‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 47 sur 101 · BARTHOLIN · texte numérisé non relu

BARTHOLIN

d’un esprit d’indépendance, de l’autre un désir de concession aux anciennes doctrines. Pensant que les chylifères, après avoir traversé les ganglions du mésentère, se rendent d une part au foie , de l’autre au grand canal thoracique , il admit que le foie partageait avec le cœur la fonction de l’hématose, que le chyle subissait dans les glandes du mésentère une préparation qui le rendait apte à être converti en sang. Il supposa encore dans les chylifères un cours rétrograde , en disant que quelques-uns vont aboutir directement aux glandes les (mamelles, les reins); à l’utérus, dans la vessie. Il expliquait par là pourquoi, après avoir bu certaines liqueurs, on les rend par les voies urinaires un instant après ; pourquoi les mammelles sont liées sympathiquement à l’utérus . et se ressentent de l’affection de ce dernier organe. On sait que cette action rétrograde des vaisseaux lymphatiques a été reproduite depuis par le célèbre Darwin.

Barthohn rectifia l’erreur de Pecquet sur la double embouchure du canal thoracique. Diversus hic est Pecquctus qui a tertici dorsi spina , in duos rcimos diffindi scrihit pingitque, quorum sinister ad clavicalum sinistram, dexter ad dextram. Sed invento vero pictor ahquid addidisse videtur, vel inventons conjectura. Enim vero utrinque diffindi observare non potuimus , sive in hrutis, sive in homme , nisi aliter in Galia , aliter in Dama ludat natura, sed semper tantum a tertia vertcbra sinistrorsum deflectcre , sicut in hurnana figura exprimi curavimus . (Op. cit.)

Jusqu’ici il ne s’est agi que des chylifères : dans un second ouvrage intitulé : Vasa hjmphatica nuper Hafniœ in animantibus inventa et in homine , et hepatis exequiœ. Hafniœ fG5o, Bartholin fit connaître le résultat de ses recherches sur les lymphatiques. Après avoir déduit l’existence de ces derniers, de la nécessité de l’absorption géné-

BAKTIIOLIN.

raie, tant dans les interstices des organes, quà la suiface des membranes, l’anatomiste Danois fait connaître les circonstances qui l’ont conduit à sa découverte : « Nous étions , dit-il, depuis longtemps occupés, Michel Lyser et moi, de la recherche des vaisseaux lactés , et après les avoir trouves dans l’homme, nous les cherchions de nouveau dans un chien , lorsque nous aperçûmes sur la surface du foie des vaisseaux aqueux que nous primes pour des lactés. Quelques iours après, nous ouvrîmes le ventre d’un gros chien, ni trop gras ni trop maigre, auquel nous avions fait prendre des aliments environ sept heures auparavant. Nous distinguâmes sans peine des vaisseaux remplis , non par le chy e , mais par une liqueur aqueuse pellucide. On voyait de pareils vaisseaux serpenter sur la veine porte et l’entourer en forme d’anneau ; d’autres se répandaient sur les veines émulgentes et sur les capsules surrénales; d’autres suivaient le trajet des rameaux iliaques et s’enfoncaient dans e bassin jusqu’à l’endroit où la vessie est placée. Lorsqu’on liait quelques-uns de ces vaisseaux, on les voyait se gonfler au-dessous, mais ce qui nous surprit, c’est qu’en liant la veine axillaire , nous vîmes des vaisseaux aqueux semblables en tout à ceux que nous avions aperçus dans le bas-

ventre. » , , , . •» , •

Voilà donc Bartholin sur la voie des lymphatiques. Mais

d’où viennent ces vaisseaux et où vont-ils aboutir? A la faveur d’un tube il insuffla les troncs lympathiques de 1 aisselle et il vit l’air pénétrer dans les veines sous-clavière et jugulaire. Des lympathiques du foie , l’air pénétra dans la veinc° cave inférieure et jusque dans le cœur. L’expérience faite en sens contraire n’eut point de résultats. Ayant mis une ligature sur un tronc lymphatique à sa sortie du loie , il vit que le liquide n’y abordait plus; enfin il constata que lorsqu’on ouvre un animal environ six heures apres

BARTHOLIIV ,

qu’il a mangé, on trouve les chylifères vides, quoique les vaisseaux qui serpentent sur la surface du foie soient gonflés et remplis par une liqueur qu’à sa couleur l’on distingue parfaitement du chyle. Si l’expérience est faite pendant la chylose, on peut apercevoir à la fois les deux ordres de vaisseaux.

