MÉCIS DE l'ëISTOIRE
astres , le Taouvement dont il est animé. Maïâ^ n'est-il pas physiquement absurde de supposer la terre sans mouvement dans l'espace, tandis^ que le soleil entraîne les planètes au milieu des-* quelles elle est comprise? lia distance de la terre au soleil , si bien d'accord avec la durée de sa révolution, dans l'hypothèse de son mouve- ' ment , pouvait-elle laisser des doutes à un esprit fait pour sentir la force de l'analogie j et ne doiton pas dire avec Kepler , que la nature proclame ici, d'une voi?^ haute, la vérité de cette hypothèse? 11 faut l'avouer, Tycho , quoique grand observateur, ne fut pas heureux dans la recherche des causes : son. esprit peu philosophique fut même imbu des préjugés de l'Astrologie judiciaire qu'il a essayé de défendre. Il serait cependant injuste de le juger avec la même rigueur, que, celui qui se refuserait , de nos jours , à la théorie du mouvement de la terre, confirjfiée par les nombreuses découvertes faites depuis, en Astronomie. Les difficultés que les> illusions des sens opposaient, alors à cette théorie. , n'avaient point, encore été résolues. Le diamètre apparent des étoiles, supérieur à leur parallaxe, annuelle, donnait à ces astres, dans cette théorie, un diamètre réel plus grand que celui de l'orbe terrestre : le télescope , en le»
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^duisant à des points lumineux , a &it disparaître cette grandeur invraisemblable. On ne concevait pas comment les corps détachés de la terre, pouvaient en suivre les mouvemens. Les lois de la Mécanique ont explÂjué ces apparences : elles ont fait voir , ce que Tycho trompé par une expérience fautive, refusait d'admettre, qu'un corps en partant d'une grande hauteur , et abandonné à la seule action de la gravité , retombe à très peu près au pied de la verticale, en ne s'écartant à iWient , que d'une quantité très difficile à observer à cause de son extrême petitesse ; en sorte que Fon éprouve maintenant , 'à reconnaître dans là chute des graves, le mou^ vement de la terre, autant de difficulté, que l'on en trouvait alors, à prouver qu'il y doit être insensible.
La réforme du calendrier julien se rapporte au temps de Tycho-Brahé. 11 est utile d'attacher les mois et les fêtés aux mêmes saisons , et d'en faire des époques remarquables pour l'agriculture. Mais pour obtenir cet avantage précieux aux habitons des campagnes , il faut par l'inter*calation régulière d'un jour, compenser l'excès de l'année solaire sur l'année commune de trois cent soixante et cinq jours. Le mode d'intercalation le plus simple est celui quç Jules César
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introduisit dans le calendrier romain 5 et qui con-» sisteà faire succéder une bissextile à trois années communes. Mais la longueur de Tannée que ce mode suppose, étant trop considérable; l'équinoxe du printemps anticipait sans cesse , et da^s l'intervalle de quinze siècles écoulés depuis Jules César, il s'était rapproché de onze jourset demi , du commencement de l'ajinée. Pour remédier à cet inconvénient , le pape Grégoire XIII établit par un bref, en i 583 , que le mois d'octobre de cette année n'aurait que vingt-un jours j que l'année i6oo serait bissextile; qu'ensuite l'année qui termine chaque siècle , ne seyait bissextile que de quatre en quatre siècles* Cette intercalation fondée sur une longueur un peu trop grande de l'année, ferait anticiper l'équinoxe , d'un jour environ en quatre mille ans; mais en rendant commune la bissextile qui termine cet intervalle, l'intercalation grégorienne deviendrait à très peu près rigoureuse. On ne changea point d'ailleurs le calendrier julien. Il était facile alors de fixer au. solstice d'hiver l'origine de l'année, et de rendre plus régulière la longueur des mois, en donnant trente-un jours au premier, vingt-neuf jours au second dans les années communes, et trente jours dans les années bissextiles , et en faisant les
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autres mois alternativement de trente-un et de trente jours : il eût été commode de les désigner tous par leur rang ordinal 5 ce qui aurait fait disparaître les dénominations impropres des quatre derniers mois de Tannée. En corrigeant en suite comme on vient de le dire , l'interealation adoptée; le calendrier grégorien n'eût laissé rien à désirer. Mais convient -il de lui donner cette perfection? Si l'on considère que ce calendrier est aujourd'hui , celui de presque tous les peuples d'Europe et d'Amérique , et qu'il a fallu deux siècles et toute l'influence de la religion, pour lui procurer cet avantage; on sentira qu'il doit être conservé même avec ses imperfections qui ne portent pas d'ailleurs sur des points essentiels. Car le principal objet d'un calendrier est d'attacher par un mode simple d'intercalation, les évènemens à la série des jours, et de feire correspondre pendant un très grand nombre de siècles , les saisons aux mêmes mois de l'année ; conditions qui sont bien remplies dans le calendrier grégorien. La partie de ce calendrier 5 relative à la fixation de la Pâque étant, par son objet, étrangère à l'Astronomie j je n'en parlerai point ici.
