DES TRAVAUX DES ANATOMISTES DE CETTE PÉRIODE
Des lymphatiques et de l’absorption.
Nous allons maintenant continuer l’examen des travaux des anatomistes de cette période, et reprendre une question que nous avons déjà vue soulever tant de débats pendant les périodes précédentes , et qui , tantôt admise , tantôt remise en doute, n’est pas encore complètement résolue en ce moment; nous voulons parler de la question de l’absorption lymphatique.
On se souvient où nous avons laissé cette dernière dans le cours du 18me siècle; Mascagni l’avait lait généralement admettre et elle le fut jusqu’en 1809, que M. Magendie vint de nouveau la remettre en question , en cherchant à prouver au moyen de l’expérimentation , comme Van Zwammerdam au 17me siècle, que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas toujours la roule suivie par les matières étrangères pour parvenir dans le système sanguin. Nous ne rapporterons pas ici ces expériences , pas plus que celles de Mayer, de Fœdora , de Segalas , de Delillc , de Tiède-
FOIIMANN.
mann , clc Gmelin , de Flandriu , d’Emmert , parce quelles sont connues de tout le monde, et quon les trouve dans tous les traités de physiologie; mais nous dirons quelles parùrent tellement concluantes qu’elles auraient de nouveau fait admettre l’absorption veineuse dans une foule de cas, où ce sont cependant les lymphatiques qui l'effectuent, sans les travaux d’un homme qui sut opposer à l’expérimentation, les faits déduits de l’observation du cadavre. Cet homme fut Vincent Fohmann, né à Assemstadt, dans le grand-duché de Baden, le 5 avril 1794. Son père, médecin et accoucheur distingué, dirigea ses premiers pas dans la connaissance des sciences naturelles et de la médecine. Ses éludes préparatoires achevées , il se rendit à Heidelberg où il eût le bonheur d’être distingué par M. Tiedemann, qui le fit nommer son prosecteur. Ce fut sous ce maître célèbre que Fohmann acquit la science et l’habileté qui dès son début le placèrent au rang des grands anatomistes de l’époque. Vers la fin de l’année 1826, il fut appelé à l’université de Liège pour y occuper la chaire de l’anatomie de l’homme et d’anatomie comparée.
Au moment où Fohmann entra dans la carrière, le monde savant rétentissait du bruit de l’absorption veineuse. Tous les faits qui avaient été invoqués dans le cours du siècle précédent en faveur de l’absorption lymphatique avaient été oubliés, ou étaient révoqués en doute. En présence des résultats obtenus par l’expérimentation et qui semblaient prouver l’introduction des certaines matières dans le torrent veineux par les veines mêmes, il n’était plus question des recherches de Hewson, de Will. et de John. Hunier, d’Abernethy, de Vrolik, de Mertrud et Mascagni. Ce dernier surtout par sa théorie sur les tissus élémentaires, avait été cause de l’espèce de méfiance avec laquelle on avait reçu les travaux de ces anatomistes célèbres. Il ne faut donc
FOHMANN.
pas s’étonner de l’ardeur cpie Fohmann mit dans ses recherches sur les lymphatiques ; il avait compris que là il y avait encore tout un nouveau monde à découvrir et qu’il lui serait donné peut-être d’en recueillir la gloire.
Ce fut au hasard qu’il dût sa première découverte. C’était en 1820, à l’ouverture des vacances de cette époque, M. Tiedemann dut s’absenter précisément au moment où l’on apportait à l’université un phoque qui venait de mourir. Ne pouvant lui-même le disséquer, il le confia à son prosecteur afin d’en conserver le plus de pièces possible. Le mésentère de ce phoque présentait des vaisseaux lymphatiques remplis de chyle , Fohmann s’avisa de les injecter 5 mais le mercure dont il remplissait les glandes, au lieu de s’écouler par les vaisseaux efférents, passa uniquement dans les veines. Ainsi il retrouva le fait déjà signalé dans le siècle précédent, mais que beaucoup d’anatomistes avaient révoqué en doute , entre autres Haller, Cruykshank, Hewson, malgré que J. F. Meckel, Feller, Caldani ,, Werner l’eussent appuyé par de nouvelles observations.
Fohmann ne borna pas là ses recherches; il pouvait se faire que la communication qu’il avait observée fût due à des déchirures des vaisseaux, et à une infiltration du mercure dans les veines. Il multiplia donc ses expériences , et les varia à l’infini, afin de s’ôter à lui-même jusqu’à l’ombre du doute. Des essais faits sur des chiens , des chats , des chevaux , des martres, des loutres et enfin sur l’homme lui-même donnèrent constamment les mêmes résultats. Il trouva que dans le chien il y a des glandes qui n’ont pour efférents que des veines. Dans les oiseaux la structure peu serrée des ganglions et leurs plexus lui permirent de faire voir à l’œil nu la communication des veines et des lymphatiques.
FOHMANN.
La découver le de ec luit important lit 1 objet du premier ouvrage que Fohmann a publié sous le titre: Aiifitomische untersuchungcn über die verbindung der saugadem met den venen Heidelberg , 1821 (1).
Ces recherches avaient fait faire à notre anatomiste de nombreuses observations sur le système lymphatique des animaux } la plus importante sans doute, est celle de l’existence des lymphatiques chez les oiseaux.
Nous avons vu plus haut que Haller avait invoqué comme un argument en faveur de 1 absorption veineuse, 1 absence des vaisseaux lymphatiques chez les ovipares 5 c était là un fait de la plus haute importance , et qui , s’il était vrai , devait décider la question , au moins pour les trois classes inférieures des vertébrés. On conçoit donc le soin que Ion mit à sa recherche. Déjà Lister et Y an Zwammerdam avaient observé quelques rares lymphatiques chez les poissons, les reptiles et les oiseaux, mais Haller les révoqua en doute. ( Élém. phys. tom. YIl.) J. Hunier et Hewson confirmèrent ces premières découvertes (page 416.) En 1820 M. Tiedemann donna un travail général sur les lymphatiques des oiseaux , dans lequel il consigna la plupart des remarques faites par Hewson et d autres qui lui sont propres. Ainsi il fit voir que les glandes lymphatiques du cou sont plus développées dans les Échassiers et les Palmipèdes, que dans les oiseaux terrestres. Fohmann ajouta a la somme de ces faits , en démontrant par scs préparations ,
(1) Recherches anatomiques sur la communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines ; précédées d’une préface par M. F. Tiedemann; traduit de l’allemand par M. Breschet. Dans les mémoires de la société médicale d’émulation ; Avril 1822, page 136.