FALL0P1A
trois muscles de l’oreille externe , le releveur de la paupière supérieure, le ptérygoïdien externe , le génio-hyoidien et le trachélo-mastoïdien, le droit latéral de la tête, le cervical descendant, les muscles du voile du palais et la plupart de ceux du pharynx ; le pyramidal de l’abdomen que Yésale n’avait fait que figurer. 11 décrivit plus exactement les intercostaux , et montra que les internes viennent seuls jusqu’au sternum. Il fit connaître aussi , avec beaucoup plus d’exactitude que Yésale, les muscles de la face et des yeux , particulièrement les obliques internes et leur poulie de réflexion, les muscles de l’os hyoïde et du larynx, 1 insertion du stylo-pharyngien à l’os hyoïde, et releva 1 erreur que Yésale avait empruntée à Galien sur le sphincter de la vessie. Il étudia les vaisseaux avec un soin tellement minutieux , que sans le secours de l’injection il parvint à déterminer des anastomoses difficiles a reconnaître , comme celles des veines diaphragmatiques avec les mammaires , de celles-ci avec les épigastriques et les intercostales, de l’azygos avec les émulgentes et les lombaires , celles qui existent entre les veines droites et gauches de la face, de la région mammaire, des hypochondres et de l’abdomen. Il découvrit les veines et les sinus veineux de la moelle épinière, les artères méningées moyennes et ethmoïdales, les distributions des carotides internes à la base de 1 encephale et leurs communicantes. Il fit voir, contre l’opinion de son maître, que ces artères ne s’ouvrent pas dans les sinus de la duremère. Il releva une autre erreur du môme anatomiste , en montrant que l’artère vertébrale s’introduit dans le crâne par le grand trou occipital. Il décrivit avec soin les veines jugulaires et les vertébrales , reconnut le premier que la veine ombilicale est unique, et fit connaître le volume et l’importance du canal artériel. Il parla des valvules des veines à l’occasion de 1 azygos , mais ce fut poui en nici
FALLOPIA.
l’existence. En névrologie , il indiqua tous les nerfs de l’œil; découvrit la quatrième paire, exposa l’histoire des trois branches de la cinquième , et parla le premier du rameau nasal interne et du nerf glosso-pharyngien. Dans l’œil il découvrit le cercle ciliaire ainsi que la membrane hyaloïde.
En splanchnologie, il refit presque tous les travaux de ses prédécesseurs; la structure de l’œsophage, la tunique villeuse de 1 estomac et des intestins, les valvules conniventes, la texture des reins, les ligaments ronds de la matrice, telles sont les principales découvertes dont la science lui est redevable. On lui attribue également la découverte des vésicules séminales et des trompes utérines , mais il n’est pas difficile de démontrer qu’Estiennes avait déjà décrit les premières Ç\ oir pag. bo). Quant aux secondes, on ne saurait également en faire honneur à Fallopia , puisque nous avons vu que Rufus d’Éphèse en avait déjà parlé, (voir pag. 26) et que depuis, Zerbi les avait décrites de manière à ne laisser aucun doute ni sur leur existence , ni sur les usages qu on leur attnbuait alors. Voici comment ce dernier s’expiime sur ce point : « La matrice a une base et un fond,
» au fond se remarquent deux testicules H y a encore
» deux cornes qui vont aboutir aux deux émonctoires. On » trouve quelquefois dans les femelles de divers animaux » des fœtus renfermés dans les cornes; dans ces cornes » pénètre quelque liqueur qui coule dans la matrice , nam- » que in utroque duorum cornuum pénétrât aliquid » quod ex ipsis testiculis nascitur } cui officium est in vas » midiens , seu matricem } sperma expellere : quaprop- » ter ipsa anibo duo nominantur spermatis expidso- » ria. » ( Anatome corporis liumani; Venetiis , 1502). Quant aux usages des trompes, Fallopia n’est pas plus avancé que ses devanciers ; il considère les ovaires comme les testicules de la femme , et les trompes comme leurs
FALLOPIA.
conduits excréteurs. Comme Aésale, il semble avoir entrevu les œufs de De Graave , mais sans connaître leur nature et leurs usages.
Pourquoi faut-il qu’après d’aussi éminents services rendus à la science, il faille reprocher à Fallopia des actes qui dénoteraient une horrible férocité de caractère , si 1 on ne savait que la science peut aussi avoir son fanatisme. Il reçut un jour du duc de Toscane un criminel condamné à mort, afin de le tuer à sa manière et de le disséquer ensuite ; à cet effet; il lui fit avaler deux gros d’opium, mais un accès d’une fièvre quarte dont il était affecté arrêta l’effet du poison. Alors ce malheureux, qui se félicitait d’avoir échappé au danger, le supplia , dans le cas où une seconde dose ne le tuerait point, d’intercéder auprès du prince pour obtenir sa grâce. «Je lui donnai encore deux gros, dit Fallopia, et il mourut. » Nam princeps jubet ut nobis dent hominem } quem nostro modo interficimus , et ilium anatomizamus j cui exhibai drachmas duas opii, et adveniens paroxismus [nam hic patiebatur quartana) , prohibait opii actionem. Hic qloriabundus rogavit , ut bis ad hue exhiber émus , quod si non moreretur, ut procuraremus pro ejus sainte apud principem. Rursusilli exhibuimus , extra paroxismum, drachmas duas opii et mortuus est (pag. 652). Certes il a fallu que Falopia nous l’apprit lui-même pour ajouter foi à un pareil acte de barbarie. On a vu employer des hommes à des essais d’opérations nouvelles : ainsi , les premières tailles latéralisées furent faites sur des criminels auxquels ont avait assuré leur grâce en cas de réussite. Mais ici , indépendamment du but qu’on se proposait d’atteindre, il restait à ces malheureux la chance d’être délivrés à la fois de leur infirmité et de la peine que sans cela ils auraient inévitablement subie. Mais dans le cas de Fallopia. rien ne justifie son action, ni le but, car il
COLUMBO.
il était pas en peine de se procurer des cadavres, ni le moyen, car il est atroce.
Après Fallopia , il faut nommer Mathieu Reald Columbo, natif de Ciemone, qui fut le protecteur de Yésale et qui le remplaça dans son enseignement lorsqu’il eut été nommé piemier médecin du roi d’Espagne. Ce n’est pas peu dire que d assurer que Columbo ne resta pas au-dessous de celte tâche; les élèves continuèrent à affluer à Padoue. Après six années d’enseignement dans cette ville, il passa à Pise en 154G, et peu de temps après à Rome, où l’avait appelé le pape Paul IV. Columbo mourut en 1559. Son ouvrage De re anatomica lihri XX, parut l’année de sa mort ; il est presque entièrement calqué sur ceux de Yésale et de Galien, qu il a eu 1 intention de compléter; on regrette d’y voir le ton de suffisance avec lequel il parle de ses travaux , et les critiques quelquefois injustes qu’il se permet à l’égard de son illustre maître. En général, Columbo a moins brillé par un esprit de découverte que par la précision , l’ordre et la clarté qu’il a mis dans ses descriptions. C’est à lui que l’on doit la première bonne démonstration des ventricules du larynx et la découverte des muscles pyramidaux; on lui accorde également celle des génio-glosses et des sourcilliers.
Dans la question de la circulation du sang, le nom de Columbo a été souvent cité , pour lui faire honneur d’une partie de la découverte d’Harvey. Le fait est que sur ce point les connaissances du prosecteur de Yésale n’ont pas été au-delà de celles de son maître : comme lui , il n’a déciit que la circulation pulmonaire. Yoici comment il s’exprime. « Quand le cœur se dilate, le sang passe de la veine )) cave dans le ventricule droit; de ce ventricule il est » poussé dans la veine artérielle (artère pulmonaire) qui le » porte au poumon, l’atténue et le môle à l’air. De ce vaisw seaule sang passe dans l’artère veineuse (veines pulmonaires)
COLUMBO.
» dont l’usage est de porter le sang mêlé à l’air par 1 ac- » tion des poumons, dans le ventricule gauche du cœur ;
» quand le cœur se resserre , les valvules tricuspides se relè- )) vent et opposent une digue au retour du sang dans la » veine cave et dans l’artère veineuse ; en même temps les >3 valvules placées à l’embouchure de l’artère veineuse et de 3) l’aorte ouvrent le passage au sang qui entre dans le cœur? 3) et qui se répand ensuite dans le reste du corps. 33 Yoilà pour la circulation pulmonaire ; quant à la grande circulation, il l’a complètement ignorée; il admit avec tous ses contemporains une simple oscillation du sang de la périphérie vers le centre et du centre vers la périphérie. On en trouve la preuve dans la manière dont il décrit les distributions de la veine porte. « Cette veine, dit-il, se divise en plusieurs 33 rameaux ; ceux qui sont envoyés à l’estomac , sont destinés 33 à lui apporter la nourriture , car ce n’est pas du chyle 33 qu’il peut se nourrir; un autre va à la rate, et est destiné à 33 porter à ce viscère le sang mélancholique qui vient du 33 foie. L’usage de la veine porte et de ses ramifications est de 33 porter le chyle dans le foie , où il doit être changé en sang , 33 et de porter le sang qui doit nourrir le mésentère, les in- 33 testins,le ventricule et l’omentum. 33
Le désir de ne point séparer Yésale de deux de ses élèves les plus illustres, nous a empêché jusqu’à présent de parler de Barthélémi Eustachi , un des anatomistes les plus éminents d’un siècle si fécond en grands anatomistes. 11 naquit vers la lin du 15me siècle ou au commencement du 16me. Contemporain de Yésale , de Columbo, de Fallopia , il peut être considéré comme le créateur de l’anatomie intime ou de structure à laquelle un siècle plus tard Malpighi et Ruysch durent leur renommée. Il fut le premier qui alla fouiller dans 1 intérieur des parties pour en reconnaître l’organisation , et qui se servit à cet effet de moyens que son génie seul lui indi-
EUSTAC1II.
qua , les loupes, 1 injection des vaisseaux, la macération, la dessiccation, etc; en un mot, il fut aussi habile à prépaiei les tissus, qua en découvrir l’arrangement intime: Vir acris ingenii , dit Haller , parais laudator , sed ad invemendiim et ad subtiles labores a natura paratus } omnium incisonorum ad nostra usque tempora maximum in sua arte ambitum suis laboribus complexus est, ommumque quos ego novi, plurima inventu , plurimasque correctiones ad perficiendam artem attulit. (Bibl. anat. )
Eustachi étudia la médecine à Rome , où il se distingua bientôt entre tous ses condisciples. Peu de temps après sa réception de docteur, il fut nommé professeur à l’école où naguère il était élève , et l’éclat qu’il ne tarda pas à répandre sur 1 enseignement de l’anatomie, fixa sur lui les regards des universités voisines. Cette réputation méritée lui valut la place de médecin du cardinal d’Urbino , qui , plus tard fut élu pape. Eustachi mourut en 1570.
