LETTRE DE JEHANNE LA PUCELLE
AU DUC DE BOUllGOGNB.
« JHESUS MARIJ.
'« Haut et redoublé prince, duc de Bourgongne, « Jehanne la Pucelle vous requierk de par le Roy du « ciel , mon droicturier souverain Seigneur , que le « roy de France et vous faciez bonne paix, ferme^
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« qui dure longuement ; pardonnez l'un à l'autre de
« bon cuer entièrement , ainsi que doibvent faire
« loyaux xhrestpiens, et s'il vous plaist aguerroyer,
« si allez sur le Sarrazin. Prince de Bourgongne , je
a vous prie , supplie et requiers , tant humblement
« que requierir vous puis, que ne guerroyez plus au
« saint royaulme de France; et faictes retraire incon-
« tinent et briefvemerit vos gens qui sont en aucunes
(c places et forteresses dudit saint royaulme ; et de la
« part du gentil roy de France, il est prest de faire paix
« à vous, sauve son honneur, s'il ne tient en vous;
« et vous fais asçavoir, de par le Roy du ciel, mon
« droicturier et souverain Seigneur , pour votre bien
« et pour votre honneur, et sur voz vie , que vous
« n'y gaignerez point bataille al'encontre des loyaulx
« Françoys, et que touts ceulx qui guerroyent audit
« saint royaulme de France , guerroyent contre le
« roy Jhesus, Roy du ciel et de tout le monde, mon
« droicturier et souverain Seigneur. Et vous prie et
« requiers à joinctes mains que ne faictes nulle ba-
« taille, ne ne guerroyez contre nous , vous, vos gens
« et subgiez ; et croyez sûrement, quelque nombre de
« gens que vous amenez contre nous, qu'ilz n'y gai-
« gneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille
« et du sanc qui sera répandu de ceux qui y ven-
« dront contre nous. Et a trois semaines que je vous
« envoyé escript et envoyé bonnes lectres par ung
« heiault, que fussiez au sacre du Roy, qui aujour-
« d'huy dimanche, dix-septiesme jour de ce présent
« mois de juillet, se fait en la cité de Reims, dont je
« n'ay eu point de réponse , ne n'ouy oneques puis
« nouvelles dudit herault. Et Dieu vous command,
ce et soit garde de vous , s'il lui plaist : et prie Dieu « qu'il y mette bonne paix.
« Escript audit lieu de Reims, le dix-septiesrae « jour de juillet. »
Sur le verso est écrit, Au duc de Bourgongne,
Pendant son séjour à Rlieims, la Pucelle y vit arriver son père et son oncle. Le Roi , dit-on , prit plaisir a se faire raconter, par Laxart, toutes les difïicultés que Jeanne avoit eues à vaincre avant de pouvoir partir pour Chinon. Jacques d'Arc, et probablement aussi Laxart, furent défrayés par la ville pendant leur séjour à Rheims. La somme payée à Alis, veuve Rolin Moriau , hôtesse de l'Ane rajéj chez laquelle étoit logé Jacques d'Arc, s'élève, d'après un ancien compte de la ville, à vingt-quatre livres, et il y est dit que le père de la Pucelle étoit en la compagnie du Roi.
Jeanne, ayant délivré Orléans et fait sacrer Charles VU, avoit rempli ses étonnantes promesses. Rien ne manquoit à sa gloire , elle avoit sauvé son Roi et son pays ; sa mission , telle qu'elle l'avoit annoncée étoit finie. Plusieurs chroniques rapportent qu'avant de quitter Rheims, elle demanda au Roi la permission de retourner chez son père, et qu'elle ne put l'obtenir. On a remarqué avec raison que, depuis le sacre, elle ne s'étoit plus opposée aux résolutions des ministres et des généraux; qu'elle n'avoit plus cherché à diriger les opérations : elle se contentoit de donner aux soldats l'exemple de l'audace et de l'intrépidité. Cependant elle parle souvent , dans ses interroga-
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toires, de révélations poste'rieures à cette e'poque , mais elle ne dit pas que ces révélations fussent relatives aux affaires du royaume..
En quittant Rheims, l'armée royale se dirigea vers Paris, et s'empara de plusieurs places sur la route. Presque tous les succès étoient dus à l'activité de la Pucelle. ' Charles désiroit reconnpître ses services ; mais elle nevouloit aucune récompense ni pour elle, ni pour sa famille ; elle se borna à demander que les liabitans de Domremy fussent exemptés de tailles , d'aides, de subventions et de toute espèce d'impôt. Le Roi lui accorda cette demande, par une ordonnance rendue à Château-Thierry, le 61 juillet 1429; l'exemption fut confirmée en 14^9 et renouvelée en 1610. Les registres de taxes de l'élection de Chaumont portèrent , jusqu'à l'époque de la révolution , à l'ar' ticle de Domremy : néaiit , a cause de la Pucelle.
De Château-Thierry le Pvoi se rendit à Crépy, où l'on vint lui annoncer que les habitaus de Reauvais avoient chassé Pierre Cauchon, leur évêque, qui étoit dévoué aux Anglais ; il reçut en même temps la nouvelle de la soumission de Compiègne. La renommée de Jeanne étoit dès-lors tellement répandue que, pendant qu'elle se trouvoit dans cette dernière ville, le comte d'Armagnac la consulta sur les trois rivau;x qui se disputoient le saint Siège.
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