ORIGINE DE L’ANATOMIE
précialion des faits entraîne nécessairement à sa suite; mais de plus la difficulté d’observer et le préjugé qui lui a longtemps interdit l'étude du cadavre humain ont été pour elle une source d'obstacles que le temps et les progrès de la raison ont pu seuls détruire.
Pour trouver le berceau de l’anatomie , il n’est pas nécessaire de remonter dans la nuit des temps. Ni les Indiens, qui précédèrent les autres peuples en civilisation , ni les Egyptiens ne connurent cette science ; car on ne saurait honorer de ce nom les notions qu ils furent à môme de puiser dans la pratique de l’embaumement des cadavres. Cette pratique était très-grossière , elle se bornait à retirer les viscères de leurs cavités et à les remplacer par des substances résineuses et balsamiques. Ceux qui étaient chargés de ces opérations étaient des hommes ignorants et tout-à-fait incapables d'en retirer la moindre notion de science. D’ailleurs ils étaient pour le peuple un objet d’horreur et d’exécration qui ne devait leur en laisser ni le temps ni le désir, car souvent ils ne remplissaient leurs fonctions qu’au péril de leur vie. Diodore nous apprend qu’après avoir fait l’incision au cadavre , ils s’éloignaient en toute hâte , parce que la multitude les assaillait à coups de pierre.
Les Grecs partageaient à l’égard du respect pour les morts tous les préjugés des Egyptiens; ils croyaient que lame, dépouillée de son enveloppe matérielle, était obligée d’errer sur les rives du Slyx, jusqu’à ce que le corps eût été confié à la terre ou dévoré par les flammes ; aucune considération ne pouvait donc les détourner de ce pieux devoir : aussi voyons-nous que leurs médecins et leurs philosophes furent obliges d aller chercher dans le corps des animaux , des notions approximatives sur la structure de l’homme.
Une famille se rendit célèbre à cette époque : ce fut celle des Asclépiades , dont 1 histoire est intimement liée à celle
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de la médecine. En effet, les Asclépiades furent pendant longtemps les seuls médecins de la Grèce. La reconnaissance du peuple avait élevé au rang des Dieux Esculape un des membres les plus anciens, et probablement le père de cette race vénérée. Dès les temps les plus reculés, on lui avait consacré des temples à Titanes , à Cos, à Cnide, à Épidaure, à Pergame, à Sycyone, à Smyrne. C’était là que les descendants d’Esculape transmettaient à leurs enfants les connaissances dont eux-mêmes ils avaient hérité de leur aïeul : aucun étranger n était initié au secret de leur art, et comme les prêtres d’Egypte, ils formèrent une caste particulière, qui était en possession de la pratique de la médecine et du culte mystérieux de son fondateur. Quand l'extension de ce culte et la multiplication des temples d’Esculape ne permirent plus à ses prêtres d’en desservir tous les autels , cette famille privilégiée admit dans son sein et fit participer à ses droits, des disciples dont on éprouvait par avance la discrétion et la fidélité, et après avoir exigé d’eux le serment solennel de ne pas profaner les mystères et de ne les dévoiler qu’aux enfants de leurs maîtres, ou à ceux qui s’engageraient par le même serment.
La médecine des Asclépiades se borna longtemps à un empirisme assez grossier , mais plus tard les travaux des philosophes , qui , quoique n’appartenant pas à leur secte , se livraient à l’étude des sciences naturelles , réveillèrent leur émulation , et les forcèrent d’acquérir des connaissances réelles. Les Ecoles de Cnide et de Cos acquérirent bientôt de 1 importance par leurs travaux principalement fondés sur l’observation. C’est à cette dernière que se forma Hippocrate. Celui-ci naquit vers la première année de la «S0me olympiade ; son père Héraclide fut son premier guide dans l’étude de la médecine. A une Epoque indéterminée , mais probablement peu avancée «le son âge , il quitta sa pairie pour aller à Thasos. à A bd ère, à Larisse . à Alélibée.
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à Cvsippe , clans la Thessalie , où il passa une partie de sa vie. 11 semble avoir également séjourné dans la Lybie , à Délos et dans la Scythie. De là il revint dans sa patrie, où il paraîtrait , d’après Platon et Aristote , s’être livré à un enseignement régulier de son art. Ce fut sans doute alors qu il rédigea ceux de ses ouvrages dont la composition demandait, indépendamment d’une expérience consommée dans leur auteur, le secours d’une expérience de plusieurs siècles , tel que celui que pouvaient fournir les documents conservés dans lecole médicale de Cos.
