ANATOMIE MICROSCOPIQUE
La découverte de la circulation du sang et des vaisseaux lymphatiques ouvrit à l’anatomie une voie nouvelle, puisq elle lui permit de s’élever à la connaissance de la structure intime des organes. Malgré les efforts tentés par Eustachi , les notions qu’on avait acquises sur ce point étaient assez grossières. Le sens qu’on continuait à attacher au mot parenchyme excluant toute idée d’organisation , on croyait encore que la plupart des viscères étaient pulpeux et dune structure homogène.
Mais du moment où la circulation du sang fût un lait avéré pour tout le monde , on comprit que des actes aussi constants et aussi compliqués ne pouvaient se concilier avec
l’idée d’un simple parenchyme, et que, pour qu’ilyeût unecirculation dans les organes, il devait y avoir nécessairement des vaisseaux, de même qu’il fallait à ces derniers une trame poulies soutenir et clés nerfs pour présider à leurs mouvements. En un mot, on s’éleva peu-à-peu à l’idée d’une organisation intime, et on s’attacha à en reconnaître la nature.
Parmi les anatomistes qui entrèrent dans cette voie, il faut compter Malpighi, né à Crévalcuore , près de Bologne, le 10 Mars 1628. Il fit ses études à Padoue sous Barthélémi Massaria et André Mariani. Reçu docteur en 1653 , il refusa par attachement pour son maître Mariani , une place de professeur qui lui fut offerte à Bologne , et qu’il accepta trois ans après la mort de ce dernier. Malpighi ne séjourna à Bologne que quelques mois , le grand-duc de Toscane , Ferdinand II , l’ayant nommé professeur de médecine théorique à 1 université de Pise ; ce fut là qu’il lia une étroite amitié avec Borelli auquel il dédia son travail sur La Langue. Ils firent ensemble une multitude d’expériences et de dissections, et leurs tra-
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vaux , au quels plusieurs savants prirent part , furent la première occasion de la fondation de 1 académie del cimento . Des raisons de santé engagèrent Maîpighi à retourner à Bologne en 1C60. 11 y enseigna en public et en particulier 1 anatomie et la physique. Ce fut alors qu’il publia ses premiers ouvrages qui le placèrent à la tête des anatomistes de son époque. En 166o, Maîpighi alla à Messine remplacer Castelli dans la chaire de médecine : il en fut rappelé en 1666, et on le fixa à Bologne par des appointements considérables. La société royale de Londres l’admit en 1669 au nombre de ses membres. Maîpighi mourut à Rome oùjl avait été appelé par Innocent XII pour être son premier médecin, trois ans après avoir quitté Bologne, le 29 novembre 1694, à l’âge de soixante-sept ans. Baglivi , alors professeur de médecine dans le college de la Sapience, fit l’ouverture du corps et en publia la relation, qui est curieuse sous le rapport de l’anatomie pathologique. Il en résulte que l’illustre anatomiste est mort d’une apoplexie foudroyante (Dezeimeris),
Par la nature de ses travaux, Maîpighi peut être considéré comme le continuateur de cette anatomie de structure dont son compatriote Eustachi avait le premier conçu l’idée. Toutes ses recherches furent dirigées dans ce sens et avec un succès tel , qu aujourd hui encore elles peuvent être présentées comme des modèles à suivre. Il porta successivement son investigation sur la Structure des plantes: Marcelli Malpighn e reg. soc. mugi, anatomes plantarum idea. — De seminum vegetatione. — De gallis. — De variis plantarum tumoribus et excrescentiis . — De pi lis et spmis. De capnohs et consimilihus vincidis. De plantis quœ malus végétant. — De radicibus plantajum. Sui lovologie: M. Malpighii appendix . repetitas auctasque de ovo incuhato observationes continens. — De formatione pulli in ovo. Sur l’anatomie des insectes : De
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bombyce. Et enfin sur différents points de l’anatomie intime des organes de l’homme. Epistolœ anatomicœ M. Malpighii ; videlicet, De lingua, de cerebro, de externe tactns organe, de omento, pinguëdine , et adiposis ductibus.
De viscerum structura exercitatio anotomicaj accedunt dissertationes de polypo cordis et de pulmonibus.
De cerebro.
Le travail sur le cerveau est dédié a son ami Fracassati , professeur de médecine à l’université de Pise. Nous allons l’examiner avant les autres, parce qu’il nous ramene naturellement à l’un des points les plus importants de 1 histoire de l’anatomie, celui des découvertes faites sur le système nerveux , et parcequ’il renferme tous les faits capitaux que la science possède sur l’organisation de ce système. Malpighi s’y attache principalement à faire connaître la structure de l’encéphale. A cet égard , d importantes lacunes restaient à combler, car on continuait généralement a consideier le cerveau comme une masse homogène et sans aucune organisation distincte : Ouare hi cum Galeno l iscens naturam cerebro trïbuerunt, cujus quidem cou fusa ca? o nullis distincta delineationibus , veluti stebe firmaret et fideiret vasorum diramificationes .
Vésale, et après lui Piccolhomini, avaient distingue la substance de l’encéphale en grise et en blanche. Mais de-là a connaître la nature et la distribution differentes de ces substances, il y avait un pas immense à franchir. Malpighi fit voir que la blanche , ou la médullaire , est formée de fibres arrondies et légèrement comprimées, visibles surtout à la loupe: Nam constat evidenter totaux banc cerebri albarn portionem divisant esse in fi brûlas depresse rotundas, non absimiles albis illis corporibus seu intestinulis quibus testiculorum moles constatur. La disposition de ces
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fibies, dit-il, est rendue plus distincte parles vaisseaux sanguins qui, de la substance grise, se répandent dans leurs intervalles. Les points ou on les observe le mieux sont la moelle allongée , le corps calleux , etc. Elles semblent partir toutes de celle première, d’où elles se répandent dans le cerveau et le cervelet, donnant ainsi lieu aux prolongements de la protubérance annulaire : A spinalis meduïïœ trunco intra calvariam contento, veluti ab insigni fibrarum collections, egressum videntur habere omnes fibrœ per cerebrum et cerebellum disperses j a quatuor enim mcdullœ refexis crurihus lune inde ramificantur , donec ramosis terminationibus in corticem desinant. Le trajet de ces libies est surtout apparent dans le cervelet, où leur ramification dans la substance grise donne lieu à l’arbre de a ie : Fit enim ex fibris in arboris formain ductis , citjns extremis ramis , et quasi foliis, affunditur eleganter cortex , solutus tamen ab adjacentibus , ita ut référât liberum folium. Dans le cerveau les plans fibreux forment les parois des ventricules , sur lesquels ils s’avancent en forme de voûte : In cerebro autem concameratio , seu ventriculorum lestudo constat fbns versus latera inclinatis et in formeem exs truc fis. Il observe que chez les vertébrés supérieurs, ces plans constituent le corps calleux et les circonvolutions cérébrales: Insangumeis ipsis per fectiorihus idem est progressus ad latera in ventrïculis superioribus, et ex lus etaliis a posteriori cerebri parte deductis, fit callosi cor poris structura, inquo, prout sensus subobscure ostendit , e* crumpentibus fibrarum finibus fiunt varicosa corpora , non dissimilia intestinis , quibus coaffunditur cortex. Le septum est formé par la réflexion des fibres qui proviennent de la partie antérieure du cerveau : Ex iisdem etiam ab anteriori cerebri parte crumpentibus fit septum luciclum. 11 en est de même des pieds d’Hyppocampc d’Aranzi,
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dus à lu réflexion des libres postérieures. L’ensemble du cerveau donne ainsi l’idée d’un chou dont les feuilles parlant d’une tige commune , s’infléchissent sur elles-mêmes de manière à circonscrire une cavité centrale : Et si rudem aliquam extensarum in cerebro fibrarnm similitudinem exoptes , non inconçjruci ex brassica, vel comimilihiis haberi potestj fibrœ enim ab unico spinœ trunco exortæ représentant caudicem , a quo erumpentes disperguntnr in folia , quœ flexuose circumducta , concavitatem non longe absimilem ventriculis efformant.