Dans ses dernières années , Tycho-Brahé eut pour disciple et pour aide, Kepler néeiLiS^t,
à Viel dans le duché de Wirtemberg , et Fu»
de ces hommes rares que la nature dqime de temps en temps aux sciences, pour en £aiir0 éclpre les grandes tliéories préparées par les tra-^ vau^ de plusieurs siècles. La carrière des sciences lui parut d'abord peu propre à satisfaire l'ambition qu'il avait de s'illustrer; maia l'as-» cendant de son génie et les exl^ortations de Mœstlin y le rappelèrent à l'Astronomie , et il y porta toute l'activité d'une ame passionnée pour la gloircv
Impatient de connoître la cause des phéno-^ mènes , le savant doué d'une imagination vive ^ l'entrevoit souvent avant que les observations dient pu l'y conduire. Sans doute, il est plus sûr de remonter des phénomènes jiux causes;.
ms^i^ l'histoire des sciences nous montre que cette marché lente et pénible n'a pas toujours été celle des inventeurs. Qiie d'écueils doit craindre celui qui prend son imagination pour guide ! Prévenu pour la cause qu'elle lui présente, loin de la rejeter lorsque les faits lui sont contraires , il les altère pour les plier à ses hypothèses : il mutile, si je puis s^insi dire, l'ouvrage de la nature , pour le faire ressembler à celui de son imagination , sans réfléchir que le temps'^ dissipe ces vains fantômea, et ne consolidç que
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les résultats de l'observation et du calcul. Le philosophe vraiment utile aux progrès des sciences , est celui qui réunissant à\ine imagination profonde, une grande sévérité dans le raisonnement et dans les expériences , est à-la-fois tourmenté par le désir / de s'élever aux causes des phénomènes, et par là crainte de se tromper sur celles qu'il leur assigne. Kepler dut à la nature , le premier de ces avantages ; et Tycho-Brahé lui donna pour le second, d'utiles conseils dont il s'écarta trop souvent y mais qu'il suivit dans tous les cas oft il pût comparer ses hypothèses aux observations ; ce qui , par la méthode d'exclusion , le conduisît, d'hypothèses en hypothèses, aux loîà des mouvemens planétaires. Ce grand observateur qu'il alla voir à Prague , et qui dans les premiers ouvrages de Kepler , avait démêlé son génie à travers les analogies mystérieuses des figures éï des nombres , dont ils étaient pleins , l'exhorta à observer , et lui procura le titre dé mathétiiàticien impérial. La mort deTy cho, arrivée peu d'années après, mit Kepler en possession de la collection précieuse des observations de son illustre maître; et il en fit l'emploi le plus utile, en fondant sur elles, trois des plus importantes découvertes que l'on ait faites daiis là philosophie naturelle. ' -*
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Ce fat une opposition de Mars, qui délennîna* Kepler à s'occuper de préférence , *des meuvemens de cette planète. Son choix fat heureux , en ce que l'orbe de Mars étant un des plus excentriques du système planétaire, et la planète approchant fort près de laterr^ , dans ses oppositions ; les inégalités de son mouvement sont plus grandes que celles des autres plianètes, et doivent plus facilement et plus sûrement en faire découvrir les lois. Quoique la théorie du mouvement de la terre eût fait disparaître la plupart dès cercles dont Ptolémée avait embar-» rassé l'Astronomie 5 cependant Copernic en avait laissé subsister plusieurs, pour expliquer les inégalités réelles des corps célestes. Kepler trompé comme lui , par l'opinion que leurs mouvemens devaient être circulaires et uniformes , essaya long-temps de représenter ceux de Mars^ dans cette hypothèse. Enfin, après un grand nombre de tentatives qu'il a rapportées en détail dans sou ouvrage De stella Martis^ il franchit l'obstacle que lui opposait une erreur accréditée par le suffrage de tous les siècles : il çeconnut que l'orbe de Mars. est une ellipse dont le soleil occupe un des foyers , et que la planète s'y meut de manière que le rayon vecteur mené de soi;i centre à celui du soleil, décrit des aires proportionuelles au
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temps. Kepler étendit ces résultats à toutes les planètes, et il publia en 1626, d'après cette théorie , les Tables Rudolphines à jamais mémorables en Astronomie, comme ayant été les premières , fondées sur les véritables lois du système du monde , et débarrassées de tous les cercles qui surchargeaient les tables antérieures.