On n’est point d’accord sur le lieu et l’époque de la mort d Hippocrate. Soranus dit qu'il mourut à Larisse , à l’àge de quatre-vingts ans, dans la 102me Olympiade, qu’il fut inhumé entre Larisse et Girtone , et que de son temps on voyait encore le monument qui lui fut élevé.
Hippocrate a laissé un grand nombre d écrits sur les différentes parties de l’art de guérir; malheureusement peu sont arrivés intacts jusqu’à nous et sans avoir subi des altérations qui souvent en ont détruit le véritable caractère. Plusieurs causes, dit M. Dezeimeris , ont concouru à ccs altérations : la plupart de scs écrits légitimes n’étaient , selon l’opinion de l’antiquité, confirmée par Galien, (in Hipp. lib. vi de morb. vulg. comment, v. | 5 et 4) que des fragments ou des sentences , consignés sur des tablettes ou des peaux , non pour être livrés à la publicité , mais pour l’usage particulier de l’auteur. À part le livre de l'air, des eaux et des lieux , et deux ou trois autres traités qui sont des œuvres achevées, le reste ne pouvait être regardé que comme les ébauches d’un grand maître. Ce fut après la mort d Hippocrate, que scs fils, particulièrement Thessalus et son gendre Polybe, mirent à ces ébauches la dernière main. Mais l’esprit créateur qui aurait pu ordonner et mettre <‘ii harmonie tous ces éléments . n était plus là. De là . du
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désordre el des disparates. Thessalus et Polybe se hasardèrent à suppléer à ce qui manquait en certains endroits , à terminer les ouvrages restés inachevés; ils le firent avec leurs idées , qui n étaient plus celles du grand observateur qui avait séparé la médecine de la philosophie , mais qui étaient au contraire le reflet de celles des écoles philosophiques de leur époque; de là des contradictions multipliées, et un mélange entre le légitime et le supposé, quil ne faut pas espérer cle débrouiller jamais entièrement. (Die t. hist. de la Méd.) Ajoutez à ces causes premières d’altération , la cupidité des spéculateurs qui s’efforcèrent de faire prendre pour des ouvrages dHippocrate des livres qu’eux-mêmes avaient composés , et puis la peine que prit un grand nombre de savants de commenter et souvent d’embrouiller des textes déjà corrompus ; et l’on aura une idée des causes qui ont déformé et rendu en quelque sorte méconnaissables , les œuvres du plus beau génie de l’antiquité.
Ce cju Hippocrate nous a laissé sur l’anatomie se trouve disséminé dans un grand nombre de ses écrits ; il faut parcourir ses livres de Locis in ho mine , de Car ni bu s , de Anatome aut resectione corporum , de Structura hominis ad Pcrdiccam Macedomim regem , de Ossiiun naturel , de Corde , de Glandulis , de Natura pueri , de Partu septimestri , de Octimestri partit , de Fracturis } de Articulis } ceux des Epidémies , pour se faire une idée de ses connaissances anatomiques. Encore est-il nécessaire de dire qu’on ne doit consulter quelques-uns de ces livres qu’avec la plus grande réserve. Parmi eux il n'y a peut-être (pie ceux des Fractures , des Articulations et des Epidémies qui soient réellement authentiques.
Beaucoup d’auteurs ont agité la question de savoir si Hippocrate a disséqué des cadavres humains. Haller, dont 1 opinion dans toute controverse scientifique est si puissante.
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se déclare pour 1 affirmative « Dum hippocratica saipta ad usas anatomicos et pJigsiologicos sollicite evolco } dit-il, salis causai reperio ut censeaui , et in universum } Ilippocratem etiam minutions anatomes non fuisse ignarum et horninum caduc er a incidisse. (Strenna analomica. ) 11 cite ensuite le texte d un passage du livre des Epidémies dans lequel Hippocrate lui semble avoir décrit d après l'homme la huitième paire des nerfs du cerveau , cesl-à-dire, les pneumogastriques et les grands sympathiques : « Duo crassi nervi ( octavi paris ) à cerebro su b os magnœ ver tebrœ ( secundœ ) superius tendentes , inde ad asperam utrinque arteriam circumeunt et uterque in se ipsum abit , similis uni ; sed ubi connatum est cum vcrtebns septum transversum , ibi desinunt , et quidem digm fide ab ed communicatione adjecur et lienem tendere existimaverunt. JIccc ad octavum par. (Strenn. vu.)
