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DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION DU SANG

Le 16™ siècle avait laissé au 17™ deux découvertes importantes à faire, celle de la circulation du sang et celle des vaisseaux lymphatiques. Ce fut Harvey qui obtint l’honneur de la première. Ce médecin naquit à Folkstone , dans le comté de Kent, en 1578. Après avoir fait ses études médicales dans sa patrie , il voyagea pour son instruction en France, en Allemagne et en Italie, et il se fixa à Padoue, où la célébrité de Fabrizio d’Acquapendente attirait alors beaucoup d’étrangers. C’est là qu’il apprit à connaître les valvules des veines , et qu’il coneut sans doute 1 idee de sa

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découverte. De retour dans son pays, il s’établit à Londres, où il ne tarda pas à être nommé médecin de Jacques 1er. En 1604, il entra dans le collège de médecine, et fut nommé médecin de l’hôpital S^Barthélémy. C’est de celte époque que datent ses recherches et ses expériences. Vers 1613, il commença à exposer dans scs cours publics sa nouvelle doctrine sur la circulation, mais ce ne fut qu’en 1628 qu’il la livra a la presse : Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalihus ; Francfort, 1628.

Ce livre peut être considéré comme un modèle d’expérimentation, car jamais auteur ne s’est montré plus clair et plus logique dans une question qui exigeait ces deux qualités pour être tirée de l’espèce de chaos où les faits mal interprétés et les raisonnements les plus contradictoires l’avaient jetée.

Pour faire à Harvey une part équitable dans la découverte de la circulation du sang , il faut se rappeler l’état de cette question pendant les deux périodes que nous venons de parcourir. Certes aucune autre ne fut plus obscure et plus embrouillée , tant à cause des difficultés quelle présente . que de la fausse direction qu’on donna de prime abord aux observations et aux expériences faites pour l’éclaircir. Deux fois nous avons vu les physiologistes changer de système , et interpréter d après des vues théoriques les phénomènes qu’ils avaient sous les yeux. Il n’entra dans l’esprit d’aucun que le sang circulait dans ses vaisseaux ; tous admirent un mouvement de flux et de reflux irrégulier. Les uns crurent que es veines partant toutes du cœur, renfermaient seules le sang nourricier, les artères un fluide élhéré auquel on attriua une laige paît dans la production des phénomènes de la lie (Hippocrate, Aristote, Érasistrate). Ce dernier admit cependant le passage du sang dans les artères , mais seulement dans l’état de maladie, ou par accident , lorsque l’esprit vital cessait de faire équilibre à ce fluide.

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Galien modifia cette doctrine en démontrant que les artères contiennent du sang, ainsi que les cavités gauches du cœur ; il fit voir que par la contraction de ces dernières et celle des artères , ce sang est lancé dans les veines ; qu’ainsi ce fluide passe de l’artère pulmonaire dans les veines du même nom. Mais Galien, comme ses prédécesseurs, écrivait sous l’empire d’un système , auquel il fit plier les faits en les faussant. Il considéra le foie comme un centre d’hématose , et pour être conséquent il dut en faire provenir toutes les veines : c’est ce qu’il fit. Il admit donc que le sang oscille du foie aux parties et réciproquement ; que celui qui est contenu dans le ventricule gauche du cœur y est amené par des ouvertures de la cloison } que dans ce ventricule il se mêle à l’esprit vital , et que de-là il passe dans les artères.

Cette doctrine du médecin de Pergame régna sans opposition dans les écoles pendant lesXIVme, XYme et XV Ime siècles. En vain, Vésale démontra que les porosités de la cloison des ventricules n’existent point, et qu'il n’y a d’autres communications entre eux que par les vaisseaux pulmonaires ; en vain^ il constata la disposition mécanique des valvules du cœur , l’effet de ses contractions , les phénomènes des hémorrhagies , et ceux dus aux ligatures ; dans son inexplicable aveuglement , il continua à tout rapporter a la presence de l’esprit vital mêlé au sang dans les artères. Ainsi le réformateur de l’anatomie ne put se garantir de l’espèce de fascination que Galien exerçait encore sur les esprits , et a l’égard de la question de la circulation du sang il abdiqua l’indépendance dont il avait fait preuve dans les autres parties de la science.

Après Vésale, les anatomistes continuèrent à approfondir la structure de l’appareil circulatoire, mais sans aucun résultat pour la physiologie. On découvrit les valvules des veines , et l’obstacle quelles opposent au reflux du sang vers la cir-

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conférence , et cependant la doctrine galénique est encore debout! Tant d’aveuglement de la part d’hommes si éminents dans la science donne la mesure de la gloire d’Harvey. Il eut le bon sens ( et ici le bon sens était du génie ) de mettie de cote les raisonnements et les théories ci priori } pour les résultats avérés de l’observation et de l’expérience. Sa découverte renversa à jamais l’échafaudage de la physiologie ancienne ; cependant il ne faut pas croire quelle fut admise sans opposition ; par cela même quelle contrariait les idées reçues et qu’elle forçait les physiologistes à entrer dans une voie nouvelle, il s’en présenta un grand nombre , même d’un grand savoir et dune haute renommée, qui révoquèrent en doute la vérité de sa doctrine, dans le but de défendre celle des anciens; d autres lui contestèrent 1 honneur de la découverte , s’appuyant sur des passages des écrits de Servet, de Columbo, d’Estiennes, etc.

Cette opposition ne fut même pas toujours exemple de haine et de basses manœuvres; dans une lettre écrite à un de ses amis , Harvey se plaint de ce que sa clientèle a considérablement diminué depuis la publication de son ouvrage. Mais la jalousie et la haine passent; le génie reste comme l’éternelle expression de la vérité dont il a été l’organe.

Une circonstance remarquable dans la découverte d’Hardy , ces^ q11 d basa la circulation du sang sur les mêmes arguments qur avaient été employés pour soutenir l’opinion ancienne : la structure musculaire du cœur, l’effet des contractions alternatives des ventricules et des oreillettes; la direction quelles doivent imprimer au sang en vertu de la disposition mécanique des valvules ; l’effet des ligaluies sur les veines et les artères, celui des hémorrhagies artérielles, tels furent les faits principaux sur lesquels il appuya sa doctrine. Or, nous avons vu que tous ces faits

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étaient connus avant lui; mais ils avaient été fausses et détournés de leur véritable sens. Tant une opinion préconçue peut aveugler les esprits et les eloigner de la connaissance du but de leurs efforts, la vérité!

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