Si l'on sépare des recherdies astronomiques de Kepler, les idées chimériques dont il les a souvent accompagnées j on voit qu'il parviat à ces lois, de la manière suivante. Il s'assura d'abord que l'égaUté du mouvement angulaire de Mars, n'avait lieu sensiblement qu'autour d'un point situé au-delà du centre de son orbite, par rapport au soleil. U reconnut la même chose pour la terre , en comparant entre elles, des observations choisies de Mars dont l'orbe, par Ja grandeur de sa parallaxe annuelle, est propre à faire connaître les dimensions res-. pectives de l'orbe terrestre. Kepler conclut de ces résultats , que les mouvemens réels des planètes sont variables, et qu'aux deux points de la plus grande et de la plus petite vitesse, les aires décrites dans un jour par le rayon vecteur d'une planète , auteur du soleil , sont les mêmes. Il étendit cette égalité des aires, à tous les points de l'orbite j ce qui lui doaqia la loi dçs aires pro^
go PRÉCIS DE L'fflSTOIRE
portionnelles aux temps. Ensuite, les observations de Mars vers ses quadratures lui firent connaître que l'orbe de cette planète est un ovale alongé flans le sens du diamètre qui joint les points des vitesses extrêmes ; ce qui le conduisit enfin, au mouvement elliptique.
Sans les spéculations dès Grecs sur les courbes que forme la section du cône par un plan , ces belles lois seraient peut-être encore ignorées. L'ellipse étant une de ces courbes , sa figure oblongue fit naître dans l'esprit de Kepler , la pensée d'y mettre en mouvement, la planète Mars ; et bientôt , au moyen des nombreuses propriétés que les anciens géomètres avaient trouvées sur les sections coniques , il s'assura de la vérité de cette hypothèse. L'histoire des sciences nous ofli'e beaucoup d'exemples de ces applications de la Géométrie pure , et de ses avantages ; car tout se tient dans la chaîne immense des vérités , et souvent une seule observation a suffi pour féconder les plus stériles en apparence , en les transportant à la nature dont les phénomènes ne sont que les résultats mathématiques d'un petit nombre de lois immuables.
Le sentiment de cette vérité donna probablement naissanc:e aux analogies mystérieuses des
DE l'asTRONOHŒ. f)\
Pythagoriciens : elles avaient séduit Kepler , et il leur fut redevable d'une de ses phis belles découvertes. Pa^suadé que les distances moyennes des planètes au soleil et leurs révolutions devaient être réglées conformément à ces analogies , il les compara long-temps , soit avec les corps réguliers de la Géométrie , soit avec les intervalles des tons. Enfin après dix-^s^t ans d'essais inutiles , ayant eu l'idée de comparer les puissances des distances, avec celles des temps des révolutions sidérales ; il trouva que les carrés de ces temps sont entre eux , comme les cubes des grands axes des orbites ; loi très importante , qu'il eut l'avantage de reconnaître dans le système des satellites de Jupiter , et qui s'étend à tous les systèmes de satellites.
