‹ Précis de l'histoire de l'anatomieChapitre 55 sur 101 · IN UC K · texte numérisé non relu

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Comme ce livre est important par les faits qu’il renferme, nous allons en donner une courte analyse. A l’époque où il fut composé, l’histoire des glandes lymphatiques était à peine ébauchée; on admettait encore généralement que les glandes conglomérées, c’est-à-dire les glandes proprement dites , le foie , les mamelles , etc. , recevaient immédiatement leurs fluides sécrétés des chylifères; ainsi nous avons vu Bartholin décrire ceux de ces vaisseaux qui se rendaient aux mamelles pour y porter le lait. Nuck s’éleva le premier contre cette opinion; il injecta différentes liqueurs dans le canal thoracique et les chylifères , sans les faire pénétrer dans les canaux galactophores. Le mercure même, dit-il, ne lui a pas réussi : Verum nullo experimento , dexterrime tamen instituto, hoc unquam detectum imo mercurius nos ter > qui alias in ejusmodi raro fallere solet j injecta prius convenienti loco et tempore ligatura, vias lias quas obscuras vocant et cœcas invenire non potuit. Au contraire l’injection poussée dans les artères mammaires revint par le mamelon ; d’où il conclut , dans le sens de Ruysch, que les artères s’abouchaient avec les vaisseaux galactophores, et que c’est le sang artériel qui fournit les matériaux de la sécrétion.

Abordant ensuite la structure des ganglions lymphatiques , il démontre qu’on les injecte facilement par leurs afférents; il pense que ces organes sont formés par une espèce de chair ou de pulpe à travers laquelle la lymphe transsude , et non comme Ruysch l’avait prétendu par un amas de lymphatiques : Glandulas mesenterii non constituere vasorum complicatorum nexam , sed substantiam earum potins fibrosam esse } musculosaniquc. C’était la différence qu’il mettait entre les glandes conglomérées et les conglobées.

MÉnr.

Ayant insufflé de l’air dans les artères et les veines de la rate , il vit celui-ci s’insinuer dans un si grand nombre de vaisseaux lymphatiques, qu’en un instant l’organe en fut oom ei t ; cii constance qui lui a fait croire cpie ces vaisseaux communiquaient avec les capillaires artériels et veineux. Aous avons vu que cette opinion fut également celle de Boerhaavc , qui l’a empruntée à son maître. Nuck a découvert des lymphatiques dans les poumons , les testicules , les ovaires; dans l’utérus, le foie, le cœur les intestins etc. Tous ces vaisseaux , dit-il , se rendent au réservoir du chyle , ou dans le canal thoracique. Nous reviendrons dans un article spécial sur la grande question de l’absorption , et sur les nombreux débats quelle a soulevés. (Voir Fohmann). En résumé, le traite de Nuck sur les glandes lymphatiques est plus complet que ceux qui avaient paru jusque-là. Rappelons que ce fut cet anatomiste qui le premier fit connaître la continuation du péritoine avec la muqueuse, dans les trompes utérines. ( Canal de Nuck. )

1687. Brunner, (Jean-Conrad) de Diessenhofen , près de Schafifhouse (1655), célèbre par la découverte des glandes muqueuses du duodénum. ( Glandes de Brunner.)

De glandulis in intestino duodeno detectis. 1687.

1692. Mery (Jean), né à Vatan, en 1645, membre de l’académie des sciences et premier chirurgien de l’Hôtel Dieu à Paris. On trouve de Mery, dans les mémoires de 1 academie dont il était membre, des observations importantes :

De la manière dont la circulation du sanq se fait dans le fœtus , 1692.

Pourquoi le fœtus et la tortue vivent longtemps sans respirer. 1695.

Observation de deux foetus enfermes dans une même enveloppe. 1695.

FAINTONI.

Problème d’anatomie, savoir: si pendant la grossesse il est entre la femme et le fœtus une circulation du sang réciproque. 1708.

Remarques sur un fœtus monstrueux. 1709.

Ce dernier mémoire est remarquable, en ce que Méry y attaque et renverse les croyances absurdes accréditées à son époque sur la cause des monstruosités. Nous y reviendrons.