On trouve dans l’ouvrage suivant les découvertes dont on est redevable à cet anatomiste: Opuscula anatomica j nempe de renum structura, officio et administration . De organo auditns , ossium examen, de motu capitis. De vena quœ azygos dicitur, et de alia quœ in flexu brachii communem profundam producit. De dentibus. Leyde 170 7 , édition de Boerliaave. Ces travaux méritent bien que nous nous y arrêtions un instant.
De renum structura.
C était une opinion admise par les anciens anatomistes , que la substance des viscères était formée par le sang, et poui ce motif ils 1 avaient désignée sous le nom de parenchymemot grec qui remonte jusqu’à Érasistrate, et qui expnmait parfaitement leur idée (7 bf/yu je verse dans) .
EUSTACHI .
Le foie , la rate , les poumons , les reins , et en général, toutes les glandes leur semblaient constituées de cette manière. Il était loin de leur idée que ces viscères eussent une organisation propre:; se fiant aux apparences, ils n’y voyaient qu’une pulpe plus ou moins consistante due au sang épanché. Eustachi le premier aborda l’étude de ces parenchymes pour en démêler la texture, et les résultats auxquels il est parvenu sont d’autant plus admirables, qu’il n’avait pour se guider dans ses recherches ni le secours du microscope , ni celui de l’art des injections. Ce qu’on connaissait avant lui de la structure des reins , était renfermé dans l’idée vague du mot parenchyme ; ni la substance glanduleuse , ni les tubulures, ni les mamelons, ni la disposition particulière des calices et du bassinet , ni même les capsules surrénales n’étaient connues.
Ap rès avoir déterminé d’une manière exacte la forme, la position et les rapports des reins , ainsi que leur membrane d’enveloppe, il fait voir que leur parenchyme n’est pas homogène: Cœterum quamvis renum substantia } perinde ac jecoris et pulmonis caro suffasa et concreta appareat , et veluti sanguinis concrementi speciem prœ se ferat , tamen adeo peculiaris est renibus , ut cum nulla alia corporis parte communicet , sed ad ipsos solos proprie referatur (pag. 4).
Ce parenchyme est composé de deux substances, l’une charnue, dense, de nature glanduleuse, ayant quelque analogie avec celle du corps thyroïde : l’autre tuhulonnée , et s’élevant de la surface interne de la première , sous la forme de caroncules qui avaient échappé jusque-là à tous les anatomistes, et qui sont traversées par de petits canaux destinés probablement à transmettre les urines aux calices : lias vcro carunculas , si secundum earurn longitudinem dissecaveris , uvirum hbi naturce artificiuvi fiet via-
EUSTACHI.
ni fatum } omnibus fcre aliis ctnatomicis incognitum j nimirum vidcbis quosdam sulcos et canaliculos , non secvs acpilos tenuissimos , elegantissime in eis exscidptosj per quos , non cluhito, lotium in urinarii meatus ramos percolari. Comment ces canaux urinifères prennentils naissance ? est-ce en faisant suite aux capillaires artériels ou veineux , ou bien par des extrémités libres ou des bouebes ouvertes dans la couche glanduleuse? c’est ce qu’il serait difficile de dire: N uni autem ejusmodi canalicidi } a tenuissiviis venis et arteriis faut j an in ipsa renum snbstantia, perinde ac foramina in papillis mamillarum, sint excavati , difficile est ex anatome judicare. Cependant il dit qu en injectant 1 artère rénale, il a vu l’air pénétrer jusque dans 1 uretère. Nous verrons plus loin comment Malpighi et Bellini ont résolu le problème.
Eustachi entre dans de longs détails sur la distribution des artères et des veines émulgentes : il fait voir que ces vaisseaux , après s être introduits dans les reins par leur hile , se portent directement dans l’intervalle des tubulures jusqu’à la couche corticale , où ils s’anastomosent en arcades , pour se dissiper ensuite en innombrables capillaires. A cette occasion il fait connaître 1 insertion de la veine spermatique gauche dans la veine émulgente de ce côté et l’origine de l’azygos et de la demi-azygos , tantôt dans les premières veines lombaires , tantôt dans les émulgentes elles-mêmes.
Quant aux uretères , il en décrit très-bien le bassinet et les calices . Urinanus ergo meatus , ubi in renem ingressus est , latior paulidnm evadit } et in fres ramos prœcipuos instar venarum et arteriarum scinditur, eosque in supei ioi ein } inferiorem ac mediam regionem ejusdem renis dis h ibutos } ex quibus rursuin superior inferiorque in très alios ramos dividitur , médius vero in duos : hirami hieves et ampli sunt , fincmque potins latior em quam an-
EUSTACUI .
gustiorem instar scyphi aut choance obtinent , qno glandulam mamillarum papillis similem instar operculi quilibet eorum excipit et amplectitur.
Les anatomistes n’avaient point admis de nerfs dans les reins , ou tout au plus n’avaient parlé que d’un seul trèsgrêle. Ainsi Yésale avait dit : Cœterum renis nervus, qneni , quasi prœterierain , gracilis est, neque venœ neque arteriœ renis proportione respondens. (Lib. Y. Caput. X) Eustache relève cette erreur d’observation , et fait voir que ces nerfs sont au contraire très-nombreux et proviennent du plexus mésentérique. Il examine ensuite les différences et les analogies de structure des reins aux différents âges et dans les animaux , relativement à lhomme : il observe que chez le fœtus ces organes sont inégaux et bosselés , circonstance qui se représente à 1 état permanent chez beaucoup de mammifères , l’ours par exemple. La comparaison de leur état morbide lui fournit aussi les moyens de mieux reconnaître leur organisation. Il démontre que rien n’est plus variable que les circonstances de volume, de consistance , ou de couleur de ces organes , d’après les maladies dont ils ont été le siège : que tantôt ils sont fermes , tantôt ramollis; d’une couleur rouge-vif, ou noir-foncé, quelquefois pâles et décolorés. Il a observé à leur surface de petits abcès circonscrits, auxquels il donne le nom de tubercules purulents : d’autres fois il les a trouvés comme ensevelis dans des tumeurs graisseuses , ou de la consistance de la pierre , qui les comprimaient et altéraient leur fonctions : Pinguedinem adeo concretam, ac durant aliquando inveni, ut lapidis duritiem fere œquaret , qua pinguedine renes obstrui , ac plurimum imminui , sicut non semel mdi. Il a également bien observé l’effet des calculs , qu’il dit pouvoir exister sans que les reins soient notablement altérés dans leur structure: ces altérations sont le plus souvent consécutives
EUSTACHI.
et dépendent du volume du calcul, de sa forme , ou de son séjour plus ou moins prolongé dans le bassinet ou les uretères. Il rapporte à cet égard plusieurs observations intéressantes , entre autres celle d un jeune bomme qui mourut après des douleurs néphritiques très-vives , et dont l’un des reins contenait dans le bassinet un calcul oblong , percé d un trou par où l’urine passait dans l’uretère.
Toutes ces observations sont extrêmement importantes ^ et dénotent dans Eustacbi un observateur attentif et éclairé. Le piemier, il a insisté sur les autopsies cadavériques , et les avantages que le médecin peut en retirer, surtout si on les combine avec les ouvertures des animaux vivants , qui lui pei mettent de mieux apprécier le jeu des organes: « Si corpora eorum qui aliquo morbo interempti sunt dissecantur, morborum causæ et commoda medendi ratio explorabitur. Quod si brutorum etiam tune viventium sectio accedat, licebit earum particularum quæ sensuum judicio subjiciuntur, actiones et usus intueri. Maxime autem interest uno tempore administrationis modum in horum trium corporum sectione docere, et morborum qui aperto cadavere oculis cerni possunt , meminisse ; atque de his quæ ad artis exercitationem spectant , sæpe admonere , ut unusquisque eorum aspectu , ad investigationem mirabilium naturæ operum inflammetur , omnemque industriam ac solertiam adhibeat quo multo plura ipse ac meliora excogitet , inveniat et adjiciat. »
De ciuditiis organis.
A la même époque où Fallopia appellait l’attention des anatomistes sur la structure de l’oreille , Eustachi à Rome et Ingrassia en Sicile faisaient des recherches analogues , et à ce qu’il paraît avec un égal succès, puisqu’ils firent , presqu en meme temps , les mêmes découvertes ; il ne faut donc pas s étonner que des contestations se soient
EUSTACHI.
élevées sur leur priorité. Nous avons vu que Fallopia attribuait l’invention de l’étrier à Ingrassia; mais Eustachi , dont on n’a aucun motif de suspecter la bonne foi , déclare qu’il le connaissait avant que personne en eût parlé; qu’il l’avait fait voir à plusieurs personnes à Rome, et qu’il l’avait fait graver sur cuivre. Il en est de même des autres parties de l’oreille moyenne ou interne deciites pai Fallopia , et dont Eustachi a fait une étude spéciale. Quoiqu’il en soit, ce qu’on ne lui contestera pas , c’est la découverte de la trompe gutturale et du muscle interne du marteau. Eustachi fut amené à la découverte de ce dernier par analogie : considérant que les osselets de 1 oreille sont mobiles , il pensa qu’il devaient avoir des muscles propres , et en faisant des recherches dans ce sens , il découvrit celui qui naît de la paroi supérieure de la trompe : « Musculum , quod sciam , nemo adhuc invenit , tu si ilium videre cupis , aperta calvaria, os incide quod petram refert, eo loco quo linea minime alte pénétrante exculptum est , et versus tenuiorem ossis temporis sedem in anteriorem partem magis eminet , ejusque squammam accurate detrahe, summa diligentia adhibita, ut subjecta organa nihil lædas. Hoc sane experta manu ubi effeceris, statim musculus conspiciendum se exhibebit; qui, etsi omnium minimus sit , elegantia tamen et constructionis artificio nulli cedit. Oritui a substantia ligamentis simili qua parte os , quod cuneum imitatur cum temporis osse committitur ; indeque carneus invadens , redditur sensim ad medium usque aliquanto latior, deindeque vero augustior effectus , tendinem gracillimum producit, qui in majorem apophysim ossiculi mallco comparati, fere e regione minoris apophysis ejusdem inscri-
^ur Haec sane sectio difficilis est , sed ubi quis semel
aut bis eam obierit , facilem experitur.
EUSTACHI.
De dentibus.
