour conquérir les libertés promises. Quatorze cercles d'associations secrètes (la Burschenschaft et la Tugendbund) embrassèrent l'Allemagne. Le 23 mars 1819, Kotzebue, correspondant de la cour de Pétersbourg, tombait à Mannheim sous le poignard de Cari Sand, et ce jeune étudiant, condamné à mourir sur l'échafaud, est salué par des milliers de voix comme un martyr de la liberté germanique. Ce fut le signal, ce fut le prétexte d'une violente réaction contre les démocrates. Réunis à Carlsbad au mois d'août 1819, les ministres des puissances alL mandes proscrivirent les sociétés secrètes et établirent la censure dans toute la Confédération.
Les Autrichiens à Napies.
Après la révolution de Napies, dans l'automne de 1820, les trois souverains du Nord se réunirent à Troppau (Silésie autrichienne) et arrêté- tongn» rent, de commun accord, quils auraient le droit d'intervenir par les armes dans les Etats troublés par les révolutions. Sans admettre ce droit exorbitant, le cabinet britannique, appréciant la position particulière de l'Autriche en Italie, à raison du royaume lombardo- vénitien, déclara qu'il ne s'opposerait point à cette intervention, pourvu qu'elle ne portât pas atteinte au système territorial de l'Europe tel qu'il avait été fixé en 1815.
Les empereurs d'Autriche et de Russie se revirent à Laybach (duché de Carniole) pour appliquer congrès le principe d'intervention à la révolution de Napies. Ferdinand IV, invité à se rendre à Laybach, demande et obtient à cet effet l'autorisation du parlement napolitain. A la vérité, il lui avait adressé un nouveau message dans lequel il jurait de maintenir la constitution espagnole ; il déclarait même que, s'il ne réussissait pas auprès des souverains à faire respecter les droits de son peuple et de sa couronne, il reviendrait aussitôt à Napies pour les défendre à la tête de son armée. Il sembarqua le 14 décembre 1820 pour Livourne. Déjà 40,000 Autrichiens, sous le général Frimont, s'avançaient vers les Abruzzes.
Le parlement, ayant reçu communication des décisions du congrès de Laybach, les rejeta, déclara le roi en état de contrainte, confirma le duc de Calabre dans les fonctions de régent et vota la guerre.
Le 7 mars 1821, les Autrichiens battirent les milices napolitaines à Rieti, et, le 23, ils prenaient possession de Naples et rétablissaient la monarchie absolue. Les citoyens furent désarmés, les milices civiques licenciées, les réunions défendues, foutes les lois votées pendant le régime constitutionnel abrogées, les carbonari et les principaux fonctionnaires du gouvernement constitutionnel châtiés par des cours martiales, punis par la mort, l'emprisonnement, le supplice du fouet dans les rues ou l'exil; l'armée fut dissoute et remplacée en partie par des enrôlés suisses, irlandais et albanais.
Tandis que la révolution napolitaine était comprimée, la révolution piémontaise commençait.
Le Piémont
Victor-Emmanuel Ier avait été restauré le 20 mai 181 l. Par son premier édit, il proclama que toutes les lois, toutes les réformes introduites par les Français étaient abro£ •'•es ; il décréta que les Etats sardes étaient replacés dans la situation où ils se trouvaient en 1770. Le despotisme était rétabli; les juges étaient de nouveau révocables à
volonté; la procédure, dans les matières criminelles, redevint secrète; les nobles seuls purent prétendre aux grades élevés dans l'armée et ne furent pas justiciables des tribunaux ordinaires; il fut défendu à tout individu qui ne possédait pas un capital de 4,500 francs d'apprendre à lire et à écrire, et ceux qui ne possédaient pas au moins une rente annuelle de pareille somme n'étaient pas admis dans les universités, etc. On comprend que la jeunesse, sous l'influence des idées françaises, devait détester un gouvernement qui s'affirmait comme le plus rétrograde de l'Europe, et railler ces chevaliers de la restauration qui avaient repris jusqu'au costume du xvme siècle.
Charles -Albert, prince de Savoie- Carignan, Leprinc* alors âgé de vingt-deux ans, était le plus proche e rfJÏJÎ. *" héritier de la couronne, après ie duc de Genevois (Charles-Félix), frère du roi." Charles-Albert s'était fait affilier au carbonarisme, et un assez grand nombre d'officiers nobles , qui étaient de sa maison ou de son cercle habituel, avaient embrassé comme lui la cause de la fédération italienne (i).