Les fibres de la moelle allongée forment-elles le cerveau et le cervelet; ou bien n’en est-elle elle même qu’un prolongement ou un appendice? En consultant l’anatomie comparée , on trouve que la première opinion est la plus probable. En effet, chez les poissons il y a une disproportion si grande entre ces organes , qu on ne peut croire qu un cerveau et un cervelet à peine rudimentaires^ puissent pioduire une moelle aussi développée qu’elle 1 est chez ces animaux. On peut donc considérer le cerveau comme une excroissance de la moelle, ou du moins comme le faisceau commun d’ou partent les fibres, dont les unes se répandent dans le cerveau et le cervelet , les autres , sous la foi me de cordons nerveux , dans les organes périphériques : Vel saltem nervorum trunenm spina contention. radiées tortuose per cerebrum et cerebellum ductas in affaso cortice propagare ramosj autern sub nervorum forma a dorso et capite emanantium , in universum corpus promere.
Les fibres médullaires sont-elles creuses ou simplement poreuses pour la transmission du fluide nerveux? Malgré les "affirmations de lecole anglaise , Malpighi dit que c est là un point difficile à résoudre. En effet, la mollesse et la ténuité des fibres , l'impossibilité de les injecter ou d y
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appliquer des ligatures; peut-être la subtilité du fluide qui les parcourt , sont autant de raisons qui s’opposent à la démonstration du problème. Cependant la nature de la substance grise entièrement vasculaire, et qui semble présenter des vacuoles dans lesquelles un fluide spécial est déposé, est une présomption que dans cette partie une sécrétion quelconque a lieu , et que les fibres médullaires se chargent de son produit. Non leve autem videtur argumentum separati in cerebro humoris , et inde in nervos propagati, fibrarum extremitas , quibns cerebrurn integratur ; nam extremis capitulis, seu radicibus, immergitur in cortice , per quem copiosissima sanguinea vasa diramificantur , et ex affusis particidis satnratum concipit colorem. Ab artervis autem sanquineum sérum, vel quzd simile delatum, liac corticis carne, veluti filtro separam, simulque in implantatas fîbras, veluti in radices propagari , non est absonum rationi. Toutefois Malpighi ne présente cette opinion que comme une hypothèse plus ou moins propre à rendre raison des phénomènes de l’innervation.
Tels sont les résultats des recherches de Malpighi sur la structure du cerveau. Quand on se rappelle l’époque où elles furent faites, (1664), on reste étonné de l’élévation de vues à laquelle l’anatomiste italien a su atteindre. Si nous ne nous trompons , l’ouvrage que nous venons d’analyser renferme , nous ne dirons pas le germe , mais l’exposition nette et précise des faits auxquels Gall a du depuis sa renommée. Il suffira de faire quelques rapprochements pour prouver qu il n y a rien d’exagéré dans cette assertion. Les travaux de Gall sur le système nerveux sont connus de tout le monde ; il ne sera donc nécessaire que d’en faire ressortir les parties qui ont le plus de rapports avec les recherches de l’anatomiste italien.
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D’après Gall, la masse nerveuse est formée de deux systèmes de fibres, l’un divergent , l’autre convergent: il pense que ces fibres prennent leur origine dans la moelle et quelles traversent divers amas de substance grise, qu’il appelle gancjlions et qu’il croit destinés a renforcer la substance blanche. C’est ainsi que les cordons antérieurs de la moelle, ou pyramides antérieures, s’entrecroisent au point d’union de la moelle épinière et de la moelle allongée; ces pyramides traversent la substance grise de la protubérance annulaire , où elles se renforcent pour en ressortir sous la forme de cuisses du cerveau; elles traversent ensuite deux ganglions , les couches optiques et les corps striés , qui renforcent de nouveau les fibres , et au sortir des corps stries , celles-ci s’épanouissent pour former les lobes antérieurs et moyens des hémiphères du cerveau , qui ne sont autre chose que ces fibres étendues en membranes et phssees sui ellesmêmes. Arrivées à la surface extérieure des hémiphères , les fibres entrent dans la substance corticale, qui doit être considérée comme un ganglion, imprime aux fibres une autie direction, en vertu de laquelle elles se reportent vers 1 intérieur, d’abord en croisant les premières fibres qui constituent les hémiphères, et avec lesquelles elles forment une espèce de natte , puis en se réunissant sur la ligne médiane avec celles du côté opposé , en formant les commissures du cerveau , et plus spécialement la commissure antérieure et la majeure partie du corps calleux. Les fibres des corps olivaires traversent egalement la protubérance annulaire , les cuisses du cerveau et les couches optiques ; mais de-là elles se portent en arrière sans traverser les corps striés , et vont former les lobes postérieurs du cerveau ; arrivées dans la substance grise , ces fibres changent de direction et convergent vers l’intérieur, où elles s’unissent avec celles du côté opposé en formant la voûte et la partie postérieure du
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corps calleux. Enfin le cervelet n’est également autre chose qu une membrane plissee 5 il est formé par les corps restiformes , qui se renforcent en rencontrant dans leur chémin le corps rhomboidal ; arrivées dans la substance corticale, ces fibres se replient sur elles-mêmes , ou plutôt de cette substance naissent de nouvelles fibres convergentes qui forment les cuisses du cervelet, et s’épanouissent en bas sur la superficie du pont , en y formant la couche des fibres transversales qui viennent s’unir à celles du côté opposé.
A oilà de quelle manière Gall conçoit l’arrangement et le trajet des fibres de l’encéphale ; or, l’on voit quelle a plus dun rapport avec celle de Malpighi. Certes, nous ne voulons diminuer en rien la gloire de l’illustre auteur de la doctrine phrénologique ; mais la postérité pour être juste , reconnaîtra que l’honneur d’avoir créé l’anatomie du cerveau ne lui revient pas en entier 5 elle en accordera une grande part à Malpighi, qui peut revendiquer l’idée fondamentale de cette anatomie, c’est-à-dire l’épanouissement des fibres de la moelle allongée dans les masses de l’encéphale.
De cerebri cortice.
Peu de questions ont autant occupé les anatomistes et les physiologistes que celle de la nature ou de la composition intime de la substance grise de l’encéphale. Dépuis Vésale et Piccolhommi qui la distinguèrent les premiers de la blanche , deux opinions ont été successivement émises pour expliquer les phénomènes dont elle semble être le siège. Dans lune on la présente comme entièrement composée de glandes destinées à sécréter le fluide nerveux: dans l’autre, comme un tissu de vaisseaux très-fins, remplissant le môme objet. La première opinion a pour représentant Malpighi . la seconde Ruysch , et dans ces derniers temps nous avons vu les professeurs Walter et Ackermann prétendre que la sub-
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stance grise est une prolongation très atténuée des vaisseaux sanguins qui , rendus encore une fois plus fins et plus épurés , passent dans la substance même des nerfs. Entre ces deux opinions l’expérience n’a pas décidé , et la question ' reste encore entière aujourd’hui , comme au temps de ces illustres anatomistes.