1695. Wharton (Thomas) , dont le nom se trouve attaché aux conduits salivaires des glandes sous-maxillaires. Adenoqraphia, seu glandularum totius corporis description A msterdam , 1658.

1696. Paeclhoni (Antoine), né à Reggio en 1665; anatomiste distingué, qui à ce titre jouit de la protection et de l’amitié de Malpighi , et qui cependant n’a su rattacher son nom qu’aux erreurs les plus grossières , parce qu’il s’est trop abandonné à l’esprit d’hypothèse. Dans son ouvrage : De durœ meningis fabrica et usu clisquisitio anatomica , il présente la dure-mère comme musculaire et comme la source et le principe de tous les mouvements contractiles du corps. Dans celui qui a pour titre : Dissertatio epistolaris de glandulis conglobatis durœ meningis humanœ , il est question de ces petits corpuscules qu’on trouve le long du bord convexe de la faux du cerveau, et dont A esale a'sait déjà parlé. Pacchioni les considère comme des glandes

lymphatiques.

1697. Fantoni (Jean), né à Turin en 1657, professeur d’anatomie à l’université de cetteville. Cet auteur n’est connu par aucune découverte , mais il a rendu des services à la science; en général, ses ouvrages se font remarquer par une érudition solide et par une latinité pure et élégante. Parmi eux nous citerons : De structura et motu durœ matnsj de glandulis ad superiorem ejus sinum , et de lympha-

PALFYN.

ticis piœ meningis , qui est une réfutation victorieuse des erreurs émises par Pacchioni. Sa dissertation : De ohscrvationibus mcdicis et anatomicis epistolœ , contient l’histoire extraordinaire d une fille, chez laquelle l’extirpation de la rate fut pratiquée, et qui non seulement se rétablit mais devint mère. L’autopsie, faite longtemps après, fit voir que 1 extirpation avait été réellement pratiquée.

1697. Havers (Clopton), anatomiste anglais, membre de la Société royale de Londres. Il est connu dans la science par la découverte des soi-disant glandes synoviales, dontBichata détruit l’existence, en prouvant quelles n’étaient que de petites pelotes de graisse contenues dans les replis des bourses synoviales.

Observcitiones novœ de ossibus pcirtibusque ad eci spectantibus. Francf. 1692, in-8°.

1701. Nous allons terminer la liste des anatomistes du 17me siècle par l’histoire d’un homme que la Belgique peut mettre ajuste titre au nombre de ses anatomistes et de ses chirurgiens les plus célèbres, de Jean Palfyn, né à Courtrai le 26 novembre 1650, et non à Gand comme on l’a dit. Son père, obscur chirurgien de ville , n’eut d’autre ambition pour son fils que de lui faire embrasser son état , et de lui transmettre son bistouri et son rasoir. Mais Palfyn se sentit appelé à des destinées plus hautes; comme tous les esprits supérieurs il se servit de maître à lui-même, et malgré l’imperfection de son éducation première, qui s’était bornée à la connaissance de sa langue maternelle, il parvint à apprendre assez de latin pour comprendre les livres de Yésale et de Verlieyen , qui devinrent ses uniques guides. L’anatomie fut sa science de prédilection, et il s’y livra avec un ardeur d’autant plus méritoire, que son étude était encore entourée de difficultés et même de périls. À cette époque, l’éternel préjugé que

PALFYN.

nous vu constamment opposer un obstacle invincible aux progrès de l’anatomie, subsistait dans toute sa force en belgique. Il fallait dérober dans les cimetières les corps qu’on faisait servir aux dissections. Un jour Palfyn fut découvert par la police, et il n’eut de parti à prendre, pour se dérober aux poursuites de la justice, que de se réfugier à Gand (1). Il y fut acceuilli chez un des professeurs de cette ville, et trouva moyen de s’adonner dorénavant sans entraves à ses travaux.