AjMrès avoir déterminé la courbe que les planètes décrivent autour du soleil, et découvert les lois de leurs moiitvemens; Kepler était trop près du principe dont ces lois dérivent , pour ne pas le pressentir. La recherobe de ce prin*cipe exerça souvent son imagination active; mais le moment n'était pas vehu^ de faire ce dernier pas qui supposait l'invention de la Dynamique et de TAnalyse infinitésimale. Loin d'ap^ procher du but, Kepler s'en écarta par de vaines spéculations sur la cause motrice des plai
ga PRÉCIS DE L HISTOmE
nètes. Il supposait au soleil , un mouvement de rotation sur un axe perpendiculaire à l'édiptique : des espèces immatérielles émanées de cette astre dans le plan de son équateur , douées d'une activité décroissante en raison des distances, et conservant leur mouvement primitif de révolution, disaient participer chaque planète à ce mouvement circulaire. En même temps , la planète par une sorte d'instinct ou de magnétisme , s'approchait et s'éloignait alternativement du soleil, s'élevait au-dessus de l'équateur solaire et s'abaissait au-dessous^ de manière à décrire une elHpse toujours située dans un même plan passant par le centre du soleils Au miUeu de ces nombreux écarts , Kepler fut cependant conduit à des vues saines sur la gravitation universelle, dans l'ouvrage De stellaMarfis y où il présenta ses principales découvertes.
» La gravité, dit-il, n*est qu'une affection » corporelle et mutuelle entre les corps, par » laquelle ils tendent à s'unir.
c( La pesanteur des corps n'est point dirigée y> vers le centre du monde, mais vers celui » du corps rond dont ils font partie j et si la » terre n'était pas sphérique, les graves placés y) sur les divers points de sa surface, ûe tonar » beraient point vers un même centre.
DE l'asTroSomib. ^3
3> Deux corps isolés se porteraient l'un vers j) l'autre , comme deux aimans , ep parcourant » pour se joindre, des espaces réciproques à y> leurs masses. Si la terre et la lune n'étaient y> pas retenues à la distance qui les sépare , » par une force animale , ou par quelque autre » force équivalente ; elles tomberaient l'une sur y> l'autre, la lune faisant les |-| du chemin, et » la terre faisant le reste, en les supposant » également denses.
» Si la terre cessait d'attirer les eatix de 7> l'Océan , elles se porteraient sur la lune , en y> vertu de la force attractive de cet astre.
)) Cette force qui s'étend jusqu'à la terre, » y produit les phénomènes du flux et du » reflux de la mer. y> Ainsi l'important ouvrage que nous venons de citer, contient les premiers germes de la mécanique céleste , que Newton et ses successeurs ont si heureusement développés.
On doit être étonné que Kepler n'ait pas appliqué aux comètes , les lois du mouvement elliptique. Mais égaré par une imagination ardente, il laissa échapper le fil de l'analogie , qui devait le conduire à cette grande découverte. Les comètes, suivant lui , n'étant que des météores engendrés dans l'étherj il négligea d'étudia:
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leurs mouvemens , et il s'arrêta au milieu àe la carrière qu'il avait ouverte , laissant à ses successeurs , une partie de la gloire qu'il pouvait encore acquérir. De son temps , on commençait à peine à entrevoir la méthode de procéder dans la recherche de la vérité à laquelle le génie ne parvenait ' que par instinct ^ et en y mêlant souvent beaucoup d'erreurs. Au Heu de s'élevep péniblement par une suite d'inductions y dea phénomènes particuhers à d'autres plus éten^dus , et de ceuxr-ci, aux lois générsJés de la nature; il était plus agréable et plus Êicile dé. subordonner tous les phénomènes, à des rapr ports de convenance et d'harmonie, que l'imagination créait et modifiait à son gré. Ainsi Kepler expHqua la disposition du système solaire , par les lois de l'harmonie musicale. Il est affligeant pour l'esprit humain, de voir ce grand homme , même dans ses derniers ouvrages , se complaire avec délices dans ces chimériques spé» culations , et les regarder comme l'âme et la vie de l'Astronomie. Leur mélange avec ses véritables découvertes, fut sans doute , la cause pour laquelle les Astronomes de son temps, Descartei» lui-même et Galilée, qui pouvaient tirer le parti le plus avantageux de ses lois , ne paraissent pas en avoir senti l'importance. Galilée pouvait air
DE L^ASTRONOMIE. g%
Ugaer en faveur du mouvement de la terre f Tune des plus fortes raisons qui prouvent ce mouvement, sa conformité avec les lois du mouvement elliptique de toutes les planètes , et surtout y avec le rapport du carré des temps des révolutions , au cube des moyennes distances au soleil. Mais ces lois ne furent généralement admises, qu'après que Newtonen eut faitla base de sa théorie du système du monde.