Nous avons vu en parcourant l’ouvrage de Vésale l’idée fausse qu’on se faisait alors de la dentition , puisqu appliquant à ces organes les lois générales de l’ostéogénèse , on a^ait considéré les dents temporaires comme des espèces dépiphyses qui ne se soudaient point au corps de los, c’est-à-dire, à la dent persistante. Eustachi, le premier, fit connaître la structure des dents et le mécanisme de leur évolution. Voici les faits principaux de son travail , faits importants , puisqu’ils constituent la base de toutes les recherches qui ont été faites depuis (1): tant le propre des hommes de génie est de trouver la vérité dans toutes les questions dont ils entreprennent la solution ! Les dents de la première et de la seconde dentition se forment , dit Eustachi, dans l’utérus; pour m’assurer de ce fait, j’ai disséqué nombre de fœtus humains et j’ai trouvé les fermes de ces dents contenus dans différentes alvéoles. &En ouvrant chaque mâchoire, on voit les dents incisives, les canines et les trois premières molaires ; elles sont en partie osseuses et en partie mueilagineuses et séparées les unes des autres par des cloisons : Aperta utraque maxilla , occurrunt incisores , canini, ac très molares , partira mucosi, partim osseï , non obscurœ rnagnitudinis , suisque prœsepiolis undique vallati. Après cette première rangée de dents, on en trouve un autre correspondant exactement par sa position à la première. Quant aux dents
(1) J. Hunier, Natural history of the human teeth. Lond., 1778.
Erai SUr ranatomie et la physiologie des dents, ou Nouvelle theone de la dentition. Paiis, 1817.
G. Kaathover, De dentium formatione atque natura, Leyde , 1821.
EUSTACHI.
molaires qui ne sortent que vers l’Age de sept ans, j’avoue que je n’en ai jamais trouvé le moindre germe, cependant je n’oserais pas en conclure qu’elles n’existent point chez le fœtus, car il se peut que par leur petitesse elles se soient dérobées à ma vue. Le phénomène de la dentition tient donc à ce que les dents de la seconde rangée poussent devant elles celles de la première , et les font enfin tomber de leurs alvéoles. Dans un enfant de deux mois on trouve au fond de chaque alvéole un follicule d’un blanc obscur et d’une consistance plutôt muqueuse que membraneuse, semblable à la gousse d’un légume et percé d’une ouverture à travers laquelle passe le nerf de la dent. La partie qui perce les gencives se couvre plus tôt que celle qui reste dans l’alvéole , d’une écaille blanchâtre , mince et creuse comme un rayon de miel; cette lame se forme plus tôt sur les incisives que sur les canines , et sur celles-ci plus tôt que sur les molaires. L’autre partie de la dent qui adhère à l’alvéole , de même que le follicule qui en revêt les racines , est composée d’une substance muqueuse , transparente lorsqu’elle est exposée à la lumière, et , quoiqu’on y observe une apparence de fibres , présentant plutôt, la nature cl un corps concret que d’une véritable membrane. Ce follicule est si adhérent à la portion de la dent qu’il recouvre , qu’on ne saurait l’en détacher qu’avec beaucoup de difficulté ; il adhère aussi fortement à l’émail. On voit dans l'intérieur des dents un canal qui s’étend jusque dans leurs racines, et d’autant plus développé, que l’individu est plus jeune, car ces canaux s’effacent avec l’âge. Cette cavité est tapissée par une membrane qui reçoit l’expansion des vaisseaux et des nerfs qui pénètrent par le sommet de l’alvéole. Dans ce kyste membraneux est renfermée à son tour la substance muqueuse ou la pulpe dont il a été question plus haut.
On voit que le travail d’Eustachi ne laisse rien à désirer :
EUSTACHI.
on y trouve une indication claire et précise de la capsule, ou de la matrice contenant le germe ou la pulpe, et qui sécrété la substance calcaire à laquelle la dent doit sa consistance. L’anatomiste italien termine par l’exposition des phénomènes de la dentition et de leur marche; il s’occupe également de différentes recherches relatives aux maladies dont les dents sont le siège.
Le livre sur la veine azygos renferme la première indication du grand canal thoracique; nous y reviendrons. On y trouve également la description de la valvule qui porte son nom ( valvule d’Eustachi ).
Eustachi avait fait graver des planches anatomiques qu’il eut le regret de ne pouvoir publier. Par une fatalité inexplicable, ces planches restèrent dans l’oubli jusqu’en 1712, où elles furent éditées par Lancisi, premier médecin du pape Elément XI qui les lui avait données en présent. Elles sont lom d’offrir le mérite des planches de Yésale ; cependant comme expression de l’état de la science à l’époque d’Eustachi, elles ont une grande valeur. La plus grande partie de 1 anatomie y est représentée en 47 planches : les sept premières contiennent l’histoire des reins , la huitième représente e cœur ouvert de manière à laisser voir la valvule découverte par fauteur, le trou auquel on a attaché à tort le nom de Botal, l’embouchure des veines coronaires, et enfin les ramifications de la veine azygos. Dans celles qui sont relatives a l’encéphale, on constate plusieurs faits nouveaux ; entre autres les éminences mamillaires de la base du cerveau , la commissure antérieure du ventricule médian , les trois cornes des ventricules latéraux, les corps olivaires, les pyramides de la moelle allongée, etc. Dans la planche 1 8 qui a les nerfs pour objet , Eustachi distingue le giand sympathique des pneumo-gas triques , et le poursuit dans le crâne jusqu’à son union avec l’oculo-moteur externe, union qu’il semble avoir constatée le premier.
nonoENS.
Ici la Belgique peut de nouveau revendiquer une de ces illustrations qui lui font occuper une place si distinguée dans l’histoire des sciences: nous voulons parler de Remberl Dodoens , connu généralement sous le nom de Dodonæus ou Dodonée. Ce médecin naquit àMalines le 29 juin 1518. Envoyé de bonne heure à Louvain , il y fit ses humanité» , et aussitôt après s’appliqua à la médecine, dans laquelle il fit de rapides progrès. Sa licence est du 10 septembre 15o5.
11 visita ensuite les écoles les plus célèbres de France , d Allemagne et d’Italie et revint à Malines en 1546. Quinze ans plus tard , il voyagea de nouveau en Italie , d’où il passa en Allemagne pour être médecin de Maximilien IL Apres la mort de l’empereur, il devint le médecin de son fils, Rodolphe II, qui l’honora, comme Maximilien son père, du titre de conseiller aulique. Dodoens quitta néamoms la cour pour revenir dans son pays; il s’arrêta quelque temps à Cologne , et de là il se rendit à Anvers pour publier son grand ouvrage latin sur les plantes, qui sortit des presses de Plantin en 1583, Stirpium historiœ pemptades seæ, sive libri triginta , in-fol. avec lo41 figures sur bois. A cette époque, l’université de Leyde 1 appela dans son sein et lui conféra une chaire de médecine , que sa mort, arrivée le 10 mars 1585, ne lui permit d’occuper que deux années. Ainsi Dodoens porta à 1 etranger sa gloire et ses talents. Quelle est donc la cause qui a déterminé nos plus grands hommes à s’expatrier ? Par quelle fatalité Yésale, Dodoens, Yan Den Spiegel et d autres encore que nous pourrions nommer, ont-ils répandu l'éclat de leur enseignement sur des universités qui ne furent pas celle de leur patrie? Pourquoi Réga, Van Helmont, Palfyn vécurent-t-ils méconnus ou ignores. Ici nous nous arrêtons, car la solution de ces questions ne serait peut-être pas favorable à nos compatriotes.
DODOENS .
Si nous cherchons dans l’histoire de la science un homme auquel on puisse comparer Dodoens, on trouve que c’est Chaussier, qui présenté avec lui les rapports les plus manifestes; comme ce dernier, Dodoens publia des tables synoptiques dans lesquelles on admire la même méthode et la môme clarté dans 1 exposition des principes de la science.
Mais ce qui , à nos yeux , constitue le véritable titre de Dodoens à la renommée , c’est d’avoir été un des rénovateurs de la doctrine du vitalisme et l’un des créateurs de 1 anatomie pathologique. Sous ce rapport le mérite de notre compatriote n’a pas été assez apprécié; aussi allons-nous tâcher de remplir cette lacune. Mais avant on nous permettra de faire une courte digression, afin d’amener cette partie de 1 anatomie au point où Dodoens l’a prise , pour en faire une science positive dans ses appréciations , elle qui jusquelà ne s était composée que d une série de faits mal observés et la plupart du temps interprétés d’une manière opposée à la nature. En le faisant, nous ne croyons pas nous écarter de notre sujet; car l’anatomie pathologique est du domaine de la science de l’organisation , elle en constitue en quelque sorte le complément, puisque c’est elle qui, avec l’anatomie des tissus , doit guider le médecin dans ses observations au lit du malade.
L’étude de l’anatomie pathologique , c’est-à-dire , des modifications que les maladies apportent à la structure des organes, a de tous les temps préoccupé les médecins. Toutefois on conçoit qu intimement liée à l’anatomie physiologique , elle n a pas dû faire de notables progrès , tant que cette dernière est restée dans l’enfance. Il ne faut donc pas s attendre à en trouver des traces dans les ouvrages des auteurs antérieurs a la fondation de l’école d’Alexandrie. Hcrophile et Érasistrate , ces deux illustres fondateurs de cette école , semblent s’en être occupés et s’étre livrés à
DODOENS.
l’ouverture des corps, autant pour découvrir la cause des maladies que pour en étudier la structure. Malheureusement leurs écrits ne sont pas parvenus jusqu’à nous , et il serait par conséquent difficile de se faire une idée de letat de l’anatomie pathologique durant cette période. Le premier ouvrage dans lequel il est question de lésions organiques, est celui de Rufus d’Éphèse sur les maladies des reins et de la vessie (pag. 26). Après, il faut remonter jusqu’au 16me siècle pourvoir cette science reparaître. Ce fut encore Yésale qui, le premier ouvrit la voie. Déjà nous avons vu, en parcourant son immortel ouvrage, que des observations d anatomie pathologique s’y trouvent çà et là répandues ; il parait même qu’il en avait fait le sujet d’une ouvrage particulier qu’il se proposait de publier comme complément de son anatomie , s il n’en eût été dégoûté par les odieuses persécutions dont il fut l’objet. Ce fut Columbo, son prosecteur, qui recueillit ce précieux héritage et qui consigna dans son ouv rage . De v e anatomica , les faits principaux observes dans lampithéatre de son maître. On y remarque entre autres des cas d absence du péricarde chez l’homme et d abcès dans le mediastin antérieur, contre lesquels Columbo propose un tiailement hardi , mais basé cependant sur de profondes connaissances anatomiques: Inter mediastmurn } hoc est } liane duplicem plevram, thoracem in duo secantem } materna aliqua colligi potest quœ , perforato sterno , tuto satis extrahi potest a diligenti clururgo , reique anatomicœ peritissimo (pag. 225). La trépanation du sternum avait déjà été proposée par Galien.
