‹ Précis de l'histoire de France, avec des notes explicatives en anglaisChapitre 18 sur 43 · LES FRANCS CLOVIS ET CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

LES FRANCS CLOVIS ET CHARLEMAGNE

Invasions des Germains. — La Gaule romaine n'est plus défendue par les légions et elle est envahie par les Germains : les Wisigoths ravagent l'Italie et s'établissent au sud-ouest de la Gaule et en Espagne ; les Burgondes s'établissent à l'est, et les Francs au nord. Cette dernière 5 tribu acquiert un grand renom lorsque Mérovée, le chef des Francs Saliens, aide Aétius, le général romain, à vaincre Attila, le roi des Huns, le fléau de Dieu, à la bataille de Châlons, en 45 1 . Clovis, le petit-fils de Mérovée, devient chef de sa tribu en 481 et il est le fondateur de la puissance 10 des Francs. Il vainc Syagrius et les Gallo-Romains et s'établit à Soissons ; il épouse ensuite une princesse chrétienne, Clotilde, nièce du roi des Burgondes ; il combat les Alamans et promet au dieu de Clotilde de se faire chrétien, s'il remporte la victoire. La conversion de Clovis au 15 christianisme assure la suprématie des Francs en Gaule. Les Wisigoths et les Burgondes sont des hérétiques, des Ariens, et l'église catholique, les évêques, aident Clovis et les Francs à s'emparer du territoire gaulois. Les Burgondes et les Wisigoths sont vaincus, et comme le dit M. Rambaud : 20 " C'est bien comme chef du parti catholique que Clovis, qui ne commandait que quelques milliers d'hommes, a pu

fonder en Gaule le premier royaume des Francs. Il a combattu, mais ce sont les évêques qui ont vaincu." ^

Royaume de Clovis. — Quoiqu'il fût devenu chrétien Clovis était resté barbare, et il établit son pouvoir par des

5 actes de grande cruauté. Il fit mourir tous ses parents de la race des Mérovingiens et devint le seul chef des Francs et le maître de la Gaule. Grâce à lui les Francs, qui n'étaient que peu nombreux, donnèrent leur nom au pays des Gaulois, et la Gaule s'appela la France. Les Français, ce-

10 pendant, ne descendent pas en général des Francs, des Germains j c'est le sang des anciens Gaulois vaincus par César qui coule dans les veines des habitants de la France moderne.

Les Mérovingiens. — Les Francs, vainqueurs des Gaulois,

15 n'imposèrent pas leur langue à ceux-ci, et ils tâchèrent d'imiter les coutumes romaines. Les Mérovingiens ne

. purent, cependant, établir leur royaume sur les mêmes bases que l'empire romain. Les Francs avaient un fort sentiment de l'indépendance de l'individu, et ne se soumirent guère à

20 leurs rois que quand ceux-ci étaient des hommes de volonté et d'énergie. Le pouvoir royal ne pouvait être stable puisque le royaume des Mérovingiens était partagé, à la mort du roi, entre tous ses fils, comme un héritage ordinaire. Sous les rois francs il n'y avait pas d'impôts permanents,

25 pas d'armée permanente, et les fonctionnaires étaient trop puissants pour être révocables à la volonté du roi.

Clotaire I^^ — Frédégonde et Brunehaut. — Clovis meurt à Paris en 5 1 1 et laisse son royaume à ses quatre fils, dont l'un, Clotaire, succède à ses frères et à ses neveux et de-

30 vient le seul roi des Francs. Il laisse aussi quatre fils, qui

I A. Rambaud, Histoire de la Civilisation Française.

se partagent son héritage, et l'histoire de deux de ces rois, Sigebert d'Austrasie, et Chilpéric de Neustrie, est des plus tragiques. Les deux frères se font la guerre, et Sigebert est assassiné par Frédégonde, femme de Chilpéric, et nous voyons une lutte terrible entre Brunehaut, femme de Sigebert, 5 et Frédégonde. L'Austrasie est vaincue par la Neustrie, Brunehaut est faite prisonnière par Clotaire II, fils de Chilpéric et de Frédégonde, et elle est mise à mort de la façon la plus cruelle. Les Mérovingiens, qui se disent héritiers de la civilisation romaine, sont de vrais barbares et commettent 10 tous les crimes. Clotaire I^"" fait brûler dans une chaumière son fils Chramne, révolté contre lui, avec sa femme et ses enfants. Les fils de Clovis mettent à mort leurs neveux pour s'emparer de leurs possessions; les frères combattent les frères ; la voix du sang est muette. 15