L'Astronomie doit encore à Kepler , plusieurs travaux utiles : ses ouvrages suc L'optique sont pleins de choses neuves et intéressantes. H y perfectionne le télescope et sa tbéorîe : il y ex-' plique le mécanisme de la vidon^ inconnu avant lui : il y donne la vraie cause de la; lumière cendrée de la lune ; msûs. il en &it hommage à son maîtte Mœstiia', recommandable par. cette découverte et pour aMoir rappelé Kepler à l'Astronomie^ et converti Galilée aui système de Copernic- Enfin^ Kepler, dans son ouvrage intitulé : Siereomeiria doUornsm , présente sur Tinfini^ dés vues^ qui ont injQhe sur la révolùtioir quela^ Géométide a éprouvée àla.fin de l'a^antr^ dernier 4ècle ; et Bermat que l'on dnit regacder comme le véritable inventeur du calcul dîffé-^ rentiel , a fondé sur elles , sa belle méthode de maximiset minimis.
igiG 1>RÉCIS DE L'inSTOtRE
Avec autant de droits à l'admiration , ce grand homme vécut dans la misère , tandis que l'Astro^ logie judiciaire partout en honneur , était magni>« fiquement récompensée. Heureusement, la jouissance de la vérité qui se dévoile à l'homme de génie , et la perspective de la postérité juste et reconnaissante , le consolent de l'ingratitude de ses contemporains. Kepler avait obtenu des pensions qui / lui furent toujours mal payées. Etant allé à la diète de Ratisbonne, pour en solliciter les arrérages , il mourut dans cette ville , le i5 novembre i63i . Il eut dans ses dernières années, l'avantage de voir naître et d'emr ployer la découverte des logarithmes, due à INeper, baron écossais j artifice admiirable ajouté à l'ingénieux algorithme des Indiens, et qui eu réduisant à quelques jours , le travail de plusieurs mois, double, si l'on peut ainsi dire, la vie des Astronomes, et leur épargne lés erreur» et les dégoûts inséparables des longs calculs;, invention d'autant plus satisfaisante pour l'esprit humain , qu'il l'a tirée en entier de son propre fonds : dans les arts, l'homme se sert des matériaux et des forces de la nature, pour accroître sa puissance j mais ici , tout est son ouvrage.
Les travaux d'Huygens suivirent de près^
DE l'ASTROKOMIÉ. g<^
ceux de Kepler et de Galilée. Très peu d'hommes ont aussi bien mérité dies sciences , par l'importance et la sublimité de leurs recherches. L'application du pendule aux horloges , est im des plus beaux présens que l'on ait faits à l'Astronomie et à la Géographie , qui sont redevables de. leurs progrès rapides, à cçtte heureuse invention et à celle du télescope dont il perfec- • tionna considérablement la pratique et la théorie. U reconnut au moyen des excellens objectifs qu'il parvint à construire , que les singulières apparences de Saturne , sont produites par un anneau fort mince dont cette planète est entourée. Son assiduité à leS observer , lui fit découvrir un des sateUites de Saturtie. Il publia ces deux découvertes dans son Systéma Saturnium y ouvrage qui contient encore quelques traces de ces idées pythagoriciennes dont Kepler avait tant abusé; mais que le véritable esprit des sciences qui , dans ce beau siècle , fit de si grands progrès, a pour toujours efiacées. Le satellite de Saturne égalait le nombre des satellites , à celui des planètes alors connues : Huygens jugeant cette égalité nécessaire à l'harmonie du Système du Monde , osa presque affirmer qu'il ne restait plus de satelHtes à découvrir; et peu d'années après , Ca^sini en reconnut quatre nouveaux à
tgS PRÉCIS DE L'flïSTOïRE
la même planète. La Géométrie, la Mécanique et l'Optique doivent à Huygens un grand nombre de découvertes j et si ce rare génie eût eu l'idée de combiner ses tbéorèmes sur la force centrifuge , avec ses belles recherches sur les développées , et avec les lois de Kepler; il eut
enlevé à Newton, sa théorie des mouvemens
curviligne? et celle de la pesanteur universelle. Mais c'est dans de semblables rapprochemens , que consistent les découvertes.
Dans le même temps, Hévélius se rendit célèbre par d'immenses travaux, et spécialement par ses observations sur les taches et la libration de la lune. Il a existé peu d'observateurs aussi infatigables : on regrette qu'il n'ait pas voulu adopter l'appUcation des lunettes au quart de cercle, invention cpiien donnant aux observations, une précision jusqu'alors inconnue, a rendu la plupart de celles d'Hévélius, inutiles à l'Astronomie.