Après Columbo, nous devons citer Volcher Coiter, élève de Fallopia , qui a donné à la lésion des. organes une attention spéciale ( Observationcs varice , novis , diversts ac artificiosissimis figuris illustrâtes. Nurenib. 1575). Coitei manifeste le désir que les magistrats favorisent la dissection
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dos personnes mortes de maladies inconnues ou occultes. Entic autres faits, on y trouve des cas de guérison de plaies du ci «me avec perte de substance du cerveau, de paralysies idiopathiques ou symptomatiques par suite d’épanchements, soit dans les ventricules du cerveau , soit entre les méninges, ou bien de coliques violentes , d’œdème des poumons , d’hydrothorax, d’hydropisies par suite de vices organiques, de squirres de l’estomac, etc. ; de jaunisses par suite de calculs biliaires, d’abcès profonds dans les viscères, dont Coiter indique la mai che avec une rare habilele. 11 y est également question de physiologie expérimentale, entre autres d’observations sur les mouvements du cœur que notre anatomiste décrit avec autant de précision qu’Harvey , et sur les effets des extirpations partielles ou générales du cerveau : Quod summa admiratione dignum existit , brutorum viventium cerebi a dctexi , vulneravi } et mtactis nervis eor umdemquo principiis , et ventnculis inédits illœsis , exemi , ac nullum vel vocis, vel respirationis , vel sensu s , vel motus offensionis signurn in us deprehendi. Aves absque cerebro ediquando vivant, et quilibet in gallinis , vel pullis gallinaceis , si rostrum superius cum dimidia capitis parte abscideritj cerebrique majorem exemerit partent , experiripotest (pag. 122). Si nous ne nous trompons, on trouve dans ce passage le fond de l’ouvrage que M. Flourens a fait paraître en 1824 , Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés , et dans lequel il établit que l’ablation des premières couches des hémisphères du cerveau ne produit que peu de troubles dans les fonctions , mais seulement un peu de faiblesse et de manque d’harmonie , tant qu’on ne dépasse point la partie moyenne de ces hémisphères, c’esta-dire les ventricules latéraux, veniriculis mediis illœsis , comme le dit Coiter , mais que toutefois l’ablation totale de
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] organe, ches les vertébrés inférieurs, ou sur de très-jeunes animaux n’entraîne pas la mort. La physiologie expérimentale est donc plus ancienne qu’on ne serait tenté de le croire.
Une circonstance qui prouve combien à cette époque on commençait à sentir l’importance de l’anatomie pathologique, c’est le regret que manifeste Euslachi, parvenu à la fin de sa carrière, de ne pas s’être livré à son étude. Plût à Dieu , dit-il , que je me fusse livré à l’étude de l’anatomie pathologique plutôt qu’à celle de l’anatomie physiologique, que j’eusse consacré à la première les années que j’ai données à la-seconde, et que je n’eusse pas entrepris si tard la culture de ce champ fertile!
Jusqu’ici la science n’était donc pas créée; tous les esprits sages comprenaient que l’observation du cadavre pouvait seule dévoiler les causes cachées des maladies internes , et révéler par une induction légitime le mode de traitement le plus propre à les combattre avec succès. C’étaient là les pia vota qui attendaient encore leur accomplissement; trois hommes se présentèrent alors comme pour s en disputer 1 honneur : ce furent Bâillon (1), Benivieni (2) et enfin Rem-
(1) Baillou (Guillaume), l’un des médecins du seizième siècle qui contribua le plus à secouer le joug des Arabes, et à ramener à l'observation de la nature, naquit à Paris, -vers l’an 1538. Digue successeur des Fernel , des Durct, il sut comme eus s’affranchir de la fausse méthode suivie de son temps , et continuer la nouvelle route qu’ils avaient ouverte. Dans ces temps, voisins de ceux où l’Europe était encore plongée dans les ténèbres , les esprits un peu actifs, entraînés par l’enthousiasme que leur inspiraient les ouvrages des anciens, s’attachaient principalement à rétablir les textes altérés et à les reproduire. Sans réfléchir que le livres ne sont précieux que comme recueil de défaits, et que ces faits se renouvellent tous les jours , on aimait mieux étudier les livres que la nature. Après un siècle d’efforts faits dans cette fausse direction , on sentit que la nature n’est pas plus qu’autrcfois muette pour celui qui sait l’interroger, et l’on revint à la consulter. Baillou tient le premier rang parmi les auteurs de cette réforme: en effet, le talent de l’observateur, du praticien exercé et fidèle à la doctrine hippocratique respire dans tous ses écrits; et quelque soient les révolutions de la science, on ne les consultera jamais sans avantage. (Dczeimeris.)
(2) Benivieni (Antoine), médecin et philosophe célèbre de son temps.
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bert Dodoens, dont nous allons maintenant examiner l’ouvrage. Celui-ci parut peu de temps avant sa mort, en 1584, sous le titre de Medicinalium ohservatiomnn exempla rara j Leyde 1585. Dans l’épître dédicatoire écrite il y a 256 ans, l’auteur s’exprime à-peu-près en ces termes: « On ne peut révoquer en doute que les médecins n’eussent pu répandre beaucoup plus de lumières sur les maladies cachées et difficiles à connaître, ainsi que sur leurs causes, s’il leur avait été permis, ou s’ils avaient jugé convenable d’ouvrir les corps des personnes mortes à la suite de ces maladies. En effet , il n’y a pas d’investigation , quelque exacte quelle soit , qui , relativement aux causes occultes ou cachées des maladies, découvre plus sûrement et plus facilement la vérité, que la dissection des cadavres.
«Elle nous fait connaître l’affection , nous la rend manifeste et en même temps nous dévoile les causes qui ont présidé à sa génésie et à celle des symptômes. Convaincu des avantages que le médecin peut en retirer, nous y avons recours toutes les fois que l’occasion s’en présente et que nous en avons la permission ; et nous déclarons volontiers être parvenu par ce moyen , non-seulement à trouver les causes cachées de plusieurs maladies, mais encore à découvrir les véritables traitements curatifs qui leur conviennent; traitement qui jusqu’à ce jour, ou ne nous sont pas connus, ou ne nous ont pas été bien transmis par la tradition , comme nous espérons de le faire voir dans les livres sur le traitement des maladies que nous allons incessamment publier. »
naquit à Florence , où il vivait vers la fin du quinzième siècle. Benivieni fut un des médecins italiens , qui contribua le plus à répandre le bon goût en médecine. Il sentit la nécessité de revenir à l’observation de la nature. Son ouvrage De abditis nonnullis ac mirandis morborum et sanationum morbis, atteste qu il était un observateur à la fois judicieux et éclairé. (Dezeimeris).
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Eu outre, nous sommes redevable à ce célèbre médecin belge de plusieurs observations anatomo-pathologiques très-curieuses, fruit, comme il nous l’apprend lui-mème,de plus de 40 ans de pratique. Il répandit le premier quelque lumière sur diverses affections du cerveau , à l’égard desquelles les anciens ne nous avaient transmis que des songes , selon le savant auteur de l’histoire pragmatique de la médecine, Kurt. Sprengel. C’est ainsi que sous le titre: De vulnere capitis quod sœvis&ima subsequuta sunt symptomata , il parle d’un homme qui, après avoir reçu à la partie supérieure gauche de la tête, au moyen d’un instrument contondant et assez pesant , une blessure qu’on estimait exempte de danger, vu que le crâne était resté intact, avait été traité avec beaucoup de négligence. Le malade présenta de l’assoupissement, un coucher en supination , un pouls petit et très-fréquent , et une altération des facultés de l’entendement. L’affection ayant fait des progrès , tout le côté droit fut frappé de resolution , quoique la blessure eût son siège du côté gauche de la tète. L’assoupissement augmenta et devint tel qu’on ne pouvait 1 en retirer , et la mort survint en peu de temps : Cranio hujus sublato , dit Dodoens , reperta est dura meninx simstra parte livens , ac similiter sub bac cerebrï substantia quœ apparebat sphacelo correpta : dextra cerebri parte cum sua membra/na haud male affecta : cranio etiam undequaque integro , nec rimarn ullam aut fissurant habente. Dans le commentaire ajouté à cette observation , le médecin de Malines fait remarquer avec beaucoup de justesse et de perspicacité que, non vulnus modo , sed cerebri concussio morti occasionem prœbuisse videtur. Et sphacelo cerebri inducto , ipsum vitiavit : quo superaccedente j œgri haud diu vivere potuerunt. Nam ut aphor. 51. Lib. 7: Ouibus cerebrum spha-
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ceint uni } id est , corruptum est , vn tribus diebus pereuntj si vero hos evasennt } sam fiunt. Quœ sententia et in Concis prœnotionibus paulo aliter sic habetur : Cerebro corrupto alu in tribus diehus } alii in septem moriuntur : hos vero si eff ugerint , servantur. Hujus sententiœ postrenia verba de sphacelo confirmato veritatem habere non possunt , ut Galenus satis manifeste m commentariis testatur : sed de incipiente tantumniodo et levi ad sphacelum dispositione prœvia , accipi debentj a qua ceyer , diliqenti adhibita curatione , restitui potest , ut et Hippocrates } lib. 5 de Morhis , scriptum reliquit: Ouod si niorbus leviter } inquit . corripiat , ubi sanguis discessit , melius œqer habet : si vero vehementer correptus fuerit, cito périt.
Dans ce cas, il s’était déclaré une paralysie dans le côté du corps opposé à celui où siégeait la lésion du cerveau. A lepoque où Dodoens écrivait, en dépit de la grave autorité dArétée, on n’admettait pas généralement, comme de nos jours, le principe lumineux démontré par Valsalva et Moi gagni , et professe par 1 Academie royale de clnrurgie, que la paralysie d’un côté du corps, à la suite d’une chute, ou d un coup à la tête , a pour cause une lésion du cerveau dans le côté opposé. En conséquence, ce phénomène, alors observé par l’auteur, devait fixer l’attention des hommes de lart sur ce point, les inviter même dans l’intérêt de la science à en vérifier la fréquence , d’autant plus que quelques anatomistes du temps n’embrassaient pas cette opinion.
Quant au sphacèle dont était atteint l’hémisphère gaucho du cerveau, il est plus que probable que l’altération de la substance cérébrale dont d s agit dans ce cas, est celle connue de nos jours sous le nom de ramollissement inflammatoire du cerveau , qui succède fréquemment à l’inflammation de
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ce viscère, et qu’Hippocrate désignait par le mot sphacelisnion ; c’est la cephalitis traumatica de Sauvages, cest en un mot Y inflammation du cerveau dont Borsieri nous a tracé, dès la fin du siècle dernier, une excellente description, dans le volume cinquième, chapitre VI de ses Institutions de médecine pratique : De spacehsmo cerebri Hippocratis , sive cephalitide.