Les Rois Fainéants. — Charles Martel et Pépin le Bref. — Clotaire II eut pour successeur son fils Dagobert, qui éleva à un haut degré le pouvoir royal et vécut avec magnificence. Ce fut lui qui fonda l'abbaye de Saint-Denis, dans l'église de laquelle furent ensevelis les rois de France, 20 et où l'on trouve encore aujourd'hui un grand nombre d'admirables monuments funéraires. Dagobert et l'évêque saint Éloi sont restés populaires dans l'histoire. A partir de cette époque les Mérovingiens ne sont que des fantômes de rois, et on les appelle les rois fainéants. Un Mérovingien règne 25 sur l'Austrasie, un autre sur la Neustrie, mais ils ne gouvernent pas. Ils demeurent principalement dans leurs métairies, et on les représente, ces rois chevelus, traînés lentement, dans des chars à bœufs, ou vrais Sardanapales, vivant dans la mollesse et l'inaction entourés de leurs femmes. Le 30 pouvoir est entre les mains des maires du palais, et ce sont

lo . Précis de l'Histoire de France

ceux-ci qui commandent les armées dans les guerres continuelles entre la Neustrie et l'Austrasie. A la fin du septième siècle nous voyons deux grands maires du palais, Ébroïn en Neustrie, et Pépin d'Héristal en Austrasie. Le premier 5 meurt assassiné en 68 1, et le second remporte à Testri, en 687, une grande victoire sur les Neustriens. Pépin devient le chef réel des Francs, et, à sa mort, son fils Charles succède à son pouvoir. C'est lui qui est le célèbre Charles Martel et qui arrête l'invasion des musulmans par la victoire

10 de Poitiers sur les Arabes, en 732. Charles est un grand homme de guerre et il fonde en réalité la seconde dynastie des rois francs, celle des Carolingiens. Son fils, Pépin le Bref, relègue dans un monastère Childéric, le dernier Mérovingien, et prend le titre de roi avec l'autorisation du

15 pape. Il est oint par saint Boniface, et plus tard, à Saint- Denis même, par le pape Etienne II, qui supplie le roi des Francs de venir le défendre contre les Lombards. Pépin défait ce peuple guerrier et donne au siège apostolique vingt-deux villes d'Italie. Il soumet les Bretons, fait la

20 conquête de l'Aquitaine, et meurt en 768, après avoir eu une carrière digne de celle de son père, Charles Martel. Sa gloire, néanmoins, est loin d'égaler celle de son fils, Charlemagne.

Charlemagne. — Charlemagne est la plus grande figure

25 dans l'histoire depuis César, et c'est lui qui rétablit l'empire

• romain d'Occident. Seul roi des Francs depuis la mort de son frère Carloman en 771, il étend sa puissance sur l'Italie, sur l'Allemagne, sur l'Espagne. Il enlève aux Lombards la couronne de fer, confirme la donation faite au pape par

30 Pépin et fonde ainsi le pouvoir temporel de la papauté ; il fait la guerre aux Saxons païens pendant trente-deux ans et

Charlemagne

Précis de l'Histoire de France ii

leur impose le christianisme ; il fait la conquête de la Bavière, de la Dalmatie, de la Corse, de la Sardaigne, des îles Baléares ; il défait les Danois, les Slaves de l'Oder, les Sarrasins d'Espagne, les Avars de race hunnique ; il est courormé empereur par le pape à Rome, en l'an 800. 5

