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ciine difficulté en pays ennemi , à la fin de Vhiver , et au milieu des routes les moins fiéquente'es.
Suivant plusieurs chroniques , le Roi , lorsqu'il admit Jeanne en sa présence, voulut d'abord l'éprouver. Il la reçut le soir dans une grande salle éclairée par cinquante torches. La curiosité avoit attiré grand nombre de seigneurs qui étoient vêtus avec magnificence. Charles, plus modestement habillé qu'eux, se cacha dans la foule. Les chroniques varient sur le maintien de la Pucelle lorsqu'elle entra dans la chambre où étoit le Roi avec toute sa Cour. Les unes la représentent comme marchant avec assurance ; d'autres comme ayant toute la simplicité et toute l'humilité d'une pauvre bergerette. Dans ses interrogatoires, Jeanne dit que ses voix lui firent connoître le Roi. Elle s'agenouilla devant lui, et lui embrassa les jambes, en disant : Dieu vous doint bonne vie , gentil roy. — Ce ne suis pas qui suis roj , Jehatine , répondit Charles ; il lui montra un seigneur de la Cour, et ajouta : Voici le Roy. La Pucelle, sans se déconcerter, répliqua : En mon Dieu j c'estes vous et non aultres. Très noble seigneur Dauphin j continua-1- elle , je viens et suis envoyée de la part de Dieu pour porter secours a vous et à votre royaulme j et elle demanda à aller faire la guerre aux Anglais.
Selon d'autres chroniques , le Roi lui demanda d'abord son nom , et elle répondit : Gentil Dauphin j j'ai nom Jehanne la Pucelle ^ et vous mande le Roy des cieulx par moy que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims , et serez lieutenant du Roy des cieulx, qui est roy de France. On ajoute qu'elle tira le Roi à l'écart, et lui parla ainsi : Je te dis de la part de
de 3Iessire (deT)ïei\), qnetu es vray héritier de France etjïls de Roj , et ilmern^oje à toy pour te cofirlinre à Reims j afin que tu y reçoive ton couronnement et ton sacre j situ le veux. Nos Mémoires ajoutent, sur cette première entrevue , quelques particularités qui ne se trouvent point ailleurs.
Un grand nombre de témoins rapportent qu'elle parla au Roi de certaines choses secrètes que nul ne savoit, ni ne pouvoit savoir, Dieu seul excepté. Ils s'accordent à dire que pour ce , le prince prit grant confiance en elle. Presque toutes les anciennes chroniques parlent de ce secret révélé au Roi par la Pucelle ; mais elles ne le font pas connoître. N. Sala est le seul qui prétende en donner l'explication dans son livre des Exemples de hardiesse de plusieurs rois et empereurs (0 « Celluy ( Guillaume Goufiîer, sei- « gneur de Roissy ) me conta dit-il entre aultres choses « le secret qui avoit esté entre le Roy ( Charles VII ) <c et la Pucelle : et bien le pouvoit savoir; il avoit « esté en sa jeunesse très aimé de ce Roy, tant qu'il ne « voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme (( en son lict fors luy. En cette grant privaulté que « vous dis ^ luy conta le Roy les paroles que la Pu- « celle luy avoit dictes, telles que vous les verrez cy {( après. Il fut vray que du temps de la grande adver- « site de ce bon roy Charles VII, il se trouva si bas, « qu'il ne savoit plus que faire , et ne faisoit que
(•) N. Sala éloil pannelier du daujtliiu Orland, fils de Charles AlII. Ce (ju'il rapporte lui avoil élédit en i48o. Sou livre des exemples de liardiesse de plusieurs rois el empereurs, n'existe qu'en manuscrit. Bibliothèque du Roi , n." i8o. Lenglct Dufresnoy en a imprimi' quelques fragnncns dans son Histoire de la l'uceile.
