LES PAPES JUSQU'AU CONCILE DE SUTRI
sonne el tout ce qui appartenait à l'église romaine, et de ne rien entreprendre à Rome contrairement à sa volonté; le pape jura en retour de ne plus faire cause commune avec Bérenger. Otton renouvela les donations de Pépin et de Charleraagne, en faisant la condition que l'élection des papes restât soumise à la confirmation impériale 12.
Le couronnement du grand Otton par un jeune libertin fut un spectacle étrange, mais un fait fécond en conséquences pour l'Allemagne et pour la papauté; dès ce moment l'empire romain passe à la nation germanique, et l'histoire de l'Europe entre dans une phase nouvelle.
Jean XI T comprit bientôt qu'à son point de vue il avait commis une faute en conférant l'empire à un prince non italien ; Otton, qui n'avait dû que délivrer les états de l'église, s'annonçait comme un empereur dans l'ancien sens du mot. Aussi le pape ne tarda-t-il pas à conspirer contre lui ; malgré son serment, et prenant pour prétexte un concile tenu par Otton à Pavie, il s'allia de nouveau avec Bérenger II pour chasser les Allemands, qu'il avait appelés lui-même. En 963 Otton reparut, obtint d'un concile romain la déposition de Jean XII comme impudique, homicide et sacrilège, et fit nommer pape un laïque honnête, protonotaire de l'église romaine, qui prit le nom de Léon VIII. Otton reçut des Romains l'ancien serment de ne jamais consacrer un pape sans l'approbation impériale; Léon, de son côté, reconnut la nécessité de ce serment ainsi que le droit de l'empereur de donner l'investiture aux évêques et aux. archevêques 1:\ A peine Otton eut-il quitté l'Italie, que Jean XII
12 L'authenticité de ce privilège, publié chez Pertz, T. 4, P. '2. pi 164, et chez Theiner, Cod. dipl., T. 1. p. 4, a été souvent mise en doute, mais a été démontrée de nouveau par Sickel, Das Privilegium Otld's I . fur <lir rômische Kirche. Innsbruck 1882.
1:1 Floss, Die Papstwahl unlrr clen Ottonen. Fribourg 1858. - - Le même. Leonis \ III privilegium 'le inveslituris. th. LSr>N.
1« PÉR. 771-1073. CHAP. i. PAPAUTÉ.
rentra dans Rome ; il exerça des vengeances, qui eurent pour suite son assassinat en 964. Les Romains opposèrent à Léon VIII un antipape, Benoît V; Otton sut maintenir Léon, qui mourut en 965. Son successeur, Jean XIII, lut élu en présence d'envoyés impériaux.
Aussitôt après La mort de ce dernier, en 973, la faction toscane reprit le dessus, sous Crescentius, fils de Théodora la Jeune et consul romain. Il y eut de nouveau une série de papes chassés ou mis à mort, dont il est inutile de rappeler les noms. La papauté ne se raffermit pour quelque temps qu'après le décès de Jean XV, en 996. Olton III, lors de son premier voyage à Rome, éleva au trône pontifical son cousin Brunon, fils du duc Olton de Carinthie. Brunon, qui régna sous le nom de Grégoire V, fut le premier pape allemand; c'était un homme jeune, plein d'intentions généreuses, que la tyrannie de Crescentius l'empêcha d'exécuter là .
Les scandales de la cour de Rome sous ses prédécesseurs avaient commencé à ébranler le respect pour les papes, sans diminuer encore celui que l'on professait pour le siège apostolique. On en trouve un exemple en France. L'archevêque Arnolphe de Reims, accusé d'avoir livré cette ville au duc Charles de Lorraine, fut traduit par Hugues Capet devant un concile, qui le déposa. Ses défenseurs soutinrent que la cause devait être jugée à Rome; ses adversaires s'élevèrent à la fois contre celte prétention et contre les dérèglements des derniers papes, qu'ils appelèrent des monstres, des antéchrists. Le concile remplaça Arnolphe par Gerbert, qui dirigeait l'école de Reims. Jean XV annula ces décisions, mais Gerbert lui opposa l'ancien droit des conciles provinciaux de juger les évèques ; il déclara même que si le pape n'écoutait pas l'église, celle-ci devait le consi-
14 Hôfler, Die deutschen Pàpstv. Ratishonne 1839, 2 P.
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derer comme un païen. Le nouveau roi, Robert, poussé par l'intérêt politique à se réconcilier avec le pape, sacrifia momentanément la liberté de son église, Arnolphe reprit possession de son siège, Gerbert se retira en Allemagne, et Robert se résigna même à se soumettre à la sentence d'un concile romain, qui rompit son mariage avec Berthe pour cause de parenté trop proche.
