II" PÉR. 1073-1294. GHAP. V. MORALE ET DISCIPLINE
extérieur, mais de l'intention, dont Dieu seul est le juge; pour qu'il y ait péché, il faut le consentement de la volonté ; quand celui-ci manque, un acte peut être extérieurement mauvais sans qu'il devienne un péché ; il en est de même des bonnes œuvres, elles ne sont bonnes que par l'intention. C'est là une morale toute subjective, qui aurait besoin d'un critérium pour la compléter ; si l'acte extérieur est indifférent, s'il n'est pas permis d'en conclure à un consentement intérieur, d'après quoi jugerat-on du caractère d'un homme ?
Chez Thomas d'Aquin et chez Duns Scol la morale porte le cachet de leurs idées sur la prédestination. Pour Thomas, qui est plus augustinien, Dieu est le premier moteur de tout, la causalité absolue, d'où suit la dépendance absolue de l'homme. A ce point de vue le mérite des bonnes œuvres, dans lequel, au fond, se résume la morale catholique, n'a plus de raison d'être ; Thomas le conserve en faisant une distinction : le mérite doit être considéré sous deux rapports ; en prenant les œuvres en elles-mêmes, elles ne sont pas dignes de récompense, elles ne donnent qu'un meritum ex congruo, puisqu'il semble convenable, congruum, que Dieu ne rejette pas le bien que l'homme fait dans la mesure de ses forces naturelles ; si au contraire l'œuvre est produite sous l'action de la grâce, elle mérite le salut ejo condigno, elle est digne de la récompense. Cette distinction , admise par la plupart des dogmatistes postérieurs , n'est qu'une subtilité pour concilier la pratique de l'église avec saint Augustin. Duns Scot est plus conséquent ; il est presque pélagien ; il fait dériver de la liberté de Dieu celle de l'homme ; Dieu étant libre, nous le sommes de même, seulement nous n'avons plus la liberté dans toute sa plénitude ; le péché originel a causé une lacune, une carentia, un defectus justitiœ ; le pouvoir d'être juste subsiste, il n'en manque que l'effet ; pour combler la lacune, il a plu à Dieu de faire intervenir sa grâce,
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qui est une aide donnée à la liberté; c'est ce que Pélage avait dit, en réduisant la grâce au rôle d'auxilium du libre arbitre.
C'est sur ces différences entre Thomas d'Aquin et Duns Scot qu'ont roulé en partie les querelles entre les thomistes et les scotistes.
L'éthique d'Abélard était un phénomène isolé ; aucun docteur ne traite plus la morale séparément, chacun l'intercale dans le système dogmatique ; ceux mêmes qui écrivent des Sommes spéciales sur les vertus et les vices, ne quittent pas le terrain du dogme. Ce terrain serait le vrai, si une bonne partie de la morale des scolastiques n'était pas simplement celle des anciens philosophes ; on l'emprunta au De officiis de Cicéron et à l'éthique d'Aristote; les quatre vertus de la morale antique devinrent les vertus cardinales, produisant la justice civile dont tout homme doit être capable; on y ajouta comme vertus théologales la foi, l'espérance et la charité, propres aux seuls chrétiens et leur assurant le mérite. A la description de toutes ces vertus on joint celle des péchés, distingués en péchés mortels ou capitaux, pour lesquels il n'y a point de grâce, et en péchés journaliers ou véniels, qui peuvent être pardonnés. La Summa de vîiiù et virtutibus du dominicain lyonnais Guillaume Pérault, mort vers 1250, est l'ouvrage le plus complet sur ces matières 79 ; il devint , avec la partie de la Somme de Thomas d'Aquin qui traite de la morale 80, le guide de l'enseignement pendant tout le moyen âge.
On donna enfin une nouvelle extension au mécanisme de la casuistique, en mettant sous les yeux des confesseurs tous les cas de conscience qu'il était possible d'imaginer. Le premier
~'J Souvent imprimé, en dernier lieu à Paris 1629, in-4°.
80 Gottig, Das Verhàltniss der philosophischen urid tjieologischen Tugenden vach Thomas vou. Aquino, Kiell840. — Neander, Ueber die Eintheilung der Tugenden bei Th. Arpiivas. Berlin 484"). in-4°.