Nous allons faire connaître ici les raisons sur lesquelles Malpighi fondait son opinion. En suivant le cours de cette histoire , on a pu s’assurer que l’idée d’une sécrétion nerveuse s’est souvent présentée à l’esprit des physiologistes: les anciens en avaient placé le siège dans les ventricules du cerveau, et depuis , cette opinion s’était transmise de siècle en siècle, jusqu’au temps où Willis le transporta dans la substance grise. Aux yeux de cet auteur, cette substance n’était qu’un vaste amas de vaisseaux tortueux, roulés en spirale comme les serpentins d’un appareil à distillation, et qui, par un ferment propre distillaient les esprits animaux destinés à s’écouler ensuite par les canaux des fibres médullaires , et subissant dans leur trajet différents degrés de dépuration et d’affmation. Corticis suhstantiam examinavit novissime Willis famoso libro , De cerebri anatome, ubi pecidiare, suique generis corpus esse docet, in quod ex angustioribus vasoruin plexihus, veluti serpentinis alembici canalibus, liquor tnstdlatur, qui proprio fermento, vel sale volatdi inspiratus in animales spiritus f ace s si t , et inox cerebri et ccrebelli corpus subiantrans , quasi in publico diversatus emporio , circulatione continua inayis depuratus evadit , et varios motus per fornicem } callosum corpus > anteriorem et postcriorem cerebri partem peragrando , inirabiles internos sensus promere censet.
Il faut remarquer que cette manière de voir était le résultat , plutôt d’une vue à priori que de l'observation directe : elle admettait en fait ce qui môme n’est pas encore prouvé
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aujourd’hui , la communication entre les canaux nerveux et les dernières extrémités des vaisseaux sanguins; aussi Malpighi s’empresse-t-il de reprendre la question et d’y appliquer son admirable génie d’investigation. Le résultat de ses recherches fut que toute la substance grise est formée de petites glandes dont les conduits excréteurs s’abouchent avec les fibres médullaires. Comment est-il arrivé à celte conclusion? D’après quelles vues s’est-il guidé? C’est ce que va nous apprendre un coup-d’œil rapide jeté sur la manière dont il a conçu le système glandulaire en général, conception à la fois grande et philosophique, et sans doute une de celles qui ont le plus contribué à féconder le champ de l’anatomie.
Malpighi avait commencé par se livrer à l’anatomie des plantes; ce fut un grand bonheur pour la science, car il y puisa ces vues transcendantes et philosophiques qui le dirigèrent dans toute sa carrière. En elfet, la science qui embrasse la sene entière des êtres organisés et dont le but final est la généralisation des résultats de l’observation pour en déduire les lois qui président à la formation et au développement de ces êtres , cette science , disons-nous , doit nécessairement commencer par l’étude des plantes, parce que c’est là en quelque sorte que la nature a jeté le premier germe de ce vaste plan que nous voyons se dérouler dans l’échelle organisée. Nulle part, en effet, clic ne procède avec plus de simplicité pour arriver à des résultats plus variés et plus nom areux ; nulle part aussi l’anatomiste ne peut mieux la suivre dans ses opérations. C’est là qu’il peut la voir assujettie a des procédés constants , se répétant dans tous ses actes, et se reproduisant dans toutes ses opérations, en variant toutefois ses résultats, et procédant de la formation la plus simple aux formations les plus complexes. Ces idées s’appliquent surtout au développement du système glandulaire,
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dont la nature ne peut être mieux appréciée que lorsqu’on l’étudie dans les plantes. Là, ces organes forment en général de petits corps vésiculeux de formes très-variées , mais le plus habituellement arrondis , ovales ou mamelonnés , sessiles ou pédiculés; on les observe sur les feuilles, sur les tiges, sur le calice, etc., et ils paraissent composés d’un tissu cellulaire dont les mailles sont plus ou moins serrées, et où viennent se ramifier des vaisseaux très-déliés , y apportant les matériaux de la sécrétion. La position des glandes par rapport aux tissus est plus ou moins profonde, de manière que leurs conduits ou leurs bouches dexcietion sont plus ou moins prolongés. Tels sont les faits dont Malpigbi est parti pour ses recherches sur les glandes des animaux qui, ont avec celles des végétaux des rapports incontestables. 11 considère donc le follicule comme la hase de toute glande : du nombre de ces follicules et de la ramification de leurs conduits et de la quantité des vaisseaux qui se distribuent sur leur parois dépend le degré de complication de 1 organe. Il y a des glandes simples et composées; ces dernières sont formées de grains ou de corpuscules pendus aux extrémités des vaisseaux et qui peuvent être considérés comme autant de petites glandes , puisque chacun renferme en soi les éléments de leur organisation. La forme granulée que présentent certains organes peut donc être considérée comme une forte présomption de leur nature glanduleuse. Appliquant ces idées à la substance grise du cerveau , il observe que lorsqu’on fait cuire ce dernier, il se dessine à sa surface une infinité de petits corpuscules arrondis ou ovalaires, séparés par des espaces libres et dont la disposition devient bien plus évidente qnand on verse dans ces espaces de l’encre ou de la craie délayée; toutes ces petites glandules tiennent par un point de leur surface aux fibres médullaires, qui ont de lana-
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logic avec le canal excréteur des véritables glandes. Afin de se faire mieux comprendre, il compare la structure du cerveau à celle d’une pomme de grenade ; il y trouve les grains et les tiges qui les soutiennent : In sanguineorum igitur perfectorum animalium cerebro corticem affusum minimarum glandularum proventum et congeriem esse deprehendi : hœ vu cerebri gyris et protractis velnti intestinulis , ad quee desmunt albcc nervorum radiées , tel mde, si inavis , oriuntur, tta ad mvicem adaptantur , ut exterior cerebri superficies harum congcrie effornictur. Figurant liahent ovalem , quee tamen ab adjacentibus undique mvicem comprimitur , unde obtnsi quidem suboriuntur anguli, ita ut intermedia plurima spatia fere œqualia sint. Harum exterior portio contegitur pia maire, ejusque sangumeis vasis, quœ alte pénétrant ipsarum suhstantiam ; pars interior a se promit fibram albam nerveam, veluti proprium vas , prout videre nobis permittunt corporum horum lucidités et albedo , ita ut ex multiplicium fibrularum connexu et fascicule . alba medullaris cerebri substantia emergat: et si exemplo familiari esset exponenda corticis natura, mali punici structura peropportuna occurreret: in granorum enim symetnea compage glandularum cerebri proventus , quibus cortex excitatur. (Pag. 78. )
On voit que dans ce second travail, Malpighi est allé au-delà de ce qu d a avancé dans le premier ; là il s était arrêté à la question de savoir si les fibres médullaires sont canaliculees , pensant que dans l’état où se trouvait alors la science , il n était permis d’admettre cette disposition que par simple induction. Cette fois il lui semble pouvoir résoudre îe''problème ; car, dit-il, dans une expérience qu’il a' faite sur les nerfs du bras, il a observé qu’après avoir coupé un de ces nerfs, il s en écoulait une assez grande quantité d’une
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liqueur concrescible : Inter vasorum yenus responendas esse hujusmodi nervcas fihrcis vulgatum illud indicare videtur: His scilicet sectis copiosum quemdam succum ovi albumen refer entem , iyneque concrescibilem emanare , ut in secto bracchii nervo observant.
Tel est le fond d’un ouvrage dans lequel Malpighi semble avoir épuisé toute sa sagacité, et qui, a notie avis, na pas assez fixé l’attention des anatomistes. Sans doute il n a pas résolu complètement les graves questions qu’il s’était proposées : peut-être en les abordant n’a-t-il pas été libre de toute espèce de préoccupation , et ses idées favorites sur la texture glanduleuse l’ont-elles entraîné au-delà des bornes de l’observation réelle. Mais on conviendra au moins qu’il a posé ces questions d’une manière nette et précise, et aujourd’hui que la structure du système nerveux est l’objet de profondes recherches , celles de 1 anatomiste italien ne doivent pas être perdues de vue , et il y a plus d’un motif d’espérer que l’on finira par découvrir le lien mystérieux qui existe entre les vaisseaux du sang et les fibres nerveuses. Nous reviendrons en son lieu sur cette importante question , à la solution de laquelle nous croyons pouvoir apporter des recherches qui nous sont propres.
De lingua.