•Le 10 mars 1821 le comte de Palma, capitaine au régiment de Gênes, caserne dans la citadelle d'Alexandrie, proclama la constitution aux cris de
(i) Sur la révolution piémontaise, voir Histoire des États italiens depuis le congrès de Vienne, par de Beaumont-Vassy.
Insurrection militaire.
Vive le roi! Un détachement de dragons, qui était sorti de la ville, est introduit dans la place, où il est suivi par sept ou huit cents fédérés qui arborent aussitôt le drapeau tricolore italien. Le même jour, le comte de Lisio, ami de Charles-Albert, arrivait à Pignerol, soulevait le régiment de chevau-légers dans lequel il avait le grade de capitaine et se dirigeait avec lui vers Carmagnole, où il devait se joindre à Santa-Rosa, également lié avec Charles-Albert. Tous deux se portent sur Alexandrie. Les chefs de l'insurrection publient la constitution espagnole, tandis que Saint-Marsan (autre ami de Charles-Albert et fils du ministre des affaires étrangères) marchait sur Casai, à la tête de huit cents hommes. Le 12 mars, une partie de la garnison de Turin s'insurge et va se réunir aux révoltés d'Alexandrie ; le lendemain la citadelle est livrée aux fédérés et la garnison, rangée sur les remparts, fait entendre les cris de : Vive la constitution espagnole! Guerre aux Autrichiens! Le 13, le roi Victor-Emmanuel abdique en faveur de son frère, le duc de Genevois, en ce moment à Modène, et nomme régent du royaume, en lui conférant toute son autorité, Charles- Albert de Savoie, prince de Carignan. Tandis que Victor-Emmanuel prend le chemin de Nice, Charles-Albert, pour prévenir une émeute qui s'annonçait menaçante, signe un acte où il déclare « que la constitution d'Espagne sera promulguée et observée comme loi de l'Etat,
avec les modifications qui seront délibérées par la représentation nationale, d'accord avec S. M. le roi. » Une junte suprême est alors adjointe au régent.
Mais déjà l'empereur d'Autriche, inquiet pour Milan, avait donné l'ordre de former une armée de réserve au moyen des fortes garnisons qui se trouvaient dans les provinces italiennes et auxquelles devaient se réunir des renforts demandés au conseil aulique de Vienne. De son côté, le czar Alexandre avait ordonné qu'une armée russe de 100,000 hommes se mettrait en marche pour soutenir les Autrichiens ; mais elle ne dépassa point la Gallicie.
De Modène le duc de Genevois avait envoyé, le 16 mars, à Turin une déclaration portant « que bien loin de consentir à quelque changement que ce fût dans la forme du gouvernement, il regarderait comme rebelles tous ceux des sujets du roi qui resteraient unis ou s'uniraient aux séditieux, qui se seraient permis ou se permettraient soit de proclamer- une constitution, soit de faire quelque autre innovation contraire à la plénitude de l'autorité royale. » Toutefois le prince régent ne se sépare pas encore de la junte; il organise les gardes nationales et fait éloigner l'ambassadeur d'Autriche. La junte voulait davantage; elle exigeait une formelle déclaration de guerre à l'Autriche : Charles-Albert recule. Après avoir nommé
ministre le comte de Santa-Rosa, il part au milieu de la nuit pour Novare, où il se met sous les ordres du comte de la Tour, nommé, par le duc de Genevois, général en chef de l'armée piémontaise. Il envoie à la junte une déclaration portant « qu'il renonce aux fonctions de régent, donnant ainsi et pour toujours l'exemple de la plus respectueuse obéissance à la volonté du souverain. » En présence de ce que les insurgés appellent une défection, une trahison, la junte allait se dissoudre lorsqu'on apprit, dans la soirée du 23, le soulèvement de Gênes et l'adhésion du régiment des dragons de la Reine qui avait quitté l'armée royale de Novare.
intention Cependant un corps d'armée autrichien d'envi- A.tmïuens. r0n 18,000 hommes était rassemblé par le comte de Bubna, derrière le Tessin. Le 4 avril, le comte de la Tour, après s'être concerté avec Bubna, passe la Sesia et pousse ses avant-gardes jusqu'à huit lieues de Turin. Dans la nuit du 7 au 8 avril, .es Autrichiens, de leur côté, passent le Tessin. Le 8, les troupes constitutionnelles sont battues et dispersées, et, le lendemain, la junte dépose ses pouvoirs. Bientôt la Tour fait son entrée à Turin, tandis que les Autrichiens s'arrêtent a Verceil. Ils occupent toutefois la ville et la citadelle d'Alexandrie. Victor-Emmanuel ayant confirmé son abdication par un acte du 19 avril, Charles-Félix notifie son avènement aux puissances étrangères.