FIN DE LA TROISIÈME PERIODE
son tour il apprenne à connaître et à aimer une patrie à laquelle tant de nobles intelligences ont consacré leurs veilles et leurs travaux.
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Le 17me siècle s’était ouvert sous d’heureux auspices pour l’anatomie: Vésale avait créé une école à laquelle s’étaient formée une foule d’anatomistes , auxquels leur maître avaient appris à interroger la nature pour en découvrir les secrets. Bien plus, les germes des deux grandes découvertes qui devaient illustrer ce siècle , celles de la circulation du sang et des vaisseaux lymphatiques, lui avaient été légués par le siècle précédent, et n’attendaient pour éclore qu’une circonstance favorable. Estiennes, Servet, Vésale, Fabriziod’Aquapendente en faisant connaître les dispositions organiques et mécaniques des organes circulatoires , notamment les valvules du cœur et des veines : Eustachi , en découvrant le canal thoracique et son réservoir lombaire, avaient tracé à Harvey etàBartholinla voie qu’il leur suffit de suivre pour agrandir le champ de la science de tout un nouveau monde. Plus heureux dans leur entreprise que Christophe Colomb dans la sienne, ils marchèrent à leur découverte d’un pas sûr, guidés par les faits que leurs prédécesseurs avaient posés , comme autant de phares lumineux qui devaient éclairer leur route. Il ne faut donc pas s'étonner que la circulation du sang et celle de la lymphe furent connues presque en même temps, et de la rapidité avec laquelle ces deux importantes découvertes parcoururent toutes leurs phases. Il faut même convenir qu’Harvey , Aselli, Pecquet, Bartholin, etc., eurent au moins autant de bonheur que de génie; leurs découvertes avaient été préparées, et, si nous cherchons à quelle impulsion
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obéit l’anatomie au commencement du 17mc siècle, nous trouvons que c’est à celle d’Eustachi et de Yésale.
Vers cette époque deux hommes s’élevèrent et dominèrent la science entière par la marche nouvelle qu’ils surent lui imprimer: ce furent Willis et Malpighi qui, les premiers, firent sentir l’importance de l’anatomie comparée pour l’étude de l’anatomie de l’homme. L’anatomie comparative, c’est-à-dire la science qui généralise les faits que l’observation nous lait connaître , pour en déduire des lois, est sans doute la plus vaste que le génie de l’homme puisse embrasser : aussi est-elle la plus ancienne , et à cause de son importance, a-t-elle appelé de tout temps les méditations des esprits assez puissants pour en comprendre la portée. Dès les premiers pas que fit la science des anciens pour reconnaître l’économie générale du monde , elle entrevit une loi d’uniformité présidant à la composition de ces êtres. Déjà nous voyons percer cette idée fondamentale dans les écrits d’Aristote, comme une étincelle lumineuse que fait jaillir le génie, mais qui doit bientôt s’éteindre faute d’aliments : les connaissances anatomiques étaient encore trop imparfaites pour permettre à l’observateur une analyse exacte et rigoureuse. L essai d Aristote pour décrire et comparer entre eux les animaux, et ces derniers à l’homme , offre bien les principes élémentaires de l’anatomie comparée: mais après lui, la science ne posséda plus de génie assez vaste pour embrasser les faits dans leur ensemble, et l’on ne fit autre chose que les recueillir et les étudier partiellement. Aussi les travaux de lecole d’Alexandrie, dernier effort de l’antiquité, et ceux des anatomistes qui suivirent la restauration des sciences et des lettres , sont des recherches isolées , qui éclairent et approfondissent des faits isolés , mais qui ne tendent point a les réunir et à les rattacher.