Peu d’organes présentent une complication de texture aussi grande que la langue, aussi ne faut-il pas s étonnei que les anatomistes aient tant varié dans leurs opinions en parlant de cet organe. Les uns ont comparé sa masse charnue et molle à une éponge; d’autres l’ont regardée comme un organe tout-à-fait glanduleux ; d’autres comme étant à la fois glanduleux et musculeux; d’autres enfin comme étant formé d’une substance particulière qu on ne retrouve point dans le reste de l’économie. Si telles étaient les incertitudes
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à l’égard de la structure de l’organe du goût, on notait pus moins embarrassé pour préciser le siège précis de ce dernier. La plupart croyaient que tout le parenchyme de la langue en était chargé; d’autres l’attribuaient aux nerfs, quelques-unsà la muqueuse , et d autres enfin considéraient les glandes que 1 on trouve à la base de l’organe , comme le lieu où se produisait la sensation. On voit que les doutes, dont quelques-uns subsistent encore aujourd’hui, préoccupaient alors vivement les anatomistes et les physiologistes. Malpighi entreprit à ce sujet une série de recherches, dont nous donnerions ici l’analyse si elles n’offraient avec celles faites sur la peau des analogies qui nous forceraient à des répétitions trop fréquentes. Nous renvoyons donc au mémoire suivant pour tout ce qui
concerne les papilles nerveuses et la couche muqueuse à laquelle
Malpighi a attaché son nom {couche réticulée de Malpighi.)
De externo tac tus organo.
L ouvrage le plus étonnant de Malpighi est celui dont nous allons maintenant aborder l’examen. La nouveauté du sujet , les difficultés qu’il présente et surtout son importance, tant sous le rapport anatomique que physiologique, semblent avoir excité son génie, et, on doit le dire, jamais expérimentateur n’est arrivé à des résultats plus brillants et plus complets , puisque ce que nous connaissons aujourd hui sur la structure de la peau , nous le devons en grande partie aux recherches du professeur de Bologne. Mais avant d aborder son travail, et pour mieux en faire ressortir la portée, nous allons exposer en peu de mots l’état actuel de la science sur un des tissus les plus importants de l’économie. Nous prendrons comme représentant cet état, les travaux récents de MM. Breschet et Boussel de Vauzème.
Selon ces anatomistes, la peau est un tissu complexe dont les éléments constitutifs sont , en procédant de dedans en dehors. \ q
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Tt\
1° Le derme.
2° Les papilles. Organes du tact ; extrémités périphériques des nerfs.
5° LJ appareil diapnogène. Organes de la sécrétion et de V excrétion de la sueur.
4° Les canaux inhalants ou absorbants.
5» Les organes producteurs de la matière muqueuse , ou appareil hlennogène.
6° L’appareil producteur de la matière colorante, ou appareil chromatogène .
C’est sur la peau du talon qui, par l’épaisseur de son derme et du tissu corné, offre les conditions les plus favorables à l’étude, que MM. Brescbet et Vauzème onl institué leurs recherches ; en voici les résultats principaux :
1° 11 existe réellement un appareil d’exhalation situé
dans l’épaisseur de la peau, depuis l’intérieur du derme, jusqu’à la couche la plus superficielle de l’épiderme , où il offre une ouverture. Son parenchyme de sécrétion est environné de nombreux capillaires qui s y attachent . Sa forme est celle d’un sac légèrement renflé , d où part un canal spiroïde qui poursuit son trajet dans le derme, et en sort par l’infundibulum ou fissure transversale, située entre les papilles; de -là il se dirige obliquement dans l’épaisseur de la couche cornée sous forme de tire-bouchon ou de serpentin d’alambic, jusqu’en dehors de l’épiderme où sa terminaison est indiquée par la légère dépression ou espèce de pore qu’on remarque sur le dos des lignes saillantes épidermiques.
2° Les canaux inhalants sont situés dans le corps muqueux constituant les couches épidermiques ; ces canaux absorbants paraissent être dépourvus d’orifices à leurs extrémités. Le milieu dans lequel ils se répandent, est au-dessous de la face externe du derme.
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3° La matière muqueuse qui , en se durcissant, forme les diverses couches épidermiques, est produite par un appareil particulier composé d’un organe principal, comparable à une glande, correspondant à la partie la plus profonde du derme, et d un canal excréteur ( appareil blennogène . )
4° L’épiderme ou tissu corné résultant de cette sécrétion et de son mélange avec la matière colorante, est traversé par les canaux sudorifères , les canaux inhalants , les papilles etc. Les deux derniers ne s’ouvrent pas au dehors.
5° Un second appareil , situé vers la superficie du derme est chargé de la sécrétion delà matière colorante ou pigment (' appareil chromatoqène). Cet appareil se compose aussi de glandules et de petits canaux excréteurs.
6° La matière sécrétée par cet appareil va se mêler à la matière cornée diffluente ou corps muqueux de Malpighi ainsi qu’à ses dépendances , pour les colorer.
^ L epiderme résultant de la sécrétion muqueuse et de son mélange avec le pigment ou matière colorante, est disposé par couches successives. De cette disposition résultent les écailles de la couche superficielle , ou V épiderme de beaucoup d’auteurs.
8° L appareil de la sensibilité se compose à la peau de papilles ou éminences conoïdes, formées essentiellement par les extrémités nerveuses , enveloppées par des couches épidermiques et les filets nerveux ; en parvenant sous ces gaines nouvelles, ils se dépouillent de leur névrilème, et finissent , en s anastomosant entre eux , par former des arcades.
9° Dans ces papilles pénètre un petit vaisseau sanguin , bien inférieur par son volume aux filets nerveux qui sont très-apparents.
10° Les filets nerveux, quoique se séparant du névrilème pour pénétrer sous les gaines épidermiques, conservent une membrane propre.
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11° Le derme est une trame fibreuse et vasculaire, dans laquelle sont contenus les organes de sécrétion et le commencement de leurs canaux excréteurs , l’origine des canaux exhalants, et beaucoup de vaisseaux lymphatiques et sanguins. Ces derniers correspondent principalement aux deux faces de ce derme , surtout à la face interne , et forment là des réseaux nombreux , une sorte de tissu érectile. Les vaisseaux sanguins ne pénètrent pas dans le corps muqueux ou substance cornée, et au-delà du derme on ne voit de vaisseaux sanguins que dans les papilles ; encore sont-ils trèsdéliés , en petit nombre et difficiles à distinguer ; mais on aperçoit à l’aide d’injections et de verres grossissants , des vaisseaux lymphatiques à la face externe du derme, dans les premières couches du corps muqueux et sur les contours des papilles, disposés en un réseau dont les mailles sont plus ou moins serrées , sans qu’on puisse leur reconnaître des orifices de terminaison.
Nous allons maintenant faire connaître le travail de Malpigbi , en tâchant de lui conserver le caractère de simplicité et de naïveté qui, en général, distingue les auteurs du 16me et du 17me siècle. Ce travail sous forme de lettre est adressé à J. Ruffus.
L’auteur était désireux de savoir si la peau présente des papilles analogues à celles de la langue : à cet effet, dit-il. je fis bouillir le pied d’un cochon , et après l’avoir dépouillé de sa corne , je vis , en enlevant le corps muqueux , des papilles oblongues et pyramidales qui s’en dégageaient à-peuprès comme une épée sort de son fourreau: Ouœ vehtti eductus e vagina ensis emergunt. Ces papilles étaient implantées dans le chorion. Je renouvelai mes expériences suides pieds de ruminants: sur celui d’un mouton mort depuis quelques jours, je vis l’ongle suivre avec l’épiderme, et le corps réticulaire et les papilles nerveuses provenant de la
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}>eau sous-jacente , s’en dégager comme de petits four-
reaux d’où Je conclus que l’ongle est formé par la
série de ces gaines servant à fortifier les papilles nerveuses , 1 L agglutinées entre elles par une matière muqueuse concresciblc . Undevalde congruum est censere } fibras perforatas, quibiis nerveœ papillœ sensim solidiores redditæ ad extimain nsque superficiem feruntur , una cum mucosa , et nervea exsiccata materia, qua enata inter fistulas spatia rcplentvr , ungidœ compositionem constituere.