Vers cette époque Palfyn fut reçu élève en chirurgie , mais ne pouvant trouver dans le lieu de sa résidence aucun moyen de continuer son éducation médicale , il résolut de se rendre à Paris où Winslow, Geoffroi, Duverney répandaient alors l’éclat de leur enseignement. La chirurgie longtemps comprimée par les prétentions jalouses des hommes qui aspiraient à être seuls médecins, venait enfin de sortir de l’état d’avilissement dontVésale se plaignait ajuste titre. L’académie de chirurgie de Paris avait été réformée , grâce à la protection éclairée de Louis XIV ; des hôpitaux avaient été ouverts pour les élèves en médecine et en chirurgie; des chaires de chirurgie et d’anatomie venaient d’être créés, et des hommes savants et habiles avaient été chargés d’y donner des leçons publiques. Il ne faut donc pas s’étonner des progrès que fit Palfyn dans la capitale de la

(1) Nous empruntons cette circonstance de la vie de notre compatriote à une notice sur Palfyn , par M. Aug. Voisin , insérée dans le Messager des Sciences et des Arts (Année 1827-1828). Ce savant la tenait de M. Le Doct. De Boye, qui de son côté la tenait de son père, médecin qui a exercé son art pendant plus de trente ans à Courtrai et dans les campagnes d'alentour. Cette espèce de tradition ne permet donc pas de douter de l’authenticité d’une anecdote que nous n’avons pu passer sous silence, parcequ’elle est caractéristique dans l’histoire de l’anatomie.

PALFYN.

France. Il sentait trop vivement lelat d’abjection où la chirurgie était encore plongée dans son pays , pour ne pas faire tous ses efforts afin de l’en retirer. A son retour de Paris, Palfyn revint s’établir à Gand, mais il ne put trouver de quoi y subsister. Il alla donc se fixer à Yprcs où il fut reçu maître chirurgien-barbier ( meester in de chirurgie en barbierie. ) Plus tard il revint à Gand (1695) , qui cette fois l’accueillit avec distinction: de concert avec le gouvernement, elle lui accorda, par acte du 26 novembre 1697, le droit de bourgeoisie. Ayant également obtenu du gouvernement et de l’école de médecine l’exemption de suivre pendant le temps requis (trois ans), les leçons et de fréquenter la maison d’un maître chirurgien, il fut reçu, en 1698, maître chirurgien -barbier, après avoir passé les examens préalables. 11 paraît qu’il était alors loin d’avoir de la fortune, car il avoue lui-mème dans une requête adressée au roi , qu’il lui était impossible de soutenir sa famille , s’il n’obtenait, dans le courant de l’année , la faculté d’exercer son état.

Dès qu’il se vit en possession de la pratique de son art, Palfyn commença la noble mission à laquelle il avait résolu de vouer sa vie entière. Frappé du manque ou de la nullité des livres alors en usage dans les écoles (1) , il composa pour les élèves une ostéologie en flamand. Cet ouvrage parut en 1701. Peu de temps, après il publia son Anatomie du corps humain , avec des remarques utiles aux chirurgiens dans la pratique des opérations , avec fig. ■

(1) On s étonnera peut-être de cette assertion , alors que les œuvres immortelles de Vésalc, de Fallopia, de Malpighi, de Willis offraient des mines fécondes de science; mais ces ouvrages, à cause de leur profondeur, n’étaient à la portée que de quelques rares intelligences. Les sources où lesBoerhaave , les Verheyen , les Palfyn avaient puisé leur savoir, n’étaient pas accessibles au vulgaire.

PALFYN.

[Paris } 1726.) ouvrage qui mit notre compatriote au rang des premiers anatomistes de l’époque. On ne sera pas fâché de connaître le jugement qu’en portèrent les hommes qui tenaient alors le sceptre de la science. Voici celui de Boerhaave :

A la réquisition de J. Palfyn , très-célèbre professeur en anatomie et en chirurçjie de la ville de G and ,j ai lu un livre de sa composition , dans lequel il a su allier , avec beaucoup d’esprit et d'intelligence, l’anatomie avec . ! la chirurgie ; ce qui nie fait espérer que la nouvelle édition de cet ouvrage sera d’une grande utilité a tous ceux qui veulent étudier à fond et exercer avec habileté ces deux arts si nécessaires ; la nature des maladies chirurgicales surtout, leur siège et leur cure s’y trouvent expliqués conformément à l’exacte structure des organes. Cette matière toute importante qu’elle est, n’a été avant lui traitée aussi méthodiquement et aussi clairement par aucun autre auteur . C’est le jugement que je porte de cet excellent livre.

A Leyde, le 15 Juillet 1716. H. Boerhaave.