Le trajet des lymphatiques parut ainsi bien démontré à Bartholm : ceux qui viennent des extrémités inférieures et des viscères placés au-dessous du diaphragme , s’ouvrent dans le réservoir du chyle et y versent la lymphe, laquelle est portée au cœur par le canal thoracique; ceux qui sont placés au-dessus du diaphragme se rendent dans la veine jugulaire interne, ou dans l’aboutissant de cette veine, la sous-clavière gauche. Leurs structure est très-délicateils sont formés par une pellicule transparente, semblable à une toile d araignée, ce qui les expose aux ruptures II soupçonne qu’il y a des valvules dans leur intérieur, car il est impossible de les insuffler du cœur vers les extrémités. Quant à leur origine, à défaut de démonstration directe , il leur suppose des bouches libres comme on croyait qu il en existait aux chylifères.

Les recherches de Bartholin et le système qui en découle frappèrent le foie de mort physiologique. Notre anatomiste lui composa l’épitaphe suivante :

Siste. viator.

Clauditur. hoc. tumulo. qui . tumulavit.

Plurimos.

Princeps. corporis. tui . cocus.

Arbiter.

Hepar. notum. seculis.

Sed.

Ignotum. unturcc .

RUDBECK.

Quod.

Nominis. majestatem. et dignitatem.

Fama . finnavit.

Opinione. conservavit.

Tamdiu. coxît.

Donec. curn. crnento. imperio. Seipsum.

Decoxerii .

Abi. sine, jecore. viator.

Bilemque. hepati. concédé.

Ac. sine. bile. bene.

Tibi corpias. illi preceris.

Le compétiteur de Bartholin dans la recherche des lympathiques , fut Rudbeck (Olaus), né en 16d0. Il était fils de l’évêque de Westeras, et eut pour parrain le roi Gustave- Adolphe. Il reçut une brillante éducation et répondit aux soins de ses maîtres; favorisé par la nature des plus heureuses dispositions, le goût de la medecme, et surtout de l’anatomie , se manifesta de bonne heure en lui. La reine Christine l’envoya à ses frais dans les principales Universités du Nord. Ce fut à Leyde, en 1650, selon le témoignage de Drelincourt, que Rudbeck fit la découverte des vaisseaux aqueux ou lymphatiques, en recherchant le trajet et l’insertion des vaisseaux chylifères. A son retour dans sa patrie , Rudbeck s établit a Upsal. On lui donna à l’université une chaire, qu’il occupa avec beaucoup d’éclat jusqu’à sa mort, en 1702. Il avait fondé un jardin des plantes à Upsal en 1657. (DEZ.)

Rudbeck contesta à Bartholin la priorité de la decouverte avec une violence dont son adversaire ne lui avait pas donné l’exemple. Il fit paraître à cet effet plusieurs ouvrages , espèces de pamphlets où l’auteur n observe pa* toujours la convenance avec laquelle veulent être traitées les questions scientifiques.

RUDBECK.

Imidiœ strnclœ O. Rudbeckii ductibus hepaticis aquosis, et vasis glandularum serosis à Th. Bartholino ; Leydc , 1654.

Tractatus pro ductibus hepaticis aquosis , et vasis (jlandularum serosis , contra Th. Bartholinum : idem, 1654.

Epistola ad Th. Bartholinum qua sibi inventionem vasorum hepatis contra Bogdanum vindicat • Unsal , 1657. ^

Son livre, Exercitatio anatomica exhibons ductos novos hepaticos aquosos , et vasa glandularum serosa , cum figuris œneis , et observationibus anatomicis , parut la même année, 1655, que celui de Bartholin. Il est vrai qu’il prétendit avoir trouvé le canal thoracique en 1650 et 1651 sans savoir que Pecquet, Van Horne et Bartholin s étaient adonnés aux mêmes recherches. Mais alors comment concilier cette ignorance avec les prétentions de l’anatomiste suédois ?

Jollyf, anatomiste anglais, fit également valoir ses droits à la découverte; selon Monro, il démontra publiquement les vaisseaux lymphatiques en 1662. Il serait difficile de se prononcer entre toutes ces prétentions. En effet, à une époque où les esprits étaient vivement préoccupés par les travaux d Aselh, il n’y aurait rien d’étonnant que ces différents anatomistes eussent fait en même temps leur découverte, sans que lun eut profité pour cela des recherches des autres. Ce qui donne de la valeur à cette opinion , c’est que les livres de Bartholin, de Pecquet et de Rudbeck parurent à des intervalles très-rapprochés , et que Rudbeck avoue lui-même quil na pas eu connaissance des travaux de ses confrères E histoire des sciences est remplie de ces coïncidences ; malheureusement l’amour-propre envénime toujours les questions et les fait dégénérer en ardentes querelles.

MALPIGHI

Page 1