Malpighi parle ensuite du développement de ces papilles, et il démontre que celles de la langue, de la corne du bœuf, de ses ongles ; celles du bec et des ongles de l’oiseau ; celles enfin des lèvres et du nez, présentent la même disposition , la nature procédant dans ses œuvres d’une manière analogue. cc A la lèvre du bœuf l’on voit l’épiderme circonscrire des espaces diversement figurés, contenant beaucoup de papilles noirâtres entre lesquelles se trouvent de grandes ouvertures qui versent de la salive ou de la sueur en grande quantité; en voulant enlever cet épiderme, je déchirai, et j’arrachai les pédicules des papilles : celles-ci s’élevaient comme d ordinaire du corps réticulaire ou muqueux , et avaient des racines profondes dans la peau, sous laquelle se trouvaient placées une foule de glandes, ayant leur conduit excréteur propre s ouvrant par les orifices dont je viens de parler. » Celte expérience conduisit Malpighi à étudier la peau à la main, surtout aux extrémités des doigts, avec lesquels les lèvres des ruminants, considérées comme organes d’exploration ou de palpation, ont plus d’une analogie:
<C Enfin j examinai la paume de la main où l’on trouve une foule de rides décrivant diverses figures, surtout au bout des doigts où elles sont disposées en spirales. Vues au microscope , elles me présentèrent des ouvertures béantes par où passe la sueur. Après avoir enlevé l’épiderme au moyen
ill ALPIfillI.
d’un 1er rouge, je trouvai ces ouvertures garnies d’une espèce de soupape qui étant fermée retient la sueur, et ouverte la laisse échapper: Postremum examinanda occurrit marins, in en jus vola elatœ quœdam rugœ diversas figuras describunt ; in extremo tamen dicjitorum apice spiraliter ductæ, si microscopio perquirantur , patentia sucions or a per medium protracti clorsi exhibent. Ut autem interiora paieront , ad moto candente ferro facile ex t imam detraxi cuticulam , quœ striis subjecto corpori correspondit; et ubi sudoris excretoria vasa hiant convexct quœdam pcllicula interiora versus non absimilis cucurbitidœ extenditur , ad edendum forte valvulœ ministerium , ut interdum tensa detineat sudorcm , et laxata exitum permittat. MM. Bresehet et Yauzème donnent de l’embouchure des canaux sudorifères une description analogue : « Ce canal vu à travers la couche épidermique, est arrondi; sa structure ressemble beaucoup à celle du tissu corné dont il est difficile de la distinguer. Sa disposition en spirale fait qu’il débouche au dehors par une ouverture très-oblique, presque parallèle au plan de la peau; cette ouverture se ferme par 1 application des parois supérieures et inférieures du tube l’une contre l’autre. En examinant sourdre la sueur, on voit que
la première gouttelette est précédée d’un soulèvement de l’épiderme , comme le serait une soupape. »
Malpighi continue : « Après l’épiderme j’enlevai le corps réticulaire situé à la même profondeur que je l’ai trouvé à la langue; la grande quantité d’ouvertures dont il est percé ne contient pas seulement les vaisseaux sécréteurs de la sueur, mais encore un nombre innombrable de papilles pyramidales; celles-ci s’élèvent de la peau sous-jacente , soulevant le corps muqueux et l’épiderme , à la surface desquelles elles sont disposées par séries parallèles, entre lesquelles viennent s’ouvrir les canaux sudorifères: Post hanc evellendum sese
MALPIGHI
obtulit reticulare corpus , cjusdem altitudinis , ac alias m lingua observavimns , ci (jus crebris foraminihus continentur non soluvi sudoris vascula } scd innumerce pene pyramidales papillœ : hœ autem emergunt a subjecta eu te sub protractis enim singulis rugis quœin cuticula et retc protubérant } bini papillarum ordincs paralleli per longum ducuntur } in quorum medio dispersa locantur sudoris vasa. (pag. 25.)
On voit qu’il est ici question de cet appareil d’exhalation ( appareil diapnogene ) dont parlent MM. Breschet et A auzème. Malpighi fait observer que, déjà avant lui, Sténon avait dit que sous la peau de presque tout le corps , sous les pattes et les lèvres des oiseaux et des mammifères, il existe des glandules du volume d’un grain de millet, à travers lesquelles passe un nerf, comme on le voit très-bien aux narines du cochon , et qui sont également pourvues de petites veines et d artères , ainsi que d un conduit excréteur dont on aperçoit 1 orifice béant entre les poils; lorsqu’on comprime les narines on peut en exprimer des gouttelettes de liquide. Chez 1 homme on les voit en très-grand nombre à la paume de la main et dans les autres parties du corps. Sténon pense que ces glandules sont les sources de la sueur, et Malpighi partage son opinion; en effet, dit-il, j’ai observé que lorsque j applique la lentille du microscope sur ma main médiocrement chaude , la première se couvre d’une vapeur aqueuse , et qu’en comprimant les doigts, il en sort des gouttelettes de liquide.
On croyait alors encore généralement que la peau , étrangère à la sécrétion de la sueur, ne faisait que lui livrer passage a travers ses pores. Malpighi réfute cette opinion en médecin physiologiste. Si la peau est passive dans l’acte de la transpiration , comment expliquer l’espèce de solidarité qui existe entre le système sécréteur des muqueuses et celui
MALPIGHI
de la peau? Un engorgement des amygdales produit par le froid se dissipe par un lièvre de transpiration ; la sécheresse de la peau détermine la fluidité du ventre , comme l’enseigne Hippocrate (6. epidcrn) : Cutis rciritatem, ventris densitatem. J’ai expérimenté sur moi-même, dit Malpighi, que cette évacuation se fait dans tout le tractus intestinal par l’intermédiaire de petites glandules et les autres espèces de vaisseaux, car lorsque le vent souffle de l’est, j éprouvé dans tout le corps une lassitude et un gonflement de chair suivi de selles abondantes et liquides.
De tout ceci il résulte, continue Malpighi, que la masse de papilles pyramidales qui existent dans la langue, se trouve également dans les régions de la peau destinées au toucher ; qu’elles proviennent du corps nerveux ou cutané (derme) , et qu’elles sont entourées d’une enveloppe réticulaire, atteignant ainsi l’épiderme comme dernière limite. A la surface du corps, elles ont un volume moindre, mais présentent la même structure et la même position , comme je m’en suis assuré sur la peau du bras. Dans les interstices de ces papilles le microscope fait découvrir les ouvertures béantes des canaux de la sueur qui traversent l’épiderme.
Malpighi consacre une partie de son mémoire à examiner si les papilles de la peau sont des prolongements de cette membrane, ou bien les extrémités des nerfs qui la perforent. a A en juger, dit-il , d’après ce que la nature a fait dans d’autres organes, comme dans celui du goût, il est trèsraisonnable de regarder les papilles comme nerveuses. Un grand nombre de nerfs se rendent à la peau , comme il résulte des observations du divin Yésale, de Yesling, deWillis, etc. ; d’ailleurs certainsphénomènesdémontrent clairement cette nature nerveuse : ainsi lorsque le sentiment et le mouvement sont abolis dans une partie , cette abolition réside souvent dans les nerfs, comme le prouve le cas d’une femme
MALPIGHI
qui, après un coup violent sur lepaule, ressentit un engourdissement dans les doigts et qui en fut guérie, non par un emplâtre appliqué sur la main , comme le fit un chirurgien ignorant , mais par des topiques appliqués sur le cou . Une autre femme, dont Gassendi nous a laissé l’histoire , ayant perdu le pied depuis longtemps à la suite d’un sphacèle , continuait à s’y plaindre, évidemment parce que le bout du nerf arraché et qui autrefois se rendait aux doigts du pied, produisait chez elle cette illusion. J’ai fait plus d’une fois l’expérience sur moi-mème, qu’en appuyant le coude sur une table ou sur le bord dun lit, la partie interne du doigt auriculaire, et la partie correspondante de la paume de la main s engourdissent pour un certain temps; ce qui ne provient pas de la compression de la peau , car alors l’engourdissement devrait s’étendre depuis le point comprime , jusqu a celui où la douleur vient aboutir : mais il est plus probable que c est une modification particulière survenue dans le nerf par la compression , et qui , n’étant pas ressentie dans le tronc , se fait seulement sentir aux extrémités des papilles.
