‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 2 sur 101 · SE LA RECONNAISSANCE SE L’ AUTEUR · texte numérisé non relu

SE LA RECONNAISSANCE SE L’ AUTEUR

PRÉFACE

Lorsqu’en mil huit cent trente-cinq le Gouvernement belge présenta aux Chambres la loi sur la réorganisation du haut enseignement, il avait compris que le moment était venu d’y introduire de sérieuses réformes.

La science avait marché à grands pas ; en peu de temps , elle s’était enrichie de nombreuses et brillantes découvertes , et il fallait en tenir compte.

PRÉFACE

Loin de nous la pensée de jeter un blâme sur les anciennes universités : elles ont été ce qu’elles devaient être; elles ont préparé ce mouvement intellectuel qui depuis une vingtaine d’années est si marqué en Belgique ; c’est de leur sein que sont sortis la plupart des hommes qui, dans différentes carrières, honorent aujourd’hui le pays par leurs talents. Il y aurait donc de l’injustice et de l’ingratitude à méconnaître les immenses services qu’elles ont rendus , puisque par la marche ferme et régulière qu’elles ont imprimée aux hautes études, elles ont préparé les améliorations que la loi nouvelle y a introduites.

Dans ce rapide progrès que les sciences ont fait dans ces derniers temps , l’Anatomie s’est fait particulièrement remarquer , car, plus que toutes les autres , elles a vu son cadre s’élargir ; la loi , en introduisant dans l’enseignement de cette science des branches qui ne faisaient point partie du programme des anciennes universités (1), n’a donc eu en vue que de mettre ces établissements en mesure de satisfaire à ces nouveaux besoins.

Mais cette introduction même a laissé aux professeurs une tâche importante à remplir. La plupart des moyens d’instruction manquaient; ainsi ni l’organogénésie , ni l’anatomie pathologique , ni la science si importante des monstruosités ne pouvaient être enseignées , faute de

(1) L’ovologie, l’organogénésie, les monstruosités, l’anatomie pathologique.

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pièces ou de préparations propres à les démontrer.

Il importait donc de combler au plus tôt cette lacune , en formant des collections que l’état de l’anatomie et l’extension donnée à son enseignement rendaient si nécessaires.

Grâce aux immenses ressources que la ville de Gand présente, un cabinet anatomique a pu être créé dans son université en moins de temps que ne semblent devoir l’exiger des collections de ce genre.

A peine formé depuis quatre ans , ce cabinet compte déjà plus de douze cents préparations, et suffit à tous les besoins des cours. Ce sont ces pièces , la plupart d’un haut intérêt et quelquesunes extrêmement rares, qui servent chaque année à mettre sous les yeux des élèves les cas que l’observation immédiate du cadavre ne pourrait faire connaître, ou qui, ne se produisant qu’à de rares intervalles , ne peuvent être étudiés que dans les musées d’anatomie, où la nature se présente à l’observateur dans toutes ses conditions et sous toutes ses formes.

Ce sont aussi ces pièces qui ont fourni la matière du cours pratique et théorique que nous offrons aujourd’hui au public.

Nous avons tâché qu’il pût servir à diriger les élèves dans l’étude des différentes branches sur lesquelles roule l’examen de la candidature en médecine, répondant ainsi à un besoin qui se lait vivement sentir, et auquel on nous a plus d’une fois sollicité de satisfaire.

PREFACE

Il manquait en effet un traité classique sur l’ovologie , l’organogénésie , l’anatomie des tissus et l’anatomie pathologique, et ce n’est que d’après des notes recueillies dans les leçons, que les étudiants pouvaient se préparer à la partie la plus difficile de leur examen.

Nous croyons cependant que ce n’est pas aux jeunes gens des universités seulement que ce livre pourra être utile; mais nous pensons que par l’extension que nous lui avons donnée , il ne sera pas sans intérêt pour les médecins que les soins de la pratique éloignent de l’étude de l’anatomie, et qui cependant ont besoin de se tenir au courant des progrès de la science.

Nous avons fait précéder ce travail par un Précis de l’histoire de l’anatomie depuis son origine jusqu’à nos jours , et en cela nous avons cru satisfaire à un autre besoin également senti ’ >urd’hui.

n effet, si toutes les sciences gagnent à être étudiées sous le point de vue historique , l’anatomie y trouve un intérêt spécial ; car elle a ceci de particulier, que son histoire se rattache à celle des hommes qui l’ont créée, et qu’en consacrant leurs noms aux organes qu’ils ont découverts, elle a imposé au médecin l’obligation de connaître la vie et les œuvres de ceux dont elle a voulu ainsi perpétuer la mémoire.

Et pourquoi ne le dirions-nous pas ici : en parcourant cette longue série d’anatomistes célèbres , nous n’avons pu nous garder d’un juste sentiment d’orgueil , en voyant la part immense que les anatomistes belges ont prise à la fondation

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et au perfectionnement de l’anatomie; et nous n’avons pu nous empêcher de développer à tous les yeux ce côté brillant de la nationalité belge.

On comprendra que les limites d’un simple précis ne nous ont pas permis de faire un examen spécial de tous les ouvrages qui ont été écrits sur la matière. Cependant nous nous sommes attachés à faire connaître les différents états de la science pendant les siècles qu’elle a parcourus.

