DÉCOUVERTE DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
La découverte de la circulation du sang laissait entière la question de l’absorption. Les anciens qui avaient dévolu aux veines toutes les fonctions de nutrition, leur attribuaient également celle d’absorber soit le chyle , soit les fluides déposés dans le parenchyme des organes. Telle était déjà l’opinion d’Hippocrate. (Voir pag. 11.)
Hérophile et Érasistrate connurent les vaisseaux lactés , mais ils les considérèrent comme faisant partie du système veineux général. D’après cette manière générale de voir, Galien avait dit (De us. partium 17) : Venœ non solum deducunt nutrimentum ex ventriculo , sed attrahunt simul, ac hepati prœparant , modo quo ipsum simillimo, quippe quœ natura ipsi sunt assimiles , et ex eo germen ducunt. 11 admettait à cet effet que les veines se terminaient par des extrémités libres, pompant les liquides à la manière des sangsues : Oscillis suis Mare intestina , idque in ipsam anfractuurn eorum cavitatern, modo hirudinibus simili , spongiosis et obliquis capitulis. Le foie lut ainsi considéré comme un centre d’hématose et conserva cette prérogative jusque vers le milieu du 17rae siècle, lorsque la découverte des vaisseaux lymphatiques vint changer 1 état de la question.
Comme toute grande découverte , celle des vaisseaux lymphatiques eut des phases dont il importe de bien connaître la succession. En 1563, Bartholomée Eustachi en faisant
ASEJ.LI.
des recherches sur la veine azygos, avait déjà trouvé le canal thoracique; mais appréciant mal la nature de ce vaisseau, il l’avait considéré comme la veine nourricière de la poitnne . Ad thoracem wt&ndum mstituta. Il en décrivit exactement 1 embouchure dans la veine jugulaire gauche, sa valvule sémi-lunaire , son trajet le long de la colonne vertébrale , ainsi que son passage à travers les piliers du diaphragme. Quant à sa terminaison , il la perdit de vue au-delà de sa dilatation lombaire : Ouœ prœterquam quod m ejus origine ostiolum semilunare habetj sed etiain alha, et aquei humoris plena: nec longe ah ortie in duas partes scinditur, paulo post rursus coeuntes in unam} quœ mdlos ranios diffundens , juxta sinistrum vertchrarum latus } penetrato septo transverso , deorsum ad medium usque lumborum fertur, quo loco latior effeota , magnamque arteriain circumplexa , ohscurissimum finern , imhique adhuc non bene perceptum obtinet.
( Opuscula anatomica , pag. oOl.) Ce passage prouve
qu Eustachi connut le réservoir que Pecquet retrouva plus tard .
En 1622 , Gaspard Asclli, professeur d’anatomie et de chirurgie à 1 université de Pavie, découvrit les vaisseaux lactés déjà entrevus dans l’antiquité par Érasistrate et Hérophile. Ce fut en ouvrant un chien pour faire voir le jeu du diaphragme , que cet anatomiste vit ramper entre les lames du mesentere des vaisseaux déliés , contenant un fluide lactescent, qui s en échappait quand on les piquait.
L expéi ience s étant prolongée pendant quelques heures, il fut étonné de ne plus retrouver ces canaux au bout de ce temps ; il ne lut pas plus heureux sur un second chien , mais réfléchissant que le premier était en voie de digestion au moment où il fut ouvert, il sacrifia un troisième animal, six heures apres lui avoir fait prendre de la nourriture, et