Nunc ad ner vum inter costalem. Alius nervu s utrinque ex vertehris quœ circa claviculam sunt. Is ergo nervus juxta spinam descendit . ad latus vertebræ , et ad cos tas distribuit , ut et venœ soient. Videntur ergo mihi per septum transversum in mesenterium teiulere , ubi et desinunt in plexum maximum »
Mous voyons bien là une indication assez exacte des nerfs dont il est ici question , mais non pas la preuve qu Hippocrate l ait donnée d’après 1 homme , d’autant plus que le pneumogastrique et le grand sympathique des mammifères ne dilfèrent pas essentiellement de ce qu’ils sont chez nous. 1) ailleurs, pour résoudre la question, il ne faut pas se borner à l’examen de quelques parties isolées des écrits du père de la médecine, mais embrasser dans son ensemble tout son système anatomique et physiologique. Or. nous y trouvons a chaque pas la preuve du contraire de ce que Haller avance.
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Commençons par la tète :
La tète , dit Hippocrate , forme une grande cavité , où se porlc l’humidité de tout le corps, humidité qui s’y élève de partout en vapeurs , que la tête renvoie à son tour. Le cerveau ressemble à une glande ; il est blanc et séparé en petites masses comme les glandes. 11 dégage la tète des humeurs qui y abondent , qu’il envoie au dehors jusqu’aux extrémités au moyen des fluxions qu’il fait épancher sur les diverses parties (de glcmdulis).
Voilà pour le cerveau et les usages qu’il lui attribue. On voit qu’Hippocrate s’est occupé de la nature de ce viscère d’après ses vues pathogéniques ; il le considère comme une masse homogène , une espèce de glande , destinée à débarrasser le corps de la surabondance de pituite qui s’y forme. Quant aux nerfs , il est assez difficile de déterminer la valeur qu’il y attache et les usages qu’il leur assigne. Béclard dit qu’il n’a point connu ces organes ainsi que leurs ganglions (Anat. gêner.). M. Dezeimeris ( Dict . de médecine ) dit qu’il n’y a point à proprement parler de névrologie pour Hippocrate , puisqu’il ne distingue point des nerfs les tendons et les ligaments. C’est là sans doute une cause de confusion et d’obscurité; mais nous venons de voir que les nerfs principaux sont bien décrits par le père de la médecine. Il est permis alors de croire qu’ils étaient pour lui des canaux de décharge , car il les confond fréquemment avec les vaisseaux sanguins et avec les conduits excréteurs des glandes. Presque toute sa pathologie est basée sur la production des fluxions , et il s’applique , autant que l’état de la science le permettait alors , à en déterminer la marche à travers l’économie. Il est curieux de l'entendre expliquer comment les humeurs froides qui descendent du cerveau se portent tantôt sur un organe , tantôt sur un autre, donnant ainsi lieu à leurs diverses affections. « Il
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» y a , dit-il , des écoulements de la tête qui se font natu- » Tellement comme des sécrétions par les oreilles, les » yeux, le nez : voilà trois voies; il y en a encore d’autres » au gosier et à l’estomac; d’autres qui sont les veines » ( nerfs ) vers la moelle épinière, et les vaisseaux du sang.
* » Ces voies sont au nombre de sept , donnant toutes issue » hors du cerveau pour purger les humeurs. Si celles-ci ne » prenaient point quelqu’une de ces voies, il deviendrait » malade. C’est de cet abord continuel des humeurs vers » la tète qui ne peut les contenir, et de leur écoulement non » interrompu vers les parties , que proviennent et l’alté- » ration des humeurs et les maladies. »
Il admet des communications directes entre le cerveau , les fosses nasales et les oreilles : « Si la fluxion est au nez , » elle y occasionne des picotements , mais rien de fâcheux ; » la voie est ici large et suffisante pour l’écoulement , outre » que ce qui sort est une humeur claire.
