‹ Précis de l'histoire de l'église d'occident pendant le moyen ageChapitre 118 sur 215 · II" PEU. 1073-1294. CHAP. VII. LES SECTES · texte numérisé non relu

II" PEU. 1073-1294. CHAP. VII. LES SECTES

§ 50. Sectes réformistes. Suite. — Les vaudois. Les frères apostoliques.

Une légende, longtemps chère aux vaudois, faisait remonter leur origine à des communautés apostoliques, qui se seraient maintenues dans quelques vallées des Alpes et dont, au neuvième siècle, Claude de Turin aurait reproduit les doctrines. Cette fable est aujourd'hui abandonnée111. Les vaudois sont

111 Bernard, abbé de Font-Caude (Fontis calidi), Contra wal'lenscs. Bibl. Pai mm maxima , T. 24, p. 1585. — Alanus, Summa quadripartita contra hœreticos (les cathares), waldenscs, judœos et pagunos. Les deux premiers livres, par Masson, Paris 1012, plus correctement dans Alani opéra, éd. G. de Visch, Anvers 1054, in-fu, p. 199 ; les deux derniers, dans G. de Visch, Bibl. scriptoKum cislercicnsium. Cologne 1050, in-4", p. 411. — Rainerius Sacchoni. Summa de catharis et leonistis, chez Martène et Durand, Thésaurus novus anecdot. T. 5, p. 1759 et chez D'Argentré, T. 1, p. 48. Le traité de Rainerius est aussi compris dans un recueil contre les hérétiques composé en 1200 par un inquisiteur de Passau, et dont il existe deux manuscrits à la Bibl. royale de Munich. Voir Preger, Bas Evangelium œternum, p. 9. Ce que le jésuite Gretscr a publié sous le titre de Summa Rainerii dans la Bibl. patrum maxima, T. 25, p. 202, est pris dudit ouvrage, mais d'après un manuscrit qui paraît avoir mêlé au texte original des parties provenant du compilateur de Passau. Gieseler a le premier remarqué ce mélange ; mais ne connaissant pas les manuscrits de Munich, il a cru à des interpolations faites par un inquisiteur allemand. Voir sa dissertation De Rainerii summa, Gœttingue 183}. in-4°. — Monéta, Adversus catharos et waldenscs libri V. Rome 1743, in-f°. — Tractatus de inquisitione hœreticorum , écrit peu après 1250, longtemps attribué au dominicain fiançais Yvonet; il est prouvé aujourd'hui que l'auteur est le franciscain David d'Augsbourg. Publié d'abord par Martène et Durand, Thés. nov. anecd., T. 5, p. 1777; de nouveau par Preger: Dcr Trahtal des David von Augsbury ûber die Waldesier. Munich 1878, in-4°.

Perrin, Histoire des Vaudois. Genève 1019, 3 P. — Gilles, Histoire ecclésiastique des églises réformées... autrefois appelées églises vaudoises. Genève 1055, in-4°. — Léger, Histoire générale des églises évangéliques des vallées du Piémont, ou vaudoises. Leyde 1009, in-f°, 2 P. — Parmi les modernes, Muston, L'Israël des Alpes, première histoire complète des Vaudois du Piémont. Paris 1851, 4 vol., admet encore la légende de l'origine apostolique de la secte. — Dieckhoff, Die Waldenscr im Mittclalter. Gôtting. 1851. — Ilerzog, Die romanischeu Waldenscr, ihre vorreformatorischen Zustânde

g 56. SECTES RÉFORMISTES.