Que 1 on compare maintenant le travail de Malpighi à celui de MM. Breschet et Vauzème, et que l’on dise ensuite sil ny a pas les plus grands rapports entre les résultats auxquels ces trois anatomistes sont parvenus. Si quelque chose peut ajouter à la confiance de ces recherches, c/est cette analogie même. Quand, a deux siècles de distance, des savants se rencontrent dans leurs vues, c’est une preuve évidente qu’ils ont bien observe. Car la nature est immuable dans ses créations, et les divergences d opinion entre ceux qui l’observent, dépendent toujours d une erreur faite par l’un ou l’autre observateur. En résumé Malpighi a parfaitement connu les organes de la sécrétion et de l’excrétion de la sueur ( appareil diapnogène de MM. Breschet et Yauzème), ainsi que
MALPIGHI
la disposition des papilles et de leurs étuis cornés. Quant à l appareil blcnnogène, ou producteur de la matière muqueuse, et l’appareil chromalogène, producteur de la matière colorante, il y a cette différence entre Malpighi et MM. Brcscliet et Vauzème, que le premier les confond en un seule substance, ou en une couche de tissu cellulaire à demi liquide, revêtant la surface papillaire du derme , tandis que les seconds en font deux sécrétions distinctes , opérées par des appareils glanduleux propres. Entre ces deux manières de voir c’est à de nouvelles observations à déterminer quelle est la véritable.
De omento , pinguedine et adiposis ductibus.
Malpighi fut le premier qui appela l’attention des anatomistes sur le tissu adipeux : jusque-là on l’avait confondu avec le tissu cellulaire général , l’anatomiste italien démontra qu’il forme un système de vésicules agglomérées, réunies en grappes qui , à leur tour, forment des masses plus ou moins considérables. Ce tissu n’est donc pas aréolaire, mais ressemble plutôt à celui des fruits de la famille des kespéridées, comme les oranges, les citrons, les grenades, qui offrent de même, et cl’une manière visible, des vésicules membraneuses, attachées à des cloisons qui les séparent. Les vésicules graisseuses , ainsi que les graines et les masses qu’elles forment, sont pourvues cl’un pédicule qui leur est fourni par les vaisseaux logés dans leurs intervalles, et peuvent être comparées sous ce rapport à des grains de raisins supportés par leurs pédicelles.
D’api •ès la manière de voir de Malpighi , ce tissu adipeux formerait des glandes borgnes , c’est-à-dire sans appareil excréteur, et servirait de dépôt à une substance éminemment animalisée dont la nature se sert dans quelques circonstances pour réparer les pertes du corps. Sous ce
MALPIGHI
rapport, il n'y aurait d’autres différences entre les glandes graisseuses et les autres glandes que celles qui résulteraient de la nature des produits sécrétés et de leur mode d’excrétion. La graisse fluide , éminemment récrémentielle , est enlevée par l’absorption et transportée immédiatement dans le torrent circulatoire, tandis que les autres humeurs plus ou moins récrémentielles sont éliminées d’une manière plus ou moins immédiate , selon l’étentendue et le trajet de l’appareil d’excrétion. Comme nous le verrons plus loin, Ruysch contesta à Malpighi cette nature glanduleuse du tissu adipeux ; il prétendit qu’il ncst autre que le tissu celluleux ou aréolaire et que la formation des vésicules ou des utricules est dû à l’accumulation du fluide dans les cellules de ce tissu. C’est aussi l’opinion de Haller, de Bicliat , de Meckel , de Roose , de Blumenbach, à laquelle cependant on peut opposer celle de Hunter, de. Wolff, de Chaussier, de Prochaska, de Gordon, de Mascagni, de Béclard, qui adoptèrent la manière de voir de Malpighi.
De Hepate.
Une des questions qui méritait le plus de fixer l’attention des anatomistes du 17rae siècle, était celle du foie. Considéré jusque-là comme un centre d’hématose, il convenait d’examiner en quoi la structure de cet organe s’accordait avec la fonction importante qui lui avait été attribuée. toutefois la question n’était pas sans difficultés; la mollesse et la friabilité de cet organe, sa texture en apparence homogène, semblaient rendre probable l’opinion des anciens qui 1 avaient considéré comme formé par un parenchyme propre, et l’on sait le sens qu’ils attachaient au mot parenchyme.
Ici encore une fois , comme pour le cerveau , aucune
MALPIG1II.
idée d’organisation; Malpiglii entreprit le premier de débrouiller ce chaos. L’idée à laquelle il s’arrêta est que le foie est une glande conglomérée ; et pour le prouver, il nous montre cet organe dans son développement dans la série animale, à partir des mollusques jusqu’à l’homme : Et quoniam in perfectioribus sanguineis animalibus hoc solenne est , ut ipsorum simplicitas multis obscur itatibu s implicetur , hinc necesse est ut imper fectorum animantium ohservatione gradum nobis faciamus . Dans ces classes inférieures, la forme conglomérée n’est pas douteuse; on y voit le foie disposé en grappes : Nam singuli lobuli , relut ex parcis uvœ racemi conglobatis , subrotundis corporibus , acinorum instar constantur , quœ cum toto lobulo mediis rasis connexionem habent. La forme lobulée du foie se présente également chez les poissons, les reptiles et même chez un grand nombre de mammifères ; si dans les animaux supérieurs il semble ne former qu’une seule masse , c’est à cause de son enveloppe fibreuse; car lorsqu’on enlève cette dernière, la séparation des lobules se dessine d’une manière manifeste : In bovis itaque jecore , ablata tunica } interstitia et contermini lobulorum fines observantur , in majoribus vasornm bifurcationibus , ubi dum hepatis compages ri disrumpilur ex solidis rasorum ramis ita custodiuntur intercepti lobuli j ut eorum exterior structura et nexus eonspici possit. Cette expérience réussit surtout chez les animaux qui viennent de naître. Après ces remarques générales sur la disposition conglomérée du parenchyme du foie, Malpighi poursuit l’examen des différents éléments qui le constituent. Ces éléments sont nombreux: ce sont d’une part les canaux biliaires, les ramifications de l’artère hépatique et de la veine porte; de l’autre les veines sus-hépatiques, les lymphatiques et les nerfs. Ce sont eux qui forment
MALPIGUI.
les gianulalions , et celles-ci les lobules: chaque lobule est recouvert par une membrane qui dépend de l’enveloppe générale (pie Glisson a décrite, et qui accompagne dans leur trajet les ramifications de la veine porte et des canaux hépatiques; les interstices que les séparent sont fort petits et remplis par un tissu cellulaire servant à les réunir. En général , la distribution des vaisseaux dans le foie est analogue à celle qui a lieu dans les poumons : Vasa in jecorc, medio involucro commnni , a Glissonio ohservato, lta in ramos hinc inde disperguntur, ea inquam proportionali via , quam in pulmonihus intuemur. Comme dans ces derniers , comme aussi dans le pancréas , et en general dans toutes les glandes conglomérées, les grains glanduleux pendent à l’extrémité des ramifications vasculaires. Ad smgidas autem vasorum propagines, licet etiam exiles, lohuli appenduntur , conicam utplurinnnn servantes figuram, non ahsimilem a descripta jam tn pulmonum divisione j consimilem etiam passim in pancreate, cœterisque conglomeratis glandulis observamus. Ils en sont enveloppés comme d’un réseau.