» L’écoulement qui se fait par les oreilles parcourt un » chemin tortueux et étroit , le cerveau qui est tout proche » se trouve resserré , on est de plus affecté du mal d’oreille, » il entre en suppuration et donne un pus fétide. Si la » fluxion se jette sur le gosier, en passant d’abord par le » voile du palais , elle occasionne souvent des maladies » phthisiques , le poumon après s etre rempli de pituite » entre en suppuration , et il est dévoré. Les malades ne » peuvent échapper qu’avec peine , et le médecin , s’il est » intelligent et habile, connaissant la cause du mal, sait » en combiner le traitement d’après cette cause.
» Quand le catarrhe se porte à la moelle de l’épine, il » en résulte la phthisie dorsale; si la fluxion coule lentcn ment, elle produit la sciatique et le rhumatisme. »
Ailleurs il dit que la pituite s’écoule au dehors par 1rs conduits excréteurs des glandes : « Lorsque la fluxion se
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» porte au gosier , près du palais de la bouche , ou que la » pituite va au ventre , si l’écoulement se fait par le ventre, » et se rend par les urines , il n’en résulte pas de mala- » dies : si au contraire la pituite reste dans les parties in- » férieures , elle y occasionne des coliques qui sont des » maladies chroniques. »
Il est permis de croire d’après ces passages , qu’Hippocrate ayant considéré le cerveau comme une glande , prenait les nerfs pour ses canaux excréteurs. Au moins Aristote , qui adopta en grande partie les vues du médecin de Cos, nous les présente comme tels.
D’après cela nous pensons que ce serait beaucoup se hasarder que de prétendre qu’Hippocrate a fait des dissections humaines. Profond observateur , il a su apprécier d’une manière exacte la marche des symptômes fluxionnaires ; mais quand il a voulu les rattacher à l’organisation, il s’est trouvé dans le cas des personnes qui raisonnent de la cause et de la nature des maladies sans connaître la structure des organes. Tous les jours nous entendons dans le monde reproduire les raisonnements théoriques que le père de la médecine a consignés dans ses écrits : aussi ce n’est pas comme théoricien , mais comme praticien qu’il mérite d'étre présenté , encore aujourd’hui , comme un modèle à suivre.
Hippocrate n’a pas mieux apprécié dans leur nature et leurs usages les organes respiratoires et circulatoires. Les poumons , dit-il , sont des organes caverneux , percés de plusieurs trous comme des éponges ; ils sont formés de cinq lobes d’une couleur cendrée ; ils communiquent avec le cœur, et ils ont pour usage de rafraîchir le corps par l’air inspiré. Il admet deux ordres de vaisseaux , ceux qui charrient le sang (les veines) et ceux qui contiennent l’esprit vital (les artères); mais il les confond sous le nom générique de veines, n'ayant aucun égard à la différence de structure qu’ils présentent.
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Toutes les veines, dit-il , naissent du cœur; c’est là que le sang se forme, ainsi que la pituite; le sang ne circule pas, mais oscille dans ses vaisseaux ; les veines qui se distribuent aux intestins y absorbent le produit de la digestion : « Venœ » quæ per ventrem et intestina feruntur, in quibus cibus » et potus conservantur, ubi incaluerint , id cpiod est te- » nuissimum ethumidissimum attrahunt. » (Lih . de carnib . ) Le sang en se portant à travers les glandes, se débarrasse de la pituite et des humeurs séreuses surabondantes , et nous avons vu qu’il rangeait le cerveau en tète de ces organes. Les reins ont une faculté attractive , d’où il arrive qu’une partie de l'humidité qui vient de la boisson s’y porte , s’y filtre comme de l eau et descend dans la vessie par les veines. 11 admet en outre un passage direct des boissons des intestins dans le réservoir des urines , les premiers étant spongieux à l’endroit où ils touchent la vessie. (De glandulis.')
La partie la plus complète de l’anatomie d’Hippocrate c’est la squélettologie. C’est là qu’il s’est montré vraiment anatomiste. Il a décrit exactement les rapports des os entre eux , les articulations , leurs mouvements, et appliqué ces notions au diagnostic et au traitement des fractures et des luxations. On peut même dire que sa grande supériorité dans cette partie de la chirugie, il l’a due à ses études ostéologiques. 11 consacra un squelette d’airain à Apollon dans le temple de Delphes, sans doute afin de faire connaître aux médecins l’importance de l’étude de la charpente du corps pour la pratique de la chirurgie.