La << Chanson de Roland." — L'Empire de Charlemagne. — L'expédition de Charlemagne en Espagne, la défaite de son arrière-garde à Roncevaux par les Basques, la mort de Roland, comte de la marche de Bretagne, ont donné lieu à la célèbre "Chanson de Roland," admirable 10 épopée en vieux français, où les Basques deviennent des Sarrasins, Roland, le neveu de Charlemagne et le fiancé de la belle Aude, et le grand empereur, le champion par excellence des chrétiens. L'église aida Charlemagne dans son œuvre de civilisation, qui consistait à répandre le christia- 15 nisme et à créer des écoles. Le grand empereur appela à lui les savants de tous les pays et mit à la tête de l'école du palais le célèbre Alcuin. Le huitième siècle est l'époque de la première renaissance des lettres au moyen âge, mais le flambeau intellectuel, allumé par Charlemagne, s'éteignit 20 après lui et ne fut pas plus durable que l'ordre établi dans l'empire et que l'empire lui-même. Le grand empereur mourut en 814 et fut enseveli à Aix-la-Chapelle. Lorsque sa main puissante ne fut plus là pour maintenir ensemble les différentes parties de l'empire la désorganisation commença. 25

Louis le Débonnaire et ses fils. — Pendant plusieurs années Louis le Débonnaire, le "saint Louis du IX« siècle," comme l'appelle Michelet, réussit à conserver l'héritage de son père, mais il est faible, et ses fils et ses vassaux lui font la guerre. Il est abreuvé d'outrages et il meurt accablé de 30 chagrin. Charles le Chauve et Louis le Germanique s'allient

contre leur frère Lothaire et se jurent fidélité à Strasbourg en 842. Ce serment est le plus ancien monument de la langue française. C'est du traité de Verdun en 843 que commencent les nationalités : l'Italie, les Francs de l'Est ou la Ger-

5 manie, les Francs de l'ouest ou la Neustrie, l'Aquitaine, et la Lotharingie entre la Neustrie et la Germanie. Charles le Chauve règne sur les Francs de l'Ouest; il est énergique, il est rusé, mais tout empereur qu'il devient il ne peut défendre son royaume contre les pirates Scandinaves, contre

10 les Northmans. Son fils, Louis le Bègue, ne repousse pas,

non plus, les envahisseurs. Louis III et Carloman ne font

que passer sur le trône. Louis remporte une grande victoire

sur les barbares, mais rien n'arrête les barques sur la Seine.

Les Normands. — Voilà Paris entouré de milliers

15 d'hommes. L'empereur Charles le Gros va-t-il chasser l'ennemi repoussé si vaillamment par l'évêque Gozlin et le comte Eudes? Non, Charles se Sert d'or et non de fer pour éloigner les Northmans. Ceux-ci se retirent à l'embouchure de la Seine, et Charles le Gros est déposé par ses

20 sujets, indignés de sa lâcheté. Le héros du siège de Paris, Eudes, est proclamé roi. Grâce à sa vigueur, à sa puissance, il aurait pu repousser Rolf, le Viking, jusqu'à la mer, mais il faut qu'il dispute la couronne à Charles le Simple, fils de Louis le Bègue. La fortune favorise celui-ci, et Eudes

25 meurt en 899. Le Carolingien, pendant plusieurs années, est seul roi. Il n'est pas plus puissant, car il a de bien grands vassaux : le comte de Flandre, Héribert de Vermandois, le duc de Bourgogne, et le comte de Paris, duc de l'Ile de France. Comment protéger ses villes contre les convoi-

30 tises des vassaux? Il donnera un comte northman comme rival au comte de Paris ; il recevra en 9 1 2 l'hommage de

Rolf le Marcheur; il établira le duché de Normandie. Les Northmans barbares devinrent bientôt les Normands, c'est-à-dire qu'ils adoptèrent complètement la civilisation des Francs et ne gardèrent de leur origine qu'une fierté, qu'une indépendance, qu'un esprit fin et tenace, qui feront 5 d'eux les conquérants de l'Angleterre et de la Sicile.

Hugues le Grand. — A peine Charles le Simple a-t-il régné seul quelques années qu'un nouveau compétiteur essaie de lui arracher sa couronne. Robert, frère du comte Eudes, est nommé roi par les seigneurs, qui trouvent que 10 Charles devient trop puissant. Le Carolingien appelle Rolf à son aide et livre bataille à son adversaire. Robert est tué à Soissons, en 923, mais il laisse un héritier, qui est Hugues le Grand. Celui-ci, comme Warwick, est un faiseur de rois, mais plus heureux que le " Dernier des Barons," Hugues sera 15 maître de ses rois toute sa vie. A la mort de Robert, Hugues élève au trône son beau-frère, Raoul de Bourgogne, et le malheureux Charles le Simple est fait prisonnier par Héribert de Vermandois et meurt dans la grosse tour de Péronne.