À cette époque , l'Astronomie prit un nouvel essor , par l'établissement des sociétés savantes. La nature est tellement variée dans ses productions et dans ses phénomènes , il est si difficile d'en pénétrer les causes ; que pour la connaître et la forcer à nous dévoiler ses lois, il faut qu'un grand nombre d'hommes réunis-
DE l'astronomie. 99
sent leurs lumières et leurs eflForts. Cette réuniou devient surtout nécessaire, quand le progrès des sciences , multipliant leurs points de contact , et ne permettant plus à un s^ul homme de les approfondir toutes j elles ne peuvent recevoir que de plusieurs sa vans, les secours mutuels qu'elles se demandent. Alors le physicien a recours au géomètre, pour s'élever aux causes générales des phénomènes qu'il observe ^ et le géomètre interroge à son tour , le physicien , pour rendre ses recherches utiles en les appliquant à l'expérience, et pour se frayer par ces apphcations mêmes , de nouvelles routes dans l'analyse. Mais le principal avantage des académies, est l'esprit philosophique qui doit
s'y introduire, et de là se i€j)andre dans toute une nation et sur tous les objets. Le savant isolé
peut se livrer sans crainte à l'esprit de système : il n'entend que de loin, la contradiction qu'il éprouve. Mais dans une société savante , le choc des opinions systématiques finit bientôt par les détruire: et le désir de se convaincre mutuellement, établit nécessairement entre les membres, la convention de n'admettre que lesrésultats de l'observation et du calciil;. Aussi Texpéripnce a-t-elle montré que depuis l'origine des académies, la vraie philosopliie Vest généralement
ioo PRÉCIS DE L^HISTOÎHE
iépkhàne. En dontrant l'exemple de tout soumettre à l'fexamen d'une raison sévère*, eUés ont ffitit disparaître les préjugés qui trop long-temps avaient tégné dans lès sciences, et que les meil* teûts écrits dès sièdés précédens àvaiétit partagés. Letii- utile iùfluence sur l'opifaiôn , a dissipé dès erteUrs accueillies de nos jours , avec un enthousiasme qiii , dan$ d'autres temps , les aurait perpétuées. Egstletnent éloignées de la crédulité qui fait tbut admettre, et dé la pré-tentidiï qui pdrte à rejeter tout ce ^ui s'écarte des idées rëçtlès ; elles ont toujours sur les ^liestions difficiles et sur les phétiôhiéiies. extraordinaires , sagement attendu les réjudiisès de l'ebserVâtiôti et dé Fexpérience , eri lés provo- ■ cjiàaiit pàt âêk prit et plâr leittrs propres thivaux. Mesurant leur estime , autant à la grandeur et à la di(!i(3ulté d'une découverte , qu'à son utilité immédiate , et persuadées par beatlcoup d'ëxémpies , (Jde k |)luâ stérile en apparence , peut âvioir , nh jour, dfes suites itiipbttantés ; elles diit encouragé là ï-èchérché de la vérité sur tous les objets j n^éicluatit qtle ceux qui , pat les bornes de l'eiitendetnéni liumâin , lui seront à jamais 'iiiàccessibîes. Enfin e'èst de leur sein, que se sont élevées ces gratidés théories que leur généralité met âU-dessus de la portée du vulgaire,
DE L 4STRQVfOtf 11^, l(^f
et qui sp répancJ^Qt p^ de Qpipbreuses ^pplîcfutîoBs, sur Ig nature ^ sur 1^9 arts , $put fWe- ]Q]jies d'inépui^nable^ âp^rces de lai)ai|èns« A de )ouis§i^^ep§. liiBS gp]ttv<eFnem^ft? sages cquv^iiuctti^ de TutiUtfé 4^s soc^ét(es ^vaut«s , et les epi^isjOtr geapt çpipm^ Vnu des principaiix fond^mp^s ^ la glQJpre ejb de la prospérité des ep|ipires, les pat instituées et placées p^res 4'?ux,^pour j^'éc^airf»)^ de leurs luuûères i^nt SQ^veut i]^ opt retiré 4^ grands avantages..