L'injection prouve que les extrémités de la veine porte communiquent avec la veine cave , ce qui fait que les granulations sont placées entre un système afférent et un système efférent. Unde concludi potest, glandulosos acinos, quibus hepatis moles excitatur , medium esse inter asportantia et deferentia vasa. Un caractère propre au foie, cest que la veine porte y joue manifestement le rôle des artères; la manière dont elle s’y distribue, ses rapports intimes avec les canaux biliaires, la nature les ayant placés dans une game commune; sa distribution autour des grains g anduleux , tout indique qu’il doit exister entre eux un commerce intime. Mais comment celui-ci a-t-il lieu? Malpighi pense qu il ny a point d’abouchement direct entre
MALPIGIIl.
les vaisseaux sanguins eL les conduits excréteurs, mais que ceux-ci naissent par des follicules placés au centre des granulations, et dans lesquels le produit de la sécrétion est déposé. A l’appui de cette assertion , il rappelle ce fait, que l’on a souvent trouvé les canaux biliaires remplis de vers sans que jamais on les ait observés dans les vaisseaux sanguins : Acutissimus Thomas Cornélius vermium multitudine interdum ita repletos eosdem pori hiliaris ramos fatetur, ut hac potissimum ratione distinctionem a sanguineis vasis collegerit. A cet égard, nous ferons observer que les acéphalocystes du foie ont constamment leur siège dans les vésicules biliaires ; c’est un fait que nous avons pu constater nous-même, et qui nous a été confirmé par M. le professeur Schroeder-Van der Kolk, à Utrecht. La communication , puisqu’enfm elle doit exister pour le passage des fluides sécrétés, ne peut donc avoir lieu que par les pores dont les parois des vaisseaux sont percés. Malpighi s’occupe ensuite du trajet des lymphatiques : On conçoit ce que cette question présentait alors d importance. Malgré les expériences de Bartbolin , beaucoup d anatomistes pensaient encore avec Aselli que les chylifères se rendaient directement au foie. Malpighi confirma en tous points l’opinion contraire , et il prouva que ceux de ces vaisseaux qu on voit apparaître à la surface concave de l’organe en sont les efférents, et vont se dégorger avec les autres lymphatiques de l’abdomen, dans le grand canal thoracique. 11 pensa qu ils naissaient des glandes conglobées qui existent dans le parachyme hépatique „ et qu’ils n’ont aucune communication avec les conduits biliaires : Idco ex lits omnibus valde probabile est , germanum ( proprium ) hepatis excrctormm vas esse porurn biliarium , lymphatica vero adnatis glandidis inserij nullunique intimum commercium cum jecore sapere. (De Hepate. pag. 67.)
malpighi.
relie est la substance d’un travail sur l’un des points les plus difficiles de l’anatomie , et dans lequel Malpighi a laissé peu à faire à ses successeurs, tellement toutes les circonstances relatives à la structure du foie y sont nettement déterminées. Ce que nous devons le plus y admirer, c’est la sagacité ovcc Quelle 1 anatomiste italien est parvenu à établir la nature glandulaire de l’organe. En basant ses déterminations sur 1 anatomie comparée , il a ouvert une voie à laquelle la science est redevable des progrès qu’elle a faits de nos jours.
De pulmonibus.
Les poumons étaient considérés également comme des organes parenchymateux , c’est-à-dire formés par une substance sanguine extravasée, comme le foie, la rate, etc. La paît quon leur avait attribuée dans l’acte de la sanguification, était très-faible, puisqu’on avait cru qu’ils ne servaient qu’à rafraîchir le sang qui les traverse et à modérer, au moyen de l’air inspiré, la chaleur intégrante du cœur. Cependant, dit Malpighi l’observation et la raison s’accordent pour faire admettre que ces organes doivent avoir une structure propre. Un examen attentif y fait découvrir un amas de vésicules, ou de cellules formées par les dernières ramifications de la trachée-artère.
Il en résulte que celles-ci ne sont pas closes, mais quelles communiquent toutes ensemble; cependant l’observation a prouvé que cette disposition, qui se rencontre en effet chez les mammifères plongeurs , tels que les phoques , les baleines, etc., de même que chez les oiseaux et les reptiles, n a pas heu dans les mammifères supérieurs , et chez l’homme. Prenez un rameau bronchique, et insufflez-le , l’air ne pénètieia que dans la série des vésicules qui appratiennent à ce rameau , ce qui , selon l’opinion de Malpighi , ne devrait Pas arr*vei’- Remarquons toutefois que cette erreur n’ôte
MALPIGlIf.
rien à l’iclce fondamentale de l’anatomiste italien sur la structure des poumons ; il suffit qu’il ait prouvé qu’ils sont formés par les extrémités renflées des divisions bronchiques , pour que l’honneur de la découverte doive lui être rapporté en entier.
De quelle manière les vaisseaux pulmonaires se terminent-ils sur les cellules aériennes? Est-ce en s’anastomosant les uns avec les autres; ou bien s’ouvrent-ils directement dans le parenchyme de l’organe? Ce sont là des questions qui paraissent à Malpighi difficiles à résoudre : An hœc vasa in finibus , vel alibi mutuam habeant anastomosim, ita ut sangids a vena resorbeatur continuato tramite, an vero J dent , omnes in pulmonum substantiam dubium , quodadhuc mentem meam torque t.
En effet quiconque a préparé des poumons , sait avec quelle facilité les liquides injectés dans l’artère pulmonaire passent à la fois dans la trachee— artère et dans les veines pulmonaires , ou s’épanchent dans les interstices celluleux des lobules. Cependant cette difficulté ne pouvait arrêter longtemps un homme aussi ingénieux que Malpighi, et il le prouve dans sa second lettre. C est encore une lois par l’anatomie comparée qu’il éclaire la question; car, dit-il, dans l’examen delà structure intime des organes, il importe de procéder du simple au composé, la nature ayant 1 habitude de préluder par des compositions inférieures à des compositions plus élevées , et de poser dans les animaux inférieurs les rudiments des êtres plus élevés dans l’échelle : Dum modo insectorum , modo perfectorum animantium sections, veluti per gradus lucem mutuarnur, solet emm quibusdam, licct vilioribus , magnis et omnibus absolutis numeris natura prœludere , et in impcrfectis rudimenta perfectorum animantium ponere. Ce furent des grenouilles qui servirent à ses recherches , ces animaux
malpighi.
présentant dans l’organisation de leurs poumons des facilités qu’on ne trouve dans aucun autre. En effet, la diaphanéité des membranes qui les composent permet de voir le sang circuler dans leurs vaisseaux. Malpighi décrit d’une manière admirable les réseaux ou les plexus qu’ils forment aUr lcs cellules aeriennes, et dans lesquels les dernières extiémites des artères pulmonaires donnent évidemment naissance aux veines du même nom ; l’opinion des anciens ne saurait donc être admise , puisque nulle part le sang ne sort de ses vaisseaux : Hinc patuit ad sensum sanguinem per tortuosa vasa divisum excurrere , nec in spatia effundi, sed per tuhulos semper agi, et multiplici fiexu vasorum disjeci. Dans les poumons de l’homme et des mammifères les communications des veines et des artères présentent les particularités suivantes : tantôt une seule artère en se divisant aboutit à plusieurs veines distinctes; tantôt une seule veine semble communiquer avec plusieurs artères. Ils forment autour des cellules aeriennes des réseaux qui ne communiquent point dans leur intérieur. Ainsi, lorsqu on injecte du mercure dans l’artère pulmonaire aucune goutte ne pénètre dans les bronches , tant qu’on injecte avec circonspection; mais dès qu’on augmente la piession, le métal se fraie une fausse route, et pénètre dans les vésicules. C’est ainsi , dit Malpighi , qu’un abcès développé dans les interstices de ces vésicules, pourra facilement se faire jour à travers leurs parois, et s’ouvrir dans les bronches; que le sang dans quelques circonstances s’insinuera aussi dans les voies aeriennes , et que le malade le rendra avec les crachats. (Epist. II.)