II n’est pas rare, dit Dodoens dans un autre endroit de son ouvrage, (Cap. XXIV. De sanguine spumoso cum tussi rejecto et pulmonis sphacelo ), de voir rendre avec la toux , tantôt du sang d’un beau rouge , tantôt du sang mêlé à de la pituite, à des crachats et à du pus; mais il est très-rare qu’on rejette du sang noir, ecumeux, concrété , criblé de pores et ressemblant a de 1 éponge ou a de la pierre ponce. Nous avons soupçonné que du sang pareil rejeté par quelques malades avec de la toux, ne provenait pas d’un vaisseau rompu, ou d’un ulcère du poumon , mais se détachait de la substance même du poumon et de son parenchyme : Sed ab ipsa pulmonis substantiel , ac pat cn~ chymate profusum suspicati fuimus j et nous ne nous trompâmes pas, ajoute-t-il, dans notre conjecture; cai chez un peintre qui à la suite dune toux violente ai ait rejeté du sang de cette sorte, une certaine étendue du poumon était noire et attaquée de sphacèle : In qua
magnus et profundus sinus : nulla intérim sanie } nullo pure , vcl hanc , vel reliquam partem occupante. Atque ex hoc sinu sanguis corruptus , nigricans , atque cum eo siderata parenchymatis pars cum tussi rejecta similem et ichthyopola quidam sanguinem expuit , cujus et pulmo eodem affectas modo fuit. Cerivisiœ coctor linjusccmodi sanguinem cum valida tussi ter redditit : in hujus autem pulmone plurima parte nigro , très patuerunt sinus. Scmper autem talern incurabilcm judicavimus.
nonoEixs.
T itam tci 77i6ii produci ad ahquod tevipus posse , boita te/icquc instituta vitcc ratione } alienum est. Pictor plus (juaiti viensem supervixi t ,■ Ccvivisice coctov bis evasevat , sed in tertio, expuitione subito periit: veluti et ichthyopola, qui et in sanguinis sputo defecit.
Soit qu’on rapporte ces faits, dont il est à regretter que la description ne soit pas plus complète, à la gangrène circonscrite ou partielle du poumon, ou au ramollissement et à l’excavation de foyers d’apoplexie pulmonaire circonscrits, lésions pathologiques qui ont entre elles tant d’an alogie quelles ont été confondues par un des plus grands anatomistes de notre temps, s il faut ajouter foi à l’opinion d’un des commentateurs français du traité de l’auscultation médiate : toujours est-il qu’ils sont relatifs à des altérations organiques de ce viscère qui n’avaient pas échappé à l’œil scrutateur de notre compatriote, deux siècles et demi avant que Bayle et Laënnec nous en eussent fait connaître les caractères anatomiques et physiologiques dans leurs écrits.
Du reste , les exemples de gangrène des poumons sont rares; dans ces derniers temps, M. le professeur Guislain nous a fait connaître des observations de ce genre qui ont été consignées dans les Annales de la Société de médecine de Gand (1). Selon ces observations cet état gangréneux qu’on remarque dans l’aliénation mentale , est dû à des causes spéciales auxquelles les aliénés sont soumis; selon M. Guislain, ce sont : 1® Une anomalie du moral, consistant dans un dégoût, un refus, une aversion, une horreur des aliments; 2° un appauvrissement du sang pro-
(1) Recherches sur la gangrène des poumons chez les alie'ne's , par J. Guislain, médecin en chef des établissements d’aliénés à Gand, membre de la Soc. de méd. de Gand. Année 1835-1836.
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venant du manque de renouvellement dans les molécules nutritives de ce fluide ; 5° un trouble dans l’hématose ; 4° une altération du tissu pulmonaire, comme dernier résultat. morbide. On pourrait croire que ces sortes de gangrènes n’ont aucun rapport avec celles dont parle Dodoens , et qu’elles constituent un nouveau genre d’affections dont les progrès récents de la médecine psy cologique nous sont révélé l’existence. Or, dans le chapitre XXX de son recueil , intitulé : De Sphacelo jecinoris , Dodoens rapporte un cas qui , sous le rapport des causes et de la marche de la maladie , n’est pas sans analogie avec la gangrène décrite par notre savant collègue. Il s’agit d’une gangrène du foie : Un gentilhomme à la suite de revers de fortune tomba dans une profonde mélancholie hypocondrique , dont il était atteint depuis plus de vingt ans, lorsqu’il commença à se plaindre de faiblesse et à avoir en aversion les aliments et les boissons. Au demeurant, apyrexie, pas de soif; sentiment de froid universel ; œdématié des pieds , urine rougeâtre, comme s’il eût été affecté de fièvre ardente ou d’inflammation du foie. Le mal alla en empiranjt; on ne put l’engager à prendre qu’une faible quantité d’aliments : Ita tandem déficiente naturali\ facultate inedia quodammodo confectus e vita migravit. Hujus Jtepar colore undequaque nigrius qnam secundum naturam appariât; sed tamen minus nigricans quam pulmonis sphaoelo correpti substantia : impressorum digitorum vel alterius cujusque rei vestigia facile retinuit : nec minus facile soluta parenchymatis unitate , rimas contrahebat. Manifestum hinc hepar hujus sphacelo, etc.
Conformément à la théorie que professait Dodoens, le sphacèle est la mortification de quelqu’une de nos parties , reconnaissant pour cause la privation de la chaleur native et son extinction dans cette même partie. Elle survient sans
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qu'il existe du pus ou de la sanie dans l'organe affecté, lequel conserve ordinairement sa forme ou sa figure et sa masse, mais est dépourvu de tout sentiment et de tout mouvement, et change sa couleur en noir. L’inflammation ne la précède pas toujours, comme il semble à plusieurs; mais elle est fréquemment occasionnée par le manque seul <- e la chaleur native. Le poumon , le foie et la rate peuvent être affectés dune semblable mortification; bien que les anciens n’en fassent pas mention dans leurs ouvrages 1 observation cependant en démontre l’existence et la raison ne s y oppose point. Car comme la substance de ces viscères est lâche et raréfiée, surtout dans le poumon et dans a rate , et quelle n’offre pas une grande solidité , il arrive que la chaleur native s’y éteint quelquefois par une intempérie froide qui les fait périr. Et les anciens auraient pu aussi avoir observé les sphacèles de ces viscères, s’ils s’étaient montres plus diligents ou plus entreprenants dans les ouvertures des corps. Mais de ce qu’ils étaient moins verses dans les dissections , il advint que non seulement beaucoup de choses relatives à la fabrique et à la structure du corps humain leur furent inconnues, mais encore qu ils ignorèrent les causes de beaucoup d’affections morbides que 1 ouverture des corps montre et découvre
Cette observation sur le sphacèle du foie et les réflexions auxque es elle a donné heu, nous paraissent très-intéressantes, sous plusieurs rapports, surtout quand on se rapporte par la pensée au temps où elles furent faites, et qu’on les compare avec les doctrines médicales qui régnent aujourd hui sur les affections dont il s’agit. Cependant dans la description que l’auteur nous trace de l’état où se trouvait le loie du sujet de son observation , il ne fait aucune mention expresse ni de l’odeur infecte propre aux parties gangrenées, ni du ramollissement putride et pultacé du vis-
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eère, ni de sa désorganisation complète; il nous dit seulement qu’il était plus noir que dans son état normal , quoique moins noir que le poumon attaqué de sphacèle; qu’il retenait facilement l’impression des doigts ou de tout autre corps quelconque , nec minus facile soluta parenchymatis unitate rimas contrahebatj caractères qui ne paraissent pas suffisants pour autoriser à souscrire au nom que l’auteur a cru devoir donner à cette alteration de 1 organe hépatique, qui pouvait fort bien consister dans un engorgement sanguin de ses vaisseaux capillaires avec ramollissement de son parenchyme.
Quoi qu’il en soit, nous nous rangeons volontiers à l’opinion de l’illustre médecin de Malines, quand il enseigne que l'inflammation ne précède pas toujours la gangrène dans les parties où elle se développe ; et que le poumon , le foie et la rate , organes pourvus d’une quantité considérable de vaisseaux capillaires sanguins, peuvent en être attaqués. Cependant pour ce qui concerne le foie en particulier, des auteurs modernes d’un grand mérite, qui ont traité dans leurs écrits des maladies de ce viscere , n en connaissaient pas un seul exemple bien avéré. (1)
Dodoens fut également le premier qui fit connaître 1 inflammation des muscles abdominaux décrite depuis par Sauvages , dans la Nosologie méthodique , sous le nom de Hepalitis muscularis , etc., par Jean Frank, dans son Épitome, sous celui de Peritonitis muscularis. L’inflammation des muscles de l’abdomen , dit-il , est une affection qu’on rencontre très-rarement , ce qui fait que le médecin se trompe facilement dans le jugement qu’il en porte. Un
(1) Ferrus et P. Bérard, Des maladies du foie, dans le tome XIII du Répertoire des sciences médicales au XIXm0 siècle; Bruxelles, 1837.
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scribe qui se trouvait à sa campagne non loin d’Anvers, Cul atteint d’une douleur du côté droit avec fièvre, à proximité et au-dessous des fausses côtes. Il manda un médecin qui , après avoir ordonné une saignée , prescrivit des looclis et des liniments semblables à ceux qu’on administre ordinairement dans la pleurésie (car il pensait qu il s agissait d’une pleurésie). Mais comme à la suite de l’emploi de ces moyens , le malade était empiré et que la fièvre était exaspérée, il demanda d’être conduit chez lui. Dodoens appelé pour le voir, le trouva fébricitant, mais faible, abattu, ayant l’hypocondre droit un peu douloureux, tandis que le ventre était violemment distendu et gonflé comme chez un hydropique. 11 lui fit donner d’abord une petite dose d’un purgatif qui provoqua quelques selles ; le lendemain , il en réitéra l'administration , mais en majeure quantité. Après l’évacuation de beaucoup d’humeurs viciées , toute la partie gauche du ventre s’affaissa , mais la tuméfaction de la partie droite persista. Et comme non-seulement cette partie était restée tuméfiée, mais encore plus dure et rénitente aux doigts, l’auteur y fit. appliquer un cataplasme qui fut suivi quelques jours après du ramollissement de la tumeur. Cependant il n’apparaissait aucun endroit par où on pouvait espérer que le pus sorlit; on pratiqua en conséquence une incision à la partie inférieure du ventre, avec l’attention de ne pas intéresser !a membrane péritonéale. Cette ouverture donna issue à une grande quantité de pus. Quand la plaie fut émondée fit solidifiée, le malade récupéra la santé par l’influence dim bon régime alimentaire et de peu de remèdes.
L’auteur fait remarquer dans le commentaire qui accompagne cette observation, que le traitement môme démentie que cette inflammation avait son siège dans les muscles de l’abdomen , et spécialement dans celui qui prend
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scs attaches dans l’hypocondre droit. Et effet , d où pouvait-il procéder, si ce n’est de ce muscle? Car il nest pas vraisemblable qu’il existât une inflammation du foie et que le pus produit par cette inflammation eût formé un abcès entre le péritoine et les muscles abdominaux. Mais comme ce muscle naît des sixième, septième et huitième côtes, il n’est pas surprenant, d’après la loi de correspondance sympathique , que la douleur se fît sentir d’abord vers les côtes, sous l’apparence d’une espèce d inflammation latérale ou pleurétique , d’autant plus que l’inflammation était cachée profondément et ne se manifestait par aucun phénomène qui en révélât l’existence.