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cf penser au reme'de de sa vie. Car comme je vous ay u dict , il estoit entre ses ennemis encloz de tous « costez. Le Roy , en ceste extresme pensée entre ung « matin en son oratoire tout seul ; et là il feit une K prière à notre Seigneur dedens son cueur sans pro- (( nonciacion de paroles , où il luy requeroit dtvos- « tement que si ainsi estoit qu'il fut vray hoir des- K cendu de la no])le maison de France et que justement « le royaulme deust luy appartenir qu'il luy pleust le « luy garder et deiTendre, ou au pis luy donner grâce K d'escliapper sans mort ou prison , et qu'il se peust « sauver en Espaigne ou en Escosse qui estoient de « toute ancienneté frères d'armes , amys , et alliez « des roys de France et pour ce avoit il là choisi son <( refuge. Peu de temps ce advint que le Roy estoit en « tous ces pensemens la Pucelle luy fust amenée, la- « quelle avoit eu en gardant ses brebis aux champs « inspiration divine pour venir réconforter le bon « Roy, laquelle ne failly pas, etc. »
Les historiens qui ont adopté cette explication, remarquent qu'il étoit d'une importance extrême pour le Roi, de ne pas laisser divulguer ce secret, qui, s'il eût été connu, auroit confirmé les doutes que les Anglais et les Bourguignons cherchoient à répandre sur la légitimité de sa naissance. Il est aussi fait mention dans les interrogatoires delà Pucelle, d'une apparition qu'ftlle auroit eue en présence de Charles VII, et de couronnes qui auroient été apportées par des anges; mais Jeanne en parle d'une manière si obscure, que lors du procès de révision, les avocats de sa famille ont fait considérer tout ce qu'elle dit à ce sujet comme une allégorie. Suivant eux, elle-même étoit
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l'ange, puisqu'elle parloit au nom d'un ange, et elle ajiportoit efTectivement vine couronne au Roi, en lui rendant la couronne de France.
Quoi qu'il en soit, la Puceile comraençoit à inspirer de la confiance à Charles et à plusieurs de ses ministres. Des prédictions, à peu près semblables à celles qui avoient couru sur les frontières de la Lorraine, s'étoient lepandues dans les autres provinces. On ignoroit, ainsi que nous l'avons fait observer, l'origine de ces pre'diclions. Dunois, dans sa déposition, parle d'une prophétie (') en quatre vers, qui portoient en substance quunejîîle viejidjoil du Bois-chesmij et chevaucherait sur le dos des Architenans et contre eux. On appliquoit le mot ^ Architenans aux Anglais , dont la principale force consistoit dans leurs archers. Jeanne rapporte que lorsqu'elle fut arrivée à Chinon, plusieurs personnes lui demandèrent s'il y avoit un bois appelé le Bois-chesnu dans son pays, parce qu'une fille venue des environs de ce bois, devoit opérer des merveilles. On a vu plus haut, qu'un bois du voisinage de Domremy éloit nommé le Bois-chesjiu. Cependant elle assure qu'elle n'ajouta pas foi à ce récit. D'un autre côté, une femme nommée Marie d'Avignon, qui prétendoit prédire 1 avenir, étoit, disoit-on, venue trouver le Roi, et lui avoit annoncé l'arrivée d'une fille qui devoit délivrer la France de ses ennemis. Il faut remarquer encore qu'à cette époque, on parloit beaucoup de prodiges, dont quelques-uns sont rapportés dans les histoires du Moine de Saint- Denis, de Juvénal des Ursins, et des autres chroniqueurs du quinzième siècle.
('"> Dunois ajoute que celte propliélic fut montrée au coojle de Suffolck, lorsf^ue le général enl tlé fail prisonnier.