appelés ainsi d'après leur fondateur Waldus , probablement Valdès, riche bourgeois de Lyon. Vers 1160, désireux de comprendre les évangiles qu'il entendait lire pendant la messe, Waldus se les fit traduire par deux prêtres en langue romane. Frappé des paroles de Jésus sur la pauvreté, il distribua ses biens aux pauvres ; quelques-uns de ses amis ayant suivi cet exemple, il se les associa pour imiter aussi le Seigneur et les apôtres par la prédication. L'archevêque de Lyon les bannit de son diocèse. Ils pensaient si peu à se mettre en conflit avec l'église, qu'ils se rendirent à Rome; ils présentèrent à Alexandre III leurs versions de quelques parties de la Bible112, et sollicitèrent l'autorisation de prêcher au peuple ; le pape les renvoya en se raillant d'eux. Gomme ils croyaient devoir « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes», Lucius III les excommunia en 118/| au concile de Vérone, par le motif que nul ne doit prêcher sans en avoir reçu la mission de l'église. Néanmoins les Pauvres de Lyon ou léonistes, comme on les appelait, se répandirent de plus en plus ; de bonne heure on en trouve dans le midi de la France, dans le Piémont, en Lombardie, et jusqu'en Lorraine, en Alsace, en Suisse, en Bavière, en Autriche.

En continuant d'étudier l'Écriture, ils arrivèrent dès la fin du douzième siècle à rejeter comme erronées quelques doctrines et pratiques du catholicisme, telles que le purgatoire, les messes

und Lehren, Halle 1853; et l'article du même dans son Encyclopédie, T. 17 (1863). — Gunitz, Les Vaudois du moyen âge. Revue de théologie, 1852 et 1851?. — Preger, Beitrâge zur Geschichte der Waldesier Un Mittelalter. Munich 1875, in-4°. — Comba, Valdo ed i Valdesi avanti la ri forma. Florence 1880.

112 Ces versions ne se retrouvent plus, pas plus que celles du psautier, des évangiles, des épîtres de saint Paul et de quelques autres livres, qui en 1199 furent saisies entre les mains des vaudois de Metz. Les traductions vaudoises que l'on connaît sont beaucoup plus récentes. Reuss, Fragm. relatifs à l'hist. de la Bible française. Revue de théol., 1851 à 1853.

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pour les morts, la confession faite à des prêtres de mauvaise vie. Ils avaient adopté un costume semblable à celui des moines, surtout une chaussure en bois, sorte de sabot ouvert par le haut, pour imiter les sandales des apôtres; de là leur nom "de sabalati. Ils ne voulaient être encore que des prédicateurs pauvres et libres, menant la vie apostolique, comme l'ont voulu plus tard les premiers franciscains. Lors de la croisade contre les albigeois, ils furent enveloppés, malgré leurs protestations contre les erreurs des cathares , dans les mêmes persécutions, et en 1215 le concile du Latran les condamna de nouveau comme hérétiques. Désormais leur opposition prit un caractère plus décidé. ce moment de leur histoire ils enseignaient que la décadence de l'église date de l'époque où le pape Sylvestre a accepté de Constantin des possessions temporelles ; ils croyaient à la donation qu'on attribuait à l'empereur, mais la considéraient comme un présent funeste ; l'église romaine, corrompue par les richesses, était devenue pour eux l'église des méchants, mais ils conservaient encore les sept sacrements, la nécessité d'œuvres satisfactoires , la vénération des saints et de la Vierge. Sans avoir déjà une organisation régulière, ils se divisaient en deux, classes, les prédicateurs, successeurs de Waldus et de ses premiers compagnons, et les croyants ou auditeurs. Dans des maisons particulières ou dans des lieux cachés, les prédicateurs adressaient aux croyants des exhortations ou leçons sur quelque passage des évangiles; ils entendaient les confessions et donnaient l'absolution en recommandant le pécheur à la miséricorde de Dieu; quand ils dictaient des pénitences, c'était comme moyen d'amendement, melioramentum.

Étrangers à toute spéculation mystique ou philosophique, ne songeant qu'à pratiquer le christianisme dans sa plus sévère simplicité, ne connaissant d'autre autorité que celle de l'Ecriture, mais ne se hâtant pas de rejeter ce qu'ils n'avaient pas

jf 57. LES CATHARES.

suffisamment examiné, les vaudois, seuls de tous les hérétiques de ces siècles, ont possédé des principes de progrès et de durée.