Louis d*Outre-Mer. — L'opinion populaire qui compare 20 les derniers Carolingiens aux derniers Mérovingiens est erronée. Louis III était un vaillant guerrier, et Charles le Simple, quelles que fussent ses capacités mentales, était brave et actif. Son fils, Louis d'Outre-Mer, fit preuve d'une grande habileté et d'un courage héroïque. Si le sceptre 25 de Charlemagne tomba des mains de ses descendants, c'est que la puissance du duc de France, ajoutée à celle du duc de Normandie, devait écraser le roi des Francs. Élevé dans l'exil à la cour de son oncle Athelstan, Louis fut rappelé par les Francs à la mort de Raoul. Freeman, l'historien anglais, 30 donne au sujet du retour de Louis, .un trait curieux des

mœurs du temps. Le roi Athelstan avait accompagné son neveu jusqu'à la mer ; de l'autre côté du détroit se trouvaient Hugues le Grand et les seigneurs francs. Voulant communiquer à l'aide de signaux, le roi saxon et le duc français 5 mirent le feu aux maisons de bois le long de la côte. Qu'importait-il que des malheureux fussent sans asile ! Ne fallaitil pas qu'il y eût des feux de joie pour signaler l'arrivée d'un Carolingien !

Nécessité d'un roi national. — Louis d'Outre-Mer et

lo l'empereur Othon font la guerre à Hugues le Grand et à Richard de Normandie, fils de Guillaume Longue-Épée. Remarquons ici les assemblées d'Attigny, de Verdun, de Mouzon, d'Engelheim. Un légat du pape préside, et Othon le Grand et Louis IV siègent comme collègues ; l'un comme

, 15 roi des Francs de l'Est, l'autre, des Francs de l'Ouest. Othon, d'après Freeman, est l'Auguste de l'empire des Francs, Louis en est le César. Les deux monarques sont des Germains ; il faudra à la France un roi national, un roi qui n'admettra pas de suprématie de l'autre bord du Rhin,

20 un roi qui, dans sa fierté, dira ne tenir sa couronné que de Dieu. Il oubliera qu'il a eu cette couronne par élection et non par hérédité, et le peuple, dans son aveuglement, l'aidera à se rendre indépendant des seigneurs et courbera la tête devant ce droit divin, qui n'était, à l'origine, que le

25 droit du peuple.

Les derniers Carolingiens. — Louis d'Outre-Mer meurt jeune, après une lutte incessante contre ses grands vassaux. Son successeur, Lothaire, est aussi brave que son père, mais pas aussi sagace. Hugues le Grand, encore une fois, a

30 daigné mettre la couronne sur le front d'un CaroHngien. Que Lothaire se brouille avec Othon II de Germanie, et il

se trouvera sans allié contre Richard et Hugues Capet. Le fils de Hugues le Grand voit qu'il n'a qu'à étendre la main pour prendre la couronne de Lothaire. Il attend cependant ; il voit avec plaisir la lutte du roi franc et de l'empereur franc pour la possession de la Lotharingie, lutte qui diminue 5 à un tel point la puissance de Lothaire qu'il ne laisse à son fils Louis qu'une ombre de royauté. Hugues Capet, comme son père, est faiseur de roi, et place le jeune Louis sur le trône de Lothaire. Louis V, dans son règne d'un an, se fait un ennemi de l'archevêque de Reims, Adalbéron. Aussi, ce 10 prélat, à la mort de Louis, propose-t-il de nommer roi Hugues Capet, et non Charles de Lotharingie, oncle de Louis V. Les seigneurs applaudissent et, en 987, commence la dynastie des Capétiens, qui régneront près de neuf cents ans. Ici finit l'histoire des Francs, l'histoire des rois ger- 15 mains, qui ont Laon pour capitale. Avec Paris pour capitale apparaît la France, ce beau et grand royaume qui sera le centre de la civihsation en Europe pendant bien des siècles.

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