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Cependant les membres du conseil qui auroient voulu mettre Jeanne à la tête des armées, craignoient do ruiner entièrement les affaires du Roi , et de s'exposer au ridicule et au me'pris, si elle n'avoit pas effectivement une mission divine; on re'solut, ce qui étoit conforme aux idées du siècle, de la faire interroger par des théologiens ; on la confia à la garde de Guillaume Fellier, maître de la maison du Roi, et lieutenant du gouverneur de Cliinon, d«nt la femme éloit de grande dévotion et de louable reiioinmée. Il lui fut permis de se présenter chez le Roi, d'assister à la messe dans la cl)apelle ro3/ale (0, Elle accompagna le prince dans ses promenades, et le duc d'Alençon, émerveillé de la voir chevaucher avec autant de srâce que d'adresse, lui fit présent d'un cheval. • Lors de son passage à Gien, la nouvelle de son arrivée avoit été, comme on l'a dit, portée à Orléans, et .e gouverneur avoit député à la Coui-, Villars et Jamet de Tilloy, pour vérifier si ce que l'on disoit de cette fille extraordinaire, étoit vrai, et si l'on pouvoit en effet compter sur les secours qu'elle promettoit. Dunois, dans sa déposition, rapporte avec détail l'effet que produisit sur les habitans, le rapport des deux envoyés qui retournèrent à Orléans, après avoir vu la Pucelle qu'ils considéroient déjà comme leur libératrice.
Les ministres du Roi voulant donner un plus grand appareil aux examens que Jeanne devoit subir, déci-
(0 Le duc d'Alençon rapporte qu'après la messe elle dit nu Roi , eu sa présence cl devant La T'émouille, qu'j'/ détroit offrir son royaume au Roi des deux, tl que le Roi des deux , après ladite donation ,Iui ferait comme il avoit fait à ses preddcesseurs , et le remettrait en son premier e'tut.
dèrent qu'ils auroient lieu à Poitiers devant le Parlement, et devant une assemble'e de théologiens. On a pu voir dans nos Me'moires les de'tails de ces interrogatoires, et on n'aura pu refuser son admiration à plusieurs des re'ponses de la Pucelle. Nous ajouterons ici quelques circonstances emprunte'es d'autres chroniques, et qui ne sont pas sans inte'rét. L'assemble'e des théologiens étoit présidée par l'archevêque de Rheims, chancelier de France, et composée des prélats et des ecclésiastiques les plus distingués; non-seulement la jeune paysanne ne fut point intimidée lorsqu'elle parut devant ce tribunal imposant, mais elle répartit d'une manière piquante à des questions indiscrètes. Frère Seguin, docteur limousin, qu'une chronique appelle bien aigre hoituîie^ lui ayant demandé çuelidiome parlaient ses voixj elle répondit avec vivacité : Meilleur que le iwtre. — Croyez-vous en Dieu? lui dit ensuite le moine. — Mieux que vous, répondit-elle. On lui faisoit souvent des citations des auteurs sacrés, pour lui contester sa mission ; elle se contentoit de répondre : Il Y a un livre de Messire (de Dieu) plus que es vôtres. Comme les interrogatoires se prolongeoient, elle faisoit remarquer f\u il étoit tenis et besoin d'agir.
L'assemblée, après plusieurs séances, décida enfin que le Roi pouvoit licitement accepter les services de la Pucelle. On n'a pas la décision originale, mais un des docteurs l'a rapportée dans sa déposition. On est également privé de tout détail sur les interrogatoires qu'elle subit devant le Parlement; on croit que cette cour lui fut moins favorable que les théologiens (0, et on ajoute que le chancelier étoit du même
C») Edmoal Riclier assure, sans en douucr aucune preuve, que le
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sentiment. li paroît que les ministres avoient en outre consulté par éci it plusieurs prélats sur la mission de la Pucelle. La bibliothèque du Roi possède en manuscrit (0 la réponse faite par Jacques Gelu, arche« véque d'Embrun aux cinq questions qui lui furent soumises. Ce manuscrit, dont l'authenticité est reconnue, fait bien connoîlre les craintes qu'éprouvoientles ministres du Roi. Gelu se prononça en faveur de Jeanne. Il restoit un doute à éclaircir. On considéroit Jeanne comme inspirée, mais elle pouvoit l'être par l'enfer. Suivant les préjugés du temps, le démon ne pouvoit contracter de pacte avec une vierge; on résolut de vérifier si Jeanne l'étoit, ainsi qu'elle le prétendoit. La reine de Sicile, belle-mère du Roi, fut chargée de la faire examiner par des matrones. L'examen eut lieu en sa présence et devant les dames de Gaucour et de Trêves : on reconnut quelle était vraie et entière pucelle ^ en laquelle n apparoissoit aucune corruption ou violence. Ce fut alors, dit-on, qu'on eut la certitude que Jeanne, âgée de dix -sept ou dix-huit ans, n'avoit point encore été sujette aux incommodités de son sexe. Elle ne les éprouva pas jusqu'à sa mort. Suivant la déposition de Jean Pasquercl , il paroîtroit qu'on avoit voulu constater le sexe de Jeanne avant de s'assurer de sa virginité, et qu'ainsi elle fut examinée à deux reprises différentes.