Outre ces observations précieuses , l’illustre médecin de Malines en rapporte encore un grand nombre d’autres, plus ou moins rares et intéressantes , dont nous allons rappeler les principales en peu de mots.. II décrit llnstoiie d’un homme qui, après avoir été cachectique pendant longtemps , évacua , par le vomissement , de la matière rnucosopurulente ; il parut d’abord se trouver mieux , du moins il n’accusa plus de douleurs ; mais il ne tarda guère à être atteint de gangrène spontanée aux pieds , d où s ensuivit la mort. A l’ouverture, tous les viscères abdominaux furent trouvés putréfiés et détruits par la sanie. En fo6-5, il observa une angine épidémique qui dégénérait en penpneumonie. Les cadavres des individus qui succombaient ne présentaient pas la moindre lésion dans la trachée, mais offraient une suppuration commencée dans les poumons.
Un homme exhalait depuis longtemps une haleine fétide ;
après la mort on reconnut qu’un ulcère de l’estomac en était la cause. — Un autre mourut en présentant dans 1 intérieur de l’abdomen une tumeur énorme qui avait duré pendant plus de deux ans. A l’ouverture du cadavre, on trouva un épanchement considérable de fèces, provenant
DODOENS.
(l’une perforation intestinale. — Chez un prince français qui avait été atteint dune gonorrhée et qui avait longtemps souffert de douleurs rénales, il trouva à la nécrotomie que les reins étaient ossifiés, que les uretères étaient suppurés, que la vessie était rigide et dure, et que tout le canal de 1 urètre était gangrené. — Les réflexions qu’il fait sur l’anévrisme de l’artère coronaire du ventricule, et sur celui de la pylorique accompagné de symptômes gastriques, sont aussi très-intéressantes. La suppression des menstrues donna heu dans un cas à l’hémoptysie, et dans un autre à la sécrétion de larmes sanguinolentes. L’on ne peut lire sans satisfaction la relation d’une phthisie causée par des concrétions calculeuses dans les poumons et de calculs fondus d’euxmèmes dans la vessie urinaire. Enfin Dodoens nous transmet la description d’une fièvre intermittente qui se montra sous la forme de Catochus ; de flatuosités sorties par le vagin, d’une hydropisie utérine , et d’une autre occasionnée par la suppression de l’urine.
Les détails dans lesquels nous venons d’entrer relativement au recueil d’observations de Rembert Dodoens, consicerees sous le rapport de l’anatomie pathologique, suffisent, ce nous semble, pour démontrer que ce célèbre médecin belge a répandu beaucoup et de fécondes lumières sur la cause prochaine de plusieurs maladies inconnues ou méconnues , ou sur lesquelles on avait des idées erronées avant lui , et qu’il mérite d’occuper un des premiers rangs parmi les grands observateurs qui illustrèrent le 16™ siècle, reprirent la route délaissée où avaient marché avec tant de succès Hippocrate et Arétée, fondèrent l’anatomie médicale et en firent apprécier les avantages.
Nous renvoyons pour de plus amples détails sur la vie et les travaux de notre compatriote , à l’ouvrage de roeckx, Essai sur l’histoire de la, médecine belqe avant le XI Xma siècle; Gand , 1857.
ARANZI.
Il s’en faut de beaucoup que la liste des grands anatomistes du lGme siècle soit épuisée ; nous en avons encore à citer un grand nombre, parmi lesquels se présente en première ligne Aranzi ( Jules -César ) , de Bologne, professeur d’anatomie et de chirurgie à l’université de cette ville. Aranzi ou Aranzio naquit à Bologne vers l’an 1550: U eut pour maître Vésale pendant qu’il enseignait l’anatomie à l’université de Padoue. Peu de temps après avoir obtenu le titre de docteur à Bologne , Aranzi y fut nommé professeur de médecine, de chirurgie et d’anatomie. Il remplissait ces fonctions depuis trente-trois ans , quand il mourut en 1U8J.
Le livre de cet anatomiste, De himiano fœtu, cum obscrvationibus anatomicis , Venetiis 1571, contient des recherches intéressantes sur la structure du placenta et son mode d’union avec la matrice. Jusque-là on avait admis , avec Galien, une anastomose entre les vaisseaux de ces deux organes. L’enfant, avait dit le médecin de Pergame, lient à l’utérus par un grand nombre de veines et d artères, comme par autant de racines, qui viennent s’aboucher avec les vaisseaux propres de la matrice ; ces vaisseaux forment les cotylédons d’où partent les radicules de la veine et des arteres ombilicales. L’existence de ces cotylédons avait beaucoup préoccupé les anatomistes; on les avait vainement cherches dans l’utérus de la femme , et on avait fini par s’apercevoir que Galien les avait décrits d’après la brébis, la vache , la chèvre ( Voir Vésale. ) Aranzi démontra qu’il n’existe
aucune communauté de circulation entre l’enfant et la mère, que le placenta est seulement collé par une de ses surfaces à la paroi interne de l’utérus, sans aucune communication entre leurs vaisseaux respectifs , puisqu’il y a un espace intermediaire dans lequel s’insinue une sorte de chair {placenta
utérin des modernes)'. Quodita esse mnnifestum videtnr,
cum vteri substantiam et umbilicahum radices , dicta
ARANZI.
cm o media interjaceat, ut nulla ratione vente, venis arte- ) usqne non solum continuée , ut cœteris visum est , sed neque contiguœ esse queant. Ajoutez que si cette union îéciproque existait, il surviendrait dans les accouchements , des hémorrhagies foudroyantes et souvent mortelles : Adde cpiocl si continua effecta essent vasa heee, sequeretur in smgulo partu continuitatis vasorum dividsio. D’ailleurs il n y a aucune proportion entre les vaisseaux ombilicaux et utérins , et ces derniers n’arrivent pas à la surface de la matrice, mais déposent le sang dans sa substance: Illud tandem hanc vasorum umonem minime concedi posse attestatur quod nulla sit vasorum uteri cum innumeris umhihcalium radicibus et capillamentis proportio, eoque mugis quoduteri vasa per matricis propriam substantiam potins sanguinem effundant , quam ad internam superficie m suis osculis per tingant. Aranzi a également connu les villosités^ du placenta formées par les dernières ramifications des vaisseaux ombilicaux, et il leur a donné pour usages de pomper directement le sang de l’utérus et de le transporter dans le torrent circulatoire de l’enfant : Quœ sunt iyitur m utero vasa, prias sanguinem et spiritus in jecur, illud continuo effundunt , qui ah umhilicalium radicibus exsuegitur, inde per venus ad jecoris pueri sedem sanguis defertur.
Notre anatomiste fait en outre des remarques dont les accoucheurs comprendront l’importance ; il dit que le placenta se détache facilement dans l’accouchement naturel, tandis qu’on a la plus grande peine à l’extraire dans l’avorlemenl '•> dans ce cas, il recommande de le tirer doucement par le cordon , mais dans tous les cas de ne procéder à cette opération que lorsque l’enfant est sorti de la matrice, qu’il a donné des signes de vie, qu’il a respiré et même éternué. 11 lait connaître les accidents qui peuvent résulter d’un cordon
ARANZI.
ombilical trop court; dans l’état normal, ce cordon a une assez grande longueur, afin de permettre à lenlant d exécuter des mouvements dans la matrice, et dans 1 accouchement, de sortir du ventre avant que le placenta soit détaché; ce qui était d’une extrême nécessité, car sans cette sage précaution, l’enfant serait mort dans le travail même de son expulsion .
Aranzi ne s’est pas contenté de rectifier les erreurs de Galien sur la composition du placenta , il a fait sur l’œul lui-même des études que les travaux des ovologistes modernes ont confirmées presque en tous points. Galien avait deciit l’œuf humain d’après celui des grands mammifères , le bœuf , le cheval, etc.; aussi avait-il beaucoup insisté sur l’allantoïde et ses rapports avec la poche urinaire. Aranzi prouva qu’il n’y a que deux membranes propres qui enveloppent le fœtus humain; que l’allantoïde est un etrede raison et qu il n existe que chez les quadrupèdes. La membrane qui forme le ehorion, dit-il, provient du péritoine, elle est d’abord collée aux vaisseaux du cordon ombilical et se piolonge avec eux jusqu’au placenta , de-là elle se réfléchit et forme une espèce de vessie; l’autre membrane, qui est l’amnios, provient de la peau. Celle-ci n’est presque point adhérente au chorion, qui au contraire contracte une légère adhérence avec l’utérus , et est joint d’une manière très-intime avec les vaisseaux du placenta, qu’il semble soutenir et fixer dans leur position. Il y a des anatomistes qui croient , continue-t-il , que 1 urine du fœtus va se déposer entre ces deux membranes, et ils supposent gratuitement une cavité dans 1 ouraque humain ; c’est une erreur, car il n’y a que les animaux qui l’aient creux. Le fœtus rend ses urines par la verge ; celles-ci ne sont pas acrimonieuses, et quand elles le seraient , elles ne pourraient agir sur la peau , celle-ci étant ointe par une humeur butireuse. L’ouraquc dans l’homme est un venta > e
aranzi.
ligament solide et sans aucune cavité, qui se termine d’une pai l à 1 ombilic , de 1 autre à la vessie ; il est placé entre les artères ombilicales; sa figure est conique; sa base assez ample adhère au corps de la vessie; l’extrémité supérieure est très-mince et très-grêle et se perd dans l’ombilic. Quelques soins, quelques peines que l’on prenne pour introduire de la vessie dans louraque une aiguille ou une soie, on ne peut jamais y réussir; différence bien manifeste entre l’ouraque des hommes et louraque des animaux , dans lequel on introduit sans peine un gros stilet. Louraque de l’homme est uniquement destine a soutenir et à fixer la vessie.
L opinion d Aranzi sur 1 allantoïde et l’ouraque dont il nie 1 existence, comme cavités dépendant de la vessie, est tiop exclusive. En effet, 1 allantoïde a été reconnue par les anatomistes modernes , mais elle est constamment rudimentaire chez 1 homme , ce qui a pu la faire méconnaître ; elle appai ait vers la fin de la troisième semaine, et disparaît dans le cours de la quatrième ou de la cinquième. Le ligament fibieux, dont parle notre anatomiste, n’est que le résultat de 1 oblitération du canal qui faisait communiquer primitivement cette poche avec la vessie. Nous aurons soin de faiie connaître plus tard les débats que cette question impoi tante a soulevés. Quant au chorion , il en a parfaitement indiqué les rapports et la situation respectives. Il dit vrai quand il assure que des deux membranes qui enveloppent le cordon et lui forment des gaînes, l’externe est formée pai lamnios, 1 interne par le chorion et qu’elles sont réunies par une espèce de gluten ou de gélatine à laquelle plus tard Wharton a attaché son nom (Gélatine de Wharton).
