LA GUERRE D'ITALIE
les plus légitimes. Et si l'on jne demandait quel intérêt la France avait dans ces contrées lointaines qu'arrose le Danube, je répondrais que l'intérêt de la France est partout où il y a une cause juste et civilisatrice à faire prévaloir. Dans cet état de choses, il n'y avait rien d'extraordinaire à ce que la France se rapprochât davantage du Piémont qui avait été si dévoué pendant la guerre, si fidèle à notre politique pendant la paix ; l'heureuse union de mon bienaimé cousin, le prince Napoléon, avec la fille du roi Victor-Emmanuel n'est donc pas un de ces faits insolites auxquels il faille chercher une raison cachée, mais la conséquence naturelle de la communauté d'intérêts des deux pays et de l'amitié des deux souverains. Depuis quelque temps, l'état de l'Italie et sa situation anormale, où l'ordre ne peut être maintenu que par des troupes étrangères, inquiètent justement la diplomatie. Ce n'est pas néanmoins un motif suffisant de croire à la guerre. Que les uns l'appellent de tous leurs vœux sans raisons légitimes, que les autres, dans leurs craintes exagérées, se plaisent à montrer à la France les périls d'une nouvelle coalition, je resterai inébranlable dans la voie du droit, de la justice, de l'honneur national, et mon gouvernement ne se laissera ni entraîner ni intimider, parce que ma politique ne sera jamais ni provocatrice ni pusillanime. »
Pour mieux réaliser ses desseins, Napoléon re-
1' Autri à la Sa ni a g
chercha de nouveau l'alliance de la Prusse, et lui offrit, en échange, le Holstein, le Hanovre, la Hesse électorale ainsi que l'hégémonie de tous les États allemands, à l'exception des provinces autrichiennes. Ces ouvertures ne turent pas accueillies.
La Russie suggéra l'idée d'un congrès. L'adhé sion de l'Angleterre fut conditionnelle, celle de l'Autriche tardive. L'Autriche, comme condition, demandait le désarmement préalable de la Sardaigue, puis un désarmement général, et, en outre, l'exclusion de la Sardaigne du congrès. Elle finit par sommer celle-ci de désarmer et de licencier ses corps francs, lui donnant trois jours pour répondre (23 avril). Cet ultimatum ayant été repoussé, les Autrichiens, le 26, franchissaient le Tessin. Le 3 mai, la déclaration de guerre de la France à l'Autriche était annoncée au corps législatif et motivée par l'entrée des troupes autrichiennes sur le territoire du roi de Sardaigne. Le but de la guerre, disait Napoléon III, c'est d'affranchir l'Italie jusqu'à l'Adriatique.
La France, qui avait déchaîné la guerre, n'était pas prête à la soutenir; un mois se passa avant la réunion des troupes alliées, mais l'Autriche ne sut point mettre a profit la lenteur de son antagoniste. La lutte, au surplus, devait être malheureuse pour François-Joseph, uagenu» La bataille de Magenta, gagnée le 4 juin par
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les alliés, leur ouvre Milan; le 8. Napoléon III et Victor-Emmanuel ayant fait leur entrée clans la capitale de la Lombardie. l'empereur, adjure les Italiens de le seconder. « Mon armée, leur dit-il, ne mettra aucun obstacle à la manifestation de vos vœux légitimes. Unissez-vous pour l'affranchissement de votre pays. Organisez-vous militairement sous les drapeaux de Victor-Emmanuel; ne soyez aujourd'hui que soldats, demain vous serez citoyens libres d'un grand pays. » Cet appel devait être entendu .
Le grand-duc de Toscane, ayant refusé de s'unir au Piémont, fut de nouveau contraint de s'exiler. L'abstention du roi de Naples devait être également fatale à sa dynastie.