Parlement n'estait d'avis qu'on s'arresldt à ce qu'elle disait, estimant nestrecjue pure folie. ( Edmonl Riclicr, Histoire manuscrite de la Pucelle. )
(') Jacobus Gelu de Pucelld Aurelianensi. Manuscrit latin de lii biblioihcc£ue du Roi , n." 6199.
Les agens que Ton avoit envoye's à Domremy étoîent revenus, et n'avoient rapporté que des te'moignages favorables. Jeanne avoit triomphé dans toutes les épreuves qu'on lui avoit fait subir-, elle excitoit l'enthousiasme de tous ceux qui pouvoient la voir ou lui parler. Le bruit de sa mission, sur laquelle on n'élevoitplus aucun doute, serépandoit dans les villes voisines. Les hommes d'armes, naguère découragés, accouroient de toutes parts et demandoient à suivre la Pucelle, avec laquelle ils se croyoient désormais invincibles. Les plus vieux capitaines, les princes euxmêmes étoient disposés à marcher sous la bannière d'une paysanne de dix -sept ans. Les ministres de Cliarles ne crurent pas devoir résister plus long-temps au vœu général-, ils résolurent de charger la Pucelle de conduire un convoi à Orléans.
Pendant qu'on faisoit à Tours les préparatifs de cette expédition, le Pvoi donna à Jeanne l'état de maison d'un chef d'armée. Jean d'Aulon fut son écuyer; elle eut pour pages Louis de Contes et Raymond ; pour chapelain frère Pasquerel , Augustin ; pour hérauts d'armes Guienne et Ambleville. On lui fit faire une armure; elle désigna elle-même la forme de son étendaid ('), et fit demander une épée qui étoit, disent les chroniques, enterrée près d'un tombeau dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois, et qu'on trouva en
C') Suivant les interrogatoires et les dépositions, cet étendart étoit d'une toile hlanclie appelée Boucassin. D'un côté , sur un champ lilanc, semé de fleurs de lis, on avoit représenté Jésus-Chrisl assis sur un nuage , et tenant un globe dans ses mains ; à droite et à gauche , deux anges en adoration : l'un d'eux avoit un lis à la main. De l'autre eôlé étoient écrits ces mots : Jkpsus Maria.
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efiet au lien Indiqué. Les prêtres de cette église y firent faire un fourreau de velours vermeil; les habitans de Tours une gaîne de drap d'or. Jeanne ne voulut la porter qu'avec un fourreau de cuir. Elle étoit revenue de Poitiers à Chinon , où elle avoit trouvé Jacques d'Arc , un de ses frères , qui l'accompagna dans ses expéditions, et qui, à ce qu'il paroît, étoit encore avec elle à Compiègne lorsqu'elle tomba au pouvoir des Anglais. Impatiente de prouver qu'elle n avoit pas fait de vaines promesses, elle se rendit à Tours pour presser le départ du convoi. Elle parcou roit à cheval les lieux où les troupes se rassem- Moient, et leur faisoit partager son ardeur. L'armée^ qui la vojoit sijiere et si intrépide , dit Philippe de Bergame , la prenait pour un cavalier descendu du ciel. Quelques semaines auparavant les gens de guerre découragés refusoient d^ prendre les armes ; la Pucelle avoit paru , six mille hommes s'étoient réunis.