En 998 Otton vint à Rome, s'empara du château de Saint- Ange et condamna Crescentius à mort. L'année suivante il fit donner la papauté à l'ancien écolàtre de Reims, Gerbert, récemment promu à l'archevêché de Ravenne. Né en Auvergne, Gerbert fut le premier pape d'origine française ; il prit le nom de Silvestre II 15. Ce fut le moment de l'union la plus intime entre le pouvoir pontifical et le pouvoir impérial ; Silvestre était un politique habile, Otton un jeune homme plein d'illusions ; le premier voulait rétablir l'autorité du siège de Rome, le second restaurer la splendeur de l'empire ; ils espéraient réciproquement que l'un servirait les intérêts de l'autre. Otton octroya au pape, dont il avait été l'élève, un diplôme célèbre 16 ; dans l'orgueil de sa puissance, il déclara mensongères les donations faites aux papes antérieurs, accusa ceux-ci d'avoir disposé arbitrairement de domaines appartenant à la couronne italienne, et conféra à Silvestre, « par amour pour lui», la souveraineté de huit comtés, en ajoutant expressément que ce n'était pas une restitution , mais un don volontaire pris sur ses propres possessions.
15 Histoire littéraire de la France, T. 6, p. 559. — Hock , Gerbert oder Silvestçr II. nnd sein Jahrhundcrt. Vienne 1837; traduit en français, Taris 1843. — Les œuvres de Gerbert sont encore en partie inédites ; celles qui ont été publiées dans divers recueils, ont été réunies dans la Patrologie de Migne, T. 137 à 139; les lettres, les poésies et les traités mathématiques ont été publiés par Olleris, Glermont 1867, in-4°.
16 Chez Baronius, Annales, ann, 1191 , n° 57, et chez Pertz, T. 4, P. 2, p. 102. L'authenticité du diplôme, attaquée par Raronius et par d'autres plus récents, a été défendue par Muratori et de nouveau par Pertz, 1. c.
Otton fixa sa résidence à Rome, avec le projet chimérique de renouveler l'ancien empire avec les pompes et le cérémonie! de la cour byzantine. Mais il ne réussit pas à se concilier l'attachement tles Romains, qui ne voyaient dans les Allemands que des barbares; Silvestre n'y réussit pas davantage; sa vaste science le faisait passer pour sorcier ; à Rome on disait que, pour arriver au pontificat, il s'était vendu au diable.
Après la mort de l'empereur en 1002, suivie de près de celle du pape en 1003, le parti toscan se releva de nouveau ; il parvint môme à rendre pour quelque temps la papauté héréditaire dans la maison de Toscane17. Le premier de ces papes, Benoît VJI1, ne fut pas sans mérite ; de concert avec le roi d'Allemagne Henri II, qu'il couronna empereur en ne le reconnaissant que comme défenseur de l'église, il songea à réformer les mœurs corrompues du clergé italien , mais l'énergie lui manqua pour mener à bonne fin cette entreprise. Il eut pour successeur, en 10W2/|, son frère, Jean XIX, qui avait été laïque et qui ne devint pape qu'à force d'argent; puis vient, en 1033, un enfant, Benoit IX, qui quelques années plus tard fut un tel scélérat, que l'abbé Didier du Mont-Cassin dit qu'il frémirait de raconter ses crimes: horresco referre 18. Ayant été chassé en lOhh et remplacé par Silvestre III , il se mit à la tète de sa faction et chassa Silvestre à son tour; mais ne pouvant se maintenir contre le mépris du peuple, il vendit la tiare à un archiprêtre, Grégoire VI, qui, tout en étant un pape simoniaque, fit quelques vains efforts pour supprimer les abus les plus scandaleux.
Enfin l'empereur Henri III mit fin à ces désordres, en venant avec une armée devant Rome. En i0l\6 il réunit un concile à
17 Zopfel , Die Papstwahlen vom elften bit oierzehnten Jahrhundert. Gôttingué 1872.
18 Dialogi de miraculis a S. Bénédicte aliisque monachis casinaisibus gestis. Bibl. Pati'iim mujcima. T. 18. p. 853.