Il nous paiait meme quil a été plus loin que les ovologistes modernes, quand il dit que le chorion provient du péiiloine, ou au moins se continue avec lui. Celle continuité qu aucun autre auteur n’a établie d’une manière aussi
ARANZI.
explicite, est de la plus haute importance, par rapport aux rapprochements physiologiques qu elle permet d’établir entre ces deux membranes, considérées comme surfaces respiratoires. On sait, en effet que, chez les vertébrés inférieurs, quelques poissons , les têtards des grenouilles , et plus haut dans l’échelle , les crocodiles , respirent par la surface péritonéale; or, le fœtus qui , a plusieurs égards , peut être assimilé aux reptiles, se trouverait, quant a cette fonction, dans les mêmes conditions que ces animaux, et respireiait nonseulement par la surface du chorion , mais même pai celle du péritoine. Le développement de cette question nous entraînerait trop loin, et d’ailleurs nous aurons à y revenir dans la suite.
Aranzi n’a pas borné ses recherches à l’ovologic, il a aussi éclairci les points principaux de l’anatomie du fœtus, d’une manière beaucoup plus complète qu on ne 1 avait fait avant lui. Il a bien indiqué le canal artériel , le trou ovale et sa valvule , le canal veineux et la communication qui existe entre la veine ombilicale et la veine porte. Fit autem duorum ramorum qui satis insignes snnt } altero ex porta , e directo explanationis venœ umbilicahs exorient e , altero ex cava in jecoris substantia continu ato . ut si specillum in umbilicalem iniiniscris , inde inpoitcc truncum , dein dictai continu ationis ratione } iecta in cavam pervemes. Telle est 1 analyse d un travail qui plate son auteur au rang des anatomistes les plus distingués de son époque. Aranzi a fait encore en anatomie descriptive plusieurs observations nouvelles dont voici les plus importantes: 11 est le premier qui ait décrit l’hippocampe, et les parties postérieures et récurrentes des ventricules latéraux du cerveau, les plexus choroïdes et la plupart des sinus de la base du crâne. 11 donne également de bonnes indications sur la manière de préparer l’œil, et une expo-
ING RASSI A.
sinon claire des parties dont il se compose. En général , sa myologie est remplie de remarques importantes : on ne lit pas sans intérêt la description des muscles de los hyoïde , de la langue, de la mâchoire inférieure: parmi ceux dont on lui doit la découverte, on cite l’extenseur propre de l’index , 1 obturateur externe , le eoraco-brachial , le constricteur du vagin, les insertions des muscles droits de l’œil qu’on croyait avant lui provenir de la dure-mère , et dont il détermina les vraies attaches autour du trou optique; le releveur de la paupière supérieure. En angiologie, il confirma la plupart des observations de Vésale: il soutint, comme ce dernier, que le sang passe du ventricule droit dans le gauche en traversant les poumons , et dit que l’artère pulmonaire dans l’adulte reçoit autant de sang du ventricule droit , que la îeine cave en a versé dans ce même ventricule: Vas enim illud duos dùjitos in adulto corpore facile admittens , tantum sangumis per systolen, in pidmones effundere posse videtur, quantum a cava una , diastole sinus tran-
sient. Mais comme celles de Vésale, ses investigations n’allerent pas au-dela de la circulation pulmonaire.
Le nom d Ingrassia a ele cité dans la découverte de l’étrier; cet anatomiste naquit à Rachalbuto , près de Païenne. 11 fit ses études à Padoue , et y reçut le bonnet doctoral en 1537. La réputation de science qu’il eut bientôt acquise, le fit appeler à Naples pour y occuper les chaires de médecine théolique et pratique et d anatomie. L’éclat de son enseignement lit affluer de toutes parts un immense concours d’élèves. Ils
élevèientune statue à leur maître, avec une inscription qui le pioclamait le restaurateur de la vraie médecine et de 1 anatomie. Vers 1500, 1 amour de son pays lui lit quitter la ville ou il avait acquis tant de gloire, pour retourner à Paleimc. En 156o, Philippe II, roi d’Espagne, le nomma pi oto-médecin de la Sicile et des îles adjacentes. Ingrassia
VAROLI.
s’acquitta avec beaucoup de zèle et de talent des fonctions attribuées à cette place ; il fit les réformes les plus utiles à l’organisation de la médecine dans ces contrées. La peste s’étant déclarée à Palerme en 1575, Ingrassia chargé de la direction des secours et des réglements sanitaires, rendit les services les plus signalés et donna des preuves si multipliées de son habileté dans l’art de guérir, que la voix publique lui conféra le nom d'Hippocrate Sicilien. Le Sénat de Palerme voulut acquitter avec de l’or la dette du peuple envers le médecin; mais celui-ci n’accepta de la pension considérable qui lui était offerte , qu’une somme qu il employa à l’embellissement d’un monument public de la ville de Palerme. Ingrassia mourut le 6 octobre 1580, à lage de 70 ans. (DEZ.) Il s’est occupé spécialement d’ostéologie , et a commenté le livre de Galien : De ossihus (In Galeni libruin de ossibns commentaria , Panormi, 1005.) Son nom est resté aux apophyses orbitaires du sphénoïde. (Apophyses d’ Ingrassia.)
On le voit , la réforme entreprise par Yésale avait porté ses fruits ; il fut le chef de cette admirable ecole italienne qui créa l’anatomie chez les modernes et dont presque tous les élèves furent à leur tour autant d’illustrations , qui contribuèrent à répandre un nouvel éclat sur la gloire de leur maître. C’est à cette école que se forma Constantin Varoli mort à la fleur de lage, au moment où il allait atteindre la plus haute célébrité dont il soit donné à un homme de jouir. Varoli était né à Bologne en 1545. Il fit ses études dans cette ville , et y fut ensuite Professeur d’anatomie et de chirurgie. Il ne put faire paraître qu’une simple lettre : De nervis opticis , nonnullisque al iis prœter communem opinionem in humano capite observatis (Padoue 1572), qui ajoute aux regrets que la perle prématurée de cet anatomiste inspire. Varoli y propose une nouvelle
PICCOLIIOMINI.
manière de disséquer le cerveau de bas en haut, et c’est par luqu il prépara la voie à Willis ctaMalpighi. Il distingua mieux qu on ne lavait fait avant lui, les organes situés à la base de 1 encephale, notamment la protubérance annulaire, qui a gai dé son nom. 11 donna également des indications précises sur 1 origine de presque tous les nerfs crâniens. Ce n’est que longtemps après sa mort , que fut publié son principal ouvrage , De resolutione corporis humant lihri quatuor. Francfort, 1591, in-8°.
Plusieurs élèves de l’école italienne se présentent encore ici. Piecolhomini, né à Ferrare en 1556, et dont nous avons deux traités d anatomie: Anatomicœ prœlectiones explicantes mirificam corporis humani fabricant ; et quœ ammœ vires , quibus corporis partibus , tanquam instrumentis ad suas obeundas actiones utantur , sicuti toto cor pore; Romœ , 1586, in-fol. Et : In librum Galeni dehumoribus commentaria ; Parisiis, 1556, in-8°.
Piecolhomini s’est rendu recommandable en insistant , après Vésale , sur la distinction à établir entre la matière cendrée du cerveau et la substance blanche ; en indiquant le mécanisme de la valvule iléo-caecale , mais surtout pour avoir fait usage le premier d’une technologie anatomique, tirée de la fin ou des usages de chaque partie.
Cannani (Jean-Baptiste), né également à Ferrare (1515), auquel nous devons une description des muscles, plus complète que celle qui avait été donnée jusque-là. Dissectio picturea musculorum corporis humani; Ferra riœ, 1572, in -8°.
Casseiio (Jules), de Plaisance (1545), qui s’est principalement occupé des organes de la voix et de l’ouïe : De vocis auditusque orejanis Justoria anatomica tractatibus duobus expheata , et varits tconibus œre excisis illus trata; Ferrariœ , 1600, in-fol.
FABRIZIO DACQUATUIN DENTE.
Fabrizio d’Acquapendente (Jérôme), aussi célèbre comme chirurgien que comme anatomiste. Fabrizio était né en 1537 d’une famille noble, mais peu fortunée, de la ville d’Acquapendente. Il fit ses études à Padoue, sous Fallopia. Préparé par la connaissance des lettres, doué d’un esprit vif et pénétrant , et de la mémoire la plus heureuse , il ne pouvait manquer de profiter sous un pareil maître. Aussi lut-il chargé après la mort de ce dernier , en 1562 , de faire des démonstrations anatomiques à sa place tant que sa chaire serait vacante. 11 fut nommé en 1565 professeur de chirurgie , avec la charge de continuer ses démonstrations anatomiques. Après 40 ans d’enseignement chirurgical, il se démit de cette chaire en faveur de Cassério (1609). Ce fut sur ses instances que le sénat de Venise fit bâtir un vaste amphithéâtre anatomique. Riche de gloire et d’argent, il mourut le 21 mai 1619. Digne successeur de Vésale et de Fallopia, Fabrizio se recommande surtout dans l’histoire de l’anatomie par une description complète des valvules des veines : De Venarum ostiolis. Patav. 1703. À son époque, l’existence de ces replis était encore problématique. Ferncl, Sylvius, Amatus Lusitanus, Estiennes, Vésale en avaient fait mention, mais Fallopia les avait formellement niées. Si Fabrizio ne peut donc s’en attribuer la découverte, il en lut au moins le restaurateur. Il les décrit comme de petites membranes minces , placées dans l’intérieur des veines , principalement dans celles des extrémités; tantôt isolées, tantôt par paires, ayant un orifice vers la racine des veines et étant bouchées vers le bas. Pour comprendre ce passage, il ne faut pas perdre de vue que jusqu’à Harvey on a considéré les veines comme partant du cœur. Fabrizio fait observer (pic les valvules sont causes des nœuds qui se forment sur le trajet des veines quand on arrête le cours du sang au moyen d’une ligature. Les portefaix et les paysans, dit— il ,
van »en spieghel.
sont principalement sujets aux varices , parce que le sang épais s’amasse entre les valvules; celles-ci l’empêchent de refluer vers le bas , et l’on éprouve une résistance sensible quand on comprime la veine de haut en bas. Comment, après des observations pareilles, Fabrizio n’a-t-il pas découvert le véritable cours du sang? la chose est presque incompréhensible. Il continua à professer l’ancienne doctrine; seulement il admit que les valvules servaient à diriger le courant du liquide dans les veines collatérales et à°l’empêcher de s amasser dans les parties déclives.