Nos Mémoires donnant le récit de la délivrance d'Orléans , de la prise de Gergeau , de la bataille de Patay, de l'expédition de Rheims, et des autres affaires dont le succès fut dû à l'intrépidité de la Pucelle, et à la confiance qu'elle inspiroit aux troupes , nous nous bornerons à faire quelques observations sur les divers événemens auxquels la jeune héroïne prit part, jusqu'après l'attaque de Paris.
Quand il fut question de mettre en marche le convoi destiné pour Orléans , la Pucelle avoit exigé qu'on se dirigeât par la Beauce, où étoient les principales forces de l'ennemi. Les généraux lui ayant fait d'inutiles représentations sur l'excès d'audace d'une pareille entreprise, profitèrent de l'ignorance où elle
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ëtoit du pays, pour lui faire prendre, sans qu'elle le sût, la route de la Sologne. La première nuit, elle avoit voulu reposer toute armée, elle en lut malade; mais elle surnionia la douleur, et continua sa marche. On arriva le troisième jour devant Orle'ans, et comme l'armée se trouva arrêtée par la Loire , Jeanne s'aperçut que les généraux l'avoient trompée. « En mon « Dieu, leur dit-elle, le conseil de Dieu notre sei- « gneur est plus sûr et plus habile que le votre. Vous « avez cru me décevoir et vous vous êtes vous mêmes « déçus plus que moi, car je vous assure le meilleur « secours qui ait jamais été envoyé à qui que ce soit, « soit à chevalier, soit à ville, car c'est le secours du « Roi des cieux ; non mie par amour pour moi; mais « procède de Dieu même, qui, à la prière de saint a Louis et de saint Charlemagne, a eu pitié de la « ville d'Orléans, et ne veut point soufiVir que les u ennemis aient ensemble le corps du duc d'Orléans « et sa ville. »
Le Roi avoit ordonné qu'on lui obéît; mais les généraux, qui la croyoient plus propre à exciter l'ardeur des tioupes qu'à diriger les opérations militaires, se fioient davantage à leur expérience qu'à ses inspirations. Cependant cette jeune fdle sut bientôt établir et faire respecter son autorité. Quelques jours après son arrivée dans la ville , ayant appris que Falstolf, capitaine anglais , s'avançoit avec un renfort, elle ordonna à Dunois de l'avertir aussitôt qu'on seroit informé de son approche. Croyant apercevoir de l'hésitation sur la figure de ce capitaine : Bastart , hasiart, lui dit-elle, ou nom de Dieu, je le commande que taritost que tu sçauras Vai rivée dudit Falstof^
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que tu me le fasses sçavoir , car s'il passe sans que je le sçaclie , je te promest que je te ferai oster la teste.
Les troupes que l'on avoit amenées par la Sologne furent obligées de remonter jusqu'à Blois , pour y passer la Loire ; elles revinrent par la Beauce, ainsi que Jeanne Tavoit voulu d'abord, et entrèrent dans la ville sans que les Anglais, cachés dans leurs retranchemens , osassent inquiéter leur marche. La promesse faite par la Pucelle de secourir Orléans se trouva ainsi accomplie. Le succès inespéré d'une entreprise aussi difficile, succès d'autant plus étonnant qu'on n'avoit rencontré aucun des obstacles qu'on devoit redouter, frappa les esprits, et les plus incrédules furent convaincus de la mission divine de la Pucelle.
Pendant les deux mois que les ministres de Charles îivoient employés à examiner Jeanne d'Arc avant de lui permettre d'agir, les Anglais avoient été instruits de l'arrivée de cette fille extraordinaire, et de l'assurance avec laquelle elle parloit de ses projets. Les discours, la conduite de Jeanne, leur causoient une inquiétude qu'ils ne pouvoient cacher. Ils avoient cru les Français entièrement abattus par une longue suite de revers ; quand ils virent la Pucelle venir les braver avec une armée moins forte que la leur, ils attribuèrent ce changement subit à un pouvoir surnaturel, et furent glacés de crainte. Les chroniques de leurs partisans, les lettres même du duc de Bedford prouvent qu'ils prirent pour une sorcière celle que les Français considéroient comme l'envoyée de Dieu.
