‹ Précis de l'histoire de France, avec des notes explicatives en anglaisChapitre 17 sur 43 · LES GAULOIS ET LES ROMAINS VERCINGÉTORIX ET CÉSAR · texte numérisé non relu

LES GAULOIS ET LES ROMAINS VERCINGÉTORIX ET CÉSAR

Avant-propos. — Pour comprendre l'histoire de la France moderne il faut jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire des Gaulois, les ancêtres des Français. On verra en ceux-là quelques-uns des défauts, mais aussi les brillantes qualités de ceux-ci. On verra parfois désunion et courage irréflé- 5 chi, mais aussi abnégation, grandeur d'âme, et héroïsme chevaleresque.

Les premiers habitants de la Gaule. — La Gaule était plus grande que la France actuelle et était comprise entre l'Océan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. 10 Les premiers habitants de cette région y vivaient à l'époque dite quaternaire. On les appelle quelquefois troglodytes, car ils prenaient les cavernes pour abri contre les énormes bêtes féroces qui existaient alors : l'ours blanc, le rhinocéros, le mammouth, et les grands lions. On a trouvé quelques 15 ossements des hommes des races fossiles, auxquelles succédèrent les races dites préhistoriques du second âge. La première époque est appelée l'âge de la pierre éclatée, parce

que les hommes brisaient le silex pour en faire des armes ou des ustensiles domestiques. La seconde époque est l'âge de la pierre polie. Les hommes du second âge venaient probablement de l'Orient; ils n'étaient plus des nomades 5 vivant de la chasse, mais ils avaient une idée de l'agriculture et possédaient des animaux domestiques. C'est à eux qu'on doit les cités lacustres, composées de huttes élevées dans les lacs, et c'est aussi à eux qu'on doit les monuments mégalithiques ou grandes pierres : les peulvans, les dolmens,

lo les menhirs, les cromlechs, appelés longtemps pierres druidiques, et qu'on trouve encore en si grand nombre en Bretagne. Les Celtes, les Gaulois proprement dits, et les Belges. — Vers le dixième siècle avant Jésus-Christ les Celtes vinrent de l'Orient, puis vers le sixième siècle, arrivèrent

15 les Gaulois proprement dits, qui conquirent le pays et lui donnèrent leur nom. Peu après vinrent les Belges, qui s'établirent dans le nord de la Gaule. Les Gaulois avaient de grandes épées de fer sans pointe, les Belges des épées courtes et pointues. Les uns et les autres étaient belli-

20 queux et savaient faire un terrible usage de leurs armes. Les Celtes, les Gaulois proprement dits, et les Belges sont les premiers ancêtres connus des Français. Ce sont eux qui introduisirent le bronze et le fer dans le pays appelé maintenant la France.

25 Les colonies grecques en Gaule. — L'an six cent avant notre ère un chef gaulois sur la côte de la Méditerranée mariait sa fille et avait convoqué à un festin les jeunes nobles du voisinage. Un marchand grec de la ville de Phocée se trouvait à ce festin et fut choisi pour mari par la fille du chef

30 gaulois, qui s'arrêta devant l'étranger en lui présentant une coupe de vin, selon la coutume du pays. Le Gaulois ac-

cepta pour gendre le Grec Euxène, et celui-ci fonda la ville de Massilie, qui devint plus tard la riche Marseille. Les Grecs établirent ensuite Antibes, Nice, Arles, introduisirent en Gaule la vigne et l'olivier, et frayèrent la voie, au midi de la Gaule, à la civilisation romaine. 5

Conquêtes des Gaulois. — Établissements des Romains.— Avant que les Gaulois fussent conquis par les Romains ils avaient fait eux-mêmes de grandes conquêtes et avaient subjugué une partie de l'Espagne et une partie de l'Asie Mineure ; ils avaient chassé les Étrusques du nord de lo l'Italie et avaient même pris et saccagé Rome. Rien n'égalait leur audace et leur intrépidité, et l'on connaît leur réponse à Alexandre qui leur demandait ce qu'ils craignaient : " Nous ne craignons qu'une chose, c'est que le ciel ne tombe sur notre tête ! " Malgré leur héroïsme, cependant, les Gau- 15 lois n'avaient pu empêcher les Romains de fonder la ville d'Aix et de s'étendre sur la sixième partie du territoire gaulois. La Gaule Romaine ou Transalpine se nommait la Province Narbonnaise, ou seulement la Province, d'où Provence. La Gaule indépendante était divisée en trois 20 régions : l'Aquitaine, au sud-ouest ; la Celtique, au centre et à l'ouest ; la Belgique, au nord. Les habitants de l'Aquitaine étaient les Ibères, dont les descendants sont les Espagnols, les Basques, et les Gascons.

Coutumes des Gaulois. — La Gaule était composée d'un 25 grand nombre de tribus ou nations indépendantes, hostiles les unes auK autres, et l'unité politique n'existait pas. Il y avait eu des rois, mais au temps de la conquête par César, les nobles avaient formé presque partout des oligarchies, et le chef suprême était élu. Les nobles ou chevaliers, et les 30 prêtres ou Druides, opprimaient le peuple. Les Druides

avaient des rites terribles et sacrifiaient des hommes ; ils enseignaient la doctrine de l'immortalité de l'âme et la croyance en un seul dieu. Le peuple, en général, avait un grand nombre de dieux et adorait même les rochers, les arbres, 5 la mer, les rivières, et les lacs. Au-dessous des Druides, il y avait les ovates, qui donnaient l'éducation religieuse au peuple, et les bardes, qui chantaient pendant les sacrifices. Il y avait aussi des prêtresses, dont les plus connues étaient celles de l'île de Sein, que Chateaubriand a immortalisées par

lo la Velléda des " Martyrs." Les Gaulois n'avaient de villes

proprement dites qu'au midi, dans le voisinage de la province

romaine ; ailleurs ils avaient des opptda, qui n'étaient que

des forteresses, où le peuple se réfugiait en temps de guerre.