Le célèbre Albinus certifie également qu’il a lu l’ouvrage de Palfyn , et qu’il y a trouvé l’exposition d une anatomie autant succincte que nécessaire aux chirurgiens ; que le siège des maladies chirurgicales y est marqué avec précision ; que la manière de traiter ces maladies y est judicieusement déduite, et qu’ainsi l’anatomie s’y trouve habilement associée à la bonne chirurgie. Et comme cet auteur, ajoute le professeur de Leyde , est le premier qui ait méthodiquement traité un sujet si important, j’estime qu’il a rendu aux chirurgiens un service très-considérable , et ce livre, par conséquent., me paraît très-digne d’être donné au public.

PALFYN .

C'est qu’en effet Palfyn a réuni dans son livre, avec un rare bonheur, tout ce que l’anatomie présente d’important et d’immédiatement applicable au diagnostic et au traitement des maladies. Afin de donner une idée de la manière de 1 auteur, nous allons donner ici, par forme d’extrait, la description qu’il fait du canal inguinal et de ses anneaux.

Après avoir décrit les muscles larges de l’abdomen , Palfyn dit : « 11 est à remarquer que les trois muscles dont on vient de faire la description sont percés vers l’aisne, et qu ils forment ce qu’on appelle les anneaux, par où sortent les allongements du péritoine qui enveloppent les vaisseaux spermatiques aux hommes et les ligaments ronds de la matrice aux femmes. Il y a néanmoins cette différence entre les trous de ces muscles, que celui qui se rencontre au muscle transversal , n est pas un anneau comme les auteurs le décrivent , mais un ecartement de ses fibres charnues , aussi bien que celui qui se trouve au muscle ascendant ; au lieu que l’ouverture qui se rencontre au muscle oblique descendant, existe à son aponévrose, laquelle étant dilatée, représente assez bien l’anse d’un panier, dont les deux extrémités s attachent au pubis ; en sorte que l’on peut dire en quelque façon, que l’aponévrose n’est point percée, parce que l'anneau n’est pas parfait.

Les ouvertures de ces trois muscles sont placées de manière que celle du muscle transversal est plus élevée que celle de l’oblique interne , et celle de ce dernier, plus haut que 1 ouverture de l’aponévrose de l’oblique externe; en sorte que les ouvertures de ces trois muscles ne sont pas posées ' is— à— vis les unes des autres; mais celle du muscle transversal est en partie recouverte par l’oblique ascendant , et celle de ce dernier par l’aponévrose du grand oblique ; ce qui empêche les parties intérieures de glisser si facilement hors du bas-ventre. »

rALFYN.

On voit avec quelle précision Palfyn décrit ici le canal inguinal, sa direction oblique à cause de la superposition des trois muscles larges de l’abdomen, et enfin scs anneaux tant interne qu’externe. Palfyn entre ensuite dans des détails très-circonstanciés sur la production des hernies, et sur les modifications qu’éprouvent toujours les parties herniées quand elles sont étranglées par l’anneau. Les préceptes qu’il donne pour obvier à cet état sont entièrement basés sur la disposition anatomique de la région. C’est ainsi que l’anatomiste flamand procède dans les différentes parties de son ouvrage , de manière qu’on peut dire qu’il y en a peu , même parmi ceux qui se publient aujourd’hui , qui répondent mieux au but que leurs auteurs se sont proposé. Il ne faut donc pas s’étonner de la vogue immense qu’eurent les ouvrages de Palfyn; ils avaient à peine paru que non seulement ils se répandirent en peu de temps en Belgique , mais encore qu’ils furent traduits et commentés en France et en Allemagne. Le livre du célèbre anatomiste Gantois , comme on l’appelait alors , devint classique. A ce sujet l’on raconte une anecdote qui prouve combien était grande la considération dont jouissait notre compatriote. Dans le but de s’instruire, Palfyn s’était rendu à Leyde, afin d’entendre Boerliaave. A son arrivée, il se rend chez l’illustre professeur, où il est introduit avec les autres élèves; il lie conversation avec eux, et leur demande s’il avait paru quelques ouvrages nouveaux sur la chirurgie : « Nous étudions avec ardeur, lui répou dirent-ils, les traités d’anatomie de Palfyn; ils ont tellement charmé notre maître, qu’il les relit pour la troisième fois. » — Eh bien , leur répondit le modeste voyageur, allez dire à Bocrhaavc que Palfyn est ici. Inutile de dire avec quel empressement il fut reçu. « 11 y a longtemps, lui dit Boerliaave, que je désirais vous voir; vos ouvrages inc plaisent beaucoup, et j’approuve