Jeanne ne tarda pas à attaquer les bastilles de l'en-
iiemi j à l'une de ces attaques > au moment où elle posoit une e'clielle conti e la muraille , elle est percée d'une flèche au-dessus du sein, entre le col et l'épaule ^0. Elle tombe presque sans connoissance , est investie par une troupe d'ennemis, se relève sur ses genoux, et se défend avec autant d'adresse que de courage ; des hommes d'armes viennent à son secours, et l'emportent à quelque distance. On !a désarme ; la blessure étoit grave , le trait ressortoit derrière le col. Jeanne fut d'abord effrayée et ne put retenir ses larmes. Tout-à-coup elle revient à elle, et dit à ceux qui l'entourent : Je suis consolée. Elle se fait panser; se retire un moment à l'écart pour prier, ramène à l'assaut les troupes qui effectuoient leur retraite : tout est ifostre et entrez j ^ leur crie-t-elle en leur montrant la muraille et marchant à leur tête; la bastil'e est enlevée. Les Anglais, forcés dans quelques-uns de leurs retranchemens , n'osèrent défendre les autres ; ils levèrent le siège le dimanche 8 mai ; elle étoit entrée dans la ville le vendredi 29 avril (2). Lorsqu'on annonça leur retraite à la Pucelle , elle ne permit pas qu'on les poursuivit : En mon Dieu ^ dit-elle, laissez-les partir
(0 Dans ses interrogatoires , Jeanne dit avoir annoncé au Roi, avant de quitter Chiuon , qu'elle seroit blessée à Orléans.
(^) Le vendredi 29, elle entra dans la ville l'après-midi.
Le samedi 3o, elle alla reconnoîlre renuemi.
Le dimanche 1.^'' mai , consacré à la prière.
Le lundi 2 , conseil de guerre , souimatiou aux Anglais.
Le mardi 3 , fête de la cathédrale d'Orléans, consacré à la prière.
Le mercredi 4j sortie: on s'empara du fort Saint-Loup et du fort Saint-Jean-le-BIanc.
Jeudi 5, fête de l'Ascension , consacré à la prière.
Vendredi 6 et samedi 7 , on s'empara du fprt des Auguslins et dts Tournclles.
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et allons rendre grâce à Dieu. L'armée anglaise avoit perdu, suivant Monstrelet, six à huit mille hommes devant Orléans , et les débris de cette armée n'étoient plus en état de tenir la campagne.
Lorsque , après la retraite de l'ennemi , le duc d'Alençon , Dunois , Ambroise de Lore , visitèrent les tournelles que les Anglais avoient abandonnées , ils ne purent revenir de leur étonnement ; le duc d'Alençon s'écria qu'avec peu de monde il y auroit résisté pendant plusieurs jours à des armées considérables; de Lore et Dunois regardèrent cet événement comme miraculeux : c'est ainsi que Dunois en parle dans sa déposition.
Il falloit en effet que les ministres de Charles eussent foi entière à la mission de la Pucelle, pour entreprendre , sur sa parole , l'expédition de Rlieims. On avoit à traverser soixante lieues de pays occupé par les Anglais ; on devoit être arrêté sur la route par des villes fortifiées , et par des rivières telles que l'Yonne, l'Armançon, la Seine, l'Aube et la Marne; on manquoit d'argent pour faire transporter l'artillerie et les munitions ; on n'en avoit même pas pour l'entretien des troupes (0. La ville de Rheims, où l'on prétendoit aller, étoit au pouvoir des Bourguignons. Tout , enfin , sembloit se réunir pour empêcher de
Dimanche 8 , Jeanne fait prendre les armes pour observer l'ennemi qui lève le siège.
Les Anglais furent donc obliges de lever le siège sept jours après l'arrivée de Jeanne d'Arc j et, sur ces sept jours , il y eut trois jours da fêle consacrés à la prière.
(•) liOrsque le Roi se mit en marche pour aller à Rheims, il ne put faire payer que trois livres sur la somme due à chaque homme d'armes.