De toutes^ les sjoeiétés savantes, l^s deux plt|$^ célèbres par le gra^d pomhre et par l'impor-r tance des décQuy ert^es dai^ ^'A^trxmomie , spnt y rAcadémie des Sç;ie^pe3 de P^is , et Iti Société Jloyale de Londr^. L^ premi«:'e fut créée en i666, par JUouis IHY ^qi pr|96S(^tit l'éclat que les sciepces et les arl» devaieut cé^. pandre sur sou règne. Ce mou^qi;i^ djgi|epfteDj^ secondé par Colbjert, invij;a plu$iisi|is sayanf étrangers à venir se fixer d^us ^ cj^pi)^!^^ Huygeps se rendit à ccttje invitation ^aittei^ : il publia dansf le sein dp r^^adçmie doi^t U fi^ un des premiers uiembj^, pojx ^dff^v^bi^ oi^« yvsL^Q de HorplQgio o^çUlgfqrhf
Dominique C^ssiiû ^t j^eillemepjb ^ir^ k Paris, par les bienfaits de IjQV^ XIV. Pendant quarante aus d'util^ travaux, il enrichit l'A^-t
ïb3 pRÉas DE l'histoire
tronomie^ d'une foule de découvertes : telfes sont , la théorie des satellites de Jupiter , dont il détermina les mouvemens , par les observations de leurs éclipses ; la découvjerte de quatre satellites de Saturne , de la rotation de Jupiter €t de Mars, de la lumière zodiïicale ; la connaissance fort approchée de la parallaxe du soleil j une table de réfractions trè; exacte j et surtout, la théorie complète de la Ifcration de la lune. GaUlée n'avait considéré que la libration en latitude : Hévélius expliqua la libration enlongitude, en supposant que la lune présente toujours, la même face , au centre de l'orbe lunaire dont la terre occupe un des foyers. Newton , dans une lettre adressée à Mercator en 167$ , perfectionna l'explication d'Hévélius , en la ramenant à l'idée simple d'une rotation uniforme . de la lune sur elle-même, pendant qu'elle se meut inégalement autour de la terre ; mais il supposait avec Hévélius , l'axe de rotation toujours perpendiculaire à l'écUptique. Çassînî reconnut par ses propres observations , qu'il hii était un peu incliné d'un angle constant j et pour satisfaire à la condition déjà observée par Hévélius, suivant laquelle toutes les iné^ galités de la Hbration se rétablissent à chaque révolution des nœuds de l'orbe lunaire j il fi^
DE l'aSTRONOMIB. iO$
tjoïncider constamment avec «ux , les nœuds d& l'Equateur lunaire. Tel a été le progrès des idéesV sur un des points les plus curieux du système du monde.
Le grand nombre des Académiciens astronomes d'un rare mérite, et les bornes de ce précis historique , ne me p«:^nettent pas de rendre compte de leurs travaux. Je me contenterai d^observer que l'application du télescope au quart de cercle , l'invention du micromètre ©t de l'héliomètre , la propagation successive de la lumière, la grandeur de la terre , et la diminution de la pesanteur à l'équateur, sont autant de découvertes sorties du sein de l'Académie des Sciences.
L'Astronomie n'est pas moins redevable à la Société Royale de Londres , dont Forigîne est de quelques années , antérieure à celle de l'Académie des Sciences, Parmi les astronomes qu'elle a produits , je citerai , Flamsteed Pun des plus grands observateurs qui aient paru; Halley illustre par des voyages entrepris pour Favancemeut des sciences , par son beau travail' sur les comètes , qui lui fit découvrir le retour de la comète de 1759 , et par l'idée ingénieuse d^employer les passages de Vénus sur le soleit ^ la détermination de sa- psfraUaxe. Je citerai
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én6n Bradley , le. modèle des observateurs, e^ eélèbre à jamais par d«ux des plus belles décou-. Vertes que l'on ait &ites en Astronomie , Faberrar. tion des fixes , et la nutation de l'axe de la terre. Qjoand Papplioation du pendule a w: horloges , tl du télescope au quart de cercle , eut renda sensibles au^ observateurs, les plus petits changemens dans la position des corps câestes ; ils. cherchèrent à déterminer la parallaxe annuelle. 4es étoiles ; car il étaif; naturel de penser qu'une aussi grande étendue que le diamètre de l'orbe terrestre , est encore sensible à la distancé de ces. astres. En les observant avec soin dans toutes. Içs saisons de l'an née; ils aperçurent de l^èrea. variations , quelquefois favorables , maïs le plus, souvent contraires aux effets de la parallaxe. Pour déterminer la, loi de ces variations, il falr lait un instrument d'un grand rayon , et divisé avec un soin ex,trême. L^artiste qui l'exécuta ^ mérite une part dans la gloire de l'astronome, qui lui dut ses découvertes. Graham , Ëimeiu^ horloger anglais , construisit un grand secteur avec lequel Bradley reconnut en 1727, l'aberration des étoiles. Pour l'expliquer, ce grand: astronome eut l'heureuse idée de çoinbiner le mouvement de la terre, avec celui de la lumière , que Roëmer à l^^ fin dç IVant-d^ernieç