PALFYN.

loutes vos opinions. » Bocrhaave essaya inutilement de rattacher à l’université de Leyde. Palfyn visita ensuite l’université de Louvain, où le professeur Verlicyen, son ami intime, lui donna publiquement les marques de la plus haute estime. Outre les médecins de Paris, ceux qui, à cette époque jouissaient de la plus grande réputation , en Allemagne et en Hollande, Ruysch, Heister, Haller s’honorèrent de son amitié. Il parcourut ensuite à pied les universités les plus renommées de l’Angleterre, et revint delà a Paris ou 1 appelait le souvenir de scs premières études.

En 1708, Palfyn fut nommé professeur de chirurgie et d’anatomie, et vit ses cours fréquentés par de nombreux élèves, qui propagèrent dans la Belgique l’amour et la connaissance de la chirurgie. Toujours très-occupé et déjà d’un âge avancé, car il avait alors 68 ans, il fit encore de 1718 à 1726, cinq voyages à Paris, pour donner ses soins à l’impression et aux gravures d’une édition française de son traité d’anatomie chirurgicale. Palfyn voulait par-là payer sa dette de reconnaissance aux écoles où il avait reçu ses premières leçons. Par cette traduction, dit-il lui-même dans sa préface , je veux m acquitter d’une ancienne dette envers la nation française; je veux lui faire part du fruit de mes études aux écoles de Paris, que j’ai fréquentées longtemps et assidûment dans ma jeunesse.

Palfyn arriva ainsi à la fin de sa carrière , qui fut entièrement consacrée au soulagement de l’humanité et à l’avancement de la science. Peu répandu dans le grand monde, auquel il n avait eu ni le talent ni le loisir de faire agréer scs services, il consacrait aux pauvres le temps que lui laissaient ses devoirs à lccole de médecine. Faut-il dire après cela qu il mourut dans un état voisin de l’indigence ? Personne ne s en étonnera sans doute, car les services que l’on rend

PALFYN.

à la science et aux pauvres sont la plupart du temps gratuits , ou du moins ne sont payés que par les jouissances que donne le sentiment d’un devoir accompli. Mais ce que l’on comprend à peine , ce qui brise l’àme par une douleur profonde , c’est que Palfyn mourut dans le plus profond oubli , et comme un homme vulgaire , lui le fondateur de la vraie chirurgie en Belgique, lui que les étrangers nous enviaient, et dont ils auraient payé les services au poids de l’or (1).

Cinquante ans après la mort du grand chirurgien, l’école de médecine de Gand s’avisa enfin de payer sa dette de reconnaissance , et vota l’érection , à ses frais , d’un cénotaphe à la mémoire de Jean Palfyn , dans l’église paroissiale de S1- Jacques. Cette mesure honore sans doute les hommes qui l’ont provoquée, mais elle n’excuse point l’oubli cl l’espèce d’indifférence qui , pendant un demi-siècle, ont pesé sur la tombe de l’illustre inventeur du Forceps. Que d’exemples d’ingratitude ne pourrions-nous pas citer à côté de celui dont Palfyn fut la victime. Pourquoi l’étranger, en parcourant les rues et les places de nos cités riches et populeuses, cherche-t-il en vain l’image des hommes qui furent les bienfaiteurs du peuple. Pourquoi Yésale, Dodoens , Rega , Yerheyen, n’ont-ils aucun monument digne d’eux? Et cependant, qu’on le comprenne bien, il ne s’agit pas ici d’une vaine démonstration , d’une satisfaction donnée à la vanité humaine ; l’existence morale , la nationalité d’un peuple est intéressée à ce que la mémoire des hommes qui ont honoré le pays lui soit constamment représentée, afin qu’à

(1) La mort de Palfyn arriva le 21 avril 1730. Il fut enterré, d’après scs dernières volontés, dans le cimetière qui entourait alors 1 église de St-Jacques à Gand , dans la partie située du côté du marché au lin.

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