ÎXous terminerons celte longue liste des anatomistes du "le siec^e Par k nom d’un homme cher à la science , et dont la Belgique en particulier a droit d’étre fière , d’Adrien \an den Spieghel, né à Bruxelles en 1578. Après avoir étudié à Louvain , il se rendit à Padoue pour y entendre fabrizio d’Acquapendente et Jules Cassério; il y fut promu au grade de docteur; il voyagea ensuite en Belgique, en Allemagne et en Moravie. Sa haute réputation le fit appeler à l’université où il avait achevé ses études, pour y occuper la chaire d’anatomie et de chirurgie, devenue vacante par la mort de Cassério. Van den Spieghel s’acquitta t c ces fonctions avec la plus grande distinction et continua à soutenir l’éclat de l’école de Padoue. Mu par un amour ardent pour la science, et presque exténué par des travaux continuels, il fut pris d’une fièvre lente, suivie d’un abcès au foie qui l’entraîna au bout de six semaines . âgé seulement de 47 ans. Sa mort prématurée ne lui laissa pas le temps de publier la totalité de ses ouvrages : celui qui a pour ütie De humain corporis fabrica libri ; Venetiis, 1G25, in o . avec fig. , bien qu il soit en grande partie la reproduction de 1 anatomie de Vésale, renferme cependant, avec les faits dont la science s’était enrichie depuis ce grand anatomiste, des recherches propres à Van den Spieghel, entre autres celles
VAN DEN SPIEGHEL.
sur le foie qui a conservé son nom clans un de ses lobules (lobe de Spieghel). La myologie y est traitée avec une supériorité qui n’a été dépassée depuis que par Albinus.
Son traité De formato fœtuPaduœ , 1626,in-fol. mérite également d’attirer l’attention des physiologistes. Nous avons vu plus haut qu’Aranzi avait combattu l’existence des vaisseaux utéro-placentaircs , et qu’il avait expliqué la nutrition du fœtus par une absorption médiate. Cette théorie fut combattue par Fabrizio d’Acquapcndente ; Van den Spieghel crut donc devoir revenir sur cette question et 1 éclairer par de nouvelles recherches. 11 arriva à des résultats analogues à ceux de l’anatomiste italien : ainsi il considère la matrice comme le sol dans lequel le fœtus est implanté, et dans lequel il puise les matériaux de sa nutrition, non par continuité de circulation, mais par voie d’absorption : Itaque usus verusest ut sit radix fœtus per qucim sumat a maire alimentum , fitque tutum conceptaculum , et velut mesenterium alterum fœtus., quod a matrice tanquam terra, trahit ahmentum. Van den Spieghel continua cependant à admettre l’allantoïde ; il regarda les eaux de 1 amnios comme le pi oduit de l’exhalation cutanée du fœtus , opinion qui n’est pas inadmissible, quand on considère que la peau est une continuation du sac amniotique. Il réfuta l’opinion de ceux qui pensaient que l’enfant se nourrit en avalant les eaux qui le baignent. Quant au méconium , il pensa qu’il n’est pas le résidu fœcal de cet aliment , mais un amas de mucosité et de bile. A cet égard il entre dans des considérations d’un ordre très-élevé sur les fonctions du foie, qu’il regarde comme servant à l’hématose; le rapport inverse qui existe entre le développement du foie et celui des poumons dans la période fœtale, lui sert de principal argument pour appuyer sa doctrine.
En résumé, le livre de l’anatomiste belge présente encore
FIN DE LA SECONDE PÉRIODE
aujourd’hui le plus grand intérêt. L’ordre et la clarté des descriptions, la profondeur des vues physiologiques en font un ouvrage a part, et lun des plus remarquables d’une époque si féconde en bons livres. Van den Spieghel est le digne pendant de Vésale. Celui-ci s’était distingué par la hardiesse et la vigueur de ses conceptions; ce fut un artiste à la manière de Rubens : Van den Spieghel eut toute l’élégance de \ an Dyek , et nul ne poussa plus loin la correction et la vérité de ses tableaux anatomiques.
récapitulation.
Nous voici arrivés à la fin de la deuxième période , la plus longue et la plus brillante de l’histoire de l’anatomie. Arrêtons-nous un instant, afin d’embrasser d’un coup-d’œil l’état de la science pendant sa durée. Deux caractères bien tranchés distinguent cette période : sa première moitié se fait remarquer par une soumission aveugle aux traditions de Galien ; cependant un progrès immense pour ses conséquences s’accomplit alors : malgré des répugnances qu’on comprend sans peine, le préjugé qui avait interdit aux médecins l’étude du corps de 1 homme, céda aux progrès de la raison et des lumières, et, chose remarquable, c’est dans l’Italie que cette espèce de révolution s’opéra. Cependant la rareté des dissections qui, aux termes des lois et des réglements, ne pouvaient se renouveler qu’à des époques assez éloignées ,
1 espece d aversion et la crainte superstitieuse qui s’attachaient a ce genre d’études, ne permirent point à la science de s enrichir d’un grand nombre des faits nouveaux. On continua à étudier le corps de l’homme , le livre de Galien à a main, et, soit inexpérience, soit préoccupation inspirée par ce maître, on ne s’aperçût par des erreurs qu’il avait commises, et de la fausseté de ses appréciations. Toutefois, la
FIN DE LA SECONDE PÉRIODE
découverte de quelques organes annonce cà et là des études consciencieuses.
La seconde moitié de cette période brille au contraire par un rare esprit d’indépendance. Il est évident que les principes proclamés par Bacon commençaient à porter leurs Auils. Mors un homme se présenta et, s’emparant de cet esprit d’examen et d’analyse qui fonde les sciences d’observation , détruisit d’une main hardie l’échafaudage de la science antique. Inclinons nous devant ce génie, et professons que jamais plus belle intelligence ne vint répandre ses clartés sur 1 esprit des hommes. Nous avons vu par quelle série de faits Yésalc parvint à prouver que Galien n’avait disséqué que des animaux , et comment il osa refaire à lui seul 1 anatomie de 1 homme. Il serait trop long d’énumérer ici toutes les conquêtes de l’anatomiste belge, et d’ailleurs, après les détails dans lesquels nous sommes entrés, il serait superflu de le faire. Par suite d’une vicissitude qu’on ne saurait trop déplorer, Yésale mourut sans avoir pu mettre la dernière main au monument qu’il avait élevé; mais par bonheur il laissa des disciples qui se chargèrent de ce soin ; Fallopia , son élèv e chéri , le plus brillant des anatomistes , se plut à orner et à enrichir l’œuvre de son maître, comme ces sculpteurs habiles qui rompent par de riches arabesques la sévérité des lignes architecturales. L’ouvrage de Yésale parut alors dans toute sa plénitude, et près de trois siècles, qui ont passé sur lui, ne lui ont rien ôté de son actualité; car, nous l’avons vu , le mérite de Yésale n’est pas seulement grand pour l’époque où il a vécu , mais dans tout ce qu’il a découvert et décrit, il n’a pas à craindre la comparaison avec les plus grands anatomistes des temps modernes.
Pendant que Yésalc fondait ainsi l’anatomie normale, un compatriote , né à quelques années d’intervalle et à quelques lieues de distance , jetait les fondements de 1 anatomie patho-
FIN DE LA SECONDE PERIODE
logique , c'est Rembert Docloens que nous autres médecins belges nous connaissons à peine , il faut bien l’avouer à notre honte , sans cloute à cause de cette manie qui nous porte toujours à tourner nos regards vers l’étranger, et à ne trouver beau et grand que ce qui n’est pas belge. Étrange préoccupation d un peuple dont les ancêtres étaient si jaloux de leur nationalité, et qui ont poussé si loin les deux sentiments cpii la fondent, l’amour de la liberté et celui des arts et des sciences.
Ainsi 1 anatomie s’était élevée successivement au ran° des sciences ; créée par le génie de Vésale, elle avait vu chacune de ses parties s’étendre et s’enrichir par les travaux des hommes auxquels l’anatomiste belge avait su imprimer une impulsion si puissante. D’une autre part. Eustacln avait commencé cette série de recherches ingénieuses qui , bientôt reprises par Malpighi et par Ruysch . devaient nous livrer la connaissance des mystères les plus intimes de l’organisation. L’anatomie de structure, sans laquelle la médecine serait condamnée à jouer éternellement le rôle d’un aveugle empirisme, puisque sans elle elle serait sans rapports avec l’organisation et ignorerait les modifications que les maladies impriment aux organes l’anatomie de structure fut créée, et l’on comprendra ce qu’il fallut pour cela d’efforts et de talent, quand on songe qu’on n’avait encore alors ni le secours du microscope , ni celui de l’art des injections, ces deux auxiliaires indispensables dans toute recherche un peu profonde. Avec Aranzi et Van den Spieghel, l’ovologie entra dans une voie qui devait la conduire au point où elle est parvenue de nos jours. Et si Ion ignora encore le lieu précis du système génital de la mère où s’opère la fécondation, l’on comprit au moins que l’œuf fécondé contracte de ce chef une activité propre qui lui permet de vivre comme un individu
FIN DF LA SECONDE PÉRIODE
distinct et portant en lui toutes les conditions nécessaiics à son existence. Par un rapprochement aussi juste qu ingénieux , on ne vit plus dans F utérus que le terrain dans lequel le fœtus implante ses racines, afin d’y puiser les matériaux de sa nutrition : le placenta fut considéré comme un organe d’hématose , véritable branchie abdominale qui par ses houppes ou ses villosités absorbe et élabore en même temps le sang dont l’enfant se nourrit : la part d’influence que le foie prend à cet acte fut également appréciée, et nous avons vu, en parcourant les travaux de Van den Spicghcl, que cet anatomiste se fondait sur l’énorme développement de ce viscère pendant la période fœtale, pour établir, au moins par induction, la nature de cette
influence.
Nous allons maintenant aborder la troisième période, et exposer les découvertes qui vont étendre de nouveau le champ de la science.
troisième Période.
ÉTAT DE L’ANATOMIE
PENDANT LE I7m° SIÈCLE.
SOMMAIRE
Hcirvey. — Découverte de la circulation du sema. — Circonstances qui Vont préparée. — Opposition qu’elle rencontre. — Découverte des vaisseaux chylifères. — Etat de la science sur la question de l’absorption avant cette découverte. — Absorption veineuse. — Decouverte du canal thoracique pas* Barth. Eustac/n (1563); il a connu le réservoir lombaire. — Aseili retrouve les vaisseaux lactés d’Érasistrate et d Hérophile (1 622). Veslinq met sur la voie du cours des chylifères vers la poitrine (1 629) — Décou verte de Pecquet (tG47). -Opposition à la découverte d Aseili. — Barthollin, Rudbeck et Jolluf découvrent les vaisseaux lymphatiques (1652-53). Influence de ces découvertes sur la marche de l’anatomie. — Découverte du microscope. — Malpighi fonde V anatomie microscopique. — Examen des travaux de cet anatomiste. — Invention de l’art des injec -