Le travail de Malpighi résoud complètement la question qu il s était proposée , et a servi de base à toutes les rec erches qui ont été faites ultérieurement dans le même hut; le livre de Reisseissen , publié en 1820, n’est en quel-
MALPIGIII .
que sorte que l’ampliation des vues que ce travail renferme. C’est un caractère propre au génie de saisir la portée et le sens véritable des faits qu’il embrasse , et personne plus que Malpighi n’a présenté ce caractère d’une manière aussi complète ; on peut dire qu’il a répandu la lumière sur toutes les parties de la science dont il s’est occupé.
De Lieue.
U n’est aucun organe dont la structure et les usages soient entourés de tant d’obscurité que la rate. Est-ce une glande conglomérée ou un simple ganglion sanguin ? Telles sont les questions qui tiennent encore les anatomistes en suspens , et qui , depuis Malpighi qui s’est déclaré pour la première opinion , et Ruyscn qui a embrassé la seconde, n’ont pu encore recevoir une solution complète. On conçoit l’importance d’un débat dans lequel, indépendamment des anatomistes qui l’ont soulevé, des hommes tels que Hewson , Dupuytren , Home , Heusingei et Meckel sont engagés.
Une circonstance qui ne surprendra plus après ce que nous avons fait connaître des autres travaux de Malpighi , c’est que tout ce que nous savons sur la structure de la rate lui appartient. Avant lui on la considérait comme un organe dont le parenchyme mou et pulpeux excluait toute idée d’organisation: le premier il nous fit connaître que , comme les autres viscères, elle a une structure propre.
Il résulte de ces recherches cpie l’enveloppe fibreuse de la rate, intimement adhérente à sa surface externe, envoie dans sa substance une multitude de lamelles et de fibres très-déliées et entrelacées ensemble de mille manières différentes, qui pénètrent dans l’espace circonscrit par la capsule , laissant entre elles des intervalles irréguliers , dans lesquels se répandent les vaisseaux spléniques. Ce
MALPIGHI
sont cos productions qui forment, à proprement parler, la base du tissu de la rate : Enascuntur hœ fibrœ ab inte- Tiot i liants memhrana , et 'par transver sum producuntur in oppositam dictœ mambranœ partent, seu ad capsulant quantdant, sive commune involucrum vasorunt per medium Items perreptans. Non idem servant planant , sed identidem sibi occurrentes subdivisœ propriœ substantiœ, vel fibrularum, seu capillarium partium dimidiata portione consimilibus inoscidantur , ita ut miras fiat nexus et rete, et dum membranœ accédant , bifurcantur j unde multiplicibus veluti ramis in ipsam inseruntur.
Indépendamment des prolongements fibreux , on voit encore se porter, de la membrane interne de la rate à sa scissure , d’autres canaux creux qui enveloppent étroitement les vaisseaux et les maintiennent dans leur position : Ita ut mdeantur veluti enses vagina conditi, quirt et fihrulas reticulariter productas aident involucro communient.
Malpighi compare le parenchyme de la rate à celui des poumons des tortues; comme dans ces derniers, toutes les cellules communiquent entre elles et reçoivent sur leurs lamelles l’expansion des vaisseaux sanguins. Ces cellules sont formées par les prolongements des sinus veineux , comme dans les poumons les cellules aériennes par les dernières extrémités des bronches.
Indépendamment de ces parties constituantes, on trouve dans la rate un grand nombre de corpuscules arrondis, blanchâtres, ayant de la ressemblance avec des glandes, avec des vésicules ou avec des grains de raisin. Leur substance paraît membraneuse ; elle est molle et friable. Cependant leur cavité ne peut s’apercevoir, quoiqu’il soit à piésumer quil y en a une, puisque la glande s’affaisse
MALPIGUI.
dès qu’on y fait une incision, elles sont logées dans les cellules du parenchyme, et y sont suspendues à des prolongements membraneux de ces cellules : les vaisseaux sanguins
serpentent autour de ces glandules, comme le lierre rampe sur le tronc d’un arbre. Communément elles sont ramassées au nombre de sept ou huit , et forment une espèce de grappe. Leur volume varie, mais il est toujours assez considérable pour qu’on puisse les apercevoir. Malpigbi dit les avoir trouvées très-grosses dans le cadavre d une jeune bile , d les a aussi trouvées dans quelques poissons. Malpighi considérait ces corpuscules comme de véritables glandes. Nous verrons que Ruysch en contesta plus tard l’existence et prétendit qu’on ne devait voir en eux que de simples faisceaux vasculaires. Disons que dans ces derniers temps les glandules spléniques ont été admises parHewson, Dupuytren, Home, Heusmger , etc. Toutefois dans letat actuel de la science, la question n’est pas encore résolue, et nous aurons soin de faire connaître dans le cours de cet ouvrage , de quelle manière les anatomistes sont encore paitages aujouidhui entre l’opinion de Ruysch et. celle de Malpigbi.
De renibus.
Nous avons vu en parcourant les ouvrages d’Eustacbi , jusqu’où cet anatomiste avait poussé ses recherches sur la structure des reins. La nature de la substance tubélonnnée avait été parfaitement déterminée , mais il restait à connaître celle de la couche corticale. A cet effet Malpigbi entreprit des recherches qui peuvent être considérées comme le complément de celles d’Eustacbi. Appliquant aux reins ses idées générales sur la structure des glandes conglomérées, il démontre que ces premiers organes sont formés d une série de lobules d’autant plus prononcés que l’individu est plus jeune ou moins élevé dans l’échelle, remarque qui avait
MALPJGIII.
déjà élé faite par Eustachi (pag. 201) il décrit ensuite chacun de ces lobules, et il fait voir qu’ils sont formés d’une sélie de glandules, formant grappes, et tenant aux extrémités des canaux urinifères. Afin de mieux les apercevoir il recommande de couper le rein en deux parties égales , de la convexité vers la concavité ; on observe alors la continuité des glandes avec la substance fibreuse. C’est ainsi qu’il désigne fréquemment les canaux des tubulures. Malpighi a fait de nombreuses expériences pour s’assurer si la substance de ces tubulures était creuse, mais elles ont été superflues. La difficulté tient ici à ce qu’il n’y a pas moyen d’injecter directement ces canaux à cause de l’étroitesse des bouches qui s’ouvrent à la surface des mamelons. Toutefois un moyen qui réussit quelquefois, et que Malpighi n’a pas connu, est celui qui consiste à injecter les reins au mercure sous la cloche pneumatique, comme on fait en général pour injecter les vaisseaux séreux des végétaux. Le métal est alors réfoulé dans les canaux des tubulures par la seule pression de l’air atmosphérique. Une circonstance qui n’a pas échappé à la sagacité de l’anatomiste italien , c’est la facilité avec laquelle 1 injection poussée dans l’artère ou la veine émulgente , revient par les canaux urinifères; c’est encore un moyen de démontrer ces derniers. Toutefois on n’est pas en droit d’en conclure qu il existe une communicaton directe entre ces canaux et les vaisseaux sanguins; la communication n’existe ici que par voie d’exhalation, comme on voit quelquefois les urines devenir sanguinolentes à la suite d’hémorraghies critiques, ou métastatiques. Nous examinerons plus loin les travaux de Bellini et de Ferrein qui ont complété ce que la science possède aujourd’hui sur la nature des reins.
Nous terminerons ici l’examen des recherches de Malpiglu, nous reservant d’examiner en leur lieu celles sur la formation de l’œuf, et le développement des organes, ques-
MALPIGUI.
Lions difficiles, cl que l’anatomiste italien a résolues avec une rare sagacité.