DE I^^STROVOMIJE. toU
«iècle , avait conclu des éclipses des satellites de Jupiter. On doit être surpris que dans l'intervalle d^un deini-siècle , qui sépare cette découverte de celle de Bradley, aucun des sa vans très distingués qui existaient s^lors , et qui tous adr^ettaient le mouvement de 1^ lui^ière , n'ait fait attention aux effets très simples qui en résultent $UF la positiou des étoiles, l^ais Teaprit huipain si actif dans la formation des systèmes , a souvent attendu que l'observation et l'expérience lui aient fcit connaître d'iqiportantes vérités que le simple raisonnemept eut pu faire découvrir. C'est ainsi que l'inventiou des lunettes astronop[)iques a suivi de plus de trois siècles , celle des verres lenticulaires , et n'a même été due qu'au hasard.
En 1745 , Bradley reconnut par l'observation y la nutation de l'axe terrestre et ses lois. Dans toutes ces varialions apparûtes des étoiles, observées avec un soin extraordinaire, il n'aperçut rien qui indiquât une paraUaxe sensible. On doit encore à ce grand astronome , le pre-» mier aperçu des principales in^aUtés des satellites de Jupiter, que Wargenlin ensuite a développé avec étendue. Enfin , il a laissé un recueil immense d'observations de tous les phé*< xiomènes que le ciel a présentés vers le milieu
I06 PRÉCIS DE l'histoire
du dernier siècle , pendant plus de dix année» consécutives. Le grand nombre de ces observations et la précision qui les distingue , font dece recueil , Fun des principaux fondemens de FAstronomie moderne , et l'époque d'où Fon doit partir maintenant, dans les recherches délicates de la science. Il a servi de modèle à pluaeurs recueils semblables qui successivement perfectionnés par le progrès des arts , sont autant de jalons placés sur la route des corps célestes , pour en marquer les changemens périodiques et séculaires»
A la même époque , fleurirent", Lacaille en France, et Tobie Mayer en Allemagne : observateurs infatigables et laborieux calculateurs, ils ont perfectionné les théories et les Tables astronomiques , et ils ont formé sur leurs propres observations, des catalogues d'étoiles , qui comparés à celui de Bradley , fixent avec une grande exactitude, l'état du ciel au milieu du dernier siècle.
Les mesures des degrés des méridiens terrestres et du pendule , multipliées dans les diverses partiesdu globe, opérations dont la France, a donné l'exemple , en mesurant l'arc total du méridien qui la traverse, et en envoyant des Académiciens au nord et à l'équateur , pour y observer la grandeur de ces degrés et Fintensita
DE l'astronomie. fCT"
4e la pesanteur ; l'arc da méridien compris entre Dunkerque et Fermentera, déterminé par des observations très précises, et servant de base au systeçae de mesures , le plus naturel et le plus simple^ les voyages entrepris pour observer les deux passages de Vénus sur le soleil, en 1761 et 1 769 , et la connaissance très approchée des. dimensions du système solaire y fruit de ces voyages; l'invention des lunettes achromatiques, des montres marines , dé l'octant , et du cercle répétiteur trouvé par Mayer et perfectionné par Borda ; la formation par Mayer, de Tables lunaires assez exactes pour servir à la détermination des longitudes à la mer; la découverte de la planète Uranus , faite par Herschel en 1781 ; celles de ses satellites et de deux nouveaux satellites de Saturne , dues au même obser«^ vateur ; telles sont , avec les découvertes de Bradley , les principales obligations dont l'Astro^ nomie est redevable au siècle précédent.
Le siècle actuel a commencé de la manière la plus heureuse pour l'Astronomie : son premier jour est remarquable par la découverte de la planète Cérès , faite par Piazzi à Palérme j et cette découverte a bientôt été suivie de cfelles des deux planètes Pallas et Vesta^ par Olbers, çt de la planète Junon , par Harding«
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