On a prétendu que les muscles ne furent pas connus à Hippocrate, parce qu’il a confondu sous le nom de chairs, le tissu cellulaire , la graisse et les muscles eux-mêmes ; mais il suffit de parcourir son traité De articulis, pour se convaincre que les organes du mouvement y sont parfaitement décrits ; Haller cherche même à trouver dans la ma-
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nière dont il parle du grand pectoral et de ses attaches , une nouvelle preuve qu’Hippocrate a disséqué le corps de l liomme : « Detexisse vcro deltoïdeum musculum , utnostro » œvo vocatur , et nudasse tendinem musculi pectorcdis, » cnjus reliquci pars ad jugulum est adque clavicidam » et ad sternum. In homine vcro eum laborem suscep- » tum esse clavicula o s tendit , ad quant in solo homine » pectoralis muscidus tendit. De simia enim hic cogitare y> niera foret cavillatio , raro in Grœcia animale , cujus » Hippocratem risquant meminisse non puto. »
Nous avouons que ce dernier argument peut paraître concluant , dans ce sens que les mammifères sur lesquels on doit supposer que les anciens ont porté leurs recherches , (les chiens , les cochons , etc.) présentent dans les muscles grands pectoraux une disposition qui ne permet pas de les confondre avec ceux de l’homme , et que les quadrumanes, qui, sous ce rapport, se rapprochent du type humain, étaient tellement rares en Grèce qu’on ne peut pas croire qu’Hippocrate en ait anatomisés , d’autant plus qu’il n’en est nulle part question dans scs livres ; mais nous n’oserions pas en déduire la conclusion que Haller en tire. Nous craindrions même de faire tort au père de la médecine , en lui attribuant des occasions qu’il n’a probablement pas eues , et qui , si elles avaient existé, ne laisseraient plus d’excuses pour les nombreuses erreurs qu’il a commises en anatomie.
Nous le répétons , nous ne croyons pas qu Hippocrate ait ouvert un cadavre humain. Le respect des Grecs pour la dépouille mortelle de 1 homme , la sévérité de leurs lois, qui faisaient une obligation d’ensevelir les corps , même ceux des barbares, la religion d’Hippocrate, et plus que tout cela les nombreux témoignages qu’on trouve dans scs écrits, prouvent qu’il n’a étudié les organes de l’homme que pour autant qu il a pu le faire sans paraître sacrilège. C’est ainsi qu d
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parvint à acquérir des connaissances assez étendues en ostéologie, et qu’il en puisa d’autres dans la pratique des opérations de chirurgie.
A l’époque dont nous parlons, ce n otaient pas les médecins seuls qui s’occupaient d’anatomie : les philosophes s’en étaient emparés et la plupart la cultivaient avec d’autant plus de zèle qu ils se flattaient de trouver dans l’organisation le secret de la vie.
L’histoire nous apprend avec quelle ardeur Démocri te se livrait à la dissection des animaux; constamment on le voyait errer dans les lieux solitaires et autour des tombeaux cherchant de nouveaux objets pour ses méditations et ses études. On dit que les Abdéritains , ses compatriotes , le crurent fou et appelèrent Hippocrate pour le traiter. Celui-ci trouva notre philosophe occupé à disséquer différents animaux , et comme il lui eût demandé dans quel but il le faisait, Démocrite lui répondit que c’était afin de découvrir la cause de la folie , qu’il regardait comme un effet de la bile. On a contesté 1 authenticité de cette anecdote; cependant il est certain que la réponse du philosophe d’Abdère était parfaitement en rapport avec ses doctrines. En effet , Démocrite fut le chef d’une école qui ne reconnaissait de mouvement et de vie que là où il y avait de la matière pour les produire, et pour laquelle l ame elle-même et ses merveilleux attributs n otaient que les résultats de certaines combinaisons des molécules des corps. 11 n’est donc pas étonnant que ce philosophe s’occupât à chercher dans les altérations de la bile la cause de la folie. (1).
(I) Voici tes dogmes principaux de la doctrine atomistique : Il n’y a dans la nature que des atomes de formes différentes, les uns ronds, les autres crochus ou angulaires, se mêlant et s’entrelaçant dans le ride infini, et donnant