AVENEMENT DE CHARLES X EN FRANCE ET DE NICOLAS 1PT EN RUSSIE
Louis XVI II mourut le 16 septembre 1824. Pressentant sa fin prochaine, il avait dit à son successeur : « J'ai louvoyé entre les partis comme Henri IV, et j'ai par-dessus lui que je meurs dans mon lit aux Tuileries: agissez comme je l'ai fait, et vous arriverez à cette fin de paix et de tranquillité. Je vous pardonne les chagrins que vous m'avez causés par l'espérance que fait naître dans mon
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esprit votre conduite de roi. » Monsieur, comte d'Artois, prit le nom de Charles X et monta sur le Lharl"= x trône; il avait soixante-sept ans. « Le nom de Monsieur, a écrit un contemporain, n'était pas populaire; pendant dix ans la France s'était habituée à l'idée qu'il était l'expression de la contre-révolution. » Il n'avait cessé, en effet, de diriger les ultra-royalistes et s'était constamment efforcé d'entraîner Louis XVIII dans les voies de la réaction.
Les tendances du nouveau règne ne tardèrent point à se manifester par une suite de projets significatifs, successivement présentés aux chambres sous l'influence de la Congrégation, vaste association qui embrassait la France entière et qui, à certains égards, dominait le gouvernement (i).
En 182o, un changement de règne eut également lieu en Russie.
A la chute du premier empire français, le czar Alexandre tenait la première place ; les événements AiJi£ïïéï« l'avaient placé au faîte de son époque. C'était un autocrate libéral et un généreux réformateur; maître deux fois de la France, il se signala par sa modération et par les sages conseils qu'il ne cessa de donner aux Bourbons. Mais, comme on l'a vu,
(1) Parmi les propositions dont les chambres furent saisies, il faut mentionner le milliard qui était accordé a l'émigration comme indemnité ; il faut signaler aussi la tentative faite pour reconstituer la féodalité en arrêtant le morcellement des propriétés, en recréant dans les héritages un privilège en faveur de la primogéniture.
il modifia sa politique vers 1820 en présence des agitations de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie et se laissa, lui aussi, entraîner dans la réaction. En Russie, il avait amélioré le servage, ne pouvant l'abolir, et à la Pologne, reconstituée en royaume, il avait donné une charte libérale, accomplissant les promesses d'une proclamation publiée en 1815 et par laquelle étaient assurés aux Polonais l'usage officiel de leur langue, une armée et une administration séparées, ainsi qu'une constitution. Mais on a pu constater que dès le premier jour un malentendu parut exister entre le czar et la Pologne.
A la fin de l'année 1825, Alexandre visitait la Tauride avec l'impératrice ; arrivé à Taganrog, il y mourut presque subitement le 1er décembre. Le grand-duc Nicolas fait aussitôt prêter serment de fidélité par tous les ordres de l'État au prince , crand-duc Constantin, son frère aîné, gouverneur militaire de la Pologne. Ce devoir accompli, il apprend du conseil d'Etat que celui-ci est, depuis le 15 octobre 1823, dépositaire d'un écrit revêtu du sceau du défunt empereur et qui ne devait être ouvert qu'après sa mort. Le conseil ayant fait rompre le sceau, on trouva deux pièces : une renonciation au trône, signée le 14 janvier 1822, parle grand-duc Constantin et l'acceptation de cette renonciation, le 16 août 1823, par l'empereur Alexandre qui désignait en même temps son second frère, le grand-
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duc Nicolas « comme héritier du trône indivisible de l'empire de Russie, du royaume de Pologne et du grand-duché de Finlande. » Après son- divorce avec une princesse de Saxe-Cobourg, Constantin avait obtenu l'autorisation d'épouser la fille d'un simple gentilhomme polonais ; préféra-t-il ce mariage d'amour à la couronne, ou bien Alexandre redoutait-il le caractère violent de son héritier? Quoi qu'il en soit, Nicolas persistait dans sa première résolution. « Nous n'eûmes ni le désir ni le droit, a-t-il dit lui-même dans son manifeste (1), de considérer comme irrévocable cette renonciation qui n'avait point été publiée lorsqu'elle eut lieu, et qui n'avait point été convertie en loi. Nous voulions ainsi manifester notre respect pour la loi fondamentale de notre patrie sur l'ordre invariable delà succession au trône; et, fidèle au serment que nous avions prêté, nous insistâmes pour que l'empire entier suivît notre exemple. »
Mais déjà Constantin, informé du décès d'Alexandre Ier, avait dépêché vers Pétersbourg un courrier porteur de ses lettres par lesquelles il confirmait son abdication et rendait hommage à son frère puîné. Celui-ci restait néanmoins inébranlable; il voulait que Constantin manifestât ses volontés relativement au serment qui lui avait été prêté par le grand-duc Nicolas et par tout l'em-
(1) Gazelle de Sauit-PHersbourg, 24 décembre 1825.
pire. Le grand-duc Michel partit pour Varsovie avec des lettres de Nicolas et de l'impératricemère. Quand on eut appris, le 24 décembre, que Constantin persistait dans ses résolutions, Nicolas, se conformant enfin à la volonté de son frère, saisit les rênes du gouvernement, publia son manifeste, se fit prêter hommage par les corps suprêmes de l'Etat ainsi que par toutes les autorités.
Mais une vaste conspiration, qui n'avait pas été ignorée de l'empereur Alexandre, menaçait la maison de Romanoff. Elle remontait, dit-on, jusqu'au retour de l'armée russe dans ses foyers, après le renversement de Napoléon; s'inspirant du souvenir des sociétés secrètes de l'Allemagne, elle aspirait à régénérer le pays. Les chefs toutefois ne s'accordaient point sur le but final : les uns se seraient contentés d'une monarchie limitée, les autres voulaient une république slave.
Nicolas i". Lorsque, le 26 décembre, l'armée fut, à Saint- Pétersbourg, appelée à prêter serment au nouvel empereur, plusieurs compagnies du régiment de Moscou, sortirent de leur caserne drapeaux déployés, et, après avoir massacré deux généraux qui cherchaient à les ramener à leur devoir, se rendirent, eu proclamant empereur le grand-duc Constantin, sur la place d'isaac, où arrivèrent d'un autre côté des troupes de mutins appartenant aux grenadiers dits du Corp* et aux marins de la garde. Ils