A cet effet , nous avons pris pour chaque époque les ouvrages qui nous ont paru représenter le mieux l’état auquel l’anatomie était parvenue alors, et nous en avons donné une analyse aussi complète que possible.

Nous nous sommes fait une règle constante de puiser aux sources, et le plus souvent, afin de ne pas altérer la pensée des auteurs, nous avons reproduit le texte lui-mème. De cette manière, cette partie historique s’est grossie de nombreuses citations latines, que cependant nous ne pouvions éviter sans diminuer le degré de confiance que toute analyse d’ouvrage doit inspirer.

Nous croyons que ceux qui s’intéressent aux fortes études et aux progrès des sciences , approuveront à cet égard l’idée qui nous a guidé , et qu’à leurs yeux nous sommes justifiés d’avance.

Quoi de plus indispensable en effet pour celui qui veut se livrer à de sérieuses investigations que de se familiariser avec la langue des anciens auteurs?

Jusqu’au 18me siècle, le latin a été la langue scientifique ; y rester étranger, ou , ce qui est

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à-peu-près la même chose , se contenter d’une connaissance superficielle de cette langue , c’est se condamner a ne point profiter des travaux des Yésale , des Willis, des Malpighi, des Boerhaave, des Haller et de tant d’autres illustres auteurs, qui offrent des mines inépuisables de science à celui qui veut les consulter.

Nous aurions pu , comme c’est l’usage, rejeter toutes ces citations en notes; mais nous avons cru qu’en les intercalant dans la matière même du livre, sans en donner la traduction, nous engagerions ceux qu’une trop grande répugnance ou un défaut d’habitude éloignent de l’étude du latin , à faire connaissance avec les anciens auteurs, qu’ils apprendront à apprécier et à admirer du moment où ils les auront lus.

Nous avons divisé cette histoire en cinq grandes périodes : la première embrasse l’état de l’anatomie depuis son origine jusqu’aux temps modernes, et donne ainsi l’exposé complet des connaissances anatomiques chez les anciens.

La seconde période comprend l’état de l’anatomie depuis la restauration des lettres et des sciences en Europe jusqu’à la fin du 16,lle siècle , époque féconde en progrès, et dont Yésale est le représentant le plus illustre.

La troisième nous fera connaître l’état de l’anatomie pendant le 17rac siècle , et les découvertes importantes qui ont été faites à cette époque , découvertes auxquelles se rattachent les noms d’Ilarvey, deBartholin, de Rudbeck , de Malpighi , de Willis , de Ruysch , etc.

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AI

Dans le cours de la quatrième période (18mü siècle), nous verrons l’anatomie rentrer dans la voie que lui avaient déjà tracée les anciens. L’anatomie expérimentale avec Haller et Spallanzanni ; l’anatomie des tissus avec Bordeu et Bichat, et enfin l’anatomie pathologique avec Yalsalva et Morgagni se trouveront enfin réunies pour constituer une science complète.

Dans la cinquième période (19me siècle), nous verrons le champ de l’anatomie s’agrandir encore , et l’anatomie comparée prêter son utile concours à celle de l’homme.

On ne s’étonnera pas sans doute de l’extension que nous avons donnée à cette partie historique. Tout le monde aujourd’hui sent l’importance de ces sortes d’études; on comprend que quand elles ne sont pas là pour éclairer d’une vive lumière les travaux de l’esprit, la confusion et l'anarchie s’y introduisent ; qu’on se consume en stériles efforts , et qu’au lieu de marcher à la conquête de vérités nouvelles , on reproduit péniblement de vieilles observations et les vieilles idées.

Quand au contraire on n’aborde la science qu’après de consciencieuses études de ce qui a été fait avant soi , on sait vers quel but diriger ses efforts , on connait les lacunes et on peut avoir l’espérance légitime de les combler; car si tous les savants ne peuvent prétendre à la gloire des génies créateurs , tous , ouvriers modestes mais utiles, doivent apporter leur pierre au vaste édifice des sciences qui s’élève par le concours des générations.

PRÉFACE

Parmi les auteurs que nous avons consultés, nous devons citer avec reconnaissance le savant bibliothécaire de la faculté de médecine de Paris, M. Dezeimeris, auquel nous avons emprunté la plupart des détails biographiques que ce volume renferme.

Avant de terminer, nous avons encore un devoir à remplir, c’est de déclarer qu’aucun des moyens nécessaires à l’accomplissement de notre entreprise ne nous a manqué. Nous avons trouvé dans M. le docteur Meulewaeter, prosecteur de l’université , un aide actif et instruit ; de son côté , le Gouvernement n’a pas cessé un seul instant de mettre à notre disposition toutes les ressources dont la loi lui permet de disposer.

Nous devons des remerciments tout particuliers à l’Administrateur-Inspecteur de l’Université , M. Jean-Baptiste d’Hane-De Potter, qui, dans sa haute position , comprend et accomplit si dignement ses devoirs de citoyen en consacrant tous ses soins à la prospérité de l’établissement dont la direction lui a été confiée : en lui rendant ici ce témoignage public, nous croyons être l’interprète des sentiments d’estime et de reconnaissance de tous nos collègues.

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