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D’ailleurs 1’uuiformilé, telle que l’avait entrevue le philosophe de Stagyre, n’était pas l’unité de composition. Aristote avait hicn dit que les animaux se ressemblent d’autant plus qu’on les observe à degrés plus rapprochés de l’échelle ; il avait même posé en principe , comme de nos jours M. Carus, que tout le règne animal peut s’abstraire dans l’idée d’un seul être ; mais il n’avait aperçu ces rapports qu’entre les organes de formes semblables et de fonctions identiques ; de manière que là où ces conditions extérieures venaient à manquer, il ne trouvait plus de base pour ses déterminations. L’application de cette loi trouvait donc un obstacle dans la diversité d’organisation des êtres d’ordres différents, et cet obstacle parut même devenir plus insurmontable , à mesure que l’observation étendait les connaissances acquises. Pour que le progrès devînt sensible, il fallut que la science s’élevât jusqu’à considérer les organes , non plus dans leurs apparences , mais dans leur structure et leur nature intimes : car c’est là seulement qu’elle pouvait découvrir l’unité réelle de la composition.
Maintenant contestera-t-on à AV il lis et à Malpighi l’honneur d’avoir compris ces considérations transcendantes , pour le reporter entièrement au 19me siècle? Nous ne le pensons pas , après que l’on aura parcouru les ouvrages de ces illustres anatomistes. Certes, quand on entend Malpighi proclamer, qu’en anatomie il faut procéder du simple au composé , la nature ayant l’habitude de préluder par des compositions inférieures à des compositions plus élevées et de poser dans les animaux les plus simples , les rudiments des êtres les joins élevés dans l'échelle. (Voir Malpighi, pag. 288.) Quand on le voit, au moyen de cette puissante analyse dont la nature fait seule tous les frais , s’élever à la connaissance de l’organisation des viscères les plus compliqués , tels que le foie et le ccr-
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veau , quand au moyen des mêmes procédés, en voit Willis développer d’une manière si admirable la structure de l’encéphale , on ne peut s’empêcher de convenir qu’ils avaient compris de la manière la plus large et la plus philosophique la loi de l’unité de composition. Toutefois, il faut le dire , la conception de ces grands anatomistes était tellement élevée quelle ne fut pas comprise. Le 17me siècle, loin de s’en émouvoir, ne s’aperçut même pas de 1 espèce de révolution dont on répandait si hardiment les germes ; la plus grande partie du 1 8me siècle passa egalement sans que ces derniers pussent lever; mais plus tard , les travaux des Yicq-d’Azir, des Cuvier, des Gall, des Oken, des Meckel , des Carus , des Tiedemann, des Geoffroy-Saint- Hilaire , des Blain ville et de tant d’autres , ont montré que ces germes n’étaient pas stériles , et que la science avait tout à attendre de leur entière maturité.
Après Willis et Malpighi , nous ne trouvons plus de génie assez vaste pour s’élever à la hauteur ou ces premiers s’étaient, placés , mais un nombre considérable d anatomistes patients et laborieux, qui s’appliquèrent à augmenter en détail le trésor de la science. A la tête de ces derniers se présente Ruysch, dont le talent fut si extraordinaire que ses contemporains ne voulurent pas y croire, et qu ils suscitèrent à cet illustre anatomiste des difficultés , contre lesquelles il eut à lutter durant sa vie entière. Déplorable effet de la vanité et de l’amour-propre froissé ! Au lieu de payer le tribut d’une juste admiration au talent de 1 homme qui honore son siècle , on le dénigre , pensant par-là pouvoir l’obscurcir. O Bidloo, O Van Bilscn , que n êtes-vous tous descendus dans la tombe , où Ruysch seul vous protège contre un éternel oubli!
N’oublions pas ici le nom d’un homme qui a tout fait pour son pays , et pour lequel ce dernier n a eu que de
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l’oubli ; celui de Jean Palfynqui, lorsqu’il pouvait, comme Vésale et comme Vau den Spieghel, aller chercher à l’étranger les honneurs et la richesse que lui assuraient ses talents, préféra vivre pauvre dans sa ville d’adoption, sans s’en plaindre, sans même s’en étonner , alors qu’il dotait l’humanité d’un instrument qui devait conserver la vie à tant d’hommes, au moment où ils voient le jour. Disons quels immenses services il a rendus dans notre pays à la chirurgie, afin que notre reconnaissance expie au moins notre trop longue indifférence à son égard.