Les Cimbres et les Teutons. — Les Helvétiens. — La

15 république romaine, un siècle avant Jésus-Christ, avait porté ses aigles triomphantes dans presque tout le monde connu et convoitait la Gaule indépendante, quand elle-même faillit être la proie de hordes farouches et barbares. Les Cimbres et les Teutons, chassés par un débordement de la Baltique,

20 envahirent la Gaule au nombre, dit-on, de douze cent mille, ravagèrent le pays et vainquirent plusieurs armées romaines. Marins, le rival de Sylla, les détruisit et sauva Rome, qui se prépara à faire la conquête de la Gaule. Les Éduens, aînés des Romains, furent vaincus par les Germains appelés par

25 les Séquanais. Vers cette époque les Helvétiens voulurent quitter leur pays de montagnes, où ils se trouvaient trop à l'étroit, et s'établir en Gaule au bord de l'Océan. Jules César les vainquit dans le pays des Éduens et repoussa les survivants dans leur Helvétie, que leurs descendants ne

30 quittèrent plus et qu'ils ont su si bien défendre contre les envahisseurs.

Jules César

Conquêtes de Jules César. — Vainqueur des Helvétiens, César attaqua Arioviste et les Germains près du Rhin et anéantit leur armée. Il avait ainsi libéré les Gaulois du joug des barbares pour les soumettre plus tard à la domination romaine. Depuis l'an 58, pendant cinq ans, César fit 5 la guerre en Gaule et vainquit les tribus gauloises : les Belges si belliqueux, les sauvages Nerviens, les Vénètes aux puissants navires, les Aquitains de race ibérienne. Le capitaine romain traversa même le détroit qui sépare la Gaule de l'île de Bretagne et s'avança jusqu'à la ville de Londres. 10 En l'an 53 la conquête paraissait assurée et César alla passer l'hiver à Rome. En son absence un vaillant chef du pays des Arvernes tâcha de chasser les Romains de la Gaule. Vercingétorix souleva presque toutes les tribus gauloises, et dans la forêt des Carnutes les députés des nations jurèrent 15 d'être fidèles à la cause commune. A la nouvelle de l'insurrection César franchit les Alpes en plein hiver et envahit l'Auvergne. Vercingétorix conçut alors un plan héroïque et fit brûler les villes et les villages pour affamer l'ennemi. Malheureusement les Bituriges obtinrent que leur ville, Ava- 20 ricum, aujourd'hui Bourges, fût épargnée et promirent de la défendre.

Vercingétorix. — César réussit à prendre Avaricum et alla mettre le siège devant Gergovie. Là, il fut attaqué par Vercingétorix et repoussé. Le Gaulois barbare vainquit le 25 grand capitaine des Romains. La discipHne des légions et le génie de César devaient, cependant, l'emporter sur la valeur des Gaulois. Ce fut en vain que la cavalerie romaine fut rompue et que César perdit son épée, Vercingétorix fut forcé de se réfugier dans la ville d'Alésia, que les Romains 30 assiégèrent. Jamais César ne déploya un aussi grand génie

que dans cette lutte contre la Gaule entière liguée contre lui. Il fortifia son camp par des travaux immenses, contint Vercingétorix et quatre-vingt mille hommes dans Alésia avec soixante mille soldats, et repoussa l'attaque de deux

5 cent cinquante mille hommes venus au secours du chef suprême des Gaulois. Le sort en était jeté, Rome avait triomphé. Il ne restait plus à Vercingétorix qu'à mourir. Un jour que César était assis dans son camp il vit venir un homme monté sur un beau cheval. C'était le chef gaulois

lo qui venait se livrer au vainqueur pour sauver son armée renfermée dans Alésia. César accepta le marché et épargna vingt mille guerriers. Il n'eut pas la magnanimité de rendre la liberté à son héroïque adversaire et il l'envoya à Rome chargé de fers. Vercingétorix resta pendant six ans dans

15 l'affreuse prison Mamertine, en sortit pour orner le triomphe du vainqueur et fut ensuite mis à mort. Le Romain, l'homme civilisé, eut moins de grandeur d'âme que le Gaulois, que le barbare. Vercingétorix est une des plus grandes figures de l'histoire, et il est bien que sa statue

20 s'élève sur la montagne de Gergovie, où il vainquit César. Que les hommes d'aujourd'hui regardent cette statue et qu'ils se rappellent qu'elle est l'emblème de l'héroïsme, du dévouement à la patrie.

Résultats de la Conquête. — César avait pénétré en

25 Gaule en l'an 58; sept ans lui avaient suffi pour faire la conquête de ce grand pays. Il se montra clément envers les vaincus, et ceux-ci adoptèrent bientôt la langue et la civilisation des Romains. Pendant plusieurs siècles l'histoire de la Gaule se confondit avec celle de Rome, et comme province

30 romaine, elle partagea les vicissitudes du grand Empire, attaqué de toutes parts, au cinquième siècle, par les barbares.

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