On ne peut pas en dire autant d'un autre parti, qui se proposait également de reproduire la vie apostolique. Vers 1260 un artisan de Parme, Gérard Ségarelli, que les franciscains refusaient d'admettre parmi eux, forma une congrégation de frères apostoliques, appartenant pour la plupart aux classes inférieures et parcourant le pays, hommes et femmes, en mendiant et en exhortant le peuple et le clergé à faire pénitence. En 1280 Honoré IV leur défendit de continuer ; en 1290 Nicolas IV renouvela cette défense, sans résultat. En 129/i Ségarelli fut condamné à la prison perpétuelle ; en 1300 on le brûla comme relaps. Son parti qui , autorisé par le saint-siège, aurait peu différé de l'ordre des franciscains, devint au quatorzième siècle, sous un nouveau chef, Dolcino, une des sectes les plus exaltées.

§ 57. Sectes qui dénaturent le christianisme. — Les cathares113.

Le dualisme qui, sous la forme du manichéisme, avait eu tant de partisans dans l'église des premiers siècles et qui était professé aussi par les Pauliciens, reparut de nouveau sous la

113 Eckbertus (vers 1163), Adversus catharorum errores. Cologne 1530, et Bibl. Patrum maxima, T. 23, p. 601. — Ebrardus, Liber antihœresis, publié d'abord par Gretser sous le faux titre contra waldenses, dans la Trias scriptorum adversus waldenses. Ingolst. 1G14, in-4°; Bibl. Patrum max., T. 24, p. 1525. — Ermengaudus, Opusculum contra hœreticos , dans l'ouvrage cité de Gretser, et dans la Bibl. PP. max. T. 24, p. 1602. — Luc, évêque de Tuy, De altéra vita fideique controversiis adversus albigenses. Ingolst. 1612, in-4°. — Bonacursus, Manifestât io hœrcsis catharorum, chez d'Achéry, Spicilcgium, T. 1, p. 208 ; avec des additions, dans les Miscellanca de Baluze, éd. de Mansi, T. 2, p. 581. — Le débat d'Yzarn et de Sicart de Figueiras, poème provençal publié par Paul Meyer. Nogent-le-Rotrou 1880. (Sicart a été un évêque cathare, Vzarn un inquisiteur; le poème est postérieur de peu d'années à 1244). — Mobilier, Un traité inédit du treizième siècle contre les

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forme du catharisme ou de la religion des purs, Kaôapot. L'apparente facilité avec laquelle ce système prétendait résoudre, en théorie et en pratique, le problème du mal, l'attrait qu'il avait pour l'imagination par sa couleur mythologique, la moralité austère et incontestée de ses chefs, lui amenèrent autant de disciples qu'en avait eu jadis la doctrine de Manès. Né probablement en Macédoine, il s'était répandu dès le onzième siècle dans diverses contrées de l'Europe occidentale ; on avait découvert et brûlé des cathares, qualifiés de manichéens, en Lombardie, dans le midi de la France, dans l'Orléanais, en Champagne, en Flandre. La persécution n'avait pas arrêté les progrès de la secte ; vers le milieu du douzième siècle elle était établie et fortement organisée dans les pays slaves et grecs, en Italie et dans la France méridionale. Elle avait des traductions du Nouveau Testament 11/1 et d'autres livres en langue vulgaire, qui pour la plupart sont perdus ; ses docteurs étaient aussi habiles que ceux du catholicisme.

Le système reposait sur l'antagonisme de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais. Sur la nature de ce dernier, les cathares n'étaient pas d'accord ; les uns croyaient que les deux principes étaient également éternels; selon les autres, le bon principe est seul éternel, le mauvais, qui est une de ses créatures, n'est tombé que par orgueil. Cette différence se retrouve dans la manière de concevoir l'origine du monde et celle des âmes. D'après le dualisme absolu, c'est le principe mauvais qui a créé

cathares. Annales de la faculté des lettres de Bordeaux, 5° année, n° 2 — Les ouvrages d'vVlain, de Rainerius et de Monéta cités note 111.

G. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares. Paris 1849, 2 vol. — Osokina, Histoire des albigeois (en russe). Kazan 1860, 2 vol. — Abbé Douais, Les Albigeois, leurs origines. Paris 1878. — Du laurier, Les Albigeois ou les Cathares du midi de la France. Cabinet historique, 1880.

11 1 Un manuscrit de la version romane, est conservé à la bibl. de Lyon. Ileuss, Fragments, etc. Revue de théol., déc. 1852 et févr. 1853.

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