Nous avons vu dans quelle abjection la chirurgie était plongée dans notre pays. Ce qui causait sa déconsidération , c’était moins les fonctions avilissantes auxquelles on avait assujetti les hommes qui la pratiquaient , que leur profonde ignorance des premières règles de l’art. « Alors, dit un contemporain, on ne voyait que fautes grossières, que cruels sacrifices : on taillait, on tuait, on assassinait, on assommait. » Palfyn commença l’émancipation des chirurgiens en les instruisant , et toute sa sollicitude fut constamment dirigée vers les moyens qui pouvaient étendre cette instruction , en mettant à leur portée les principes de la science. De-là le caractère de ses ouvrages, toujours simples et élémentaires, mais par lesquels il rendit plus de services que si , s’abandonnant à son génie , il les eût élevés à la hauteur où luimême était capable d’atteindre. Il fut , d’après le témoignage de Boerhaave et d’Albinus , auquel nous pourrions ajouter celui de Winslow, l’un des fondateurs de l’anatomie topographique, à laquelle la chirurgie est redevable de tous ses progrès, et que de nos jours les Velpeau , les Blandin ont , poussée jusqu’aux dernières limites de la perfection.
Quant on résume letat de l’anatomie pendant le 1 7ma siècle, on voit que celte science a subi l’influence de deux phases bien distinctes: dans la première moitié de ce siècle,
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tout fut progrès, grâce à l’esprit observateur des Harvey, des Bartholin,mais surtout des Willis, des Malpighi et desRuysch; dans la seconde moitié , il y eut retard , on peut meme dire décadence, bien qu’alors nous voyions régner un génie puissant qui domina la science entière. La cause de cet arrêt fut la naissance de deux sciences nouvelles, la chimie et la physique, qui attirèrent à elles toutes les intelligences, et qui rendirent , en quelque sorte, 1 anatomie leur tribu trice. De-là des tiraillements dont nous avons tâché d’esquisser l’histoire. Les Iatro-chimistcs d’une part , les Iatro-mathématiciens de l’autre, s’efforcèrent de faire rentrer la physiologie et l’anatomie dans le domaine des sciences chimiques ou physiques , et pendant ce temps l’observation de la nature, qui avait si bien servi à Malpighi, fut complètement abandonnée. Ce n’est pas toutefois que nous prétendions exclure entièrement l’étude ces sciences de celle de la médecine; mais nous pensons, et nous avons voulu constater que les tentatives entreprises par De le Boe et Boerhaave furent prématurées , et ne pouvaient , dans 1 état d enfance ou se trouvaient encore ces deux premières sciences , qu entraver dans sa marche celle quelles avaient voulu prendre sous leur patronage.
QUATRIÈME PÉRIODE
ÉTAT DE L’ANATOMIE
PENDANT LE Î8me SIÈCLE.
Coup-d œil général sur l état de la science au commencement du i 8me siecle. — Haller ; ses travaux .
Rctow au vitalisme. — Fondation de V anatomie des tissus. Bordeu. — Bichat. — Extension donnée à V anatomie pathologique. — Valsalva. — Morgagm. Examen spécial des principaux anatomistes
de cette période. — Petit. — Bianchi. — Cheselden. Walther. — Treio. — Platner. — Heister. —
Winslow. — Santorini. — Douglas. — Muys.
Alhmus. Senac. — Monro. — Hunauld. — Cas-
sehohm. — Ferrein. — Lieutaud. — Boehmer.
Ludwig. — Lieberkuhn. — Berlin. — Hunter.
De Lassone . Sue. — Camper. — Pourtour du
Petit. Mcclvd, l ancien. — Tarin. — Zinn.
Heivson. — Caldani. — Th. Walther. Wolf.
Fontana. — Cotugno. — Wrisbcrg. — Tenon. — Sabatier. — Blumenbach. — Prochaska. — Scarpa.
QUATRIÈME PÉRIODE
— Malacarn. — G ail. — Mascagni. — Boyer.
— Cliaussier. — Reil. — Sœmmeriny. — Vicq il’Azir. — Desault. — Gavard. — Roux.
Béclard.