Après leur défaite à Magenta, les Autrichiens s'étaient repliés de la Lombardie et des Etats romoins au delà de Brescia, où Napoléon et Victor- Emmanuel entrèrent le 18 juin. Le 24, une seconde et terrible bataille est livrée à Solfèrino ; de quatre soifem»*. heures du matin à huit heures du soir, 170,000 Autrichiens luttent contre 145,000 alliés; la victoire reste enfin à ces derniers; les Autrichiens repassent le Mincio.
Une circulaire russe du 27 mai, publiée au milieu de juin, exprimait le regret que l'Autriche eût attaqué le Piémont et que quelques États de l'Allemagne cherchassent à étendre la guerre en dehors de la Péninsule. En réalité, l'entrée des
Agitation Français en Italie et l'attitude même de la Russie Allemagne, avaient excité une profonde émotion au delà du Rhin. L'entrevue qui avait eu lieu deux ans auparavant à Stuttgard entre les empereurs Napoléon III et Alexandre (1) avait dès lors excité les méfiances de la Prusse; on évoquait avec amertume les souvenirs de Tilsit. L'exaltation du sentiment national était déjà profonde lorsque Frédéric -Guillaume IV, dont l'intelligence s'était affaiblie, laissa (2) l'administration du royaume à son frère Guillaume, prince royal de Prusse. Les patriotes mirent toute leur confiance dans le régent et nourrirent l'espoir de rétablir avec lui le prestige de la nation. Mais la guerre d'Italie ne parut pas une occasion propice pour détruire la prépondérance autrichienne; on redoutait plus encore la suprématie que la France pourrait acquérir dans les plaines lombardes. Le 25 juin, la Prusse, qui avait déjà mobilisé une grande partie de ses forces, proposait à la diète d'envoyer un corps d'armée sur le Rhin. Le 4 juillet, elle demandait le commandement en chef des corps fédéraux mobilisés et le commandement de toutes les troupes fédérales qui pourraient être levées; en même temps, elle faisait des propositions de médiation à l'Angleterre et à la Russie.
(1) Septembre 1857.
(2) 23 octobre 18.77.
de Villafranca
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Cette attitude menaçante de l'Allemagne arrêta
Napoléon. Le 8 juillet, à sa demande, une suspension d'armes était signée; le II, il se rendait à Villafranca, quartier général de François-Joseph. paix Dans cette entrevue les deux empereurs arrêtèrent entre eux les bases de la paix : une confédération italienne serait formée sous la présidence honoraire du pape ; l'empereur d'Autriche cédait ses droits sur la Lombardie à l'empereur des Français qui les remettrait au roi de Sardaigne ; les princes dépossédés seraient rappelés.
Dans une proclamation adressée, le 12 juillet, à l'armée, Napoléon III justifiait sa brusque resolution. « La lutte, disait-il, allait prendre des proportions qui n'étaient plus en rapport avec les intérêts que la France avait dans cette guerre formidable. » L'empereur d'Autriche, de son côté, proclama, dans un manifeste, que ses alliés naturels l'avaient abandonné et il signalait la défiance qu'inspirait leur médiation tardive.
Des conférences ayant été ouvertes à Zurich, la paix y fut signée entre la France et l'Autriche le 17 octobre, avec la Sardaigne le 10 novembre. Cette paix, qui laissait Venise à l'Autriche, ne réalisait que la moitié du programme de Napoléon. M de Cavour, désappointé et irrité, avait donné sa démission dès le 13 juillet. « C'est un acte dont je m'honore, disait-il plus tard, et je persiste à croire qu'en protestant ainsi contre ces arrange-
Ti. utés de Zurich
inents autant qu'il était en moi, je n'ai pas peu servi les intérêts de l'Italie. » Le traité de Zurich ne fut, en effet, qu'un nouveau pas vers l'unification de la Péninsule. La Toscane, Parme, Modène et les Légations, qui avaient demandé leur annexion au Piémont, y restèrent réunis, quoique le traité de Zurich eût réservé les droits des princes dépossédés. La seconde moitié du programme de Napoléon III devait être également accomplie un jour, mais sous d'autres auspices et par une autre intervention.
§ Vil.